Libr-critique

9 décembre 2018

[News] News du dimanche

Les Libr-lecteurs continuant à offrir des livres contre vents et déments, on pourra trouver des suggestions de lecture dans toutes nos NEWS… Tout de même, une nouvelle sélection Libr-7. On pourra même découvrir des extraits des livres reçus « en lisant, en zigzaguant »… Et ne manquez pas non plus nos Libr-événements (Prigent, revue Catastrophes…).

Libr-événements

► Christian PRIGENT vient de recevoir son grand Prix de la poésie remis par l’Académie Française : le poète seul face aux habits verts…

RAPPELS : l’Exposition Novarina à Thonon s’achève ce samedi 15 décembre ; celle sur la poésie numérique à Paris reprend le 12 janvier.

Libr-7 : LC a reçu et recommande…

► Béatrice BRÉROT, La Suite infinie du monde est dans le colimaçon, Plaine page, coll. « Calepins », 98 pages, 12 €.

► Viviane CIAMPI, Du bleu autour, Plaine page, « Connexions », 68 pages, 10 €.

► Guillaume CONTRÉ, Discernement, éditions Louise Bottu, 120 pages, 14 €.

► Tarik HAMDAN, Rire et gémissement, Plaine page, « Connexions », 80 pages, 10 €.

► Claudie LENZI, Les Possibles, Plaine page, « Calepins », s. p., 10 €.

► Bruno NORMAND, Les Extrémités, Lanskine, 88 pages, 14 €.

► Nicole PEYRAFITTE, LandscOpe, Plaine page, « Calepins », 42 pages, 10 €.

En lisant, en zigzaguant…

Véronique Bergen, Tous doivent être sauvés ou aucun (éditions ONLIT, automne 2018) :
« Ce n’est qu’au prix de la mort de l’homme que la planète aura chance de survivre ; la sélection naturelle cosmique exige son éradication »…

Béatrice Brérot, La Suite infinie du monde est dans le colimaçon :

Tarik Hamdan, Rire et gémissement :
« La peur
Fabrique des esclaves

L’argent
Fabrique des esclaves

L’espoir
Fabrique des esclaves

L’amour
Fabrique des esclaves

Toutes les religions
Fabrique des esclaves

Les idées
Fabrique des esclaves

Le pouvoir
Fabrique des esclaves

Charles PENNEQUIN, Gabineau-les-bobines (P.O.L, novembre 2018) :
« Nous voulons vivre où ça chauffe. Où ça bouillonne. C’est notre volonté. Personne ne peut contredire cela. C’est une volonté commune de bouillonner. Que tout le monde ait tout le temps chaud. Chaud à en crever même ».

Boualem SANSAL, Le Train d’Erlingen ou La Métamorphose de Dieu (Gallimard, août 2018) :
« Dis-moi comment, partant d’une situation normale, nous sommes arrivés à ça, marcher sur la tête comme des poireaux ? » (p. 27).
« La seule digne et grandiose réponse à la fin du monde est de se taire, de relever le menton et de vivre l’air de rien » (34).

[News] Colloque international ENS : les écritures du JE dans la langue de l’exil

Colloque international organisé par Isabelle Grell-Borgomano (ITEM) et Jean-Michel Devésa (Université de Limoges), du vendredi 14 au dimanche 16 décembre 2018 à l’ENS Paris (45, rue d’Ulm 75005 Paris).

Interroger « l’écriture translingue de soi » (Alain Ausoni) est devenu indispensable dans un monde de plus en plus multiculturel, par choix, mais le plus souvent par nécessité.
Le colloque souhaite approcher cette question par une résolution double :
Laisser la parole à des écrivains actifs, vivants, afin d’échanger concrètement autour de leur création dans la langue de leur pays d’adoption, et prendre plus de recul avec des chercheurs spécialistes d’autres auteurs translingues dont la langue de l’enfance aura dû se mêler à la langue de la pensée (engagée). Nous nous attellerons donc à une re- ou déconstruction de l’idée de la langue comme propriété, mais à penser LA langue comme siège de l’individualité. Pour les premiers, vous partagerez ici la réflexion d‘auteurs nord-africains tels Abdellah Taïa (Maroc), qui a dû quitter son pays pour « délit » d’homosexualité et qui s’engage aujourd’hui ouvertement, en langue française, pour plus de lucidité dans sa terre d’origine, ou la dramaturge et auteure Darina al Joundi (Liban), ainsi que l’écrivaine et scénariste turque Emine Sevgi Özdamar qui ont fui leur terre et leur langue pour mieux la rendre, haut et fort, dans leurs ouvrages respectifs rédigés de manière translingue, donc « étrangifiée », ce qui signifie en mélangeant la langue, les sensations linguistiques et interhumaines de l’enfance avec la langue libératrice de la terre choisie. Ce qu’ils vivent dans l’acte de création est ce qu’on nomme le code-switching qui désigne une alternance de deux voire plusieurs langues au sein d’un seul ouvrage.
D’autres écrivains sud-africains tels Beata Umubyeyi-Mairesse et Mukasonga (à travers une spécialiste) évoquent la nécessité de parler pour redonner parole à leurs familles rwandaises. Les auteurs africains de la diaspora Sami Tchak et Théo Ananissoh ouvriront un dialogue sur le (non)choix de changer sa langue maternelle en langue quasi universelle, le français.

Beaucoup d’auteurs de générations différentes et d’ailleurs distingués par la par des prix, ont choisi l’Allemagne comme pays d’accueil, tels la japonaise Yoko Tawada (invitée au Salon du livre de Paris), la vietnamienne Linda Lê, Emine Sevgi Özdamar (Turquie), Dagtekin Seymus (Kurdistan), et, avant eux historiquement, traqués pour cause de leur judéité, l’auteur tellement vivant George-Arthur Goldschmidt (Allemagne-France) et Raymond Federmann, décédé il y a peu de temps et qui avait élu les Etats-Unis pour écrire l’indisible. S’ajoutent plus récemment l’auteure et traductrice de Peter Handke, Elfriede Jelinek et alii, Anne Weber qui, elle, comme Goldschmidt et Tawada, s’autotraduit.
D’autres auteurs préfèrent parler de cette nécessité d’écrire la vie à travers d’autres voix, vivant quotidiennement leur diglossie, que la leur, avec lesquels il y a parfois identification, tels Sarah Chiche qui évoque ici sa fascination pour la faille dans l’écriture de la langue du JE de Pessoa, Claire Legendre (Ancienne pensionnaire de la Villa Médicis, lauréate de la Fondation Hachette Jean-Luc Lagardère) avec Fernando Arrabal et Linda Lê s’interrogera à propos de Norman Manea et déconstruisent ainsi l’idée du monolinguisme comme base pour écrire vrai.

Programme

VENDREDI 14 DÉCEMBRE, APRÈS-MIDI : 14.30 – 18.00
SALLE CELAN
« Perspectives théoriques et critiques appliquées » (Modération : Isabelle Grell-Borgomano)
14.30-14.45 Ouverture : Isabelle Grell et Jean-Michel Devésa
14.45-15.15 Alain Ausoni (ENS-Paris, France/Université de Lausanne, Suisse), « Je après d’autres : affiliations littéraires et dialogues d’exilé·e·s dans les mémoires d’outre-langue »
15.15-15.45 Faure Alexandre (Doctorant, Université de Rennes 2, France), « Les Langues de l’exil : écriture du reste »
Pause
16.00-16.30 Dagtekin Seyhmus (Écrivain, Kurdistan-France), « Comme on changerait de monture en cours de route »
16.30-17.00 Sarah Chiche (Écrivain, psychanalyste, Paris), « ‘Je ne suis rien’. Exil de soi et hantises dans le livre de l’intranquilité de Fernando Pessoa »
17.00-17.30 Darina al Joundi (Écrivaine, dramaturge, actrice, Liban-Paris), « Prisonnière de l’exil »
17.30-18.00 Discussion

SAMEDI MATIN : 9.30 – 12.45
SALLE CAVAILLÈS
« Voix (croisées) africaines » (Modération : Lori Saint-Martin)
9.30-10.00 Beata Umubyeyi-Mairesse (Écrivaine, Rwanda-France) : « Comprendre le je, dire le nous : élaboration d’un récit singulier entre français et kinyarwanda »
10.00-10.30 Marie-Claude Hubert (Université de Lorraine, France), « Mukasonga, (se) réfléchir dans l’histoire »
10.30-11.00 Karen Ferreira-Meyers (University of Eswatini), « L’Autofiction historique de Vamba Sherif : réécriture en langue étrangère »
Pause
« Se perdre ou se trouver dans la langue de l’A/autre » (Modération : Jean-Michel Devésa)
11.15-11.45 Lori Saint-Martin (Écrivaine, Université du Québec à Montréal, Québec), « Ma Vie entre les langues »
11.45-12.15 Table ronde : Les Écrivains africains de la diaspora et leur(s) langues : Sami Tchak (Togo) et Théo Ananissoh (Togo)
12.15-12.45 Discussion

SAMEDI APRÈS-MIDI : 14.30 – 18.15
SALLE CAVAILLÈS
« Se dire en terre(s) d’islam » (Modération : Sylvain Bureau)
14.30-15.00 Arnaud Genon (Écrivain et critique, Allemagne), « De la langue du pouvoir au pouvoir de la langue : les différents ‘je’ d’Abdellah Taïa »
15.00-15.30 Abdellah Taïa (Écrivain, scénariste, Maroc-Paris), « Manger ou ne pas manger, écrire ou ne pas écrire »
15.30-16.00 Fadoua Roh (Doctorante, Université de Paris IV-Sorbonne), «L’Œuvre d’Abdellatif Laabi ou le moi ‘exilé’ marocain »
Pause
« La Difficulté d’être translingue » (Modération : Arnaud Genon)
16.15-16.45 Sylvain Bureau (Université fédérale du Paraná – Brésil), « L’« Écrivivance » de Conceição Evaristo ou l’autofiction contemporaine des femmes brésiliennes »
16.45-17.15 M’Raim Malika (Université Ibn Khaldoun, Tiaret, Algérie), « Écriture et mise en scène du ‘je’ chez la romancière Assia Djebar»
17.15-17.45 Houdu Lucie (Doctorante, Paris 3) : « Un Je toujours entre deux langues : Tony Harrison et l’écriture poétique de l’exil »
17.45-18.15 Discussion

DIMANCHE MATIN : 9.30 – 12.45
SALLE CAVAILLÈS
« Du choix de la langue du pays d’accueil » (Modération : Nurit Levy)
9.30-10.00 Claire Olivier (Doctorante, Université de Limoges, France), « Agota Kristof et les ‘langues ennemies’ »
10.00-10.30 Dirk Weissmann (Université de Toulouse – Jean Jaurès, France), « La Langue de l’Europe, c’est le plurilinguisme — Yoko Tawada et l’identité européenne »
10.30-11.00 Entretien d’Isabelle Grell avec l’auteur Anne Weber
Pause
11.15-11.45 Martina Wagner-Egelhaaf (Université de Münster, Allemagne) : « Autofiction et multilinguisme chez Emine Sevgi Özdamar »
« Fuir l’horreur pour la dire et l’écrire » (Modération : Dirk Weissmann)
11.45-12.15 Nurit Lévy (Université de Lille, France), « Raymond Federman dans l’entre deux langues. Étude de La Voix dans le débarras/The Voice in the Closet »
12.15-12.45 Georges-Arthur Goldschmidt (Écrivain, Allemagne-France)

DIMANCHE APRÈS-MIDI : 14.30 – 17.45
SALLE CAVAILLÈS
« Le Fil assumé ou dénié de l’exil » (Modération : Romuald Fonkoua)
14.30-15.00 Rania Fathy (Université du Caire, Egypte), « La Trilogie de Gulpérie Efflatoun Addalla : l’exil de la langue ? »
15.00-15.30 Nathalie Segeral (University of Hawaï, États-Unis), « Exil, langue maternelle et (non-)maternité dans Une Autobiographie allemande de Cécile Wajsbrot et Hélène Cixous »
15.30-16.00 Linda Lê (Écrivaine, Vietnam-Paris), « Hors Je. À propos de Norman Manea »
Pause
« De l’exil, des langues et de leurs poétiques » (Modération : Karen Ferreira-Meyers)
16.15-16.45 Romuald Fonkoua (Université de Paris IV – Sorbonne), « De la langue comme pré-texte : petite histoire d’un faux malentendu francophone »
16.45-17.15 Claire Legendre (Université de Montréal, Québec), « La Poétique de l’exil dans l’œuvre autofictionnelle de Fernando Arrabal »
17.15-17.45 Discussions

2 décembre 2018

[News] News du dimanche

Pour terminer l’année en beauté : RV avec Béatrice Brérot ; les invités d’Ivy writers et de l’Escale des Lettres… Stéphane Nowak Papantoniou, Christophe Hanna, le peintre Mathias Pérez…

RV avec Béatrice Brérot : dimanche 16 décembre 17h, Cabaret poétique, avec Cédric Lerible et Kevin Prost (Le Périscope : 13 rue Delandine 69002 Lyon) ; mardi 18 décembre 19h30, Mardis de la poésie, Maison de la poésie Rhône-Alpes (33 avenue Ambroise Croizat 38400 Saint-Martin-d’Hères).

21 novembre 2018

[News] Exposition Poésie numérique

Exposition POÉSIE NUMÉRIQUE, Galerie Satellite : 7 rue François de Neufchâteau 75011 Paris, m° Charonne / ouvert du mardi au samedi de 14 h à 19 h / Tél : 01 43 29 80 20.
Franck ANCEL, Alain ARIAS-MISSON, Philippe BOISNARD, Augusto de CAMPOS, Sarah CASSENTI / Bernard BOUSQUET, Philippe CASTELLIN, Caterina DAVINIO, Jacques DONGUY, Giovanni FONTANA, Eduardo KAC, Alison KNOWLES, Claude MAILLARD.
Vernissage le jeudi 22 novembre 2018 à 18 heures. Du 22 novembre au 6 décembre 2018 / Du 12 au 22 janvier 2019.

La Poésie numérique est née avec le développement de l’ordinateur portable grand public (PC) à partir des années 1980. Mais l’exposition comprend aussi une œuvre pionnière d’Alison Knowles (U.S.A.) de 1968, « House of dust », sous forme de sortie imprimante signée, œuvre mythique montrée à CalArts et plus récemment au CNEAI. Mais le véritable démarrage de la Poésie numérique va se faire, il y a plus de trente ans, avec les premiers PC, avec, pour cette première génération, Philippe Castellin, Jacques Donguy, Eduardo Kac et Claude Maillard. Une émission Tracks sur Arte, en date du 12 octobre dernier, donc visible en replay, a été consacrée à la Poésie numérique, plus précisément « de Hugo Ball à la Poésie numérique ». Philippe Castellin présente la série « Fanfares », qui a été montrée au FRAC Corse. Sur fond de vidéo de carnaval à Compiègne, cette œuvre utilise le web pour aller chercher des données liées aux informations du jour qu’elle récupère parmi les FluxRss. Ces informations sont mises en forme d’un texte dont les attributs varient en fonction des données sonores. Soit une position critique à l’égard de la saturation des récepteurs par ce défilé permanent qui finit par leur ôter toute signification. De Philippe Castelin aussi, des œuvres plastiques à base de QR Codes : « Alias » et « Flanolula ». Jacques Donguy est représenté, outre par des tirages photo de captures d’écran d’ordinateur textes/images en Pure Data, son dernier travail, par des photos de Bernard Bousquet. Il s’agit d’une vidéo-projection d’un texte de lettres vert fluo, comme dans Matrix, produit aléatoirement par un Atari 520ST, disquette de 1993, miraculeusement encore en fonctionnement, sur le corps de Sarah Cassenti, à l’occasion d’une performance au Générateur à Gentilly le 6 juillet dernier. Eduardo Kac (U.S.A.) présente « Outrossim », un QR Code qui se révèle un poème après lecture anamorphique par un smartphone. Claude Maillard, auteur de « Machines vertige Sat.L. Robot » en 1994, présente des tirages numériques. Pour les années 1990, nous avons le brésilien Augusto de Campos, en Italie Caterina Davinio et en France Philippe Boisnard. Augusto de Campos, qui vient de recevoir le grand prix de poésie Janus Pannonius en Hongrie, montre des tirages d’œuvres numériques extraits de son dernier recueil « OUTRO », publié en traduction partielle dans la revue « Celebrity Cafe » #03. Caterina Davinio, qui a participé à la Biennale de Venise, montre des œuvres sur aluminium et des vidéos. Philippe Boisnard expose lui « Black Hole in the language », où, à l’aide d’une application sur smartphone, on peut envoyer un secret, qui apparaît, puis disparaît dans un vortex de millions de lettres tourbillonnant autour d’un trou noir. En échange, le spectateur reçoit le secret d’une autre personne sur son portable. Alain Arias-Misson montre une œuvre en plexi en 3D, nouveau travail qui a commencé il y a 4 ans. Franck Ancel fait le lien avec « Le Livre » de Mallarmé et Giovanni Fontana, avec son « réel symbolique imaginaire », fait le lien avec la Poésie sonore.

18 novembre 2018

[News] News du dimanche

Vos RV pour terminer novembre en beauté : Cabaud & Favre, Espitallier, Emmanuèle Jawad et les éditions Lanskine, lancement d’une nouvelle collection aux éditions Vanloo, « Poésie et musique »…

mercredi 21 novembre 2018 à 18h30, Jean-Baptiste Cabaud & Claude Favre, Salle Kantor de l’ENS Lyon (15, parvis Descartes, sur l’avenue Jean Jaures – en face du 249).

Jeudi 29 novembre, 20h, théâtre Jean-Vilar, Vitry/Seine : Jean-Michel Espitallier, « She Was Dancing » (chorégraphie Valeria Giuga).

Vendredi 30 novembre à 19H, Maison de la poésie Paris, « POÉSIE & MUSIQUE » : DOMINIQUE QUÉLEN, PHILIPPE BECK, LAURENT COLOMB, AURÉLIEN DUMONT, ARIELLE BECK & LUCAS BELKHIRI. Rencontre animée par Laure Gauthier & Sébastien Rongier.

Tarif : 10 € / adhérent : 5 €

Comment renouer les liens distendus entre poètes et compositeurs de musique écrite afin d’inventer de nouvelles voies de réflexion et de collaboration ?
La soirée donne la parole à trois poètes et un compositeur qui proposent de nouvelles façons de faire dialoguer poésie et musique contemporaines et repensent la question du lyrisme ou encore de la voix. Lectures, performance et musique sont au programme de cette soirée qui sera suivie d’une discussion.

15 novembre 2018

[Livre – News] Emmanuèle Jawad, [Carnets de murs], par Fabrice Thumerel

Après Faire le mur (2015) et En vigilance extérieure (2017), voici le dernier volet de la trilogie géopoétique publié aux mêmes éditions Lanskine, que l’auteure présentait ainsi en proposant un extrait : « Il y est donc questions des frontières, des murs, des contrôles et de la question du rapport texte/image photographique. Ce répertoire de photographies blanches a été écrit à partir de photographies (quasi blanches) de Bruno Boudjelal ».

► Emmanuèle Jawad, [Carnets de murs], éditions Lanskine, octobre 2018, 56 pages, 12 €, ISBN : 979-10-90491-70-0.

► Rencontres avec Emmanuèle JAWAD :
* vendredi 16 novembre au salon de L’Autre livre, 19h à 20h stand C29 des éditions Lanskine (Halle des Blancs-Manteaux : 48, rue Vieille-du-Temple 75 004).

* Lecture à la Librairie Texture le vendredi 23 novembre à 19h (94, avenue Jean Jaurès 75019 Paris).

« La nation n’est pas un titre de propriété,
c’est un ensemble de réfugiés déjà là »
(Frédéric Leichter-Flack, Libération, 12/2015).

Il y a eu Sabra et Chatila, il y a aujourd’hui Ceuta et Melilla – clôtures sur lesquelles, depuis une vingtaine d’années, viennent se heurter des dizaines de milliers de migrants, ces nouvelles figures de l’Exclusion (trois dizaines depuis le début de l’année). Pour être moins visible que d’autres événements tragiques de l’Histoire, la situation dans cette zone de démarcation entre le continent africain et le mirage européen est toutefois innommable (les nombreuses victimes trouvent parfois un écho dans l’actualité occidentale)…

La mondialisation : passage des flux capitalistes / barrage aux flux migratoires. La société des flux sait se faire société de contrôle : « il est interdit de sortir il est interdit d’entrer une logique unilatérale sécuritaire et renforcée de nouveaux murs » (p. 15). Cette folie « muraliste » qui s’inscrit en droite ligne d’un réflexe sécuritaire vieux comme le monde est mondialement partagée : « 1998 Ceuta Mellila Espagne / Maroc 1953 Corée du Sud / Corée du Nord 248 km 1974 République Turque de Chypre du nord / République de Chypre 1975 Afrique du Sud / Mozambique 120 km 1991 Koweït / Irak 193 km 1999 Ouzbékistan / Kirghizistan 870 km 2001 Turkménistan / Ouzbékistan 1700 km Ouzbékistan / Afghanistan 209 km Israël / Territoires occupés 700 km 2004 Inde / Cachemire 550 km »… Cette énumération va, au fil des pages des Carnets, atteindre 26 références, pour quelque 15 000 km de murs.
Comme de bien entendu, pas plus que les autres, la Patrie-des-Droits-de-l’Homme n’a pas vocation à accueillir toute-la-Misère-du-Monde. L’hospitalité, c’est bon pour les humbles.

Contre un tel dispositif politique, un dispositif poétique efficace : dans cet Agencement Répétitif Neutralisant (ARN) constitué de télescopages singuliers, les effets de neutralisation sont liés à une écriture insidieusement objective, savoir à la façon dont les perceptions sont rendues dans leur immédiateté avec une froide objectivité qui fait songer aux objectivistes américains.

11 novembre 2018

[News] News du dimanche

Au moment même où se termine le 28e Salon de la revue, et avant celui de l’Autre édition qui aura lieu en cette fin de semaine, en UNE, tout d’abord, « Les revues en revue… » Ensuite, notre Libr-10, puis nos Libr-brèves (Caligaris, Wauters, Festival Ritournelles #19, Doppelt, Hans Limon et son Poéticide, Stiegler)…

UNE : Les revues en revue…

Dans l’avant-dernier numéro de La Revue des revues, Jérôme Duwa perçoit « la revue comme coeur surchauffé de la machine littéraire. Ça vrombit, ça met en mouvement des flux, ça grince, ça fuit, de l’énergie circule et ça irrigue une quantité de membres formant une totalité organique. En cas de défaillance, l’explosion catastrophique n’est pas à exclure » (p. 95).

En cette soirée de clôture du 28e Salon de la revue, on ne peut que rendre hommage à celle qui les met en vue et les passe en revue depuis plus de trente ans… Entre autres, à découvrir dans les deux derniers numéros de La Revue des revues : pour le numéro 59, « Blaise Gautier et la Revue parlée » (R. Stella), « Format : poésie, la parole aux typographes » (Hervé Laurent), « Le mook, chimère éditoriale » (Frédéric Gai), « Pourquoi des revues ? » (J. Duwa)… Et pour le n° 60, « Quand le coeur d’Europe battait pour l’Espagne » (Jean-Baptiste Para), « Du Bout des bordes au bout du monde, les royaumes imaginaires de Jean-Luc Parant » (Jeanne Bacharach)…

► Voici le début de ma chronique sur le retour de TXT (n° 32°) :

Quoi TXT ? « Le Retour »… On n’en croit pas ses yeux : la dernière avant-garde historique recyclerait-elle une stratégie commerciale des plus éculées ? Le petit clin d’œil d’Éric Clémens dans sa contribution « La Mort n’existe pas », allusion à un texte paru dans la collection « TXT » (De r’tour, éditions Limage 2, 1987) – avec en prime la référence au fameux « imagimère » –, nous (re)met sur la bonne voie, celle de la distance ironique : Magna Via : vis comica !
Un quart de siècle après le dernier numéro et un demi après sa création post-soixante-huitarde, voici le « ressusciTXT » – selon le bon mot de Christian Prigent dans sa dédicace personnalisée –, revoici les TXThéoristes de la « communauté dormante » (p. 1)… Tous les principaux acteurs d’une aventure collective (1969-1993) qui avait à ce point marqué la fin du siècle qu’elle avait donné naissance à un véritable label : Philippe Boutibonnes, Éric Clémens, Jacques Demarcq, Alain Frontier, Pierre Le Pillouër, Valère Novarina, Christian Prigent et Jean-Pierre Verheggen ; les artistes de Supports/ surfaces ne manquent pas à l’appel non plus, avec Pierre Buraglio qui donne de nouveaux contours au sigle « TXT » trente-cinq ans après, et les créations toniques de Daniel Dezeuze (Grotesque), Claude Viallat (Conan) et de Jean-Louis Vila (La Méduse et le Paon). /Fabrice Thumerel/

Libr-10 : LC vient de recevoir et recommande…

► François BIZET, Dans le mirador, Les Presses du Réel, coll. « PLI », 96 pages, 10 €.

► Suzanne DOPPELT, Rien à cette magie, P.O.L, 80 pages, 13 €.

► Maria EFSTATHIADI, Hôtel rouge, Quidam éditeur, 128 pages, 15 €.

► Claude FAVRE, Crever les toits, etc., suivi de Déplacements, Les Presses du Réel, coll. « PLI », 96 pages, 10 €.

► Dominique MEENS, L’Île lisible, P.O.L, 304 pages, 22 €.

► Marcel MOREAU, À dos de Dieu, Quidam éditeur, 140 pages, 16 €.

► Florence PAZZOTTU, Le monde est immense et plein de coïncidences, éditions de L’Amourier, 116 pages, 13 €.

► Charles PENNEQUIN, Gabineau-les-bobines, P.O.L, 208 pages, 18 €.

► Christophe STOLOWICKI, Deuil pour deuils, Lanskine éditions, 88 pages, 14 €.

► Louis-Michel de VAULCHIER, Le Hall, Atelier de l’Agneau, 150 pages, 18 €.

Libr-brèves

Mercredi 14 novembre, de 10 à 18H : Journée d’études sur Nicole Caligaris à l’ENSBA Lyon, organisée par la Station d’Arts poétiques (8bis, quai Saint-Vincent 69001 Lyon). Programme : ici. [Photo de Camille Faucheux]

Vendredi 16 novembre à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012): Rencontre avec Antoine Wauters.

FESTIVAL RITOURNELLES #19 – Samedi 17 novembre, La brasserie de l’Orient : 6 Esplanade François Mitterand, 33500 Libourne :
* 18H30 : Dégustation littéraire avec Julien Blaine, entrée 10 €. [Réserver]
* Rencontre et lectures avec Amandine Dhée, La Femme brouillon (Editions La Contre Allée) et Stéphanie Chaillou, Le Bruit du monde (Éditions Noir sur Blanc, collection Notabilia).
Deux récits de femmes qui interrogent la nécessité de se battre contre les carcans d’une culture toujours archaïque, ce qui revient à se faire violence pour être enfin soi-même.
Rencontre animée par Thomas Baumgartner.
Infos pratiques : Entrée gratuite – réservation conseillée sur reservation@permanencesdelalitterature.fr

Dimanche 18 novembre, à l’occasion de la publication de Rien à cette magie, Double Change et la galerie éof vous invitent à une lecture de Suzanne Doppelt et Avital Ronell qui débutera à 18h Galerie éof (15 rue saint fiacre 75002 Paris).

Vendredi 23 novembre à 19H, à la librairie Le Coupe-Papier, Laure Sagols accompagne Hans Limon dans une lecture-présentation de Poéticide, texte hybride mêlant poésie, théâtre et roman. C’est à 19h, au 19, rue de l’Odéon 75006 Paris. M° Odéon.

Samedi 24 novembre, de 14 à 19H : Une journée avec Bernard Stiegler, organisée par l’Association Lacanienne Internationale (25, rue de Lille 75007).

9 novembre 2018

[News] Valère Novarina, L’Avant-Dernier des hommes au Lavoir Moderne Parisien

En 1995 le Lavoir Moderne Parisien accueillait Vous qui habitez le temps, pièce de Valère Novarina dans la mise en scène de Claude Buchvald. Ce fut un événement qui inaugura une relation durable entre un lieu singulier et un auteur qui ne l’est pas moins. Il y a là une affinité élective qu’au cours des années plusieurs rendez-vous vinrent confirmer : rencontres, lectures, spectacles, en particulier, durant l’année 2006, les journées consacrées avec un grand succès aux « Nourritures Novarina ». Aujourd’hui nous sommes heureux de poursuivre ce dialogue en invitant à nouveau Valère Novarina pour ses lectures d’ Une langue inconnue et du prologue du Drame de la vie. Et d’accueillir les représentations de L’Avant-dernier des hommes (Editions P.O.L.) joué par Claude Merlin de retour au Lavoir Moderne Parisien du 21 novembre au 1er décembre.

« Vingt ans après reprendre L’Avant-dernier des hommes au Lavoir Moderne Parisien, c’est revenir à la maison.
Un spectacle est un organisme vivant. Le sol où il a pris naissance, c’est le terreau primitif. D’y avoir séjourné dans les commencements, en avoir inhalé l’atmosphère si particulière, s’y être confié jusqu’à en être imprégné, et comme irradié (car entre ces murs marqués de traces, chargés de dépôts, s’activent en confidence des forces latentes et se perçoit une forme de rayonnement), L’Avant-dernier des hommes a cherché son allure et, glissant sur son erre, s’est ouvert à toutes les métamorphoses possibles, ultérieures. Le Lavoir n’est pas un espace neutre, une boîte noire; entre veille et rêve il médite, murmure d’anciennes histoires, chantonne des secrets et invite à la conversation ceux qu’il accueille. C’est cette conversation entre ce lieu et la figure qui l’a un temps habité qui se retisse aujourd’hui, c’est à dire entre deux présences qui échangent leur mystère tapi sous l’évidence. Ce ne serait donc être ce qu’on entend généralement par une « reprise » . Il n’y a pas de « reprise », pas plus que dans le dialogue entre la cave et le vin qui durant des années n’a cessé de mûrir. C’est toujours autre chose qui émerge. Le théâtre est un organisme vivant. » (Claude Merlin).

Précédé de lectures de Valère Novarina :
– Le 21 novembre à 19H30 / « Une Langue inconnue »
– Le 28 novembre à 19H30 / Prologue [Ouverture du Drame de la vie]

PLUS D’INFORMATIONS : ICI.

Du 21 novembre au 1er décembre, réservation pour L’Avant-Dernier des hommes : ici. Tarif plein : 18€ / Tarif réduit (chômeur, habitant du 18ème, étudiant, retraité, tarif donateur) : 15€ / Tarif jeune (-26ans, minimas sociaux, intermittent) : 10€.
Réservations : reservation@lavoirmoderneparisien.com ou Billetreduc

4 novembre 2018

[News] News du dimanche

Magique, cette première quinzaine de novembre ? Voyez un peu : en plus du Salon de la revue déjà annoncé, celui de l’autre Livre… Sans compter les rencontres avec Suzanne Doppelt ou Hans Limon… et une soirée Apollinaire à la Sorbonne…

► Ce jeudi 8 novembre 2018, à l’occasion de la parution de Rien à cette magie(P.O.L), rencontre avec SUZANNE DOPPELT à 19 heures : Librairie Michèle Ignazi (17, rue de Jouy 75004 Paris ; tél. : 01 42 71 17 00 ; métro : Saint-Paul ou Pont-Marie).

Le mot apparaît enfin : c’est bel et bien la magie qui dynamise la mécanique poétique de Suzanne Doppelt, qui réussit à réenchanter notre monde en nous transportant… Tel est le charme de sa cosmopoésie ! /FT/

► Jeudi 8 novembre à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75004 Paris) :

Hans Limon, Poéticide, Quidam, 8 novembre, 96 pages, 13 €.

C’est le type même de livre que peut produire un poète qui entre dans le champ : « Tous les crever ! Tous les rayer ! » C’est bien entendu un moyen radical pour se donner une chance de trouver sa voix. Mais encore ? « Les poètes nous ont menti. […] Assassiner les poètes, c’est rendre aux hommes la vision nette et pure, dégagée des schémas déformants […] »… En outre, la Poésie est une fille publique : « Elle quémande les prix, les récompenses, les subventions, les caresses, les dessous de table ! » Poéticide s’attaque à la poésie de célébration, celle qui trône sur son piédestal, en parodiant les topos de la poésie à capitales. Et comme en son temps le clamait Denis Roche, « LA POÉSIE N’EXISTE PAS »… À l' »agitateur de mots » de la faire exister de façon sensible. /Fabrice Thumerel/

Jeudi 8 novembre à 19h45, Sorbonne – Amphithéâtre Guizot (17, rue de la Sorbonne – Paris) :

on commémore en cette année 2018 un double centenaire, celui de la publication des Calligrammes de Guillaume Apollinaire, le 15 avril 1918 au Mercure de France, et celui de la mort du poète, le 9 novembre 1918 ; La revue Place de la Sorbonne entend participer à cette célébration en organisant une soirée où seront lus des poèmes de l’auteur d’Alcools ponctuant les grandes étapes et les principaux événements de sa vie.
Gratuit sur inscription obligatoire avant le jeudi 8 novembre 2018. Réservez en ligne sur Internet : ici.

Du 16 au 18 novembre, Halle des Blancs-Manteaux (48, rue Vieille-du-Temple 75 004), le Salon de l’Autre Livre à ne pas manquer : programme.

30 octobre 2018

[Chronique – News] Bruno Fern, Suites de Suites… (Fabrice Thumerel)

Parmi les suites au livre de Bruno Fern, deux tout prochainement… RV vous est donc donné à Paris et à Caen. Et comme on a de la suite dans les idées, on revient sur ce drôle de roman fleuve bipartite.

Le vendredi 2 novembre à 19h30, Librairie Texture, les éditions Louise Bottu seront à l’honneur. Auteurs invités : Guillaume Contré pour Discernement, Bruno Fern pour Suites, Alain Frontier pour Érudition et Pierre Barrault pour Clonck et ses dysfonctionnements. [Texture – 94, avenue Jean Jaurès – 75019 Paris – 01 42 01 25 12]

Samedi 10 novembre, à 15 h, à la Bibliothèque Alexis de Tocqueville à Caen, Bruno Fern, aux côtés du tromboniste Thierry Lhiver, lira des extraits de son dernier livre, Suites, paru aux éditions Louise Bottu.

Bruno Fern, Suites. Roman fleuve. (Avec un dessin de Philippe Boutibonnes en couverture). Louise Bottu (Larribère, 40), mai 2018, 162 pages, 14 €, ISBN : 979-10-92723-23-6.

Une écriture « dans les formes » : un assemblage dynamique /Fabrice Thumerel/

La quatrième de couverture, certes, remet de la suite dans les idées. Mais le critique n’a pas forcément envie de procéder en bonne et due forme…

Malgré notre étonnement, le ludisme formel de Bruno Fern, que Typhaine Garnier définit comme « la contrainte faite style », pouvait l’air de rin déboucher sur de telles suites : un texte excentré et excentrique, un capharnaüm polyphonique et polymorphique. Le texte lui-même nous offre une mise dans l’abîme : une plongée « dans les formes » avec « embranchements », un assemblage dynamique (cf. p. 158)…

Suites… Au sens de « saillies », il y en a peu, mais aux sens mathématique, linguistique et musical de « successions d’éléments » il y en a à foison : ce patchwork est une succession, plus chaotique dans la seconde partie, de fragments narratifs, listes, documents divers, chants, infos, chiffres, données biographiques, historiques, techniques, didactiques, érudites… et même de ratures (dans la série lis tes ratures). D’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre, du poilu au « chevalier high tech » (92) nous virevoltons… Et de Verdun à aujourd’hui, « ON NE PASSE PAS / en territoire français » (140). Non sans dérision, Bruno Fern dresse un parallèle entre la Première Guerre mondiale et les phénomènes migratoires dans un monde mondialisé : « C’est en voulant à tout prix (entre 500 et 6 000 €) rallier ce patrimoine culturel mondialement renommé (un séjour sur ses terres équivaut à la visite d’un gigantesque musée à ciel ouvert) que 67 ont disparu dont 13 f. et 8 e., l’embarcation ayant chaviré après 4 jours de mer avec des rafales force 7. Si environ 5 000 ont connu un sort similaire depuis janvier dernier […] » (139).

Ces suites de virtuose s’avèrent bien entendu parfaitement mélanludiques, comme en témoignent les quelques relevés qui suivent. Un trait d’humour, entre autres : « pour le débourrage de crâne, aucune cellule psychologique n’a été mise en place dans un rayon d’au moins 50 km autour de la bâtisse, même à vol d’oiseau » (44). Un zeugme : « ils ne prennent pas que l’air et l’apéro » (155). Deux paronomases, dont une avec détournement : « à la guêtre comme à la grêle » (14) ; « s’agite du bocal et du buccal » (40)… Des calembours : « un silence trop matique ? » (62), « Alex en drains » (67), « Impasses et père » (76), « glory hole » (114)… Et offrent un jeu implicite d’échos intertextuels : si par moments le phrasé sonne comme du Prigent, le texte va jusqu’à cligner du côté des zozios de Jacques Demarcq (107), autre membre de TXT… Mais auparavant, sont convoqués deux phares de la modernité, Rimbaud et Apollinaire (86) : « en qualité d’enchanteur plutôt pourrissant […] comme un trou dans les nuages ou deux rouges au côté droit »…

Et alors maintenant, quelles suites ?

28 octobre 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’octobre, voici de quoi animer vos prochaines semaines : Ecrits/studio à Lyon ; La Parole errante à Montreuil ; Laurent Fourcaut en Sorbonne pour présenter son passionnant Simenon ; la 9e édition de Paris en toutes Lettres ; le 28e salon de la revue à Paris…

Mercredi 31 octobre à 20H, Friche artistique Lamartine de Lyon (28-30 rue Lamartine 69003 Lyon) : Poésie & création sonore : Restitution de la session n° 15 avec Béatrice Brérot – Patrick Dubost – Estelle Dumortier – Georges Chich – Judith Lesur – Béatrice Machet – Blandine Scelles.

► Lundi 5 novembre, La parole errante (9, rue François Debergue 93100 Montreuil) : Lecture des lettres de la plaine en soutien à la lutte de la plaine contre les aménageurs. Pour une plaine populaire et vivante.

Depuis le 11 octobre, le quartier de la plaine à Marseille est engagé dans une séquence décisive de sa bataille pour un quartier vivant et populaire. Une bataille contre la soleam (société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine) qui veut s’approprier la place. La plus grande place de la ville. Dans le projet de la soleam la place sera tissée de caméras de vidéosurveillance et de commerces pour une autre population que celle du quartier. Déjà des immeubles ont été rachetés en vue de la nouvelle place. A Marseille, la soleam est la machine par laquelle se réalise la dépossession des vies et l’accumulation du capital. Elle est ce par quoi le capitalisme se relance. À Marseille un capitalisme du tourisme. La requalification de cette place s’inscrit dans la reconquête du centre ville voulue par la mairie à coup de millions d’euros et en coordination avec Euroméditerranée qui à déjà démontré sa capacité à s’approprier des quartiers entiers. La bataille de la plaine est faite pour tous·tes celles·eux qui la vivent. Déjà la plaine a perdu son marché, le plus grand marché de la ville, qui faisait venir au quartier une population des quatre coins de la ville. Déjà la plaine a perdu des arbres. Certains abattus par erreur, tous abattus par bêtise. Pour être remplacés. De même que les gens. Abattus alors que sains ou malades. Mais là, existants. Existants avant le projet, n’entrant pas dans la dite requalification de la place. Existant bien plus que la maquette d’une place nouvelle et en cela certainement, intolérables pour les Jean-Louis et les Gérard. Intolérables pour tout ceux qui refusent de voir ce qui est, ne veulent voir que ce qu’ils planifient. Et broient et détruisent selon leur volonté. Mais depuis le 17 octobre le chantier peine à avancer et la place a été reprise aux forces d’occupation. Ce temps gagné on le doit à la capacité de résistance déployée par celles·eux qui vivent cette place.L’enjeu de cette bataille est double : L’arrêt définitif des travaux voulu par la soleam et la mise en place d’un processus réellement collectif avec tou·te·s celles·eux qui vivent cette place, pour imaginer une autre rénovation. Ce n’est pas impossible bien au contraire. C’est le chantier lui qui est impossible. Il n’aura pas lieu.

Mercredi 7 novembre à 18H, Maison de la Recherche de Sorbonne Université (28 rue Serpente, 75006 Paris ; amphithéâtre D035) : Laurent Fourcaut présentera son dernier livre, Georges Simenon. La Rédemption du faussaire. Les romans des années trente, Sorbonne Université Presses, octobre 2018, 310 pages, 9,90 € (format poche).

« S’il est sans aucun doute un des plus grands écrivains du XXe siècle, c’est que Simenon est à la fois le plus puissant des réalistes, ayant entrepris de rendre compte du réel sur tous les plans, géographique, social, psychologique, voire psychique, avec un appétit et une exigence d’authenticité incomparables, et, ce qui est infiniment moins connu et que cet ouvrage s’attache à mettre en évidence, un écrivain qui n’aura cessé d’interroger sa création, non pas certes d’une façon théorique, mais en quelque sorte instinctivement ».
Afin de mener à bien son projet, Laurent Fourcaut choisit 10 des 192 romans et 155 nouvelles : ça se lit comme un roman érudit, avec moult analyses psychanalytiques croustillantes. Passionnant ! /FT/

Du 8 au 19 novembre, 9e édition de Paris en toutes Lettres :

Du 9 au 11 novembre, 28e Salon de la revue (Halle des Blancs Manteaux 48, rue Vieille-du-Temple 75004 Paris) : Vendredi 9 novembre 20h-22h ; Samedi 10 novembre, 10h-20h ; Dimanche 11 novembre, 10h-19h30.

Vous attendent plus de 180 stands et 30 rencontres ! Le programme définitif est consultable ICI. Liste des exposants (éditeurs, associations…) ; liste des revues (par titre).

Le salon est organisé en partenariat avec Diacritik et En attendant Nadeau. Le numéro 60 de la La Revue des revues paraîtra à cette occasion.

21 octobre 2018

[News] News du dimanche

Pour franchir comme il se doit le cap d’octobre à novembre : RV au 4e salon des Voix mortes, au Banquet d’automne du livre de Grasse, chez Charybde avec Cécile Portier…

Vendredi 26 octobre 2018 : 4e salon des Voix mortes, consacré à la littérature indépendante, à Clermont-Ferrand : avec notamment Beurk, C. Siebert…

Banquet d’automne du livre de Lagrasse : du 2 au 4 novembre

Vendredi 2 novembre
15 h 30 : Johan Faerber
Histoire du contemporain ou comment écrire après la littérature ?
Histoire du monde, histoire de soi : tel est le destin double qui se donne dans l’Après-littérature, dans le moment post-littéraire que les écrivains inventent au présent. De David Bosc
 à Nathalie Quintane, de Tanguy Viel à Laurent Mauvignier en passant par Simon Johannin et Célia Houdart, se donne à lire une littérature du sensible qui cherche à étreindre l’atome, à rendre le récit physique et politique. La littérature est un sentiment : telle est la loi du moment post-littéraire qui est le nôtre.

17 h : Jean Rouaud
La « Loire Inférieure » et l’Histoire, en désordre et en profondeur.
Entretien autour des Champs d’honneur et d’Un peu la guerre
Ces deux œuvres se répondent : unité de ton, humour omniprésent, subtile légèreté constituent son viatique quand le risque serait l’enlisement ou le naufrage.
Travaillant toujours à davantage « débrider son écriture », Jean Rouaud parvient, sans jamais perdre le fil, à vagabonder librement au fil des siècles, des associations d’idées,
des anecdotes historiques et familiales, et des allusions littéraires : une sorte de « vie poétique ».

21 h 30 : Perrine Lachenal, Pierre Senges et Arnaud Sauli. Retour de Résidences.
Au printemps dernier, l’anthropologue, l’écrivain et le cinéaste ont tous trois, inauguré la première Résidence partagée de Lagrasse autour du thème La Frontière. Ils viennent ce soir raconter cette expérience.

Samedi 3 novembre

11 h : Table ronde

Écriture du moi, et du monde

15 h : Michel Jullien
Ignorer, écrire
L’Île aux troncs a pour cadre Valaam (Russie), début des années 1950. Les protagonistes sont des vétérans de la Grande Guerre Patriotique ; certains sont réels. Entre Histoires du moi et Histoires du monde, le récit penche franchement du second côté. Pourtant, les déportations sur cette île ne sont pas documentées, les archives n’ont pas été ouvertes. On sait peu, ou rien. Dès lors, comme substitut, comme paradoxe, la composition du récit puise moins à l’Histoire qu’à l’imagination, c’est-à-dire à “un moi” des plus réceptifs. Écrire, ignorer ce sur quoi on se penche tout en sachant qu’on l’ignore, c’est écrire au plus près de soi-même, pas à pas.

17 h 00 : Jean-Yves Laurichesse
Carrefour d’histoire(s), la place du grand-père et de Claude Simon.
Entretien autour de Place Monge.
Liant histoire collective et personnelle donnant à voir la Grande Guerre sous un angle plus intime et émouvant à travers de « pauvres archives » : lettres, cartes postales et photographies. Les étudiants chercheront comment Jean-Yves Laurichesse a compris ses missions conjointes d’héritier et d’écrivain. Ils évoqueront cette place parisienne « lieu même des coïncidences » puisque s’y croisent histoires littéraire (Claude Simon y vécut et Jean-Yves Laurichesse lui rendit visite), collective et familiale.

21 h 30 : Soirée lecture
Mise en voix et musique par les étudiants de l’université Jean-Jaurès de Toulouse, des textes des auteurs invités.

Dimanche 4 novembre
11 h : Projection 
Pierre Bergounioux, la passion d’écrire (Film documentaire de Sylvie Blum, 2017, 52 mn)
Pierre Bergounioux écrit pour les morts, pour ceux de la région d’où il vient, la Corrèze du sud. L’écrivain nous fait visiter son royaume ingrat, sec, replié sur lui-même où il a été heureux, un royaume habité aujourd’hui par les fantômes. Les villages presque vides, les cimetières, tout ce qui résonne avec la dureté âpre du plateau de Millevaches.

15 h : Jean-Michel Espitallier, Entretien autour de La Première année
Une visite guidée dans l’univers de Jean-Michel Espitallier, son cabinet de curiosité, son atelier, ses sources d’énergie, ses salles d’archives, sa gare de triage et ses géographies. Ou comment (et pourquoi !) travaille cet écrivain inclassable.
16 h 30 : Débat général de clôture

Cécile Portier chez Charybde le 7 novembre pour son superbe De toutes pièces (Quidam, été 2018) [Librairie Charybde : 129 rue de Charenton 75 012] :
« J’aurais bien aimé récupérer le masque mortuaire de Wagner, yeux clos de cire, fermés sur un rêve sans fin, une terreur. À défaut, j’ai pu obtenir celui de Dolly, premier mouton cloné, un double en fait » (p. 53).

18 octobre 2018

[News] La critique génétique : la situation, 50 ans après…

Qu’en est-il de la critique génétique, un demi-siècle après sa naissance institutionnelle ? Genèse, pratiques et nouveaux horizons de la critique génétique… RV à l’ENS pour un Congrès international qui se terminera samedi soir, puis un séminaire doctoral qui début le 9 novembre prochain.

Congrès international du cinquantenaire de l’Institut des textes et manuscrits modernes
La critique génétique comme processus.
(1968-2018)

Paris, École normale supérieure, Bibliothèque nationale de France, 17-20 octobre 2018

En 1967, la Bibliothèque nationale acquiert les manuscrits du poète Heinrich Heine. Et dans un même geste, le CNRS crée en 1968 une équipe de recherche pour inventorier, décrire et exploiter ce fonds, tandis que l’École normale supérieure met aussitôt un bureau à la disposition de la jeune équipe.
À partir de 1974, avec la création de l’équipe Proust, la formation CNRS se transforme en Centre d’Histoire et d’Analyse des Manuscrits Modernes (CAM). Elle ouvre son champ d’application à d’autres corpus français et étranger avec l’arrivée des équipes Zola, Flaubert, Valéry, Nerval-Baudelaire, Joyce, Aragon et Sartre. En 1979, les Essais de critique génétique sont le premier manifeste collectif de ce nouveau domaine d’étude. Depuis 1982, date de sa création en laboratoire propre du CNRS, l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM), aujourd’hui unité de recherche du CNRS et de l’École normale supérieure, n’a cessé de se développer en France et à l’étranger.

Analyser le document autographe pour comprendre les mécanismes de la production littéraire, artistique et scientifique, élucider la démarche de l’écrivain, du savant, du penseur ou de l’artiste et les procédures qui ont permis l’émergence de l’œuvre, élaborer les concepts, méthodes et techniques permettant d’exploiter scientifiquement le précieux patrimoine que représentent les documents conservés dans les collections et archives, telle est la mission fondamentale de l’ITEM.

Le congrès international du cinquantenaire sera l’occasion de dresser un bilan des avancées de la critique génétique et d’explorer les promesses d’avenir de cette discipline qui a su conquérir une place de premier plan parmi ses sœurs aînées, les sciences du texte.

► JEUDI 18 OCTOBRE 2018 : École normale supérieure, Salle Dussane
Session 1 : Théorie, genèses

Modération : Daniel Ferrer (CNRS-ITEM), Nicolas Donin (IRCAM), Nathalie Ferrand (CNRS-ITEM)

9h30 Dirk Van Hulle (Université d’Anvers et Jesus College, Oxford) : Critique génétique à l’ère du numérique : Vers une histoire comparative du brouillon littéraire

10h25 Charlotte Guichard (CNRS-IHMC) : L’histoire de l’art à l’épreuve de la critique génétique. La main dans la peinture des Lumières

11h20 Pause café

11h35 Pierre-Michel Menger (Collège de France) : Le travail comme catégorie de la génétique

12h30 Pause déjeuner

Session 2 : Nouveaux horizons

Modération : Anne Herschberg Pierrot (Université Paris)

14h30 Nicholas Cronk (Université d’Oxford), Nathalie Ferrand (CNRS-ITEM), Pierre Musitelli (ENS-ITEM), Le nouvel horizon des manuscrits d’Ancien Régime

15h30 Paolo D’Iorio (CNRS-ITEM), Génétique philosophique

16h10 Pause café

16h30 Dominique Combe (ENS) et Jean Khalfa (Université de Cambridge), Généalogies et avatars de la négritude

17h10 Pierre-Marc de Biasi (CNRS-ITEM), Génétique des arts visuels

17h50 Michel Espagne (CNRS-Pays germaniques, Labex TranferS), Réflexions sur les transferts entre disciplines et entre pays

18h20 Discussion générale

► VENDREDI 19 OCTOBRE 2018 : École normale supérieure, Salle Dussane

Session 3 : Génétique dans le monde

Modération : Olga Anokhina (CNRS-ITEM), Fatiha Idmhand (Université de Poitiers et ITEM)

9h30 Claudia Amigo Pino (Universidade de São-Paulo, Associação de Pesquisadores em Crítica Genética), Défis et enjeux de la critique génétique au Brésil

10h10 Graciela Goldchluck et Delfina Cabrera (Universidad nacional de la Plata), La critique génétique en Argentine

10h50 Kazuhiro Matsuzawa (Université de Nagoya), Train de nuit dans la Voie lactée de Kenji Miyazawa : les origines de la critique génétique au Japon

11h40 Pause café

12h00 Bodo Plachta (Arbeitsgemeinschaft für germanistiche Edition), Komm ins Offene, Freund! – La critique génétique en Allemagne

12h40 Paola Italia (Università degli Studi di Bologna), Alle origini della « Critica degli scartafacci». Aux origines de la critique des brouillons

13h20 Pause déjeuner

Session 4 : Supports et traces

Modération : Jean-Gabriel Ganascia (Université Pierre et Marie Curie)

Préambule : Jean-Louis Lebrave (CNRS-ITEM), La codicologie hier, aujourd’hui et demain : du codex au disque dur

15h10 Claire Bustarret (CNRS-Centre Maurice Halbwachs), Enjeux de l’expertise codicologique moderne et contemporaine : ce que le papier fait au travail de l’écrit; Jean-Sébastien Macke (CNRS-ITEM), Les supports et instruments d’écriture des écrivains vus par eux-mêmes

15h50 Thorsten Ries (Université de Gand), The challenge of born-digital : the critique génétique and digital forensics

16h30 Pause café

16h50 Aurèle Crasson (CNRS-ITEM), Jean-Louis Lebrave (CNRS-ITEM), Nathalie Léger (IMEC), Jeremy Pedrazzi (CNRS-ITEM), Thorsten Ries (Université de Gand), Genetic Forensics, analyser les disques durs de Jacques Derrida

18h10 Stéphane Reecht (BnF), Conserver le support, conserver l’information : des défis pour les institutions patrimoniales

18h50 Discussion générale

20h30 Conférence-concert de génétique musicale. (Salle des Actes) : Catherine David (écrivaine, musicienne) et William Kinderman (Université de l’Illinois)

► SAMEDI 20 OCTOBRE 2018 : INHA– Auditorium Colbert, Galerie Vivienne

Session 5 : Grands corpus de la Bibliothèque nationale de France

Présentation exceptionnelle de chaque corpus, sous forme de dialogue entre un chercheur et un conservateur de la BnF.

Matinée présidée par Isabelle le Masne de Chermont (BnF)

10h00 Jean-Marc Hovasse (CNRS-ITEM), Thomas Cazentre (BnF), Victor Hugo

11h00 Olivier Lumbroso ( Université Paris-Sorbonne nouvelle), Guillaume Fau (BnF), Émile Zola

13h00 Pause déjeuner

Après-midi présidée par Jacques Neefs (Johns Hopkins University)

14h30 Franz Johansson (Université Paris-Sorbonne), Olivier Wagner (BnF), Paul Valéry

15h30 Luc Vigier (Université de Poitiers et ITEM), Marie Odile Germain (BnF), Louis Aragon

16h30 Irène Fenoglio (CNRS-ITEM), Émilie Brunet (IRD), Émile Benveniste

Conclusion de la journée et du colloque :

Présentation au public dans la salle de lecture du département des Manuscrits de la BnF d’un second ensemble de manuscrits originaux provenant des six corpus, sous forme de mini-expositions éphémères.

SÉMINAIRE DOCTORAL GÉNÉTIQUE DES TEXTES ET DES ARTS : THÉORIES ET PRATIQUES

La génétique apparaît dans le panorama intellectuel et littéraire des années soixante-dix ; elle est aujourd’hui reconnue comme l’une des principales innovations critiques des trente dernières années dans les méthodes d’analyse scientifique de la littérature et de la création. En tant qu’approche de l’œuvre in statu nascendi, reposant sur l’analyse, pour reprendre la formule de Louis Aragon, non de « l’écrit figé par la publication », mais du « texte en devenir, avec ses ratures comme ses repentirs », elle s’intéresse aux processus de la création, qu’elle hiérarchise, explique et étudie.

Longtemps associée à l’étude des manuscrits de Zola, de Proust, de Flaubert ou de Valéry, la génétique connaît aujourd’hui une vaste extension de son champ de recherches, dont acte le volume collectif L’Œuvre comme processus, dirigé par Pierre-Marc de Biasi et Anne Herschberg Pierrot. Depuis une dizaine d’années, elle s’ouvre progressivement à ces nouveaux territoires que constituent les littératures étrangères, mais également les arts plastiques.

Organisé avec le soutien de l’Institut des Textes et Manuscrits, du laboratoire d’Études romanes et de l’équipe « Littérature, histoires, esthétique » de l’Université Paris VIII, le séminaire doctoral « Génétique des textes et des arts : théories et pratiques » se propose de rendre compte de l’extrême vitalité d’une telle méthodologie. Des acteurs reconnus du monde de la recherche seront invités à dialoguer avec des doctorants ou de jeunes docteurs, à présenter leurs travaux ou leurs réflexions ayant trait à la pratique et à la théorie de la critique génétique.

Les séances du séminaire, consacrées, à part égale, à la littérature française, à la littérature hispanique et à l’histoire de l’art, se dérouleront, un vendredi par mois, de 16h à 19h, à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, et ce à partir du 9 novembre 2018. Ouvertes à tous les publics, elles auront à cœur de faciliter échanges, débats et rencontres entre des universitaires issus d’horizons disciplinaires différents, mais soucieux de partager leurs pratiques de recherche.

15 octobre 2018

[News] Libr-News

En cette seconde quinzaine d’octobre, à la UNE deux livres importants, de Patrick VARETZ et de Jean-Claude PINSON, qui vous donnent RV à Lille et à Nantes ; et aussi RV avec AOC, Ivy Writers…

UNE /Fabrice Thumerel/

► Patrick Varetz, Rougeville. Promenade élégiaque, éditions La Contre Allée, été 2018, 96 pages, 8,50 €.

Si le dernier opus de Patrick Varetz est le plus court, il constitue néanmoins une étape fondamentale dans la geste de l’écrivain, avec précisément ce geste fondateur : « C’est dans cette église que j’ai abandonné, un certain soir de 2010, un carton à chaussures contenant mon premier livre (sans doute faut-il voir là une parodie de rite de passage, en lien avec la légende familiale qui prétend que j’ai passé mes premières heures dans une boîte d’escarpins pointure 41, le lendemain très précisément du fameux bal où ma mère – ignorante de son état – était allée danser pour étrenner lesdits escarpins) » (p. 23). C’est là que ce transfuge de classe abandonne son « double famélique » : « une espèce d’avorton qui se refusait toujours à grandir, recroquevillé dans le creux de mon ventre. Ce petit Pascal, tout craintif qu’il était, je l’avais donc abandonné là, dans un recoin sombre, derrière l’autel, au fond d’un carton à chaussures contenant mon premier roman » (p. 28-29).

Peut-on échapper à ses origines sans éprouver un sentiment de trahison ? Et dès que cet être de nulle part / « nulle père » (49) se tourne vers l’écriture, c’est cet Autre qui réapparaît… Ce retour aux sources n’est pas des plus simples, puisque s’effectuant au travers d’un subtil jeu de miroirs entre l’écrivain et sa ville – qu’il revisite par le biais de Google Street -, l’écrivain et son double, le chevalier de Rougeville…

► Jean-Claude Pinson, Là (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, Joca Seria, Nantes, été 2018, 280 pages, 19,50 €.

C’est , en Loire-Atlantique, qu’a vécu et vit le poète et philosophe Jean-Claude Pinson : cette somme egogéographique rassemble souvenirs personnels et familiaux, des évocations de la Loire et des villes qui l’ont marqué, des retours sur l’oeuvre (comme « Habiter la couleur »)…

En ce monde où claironnent les identitarismes les plus fallacieux, on retiendra cette salutaire mise en garde : « je crois dangereux d’invoquer des racines. La métaphore, avec son « pathos tellurique », suggère que « l’identité, remarque le philologue Maurizio Bettini, viendrait justement de la terre« . Ce faisant, elle conduit à établir une dangereuse hiérarchie entre ceux qui seraient les seuls fils authentiques d’une certaine terre qui les aurait engendrés (les Grecs parlaient d’autochthonia) et ceux qui y seraient simplement « survenus » (autrement dit les immigrés) » (p. 27). Et aussi la réflexion qui suit : « Chacun est un palimpseste, et il y a en nous autant d’identités dans les limbes que de langues mortes enfouies dans nos archives intimes, à notre insu le plus souvent » (p. 28).

Libr-brèves

► À lire sur AOC, qu’il devient impossible de ne pas lire tant cette revue en ligne propose un indispensable regard aigu sur le monde, les intéressants articles de deux sociologues de premier plan, Bernard Lahire et Jean-Louis Fabiani.

► On lira, sur Diacritik, la réaction de Johan Faerber suite à l’appel à contributions pour le numéro 19 de la Revue critique de fixxion française contemporaine, Fictions « françaises » : « Contre la zemmourisation de la critique littéraire »… Et la polémique qui s’en est suivie, très instructive : lire le droit de réponse.

Mardi 16 octobre, RV au Delaville Café avec Ivy Writers :

4 octobre 2018

[News] Libr-News poétiques

La poésie est plus que jamais vivante en ce mois d’octobre : « Poésie et musique aujourd’hui sur Remue.net ; parution du n° 11 de la revue Catastrophes ; deux RV poétiques prochains à ne pas manquer en Sorbonne ; Poéticide de Hans Limon lu par Denis Lavant ; les RV de la ZIP (Zone d’Intérêt Poétique)…

► À découvrir sur le Net : le dossier que Laure Gauthier a lancé sur Remue.net, « Poésie et musique aujourd’hui »

► Ne manquez surtout pas le dernier numéro de la revue en ligne gratuite Catastrophes : n° 11, « Les Techniciens du sacré », avec notamment la collaboration de Jacques Demarcq, Marie de Quatrebarbes, Jean-Claude Pinson, Laurent Albarracin, Pierre Vinclair, Olivier Domerg, A.C. Hello… Télécharger

► Un colloque international »Valeurs de la poésie (XVIe – XXIe siècles) », du 11 au 13 octobre : télécharger le programme.

Avec notamment, sur la poésie aujourd’hui : Benoît Dufau, Pascal Durand, Caroline Fischer, Romuald Foukoua, Olivier Gallet, Laure Michel, Antonio Rodriguez, Gaëlle Théval, Fabrice Thumerel… À noter également le vendredi apm : lecture de Cyrille Martinez et Table ronde sur « poésie et action culturelle ».

La poésie a-t-elle (encore) de la valeur ?

Cette question émerge aujourd’hui dans le contexte d’une dépréciation sociale, de difficultés économiques, de critiques venues du roman, de polémiques chez les poètes eux-mêmes et de sortie hors du genre. Les reproches sont connus : autotélisme, élitisme, illisibilité, disparition du lectorat, sacerdoce illusoire, sacralisation désuète du livre et de l’écrit, etc. La contestation de la valeur de la poésie, dans le champ social comme dans le champ littéraire, est toutefois un phénomène ancien. De la méfiance du philosophe envers le poète chez Platon à la marginalisation du « poète lyrique à l’apogée du capitalisme » (W. Benjamin), puis à la quasi invisibilité contemporaine de la poésie, le destin social de celle-ci semble être celui de sa disparition. Parallèlement, de l’autoportrait satirique chez Stace, Régnier ou Saint-Amant à la « haine de la poésie » (G. Bataille), devenue « inadmissible » (D. Roche), il semble que la détestation de la poésie par les poètes eux-mêmes corrobore son effacement dans le champ.

Cette évolution est parfois imputée à une survalorisation première de la poésie entraînant par contrecoup déceptions et dépréciations. Investie de pouvoirs sacrés à la Renaissance, placée au sommet du système des genres (Hegel), la poésie, assignée aux plus hautes fonctions par les « mages romantiques » (P. Bénichou), se serait révélée incapable de prendre en charge pour la communauté les catastrophes du XXe siècle.

À l’opposé de ce type de récit téléologique et essentialiste, nous proposons de tenir compte des variations de ce qui est appelé poésie, de la Renaissance à nos jours, pour examiner non pas une irrémédiable dévalorisation de la poésie mais une diversité de valeurs, en considérant son histoire, non pas de manière linéaire, mais en fonction de phénomènes d’intermittences et de résurgences.

Les valeurs de la poésie sont fonction non seulement de l’organisation des genres et des sous-genres (épique, dramatique, satirique, pastoral), mais aussi des rapports entre art noble et art de cour, « grand art » (canon poétique) et « art populaire » (poésie éphémère, poésie privée). Ces valeurs dépendent encore de la place accordée aux supports (oral, écrit, visuel, numérique), des pratiques et des usages sociaux (poésie encomiastique, épistolaire, intime, engagée) et de leurs lieux (salons, cour, maisons d’édition, revues, festivals).

Les critères et les formes de la valeur en poésie pourront se décliner en fonction des axes suivants, qui rassembleront chacun des études sur des siècles différents.

► Sorbonne, le jeudi 18 octobre à 19h45, amphithéâtre Guizot, soirée PLS (revue Place de la Sorbonne), « Autour de mai 68 : lectures poétiques »

En cette année du cinquantenaire de mai 68, Place de la Sorbonne organise une soirée au cours de laquelle des poètes contemporains viendront dire des textes d’eux librement inspirés par cette insurrection à la fois politique, sociale et poétique. Il s’agira de textes composés dans le retentissement du fameux printemps mais aussi de poèmes écrits aujourd’hui faisant retour sur lui.

Amandine André, Francis Combes, Jean-Luc Despax, Florence Pazzottu, Christian Prigent en duo avec Vanda Benes, Milène Tournier. Les lectures seront ponctuées de morceaux de jazz joués à la guitare par Arnaud Delpoux.
Gratuit sur réservation obligatoire avant le jeudi 18 octobre.

► Jeudi 18 octobre au Théâtre du Nord-Ouest à Paris, à 19H, Denis Lavant lira en avant-première des extraits du livre à paraître de Hans Limon, Poéticide (Quidam éditeur, parution le 8 novembre) : Libr-critique reviendra sur ce livre important dès le 8 novembre…

► Les RV de la ZIP (Zone d’Intérêt Poétique) :

30 septembre 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de septembre, nos Libr-12 ; mais auparavant, Hommage à Pascale Casanova dans nos Libr-brèves

Libr-brèves

Nous venons d’apprendre avec une grande tristesse – par Jean-Pierre Salgas – la mort de Pascale Casanova (1959-2018), qui avait participé à notre premier volume Manières de critiquer, quelques années avant le lancement de Libr-critique.com : elle représentait un âge d’or de France Culture ; c’était une critique exigeante qui s’inscrivait dans la perspective de la sociologie critique de Pierre Bourdieu.

► À découvrir sur le Net : le dossier que Laure Gauthier a lancé sur Remue.net, « Poésie et musique aujourd’hui »

► À ne pas manquer le 11 octobre : une ciné-séance Belle Époque, comme si vous y étiez…

Libr-12

En cette période pénible de palmarès et listes de nominés aux prix de novembre, LC vous propose 12 livres qui comptent et que nous vous recommandons vivement.

► Éric ARLIX, Terreur, saison 1, Les Presses du Réel/Al dante, été 2018, 96 pages, 10 €.

► Véronique BERGEN, Tous doivent être sauvés ou aucun, éditions ONLIT, septembre 2018, 272 pages, 18 €.

► Philippe BOISNARD, Vie et mort d’un transsexuel, éditions Supernova, été 2018, 86 pages, 10 €.

► Jean-Michel ESPITALLIER, La Première Année, été 2018, 192 pages, 17,90 €.

► Bruno FERN, Suites, éditions Louise Bottu, mai 2018, 162 pages, 14 €.

► Pierre GUYOTAT, Idiotie, Grasset, août 2018, 256 pages, 19 €.

► Christophe HANNA, Argent, éditions Amsterdam, septembre 2018, 264 pages, 20 €.

► Hans LIMON, Poéticide, Quidam éditeur, paraît en ce début octobre 2018, 96 pages, 13 €.

► Michèle MÉTAIL, Le Cours du Danube en 2888 kms/vers… l’infini, Les Presses du réel/Al dante, été 2018, s. p., 17 €.

► Valère NOVARINA, L’Homme hors de lui, P.O.L, septembre 2018, 160 pages, 14 €.

► Jean-Claude PINSON, Là (L.-A., Loire-Atlantique), Joca séria, été 2018, 280 pages, 19,50 €.

► Jacques SICARD, Suites chromatiques, éditions Tinbad, septembre 2018, 152 pages, 16 €.

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