
Voici de quoi attendre la reprise de fin avril : Jean-Claude PINSON, Poéthique (Champ Vallon) ; Frank SMITH, États de faits (éditions de l’Attente) et Gaza, d’ici-là (Al dante) ; Jérôme BERTIN, Pute (Al dante).

Voici de quoi attendre la reprise de fin avril : Jean-Claude PINSON, Poéthique (Champ Vallon) ; Frank SMITH, États de faits (éditions de l’Attente) et Gaza, d’ici-là (Al dante) ; Jérôme BERTIN, Pute (Al dante).

À la suite des essais de Christian Prigent (1996) et de Jean-Claude Pinson (1999), tout en renvoyant à l’"Excitation" récente de Sitaudis et à mon étude sur la crise-de-la-poésie, vu la situation institutionnelle faite à la poésie en cet automne 2012 (tentative de suppression de la commission de poésie au CNL, coupe drastique dans les subventions à la manifestation "Le Printemps des poètes"), on peut poser à nouveau la double question : à quoi bon encore des poètes ? à quoi bon la poésie aujourd’hui ? Et relayer cet appel, en espérant qu’un maximum de Libr-lecteurs le relaieront. /FT/
Après une petite "vacance", vu la densité des projets en cours comme de l’actualité littéraire, LIBR-CRITIQUE reprend de plus belle : côté revues, Pleins feux sur le dernier numéro de FUSÉES et "Ballade dans le paysage revuiste français" avec André Rougier ; parmi les RV printaniers à ne pas manquer, slam à Lille, dernière création numérique de Philippe Boisnard, colloque Spinoza & Deleuze, rencontres avec Mathieu Brosseau ou les éditions du Grand Os, prochaine performance de Sandra Moussempès…
Et si, contre le populisme culturel, la subversion consistait aujourd’hui à inventer de nouvelles formes d’art populaire ? de nouvelles corrélations entre "art" et "peuple" ? Telle est la question cruciale que nous pose Colette Tron, directrice d’Alphabetville, après bien d’autres auteurs qui ont marqué LIBR-CRITIQUE (Annie Ernaux, Jean-Claude Pinson, Nathalie Quintane…).
Ce texte s’inscrit dans une réflexion qui devrait se poursuivre jusqu’en 2012 sur le thème "Le peuple manque-t-il ? Variations sur l’art et le peuple", venant à la suite de Esthétique et société. [Lire la présentation du dossier]
Le "feu d’artifices" ne peut qu’amener Fusées… De cette dix-septième – et riche – livraison, on retiendra surtout la préface de Philippe Beck ("Propositions sur l’avant-garde"), le dossier sur Bernard HEIDSIECK et quelques travaux en cours (Bruno Fern, "Des tours" ; Mathieu Brosseau, "Ici dans ça" ; Bénédicte Gorrillot, "Trompettistes").
Fin août, nous reviendrons sur le somptueux numéro 4 de Lgo et sur le dossier de Littérature, "Effacement de la poésie ?" (n° 156, hiver 2009-2010, 110 pages, 20 €), dans lequel nous retrouvons Jean-Claude Pinson («"Lançons donc du blé à travers l’éther"», p. 16-35) et un article de Bénédicte Gorrillot, "Christian Prigent : l’effacement poétique à l’œuvre" (p. 65-78), qui constitue le pendant de celui qu’elle a publié sur LIBR-CRITIQUE, "Christian Prigent : l’écriture du commencement".
â–º Fusées, Carte Blanche, n° 17, été 2010, 120 pages, 15 €, ISBN : 978-2-905045-54-6.
Dans ces news de Libr-printemps : Soirée autour de Giney Ayme à Databaz [centre d’art expérimental que l’association Trame-Ouest qui dirige libr-critique a créé à Angoulême depuis novembre 2009], une humeur de Philippe Boisnard en forme de manifeste pour une approche ontologique de la poésie, le colloque "Politiques de la littérature" (Bourdieu, Sartre, Foucault) et les livres reçus : Françoise Khoury, Échafaudage ; Franck Smith, Guantanamo ; François Collet, Bernard Heidsieck plastique ; revue CCP et Cahier de l’observatoire de l’espace du CNES.
Jean-Claude Pinson, À Piatigorsk, sur la poésie, éditions Cécile Defaut, Nantes, 2008, 142 pages, 15 € ISBN : 978-2-35018-061-8
Jean-Claude Pinson, Drapeau rouge, Champ Vallon, 2008, 155 pages, 15 € ISBN : 978-2-87673-475-3
Maryse Souchard, Jean-Claude Pinson, Jean-Michel Vienne, Joël Gaubert, Le populisme aujourd’hui, Éditions M-Editer, 2007, 110 pages, 10 € ISBN : 978-2-915725-07-0.
Après les ouvrages fondamentaux parus ces dernières années, Par le peuple, pour le
peuple. Le Populisme et les démocraties (Fayard, 2000), de Yves Mény et Yves Surel, et L’Illusion populiste (Berg, 2002), de Pierre-André Taguieff, voici un petit volume d’intérêt public qui, regroupant quatre textes issus des conférences organisées à l’Université Populaire de Nantes par l’Association Philosophia, devrait être dans toutes les mains en cette période d’élections – présidentielles puis législatives.
Héritier de la Révolution, du bonapartisme et du boulangisme au Régime de Vichy, comme au poujadisme et au Front National, le populisme, que Maryse Souchard définit comme l’appel lancé par un chef à un peuple survalorisé (vox populi, vox dei), s’est accompagné en France de paternalisme, d’anti-élitisme et d’un nationalisme plus ou moins xénophobe et antisémite. Aussi, par populisme, faut-il entendre « tout mouvement, doctrine ou idéologie qui prétend exprimer, à la place d’un peuple muet et paralysé, les désirs de ce « peuple » en agissant à sa place, incarnant dans un chef la volonté du peuple ainsi directement représenté » (p. 19).
Le problème actuel, c’est la contamination sémantique entre « populisme » et « valeurs démocratiques ». Et la spécialiste en communication de nous mettre en garde contre deux dangers antithétiques : d’une part, la dérive réactionnaire, qui prend appui sur la défiance envers toute référence au peuple pour justifier la domination des élites, alors même qu’il ne saurait y avoir de démocratie sans lutte pour l’émancipation sociale et politique des dominés ; d’autre part, la dérive populiste propre aux courants extrémistes, qui consiste à tenir un discours alarmiste jouant sur les peurs les plus irrationnelles et à prôner le relativisme absolu, c’est-à -dire à poser l’équivalence de tous les discours, pour mieux disqualifier des élites sociales et intellectuelles rendues coupables de mensonge et de manipulation, et légitimer ainsi sa propre idéologie et/ou son propre chef. Le pire est que le second travers touche également les médias, qui y voient un moyen de conforter leur pouvoir – ce que montre Maryse Souchard en analysant la rhétorique de l’hebdomadaire Marianne.
Mais qu’est-ce qu’en appeler au peuple ?, se demande Jean-Michel Vienne, soulignant l’ambiguïté d’un terme dont l’usage est régi par une série de tensions : « peuple inclusif / peuple exclusif », « populace / peuple organisé », « peuple sachant / peuple ignorant », « réalité sociale / notion idéale », « réalité géographique / réalité politique », « classe inférieure / classe rédemptrice », « peuple traditionnel / peuple eschatologique ». Parce qu’elle considère le « peuple » comme une réalité en soi, la posture populiste est une dangereuse imposture.
Avec la surmédiatisation, la crise de la représentation est l’autre cause principale expliquant le retour actuel du populisme. Pour Joël Gaubert, elle est due à la prédominance des intérêts particuliers sur l’intérêt général ainsi qu’à l’avènement d’une « oligarchie techno-libérale » (p. 91), c’est-à -dire à l’impuissance d’un parlement qui incarne la souveraineté du peuple face au pouvoir exécutif national et supranational, auquel s’ajoutent le pouvoir médiatique et le pouvoir économique des multinationales et des instances mondiales (FMI, OMC, BM, OCDE…). Mais, pour le philosophe, cette crise est avant tout symbolique : dès lors que la démocratie s’est transformée en médiacratie et en médiocratie, peut-elle engendrer autre chose qu’une crise du sens ? De sorte que le meilleur remède ne réside pas tant dans un modèle participatif dont les risques majeurs sont l’autocratie et le populisme, voire l’anarchie à laquelle aboutirait la dissolution du pouvoir légitime dans de multiples groupes d’intérêts particuliers (lobbies), mais dans un système délibératif qui procèderait à la « resymbolisation de l’expérience » en développant l’instruction et l' »Ã©thique de la discussion » (Habermas).
En cette campagne présidentielle où l’étiquette péjorative de « populiste » a été accolée aux trois candidats arrivés en tête du premier tour, chacun aura le loisir de se faire une idée au regard de ces analyses.
Cela étant, après avoir rappelé que le terme même de « populisme » est apparu en 1912 pour désigner une école romanesque visant à décrire de façon réaliste la vie du peuple, Jean-Claude Pinson quitte le champ politique pour le champ esthétique, où il entend « saisir les conditions de cette démagogie insidieuse et doucement endoxique plutôt que brutalement idéologique qu’est aujourd’hui la logique du populisme » (p. 37). Car, pour ce lecteur de Bernard Stiegler, le populisme est favorisé par un monde où la télévision véhicule un individualisme de masse indissociablement lié à l' »ethos démocratique » contemporain ; où l’expérience sensible, parce que médiatisée, n’a plus rien d’authentique ni d’esthétique ; où l’extinction de la sublimation artistique a pour corollaire l’aliénation à la société de consommation. Et pour le poète-philosophe, la seule façon de résister au « populisme culturel », c’est-à -dire à la « désublimation engendrée par la domination du capitalisme culturel » (p. 46), ressortit moins à la logique avant-gardiste – qui oppose à la culture de masse une « politique de la forme résistante » (Adorno) – qu’à une logique rhizomatique de la « raison artistique », plus conforme à l’ethos individualiste actuel : il ne s’agit plus d’en appeler à un « peuple qui manque » (Klee), mais de faire advenir le « devenir artiste » (Deleuze) des individus. Reste à savoir l’impact social et esthétique d’une « logique créative » qui, pour être moins ambitieuse que la révolution avant-gardiste, n’en est pas moins presque aussi utopique.
Claude Le Bigot dir., A quoi bon la poésie, aujourd’hui ?, Presses Universitaires de Rennes, 2007, 144 pages 12 € ISBN : 978-2-7535-0397-7
Quatrième de couverture
Répondre à la question À quoi bon la poésie, aujourd’hui ? c’est d’abord envisager ce que sont les pouvoirs et les enjeux de la poésie dans un monde qui tend à réduire cette pratique à une confidentialité qui la marginalise face à la fiction romanesque. Cette journée d’études, qui a réuni créateurs, critiques et essayistes, a pourtant mis en évidence la vitalité du genre et sa vocation à être encore la conscience critique de son temps.
Les diverses contributions ont placé sous un nouvel éclairage la responsabilité éthique du poète. Dans ce sillage, l’engagement est encore de mise ; mais après sa phase idéologique, il a cédé la place à l’histoire du sujet. Alors la poésie n’hésite pas à utiliser les ressorts de l’intimité qui avait été jugée indécente pour se faire « poésie indiscrète » ; entendons par là l’attitude de celui qui est le témoin gênant des événements. À côté des exemples précis empruntés essentiellement au domaine espagnol, la table ronde autour de Christian Prigent est l’occasion de repenser le divorce – toujours déroutant – entre le langage poétique et l’adéquation au monde du logos. Le désir d’écrire envers et contre tout est en soi une dynamique inépuisable. Même s’il reste peu de choses des spéculations théoriques des avant-gardes, toutes époques confondues (dimension polémique, souci de l’impact civique, questionnement idéologique), ce peu est incontournable.
Premières impressions
Depuis la fin du siècle dernier, la question hölderlinienne de l' »Ã€ quoi bon la poésie ? » tiraille le champ tout entier – à savoir, les espaces des médias, des éditeurs, des libraires et des bibliothécaires, mais également, par ricochet, ceux des auteurs et des revues. Car le diagnostic semble de plus en plus critique : poids économique nul, reconnaissance institutionnelle insuffisante, danger d’asphyxie par inadaptation au circuit commercial actuel, maintien « sous perfusion / subvention étatique », pour reprendre une formule du poète Olivier Quintyn (Magazine littéraire, n° 396, mars 2001)…Sans oublier le problème de l' »action poétique », que Jean-Claude Pinson résume ainsi en début de volume : « Avec la mise à mal des utopies politiques qui formaient l’horizon des poétiques de la révolution par le signifiant, avec des lendemains qui déchantent, parler d’action poétique a-t-il encore un sens ? » (p. 23). Et de s’engager en faveur d’une poéthique : un « lyrisme sans transcendance », une poésie dont l’action est restreinte, mais grande l’ambition ; une poésie qui, plutôt que de déconstruire, vise à reconstruire.
Dans cet ouvrage collectif qui arbore en couverture la superbe reproduction d’une création de Marisa Cal (Zurgai, 2004), nous retrouvons d’ailleurs les deux poètes qui se sont posé la même question dans leurs essais : Christian Prigent, À quoi bon encore des poètes ? (P.O.L, 1996), et Jean-Claude Pinson, À quoi bon la poésie aujourd’hui ? (Éditions Pleins Feux, Nantes, 1999). Leurs problématiques traduisent l’opposition entre lyrisme et littéralisme, conception positive et conception négative de la poésie.
Prochainement, nous reviendrons en détail sur les pistes de réflexion que nous offre ce livre important. /FT/
[Suite à un mail de Jean-Claude Pinson, nous publions à sa demande, cette brève note]
Mon nom apparaissant, au détour d’une question, dans le très intéressant entretien avec Christian Prigent qu’a publié votre site, je crois nécessaire de préciser ma position sur la question de l’invention.
Il y aurait sûrement beaucoup à dire sur un tel sujet. Une phrase néanmoins pourrait résumer mon point de vue (et mon attachement à l’invention). Elle figure dans À quoi bon la poésie aujourd’hui ? et est reprise dans Sentimentale et Naïve. La voici :
« Et s’être libéré de l’illusion poético-politique d’une «révolution par le signifiant» ne saurait signifier qu’on soit quitte de ce «devoir» d’invention. »
Au-delà de cette position théorique, c’est bien sûr au lecteur (si jamais il a envie d’aller y voir) de juger si oui non mes livres de poésie « inventent ».
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