Libr-critique

26 janvier 2014

[News] News du dimanche]

Tandis que se poursuit le débat lancé par Sylvain Courtoux à partir du livre de Jérôme Bertin, au programme des NEWS de ce soir : le diptyque chevillardien (L’Autofictif en vie sous les décombres et Le Désordre AZERTY) ; nos Libr-événements (conférences de Philippe Boisnard, enjeux littéraires contemporains organisés par la MEL, festival Tandem de Nevers, rencontre avec Esther Tellermann et Pierre Chappuis).

UNE /FT/

â–º Éric CHEVILLARD, L’Autofictif en vie sous les décombres, L’Arbre vengeur, janvier 2014, 234 pages, 15 €, ISBN : 979-10-91504-10-2.

L’autodérision fait partie intégrante de la démarche chevillardienne : "Voici donc la deux millième page de L’Autofictif. La formule est aujourd’hui un peu usée et j’ai résolu de lui substituer dès la rentrée trois motets quotidiens dédiés à la Vierge Marie" (p. 216)… Inutile, donc, d’essayer de le prendre en flagrant délit d’auto-aveuglement : "L’écrivain ne doit pas s’y tromper. Il travaille aujourd’hui pour les ménagères de plus de 50 ans" (p. 85). Cette lucidité nous vaut également de belles analyses littéraires : "Il y a les écrivains qui se complaisent dans le réel, qui fourrent leurs phrases dedans, qui en rajoutent une couche ; et les écrivains qui prennent le réel dans les rets tranchants de leurs phrases afin de le retailler à leur guise" (p. 14).

Et s’il fait concurrence à l’état-civil, c’est uniquement pour se démarquer de ses homonymes sur le plancher des vaches : la boucherie et le village du même nom. Mais pour le reste, ne distinguant pas l’écriture autobiographique de l’écriture d’invention, place à l’inattendu… Une nouvelle en trois lignes à la façon de Félix Fénéon : "Il songea soudain qu’il était parvenu au mitan de son existence et la commotion que lui causa cette pensée fut si forte qu’il tomba raide mort" (32). Un fait incongru : "J’introduisis le rhinocéros dans la pièce où j’exposais ma collection de toiles d’araignées en prenant bien garde à ne pas laisser entrer la mouche" (33). Une déclaration loufoque : "Je suis la réincarnation de Jules Laforgue, mais personne ne veut le croire" (88)…

â–º Eric CHEVILLARD, Le Désordre AZERTY, Minuit, janvier 2014, 202 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-7073-2336-1.

Fait écho à ce sixième tome de L’Autofictif le carnet pseudo-autobiographique qui doit son nom à sa méthode de composition : non pas un abécédaire de plus, mais un texte réflexif qui s’ordonne selon la logique du clavier. Ainsi, AZERTY comme : "Aspe", "Zoo", "Ennemi", "Rentrée", "Théorie", "Yeux". Ensuite, de "Utilité" à "Nuit Neige Noël", en passant par "Quinquagénaire", "Style", "Genre", "Humour", "Journal", "Littérature", ou encore "Chevillard", zigzague le cheminement scriptural.

Qu’il retrace son demi-siècle ou le récit arbitrairement journalier qu’il rédige depuis 2007, l’auteur suit la même logique paradoxal : refusant tout principe chrono-logique, toute hiérarchie, il procède au télescopage de micro-événements plus ou moins insignifiants, le court-circuitage des signifiés comme des signifiants confinant à l’incongruité et générant "des effets de surprise ou de reprise, de coïncidence ou de dissonance" (p. 127).

La logique paradoxale régit encore son autoportrait en humoriste : "L’humoriste n’est pas un joyeux drille. […] L’humoriste n’est pas très sensible non plus à la poésie burlesque du clown. […] L’humoriste a pris son corps dans la langue. […] l’humoriste est un rabat-joie" (119-120). Et de l’humour, il n’en manque pas pour évoquer le portement du nom. A considérer l’étymologie de son patronyme, rien d’étonnant à ce que l’on se torde souvent la cheville dans son univers… Et quand on songe qu’est un "chevillard" celui qui maîtrise l’art de planter à la cheville, le voici "rendu au sol"… "Paysan !" (174). D’où la nécessité pour lui de se faire un nom, et pour cela, de se démarquer du label Minuit ; ce qui explique sa charge contre l’écriture blanche : chevillé au style, il fustige cette "littérature de miroitier bègue à l’usage des singes et des perroquets" (92).

Libr-événements

â–º Mardi 28 janvier 2014, deux interventions de Philippe Boisnard : 9H-9H30, Conférence au Département Philosophie de l’Université de Tours, dans le cadre des journées sur Internet et le pouvoir (sur la question des paradigmes de l’art contemporain et de la mode internet comme processus de réduction des champs possibles de la création ; les objets d’analyse seront la littérature sur support numérique et le net-art).

Le soir, à Paris, dans le cadre des Voeux de l’internet (réservation via le lien)
http://www.weezevent.com/voeux-de-linternet-2014
réflexion sur la question des Fablab, notamment à partir de la promotion Européenne et Nationale qui en est faite : "Le point commun des initiatives « fablab » est constitué de l’énergie, de l’enthousiasme et de la certitude que leur implantation faciliteraient la relocalisation des unités de production. Derrière leur image liée au milieu associatif, à l’open source et à l’éthique du hacker, les forces industrielles dans leur finalité pourraient contredire la logique de naissance des fablab. Chimère ou révolution industrielle de demain ?"

â–º Du mercredi 29 janvier au dimanche 2 février, Littérature, enjeux contemporains VII : le mercredi 29 à la Bpi ; le jeudi 30 à la Maison des cultures du monde ; les vendredi 30, samedi 1er et dimanche 2 février à l’auditorium du Petit Palais.

Comment les écrivains voient ce qu’ils voient et comment ils le donnent à voir ? Ces livres, ces oeuvres qui séduisent et sidèrent, quelle forme donnent-ils au regard ? Pour la 7e édition de son festival annuel, la Mel a choisi pour thème la notion de « point de vue » qu’interrogeront écrivains, artistes, théoriciens et réalisateurs, aux confins des textes et des images. Car la littérature, et les arts qu’elle nourrit, ne cesse d’éduquer le regard, de montrer autrement, faces étranges et zones obscures. Elle révèle et dévoile, tout à la fois observatrice, contemplative ou hallucinatoire : nous allons voir ce que nous allons voir.

Avec Nils Ahl, Laura Alcoba, Marianne Alphant, Wolfgang Asholt, Damien Aubel, Emmanuelle Bayamack-Tam, Gisèle Berkman, Pierre Bergounioux, Eduardo Berti, Didier Blonde, Robert Bober, Stéphane Bouquet, Nicole Caligaris, Marcel Cohen, Jean-Max Colard, Jean-Louis Comolli, Joseph Danan, Luc Dardenne, Laurent Demanze, Daniel de Roulet, Georges Didi-Huberman, Randal Douc, Éric Dussert, Christophe Fourvel, Sylvie Germain, Thierry Girard, Eugène Green, Otar Iosseliani, William Irigoyen, Francesca Isidori, Laurent Jenny, Sophie Joubert, Pascal Jourdana, Jean Kaempfer, Patrick Kéchichian, Pauline Klein, Alban Lefranc, Philippe Lefait, Roberto Maggiori, Valerio Magrelli, Wajdi Mouawad, Pierre Michon, Christine Montalbetti, Marie-José Mondzain, Jacques Munier, Alain Nicolas, Carlo Ossola, Antoine Perraud, Eric Pessan, Ollivier Pourriol, Philippe Rahmy, Sinziana Ravini, Mathieu Riboulet, Sophie Ristelhueber, Olivia Rosenthal, Jean- Jacques Salgon, Tiphaine Samoyault, Pierre Schoentjes, Pierre Senges, Peter Szendy, Dominique Viart, Tanguy Viel, Cécile Wajsbrot, Frédéric Werst, Pierre Zaoui.

Programme complet du festival des Enjeux VII , à télécharger ici : http://www.m-e-l.fr/,re,377
t. 01 55 74 60 91 – 01 55 74 60 98
Entrée libre et gratuite.

â–º Festival littéraire de Nevers, TANDEM, les 6 et 7 février 2014, avec notamment : Jean-Michel Espitallier, Olivier Mellano, Valérie Rouzeau, Olivia Rosenthal… Le programme complet : ici.

â–º Tschann Libraire, les éditions Unes, Canopée et les éditions Corti vous invitent à une lecture de Esther Tellermann (Le Troisième, éditions Unes) & Pierre Chappuis (Entailles, éditions Corti) en présence de l’artiste Gilles du Bouchet, le jeudi 13 février 2014 à 19h30. Présentation par les éditeurs François Heusbourg (Unes) et Thierry Le Saëc (Canopée). [Tschann Libraire, 125 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris / tél.: 01 43 35 42 05 librairie@tschann.fr]

 

31 décembre 2013

[News] Spéciale LC : de 2013 à 2014…

Pour ce passage entre 2013 et 2014, LC vous offre à la fois une prospective particulière (14 citations pour 2014 : avant-goût de quelques livres sélectionnés pour le début de l’année) et une petite rétrospective (les 10 posts les plus lus/vus depuis le lancement du nouveau LC en septembre)…

14 citations pour 2014

Voici un aperçu en citations des livres que nous avons lus et que nous vous recommandons pour le premier trimestre 2014.

â–º Christophe CARPENTIER, Chaosmos (P.O.L, 2 janvier : dystopie de 416 pages) :

1) "Il n’y a plus d’actifs ni de chômeurs, plus de riches ni de pauvres, plus de malades ni de bien portants, il n’y a plus qu’un peuple : celui des relais efficaces du Chaosmos" (p. 116).

â–º Jacques JOUET, Les Communistes (P.O.L, 2 janvier, 490 pages) :

2) "On parle de passéisme, dit Pavel, mais jamais d’avenirisme ou de présentéisme" (p. 255).

3) "Et si je nous déclarais cohommunistes, tu aurais encore peur du co- ?" (p. 484).

â–º Jérôme BERTIN, Le Projet Wolfli (Al dante, 15 janvier, 64 pages) :

4) "Le peuple n’aspire qu’à se faire enculer" (p. 12).

5) "L’écriture aussi est un sport de combat. Ou alors ce n’est pas de la littérature. C’est de la merde" (p. 42).

6) "Top chrono pour les moutons. Consommez consommez avant que le cancer ne vous consume. Cassez votre tirelire cochons. Vous vous serrerez la ceinture après. Crédits crédits. Une seule vie ne suffit pas pour tout acheter" (p. 48).

7) "Debout les damnés de la terre. Ils vivent à ne pas douter leurs derniers instants. La culture d’état pue la mort. Les derniers penseurs sont enfermés dans la misère. Les éditeurs, les producteurs, travaillent par leur censure et leurs choix commerciaux à la désintégration du pensé debout" (p. 49).

â–º Jérôme BERTIN, Première ligne (Al dante, 15 janvier, 40 pages) :

8) "Festin de terre. Assis sur le lit la tête entre les mains. Cracher le poème et du sang. Du sens interdit. La tête cogne contre le carrelage" (p. 15).

9) "Anus, l’origine du monde. Plus de débats mais des combats. Des décombres des cobras. À la place de la langue, uppercut. Un sein vert expression. Tu vois le sang araignée sur le sol" (p. 18).

â–º Éric CHEVILLARD, L’Autofictif en vie sous les décombres (L’Arbre vengeur, 15 janvier, 234 pages) :

10) "Il y a les écrivains qui se complaisent dans le réel, qui fourrent leurs phrases dedans, qui en rajoutent une couche ; et les écrivains qui prennent le réel dans les rets tranchants de leurs phrases afin de le retailler à leur guise" (p. 14).

11) "L’écrivain ne doit pas s’y tromper. Il travaille aujourd’hui pour les ménagères de plus de 50 ans" (p. 85).

12) "Tous les autres mots ne sont pour lui que des euphémismes hypocrites et maniérés pour dire merde" (p. 93).

â–º Marc OHO-BAMBE, Le Chant des possibles (éditions La Cheminante, mars) :

13) "Souviens toi

De ce matin-là,

Ecarlate et révolutionnaire,

Du parfum de jasmin flottant dans l’ère alors

Souviens toi mon sang,

De la promesse du jour et des slogans,

Des chants de la rue défiant le joug des tyrans

Et la morsure des fusils"

â–º Serge Doubrovsky, Le Monstre (Grasset, avril 2014) :

14) "Vous pourrez enfin découvrir ici le texte restitué dans sa première composition, toute son opulence, sa première jeunesse, sa vitalité débordante, ses rêveries nomades et sa fascinante écriture. Le Monstre vous attirera dans son labyrinthe et vous n’essaierez même pas de trouver l’issue mais vous cheminerez, comme hypnotisé, à sa rencontre. L’approche génétique de ce texte aura aussi prouvé qu’il faut en finir de vouloir donner un seul sens à une œuvre, d’en faire une donatrice de signification" (Isabelle Grell).

Les 10 posts les plus lus/vus depuis le lancement du nouveau LC en septembre 2013

LC, en 2013, c’est quelque 200 posts (si l’on tient compte de la pause estivale, cela fait une moyenne de 4,5 posts/semaine).

En quatre mois, vous êtes plus de 100 000 à être venus visiter les quelque 1 600 posts disponibles : les 10 les plus lus/vus (chiffres arrondis) témoignent aussi bien des goûts de lecture que des circuits de circulation et d’indexation.

â–º Chronique de Philippe Boisnard (17/05/2008) sur Ralbum (Léo Scheer) = 11 275 visites [total : + de 120 000]

â–º Emmanuel Adely, "No more reality" (création du 05/09/2009) = 4 475 [total : + de 50 000]

â–º Chronique de Fabrice Thumerel, "Richard Millet et la postlittérature" ("Manières de critiquer" / 01/04/2011) = 3 650 [total : + de 20 000]

â–º Michel Giroud, "Généalogi-z 2.1" (création du 9 décembre 2006) = 2 200 [total : + de 35 000]

â–º NEWS du dimanche 10/11/2013 (F. Thumerel) = 1 760

â–º Chronique de Périne Pichon sur La Direction des risques de Christophe Marmorat (07/11/2013) = 1 150

â–º Fabrice Thumerel, "De l’intellectuel critique" (20/01/2006 ; travail de recherche en cours de réécriture) = 775 [total : + de 15 000]

â–º Mathias Richard, « Pour un déclin du mot "roman" » ("Manières de critiquer" / 26/09/2013) = 725

â–º Matthieu Gosztola, "Vivre I" (création, 29/10/2013) = 600

â–º Thomas Déjeammes et Mathias Richard, "Dreamdrum 10 / Amatemp 28" (création, 14/09/2013) = 580

31 octobre 2013

[Livre] Eric Chevillard, Péloponnèse, par Jean-Paul Gavard-Perret

D’abord parus sur le site associé au Théâtre du Rond-Point, Vents contraires, ces textes irrésistibles qui constituent un parti pris des choses chevillardien viennent d’être publiés par les éditions Fata Morgana : balai, escalier, miroir, pierre, porte, ou encore poêle à frire vous attendent pour le meilleur et pour le rire…

 

Eric Chevillard, Péloponnèse, dessins de Jan Voss, éditions Fata Morgana, Fontfroide le haut, octobre 2013, 104 pages, 19 €, ISBN : 978-2-85194-879-3.

Les chroniques de Chevillard sont une suite de résonances intempestives au conditionnement du réel. Elles permettent de le rendre absurde par effet de drôlerie au sein des actions et réflexions inattendues qu’elles distillent. Quittant le roman où il excelle, Chevillard trouve dans la chronique un autre champ fabuleux d’exploration. Car si le roman peut isoler un individu, l’éclairer, il reste ici célibataire de tout, même de son visage lorsqu’il se regarde dans le miroir le matin. A l’inverse du héros romanesque, il se fond dans l’anonyme en dépit de son penchant pour l’éternité. Tout est bon pour souligner la « misère » de l’être, et avant tout celle de l’auteur lui-même. Il reconnaît qu’à sa grande honte et en dépit de sa « sa vaste et pointilleuse érudition  », il n’a jamais pu lire Les Guerres du Péloponnèse de Thucydide, ce livre lui tombant des mains…. Ce n’est là qu’un des avatars des nombreux jouets de nos illusions dont Chevillard devient le « dépeupleur », en fidèle descendant des thuriféraires des Editions de Minuit où il publie ses romans.

Au temps présent douloureux et flou, Chevillard accorde moins une trêve qu’un regard sarcastique en traitant l’absurde par l’absurde. Ses chroniques intempestives sont un délice. Manies et tics s’y trouvent décodés avec une espièglerie incisive. Par exemple, lorsqu’il va dans un musée, l’auteur n’a qu’une curiosité : à l’insu des gardiens, soulever les toiles pour voir ce qui est inscrit derrière… Il piste de la sorte tous les lapins que le réel nous pose. D’une chronique à l’autre, le temps devient un sable émouvant. Les choses telles qu’elles sont deviennent (presque) des choses en « soie ». Tout cela ne fait pas un pli. Même aux  pantalons dont, pour l’écrivain, le pluriel est douteux, voire incompréhensible, puisqu’on n’en met toujours qu’un. Il rappelle soudain Beckett, qui se plaignait de la lenteur de son tailleur en lui rappelant qu’il lui fallait un mois pour la couper à façon, alors que Dieu avait fait le monde en huit jours. Ce qui lui valut la réponse cinglante et imparable : « Tu as vu le monde ? Regarde mon pantalon ». Dans la même veine, Chevillard – comme il le professe  – « déblaye, plafonne, chauffe et suspend le temps à une patère ». Avec l’auteur, cette patère n’est jamais austère.

26 août 2013

[Chronique] Libr-carnet critique 1 : Prêt-à-Rentrée 2013…

Voici venu le temps où, vibrionnant/histrionnant sur ses vestiges, l’entreprise de spectacle labellisée "littéraire" entame sa grand-messe de Rentrée : que s’ouvrent les tabernacles et que soient idolâtrées les valeurs sûres ! que sonnent les grandes cloches pour les souverains poncifs ! que résonnent les espèces trébuchantes et les touchantes incantations !

Prêts pour votre Rentrée ? Assurément avec ce vade-mecum…
Le temps est au Top-ten… vivez avec votre temps !

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7 mars 2013

[Chronique] Eric Chevillard, L’Autofictif croque un piment (dossier 2/2)

Eric Chevillard, L’Autofictif croque un piment, éditions de l’Arbre vengeur, 2013, 256 pages, 15 euros, EAN 13 : 9-782916-1419-61.

"Voici L’autofictif, un recueil de citations prédécoupées, obligeamment servies à l’étudiant et au critique sans le contexte romanesque molasse, filasse et gluant duquel ils doivent ordinairement les extraire" (L’Autofictif voit une loutre, 2010, p. 212).

"Or ce n’est pas parce que tes livres ont peu de lecteurs que ceux-ci constituent indubitablement la super élite de l’humanité" (L’Autofictif croque un piment, p. 204).

A chacun sa chimère… Celle que porte l’écrivain a au moins le mérite de ne pas être illusoire et d’exister sur le même mode que le réel – c’est-à-dire du moindre-être… Ainsi Eric Chevillard poursuit-il son chemin, notamment sur la Toile, avec le même esprit de malice et d’autodérision – comme en témoigne l’exergue. Depuis septembre 2007, celui qui possède désormais son site et tient son blog autofictif prend en effet un malin plaisir à capter et capturer quotidiennement sur et dans la Toile les flux intérieurs comme les flux extérieurs : captivé/captivant, piégé/piégeur le spiderwriter…

Si le cinquième tome de son Autofictif, malgré son titre, est sans doute moins pimenté que les précédents (L’Autofictif voit une loutre en 2010, L’Autofictif père et fils en 2011 et L’Autofictif prend un coach en 2012) et surtout le premier (L’Autofictif, 2009), il ne nous en offre pas moins de subtiles épices humocritiques.

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6 mars 2013

[News] Colloque international Eric Chevillard (dossier 1/2)

Le colloque international organisé par Pierre Jourde et Olivier Bessard-Banquy se déroulera les mardi 26 et mercredi 27 mars 2013 sur le site de l’antenne universitaire de Valence, université Stendhal-Grenoble III.
Ci-dessous la présentation et le programme. Notre seconde livraison portera sur le dernier livre d’Eric CHEVILLARD, L’autofictif croque un piment (L’Arbre vengeur, 2013).

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3 janvier 2013

[Chronique-News] Libr-13…

Faisons fi des superstitions et commençons l’année avec 13 notes dissonantes (Libr-réflexions, Libr-retours, Libr-anticipations, Libr-événements)… /FT/

[Où il sera question de Babel, de changement de / de fin du monde, de "crise"… Mais aussi, entre autres, de Samuel Rousseau, Luc Dellisse, Jean-François Amadieu, Frédéric Lordon, Sylvain Lazarus, Nicole Caligaris… Eric Chevillard, Bernard Desportes, Annie Ernaux, Jean-Michel Espitallier, Claude Favre, Pierre Jourde, Marc Perrin, Christian Prigent, Mathias Richard, Cole Swensen…]

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2 juin 2012

[Manières de critiquer] Les représentations du travail en France dans les fictions narratives contemporaines : le renouveau du « roman social »

Suite au colloque "Et voilà l’travail !", qui a eu lieu au CNAM (Paris) le 4 février dernier, et avant ma prochaine intervention à Saint-Brieuc le 18 octobre, voici la problématique de ma recherche en cours (avec corpus et bibliographie).

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8 avril 2011

[Livre-chronique] Pierre Jourde, C’est la culture qu’on assassine

Pierre Jourde, C’est la culture qu’on assassine, Balland, 2011, 288 pages, 18,90 €, ISBN : 978-2-35315-098-4.

"Nous pouvons nous élever au-dessus de la spécialisation et du philistinisme dans la mesure où nous apprenons à exercer notre goût librement" (Hannah ARENDT, La Crise de la culture, cité en exergue par l’auteur).

Ce livre regroupe en sept parties ("Les Médias", "L’éducation", "L’Université et la Recherche", "La Politique culturelle", "Vie culturelle", "Livres et écrivains" et "éthique et littérature") 44 chroniques parues pour la plupart en 2009-2010 sur un blog ("Confitures de culture") hébergé par le site du Nouvel Observateur, Bibliobs, dirigé par Grégoire Leménager.

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17 mai 2008

[CD+livret] Ralbum, ed. Léo Scheer

   Ralbum, CD audio 12 titres + livret des textes 54 p., ed. Léo Scheer, col. Laureli, ISBN: 978-7561-0132-3. 19€50 [myspace].

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4 décembre 2007

[Livre + vidéochronique] Dans la Zone d’activité d’Eric Chevillard et Fanette Mellier

Eric Chevillard, Dans la zone d’activité, création plastique du livre Fanette Mellier, Dissonances / Pôle Graphisme, Chaumont : fictions (des livres bizarres). 35 p. ISBN : 978-2-91407-950-1. Prix : 25 €.  [site de Fanette Mellier]
[La présentation vidéo est faite par Laure Limongi, en introduction de l’entretien que nous allons mettre en ligne.]

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6 octobre 2007

[Emission] News de la Blogosphère

newsblogo.jpgProgramme de l’émission n°5 du 7 octobre, en direct dur Libr-critique.com à 11H du matin.
News du web-littéraire :
[+] Une expérience flash violente et enthousiasmante Young Hae Chang Industries Lourdes
[+] Le blog d’Eric Chevillard.
[+] Une belle installation web trouvée par Jérôme Bonnetto et qu’il a publié en tant qu’invité. Les photos de Pascal Tarraire.
[+] Le blog de Maud Piontek : analyse, digression, paroles légères et non moins souvent pertinentes.
[+] Les coups de sang de Le Pillouër sur sitaudis. Sitaudis cherche l’affluence par le viscéral.
[+] L’affaire du site La lettrine : arnaque aux agents littéraires. J’ai découvert cette affaire par François Bon sur le Tiers-livre, et elle a été relayée aussi par La feuille. Anne-Sophie Demonchy, qui édite le blog de La lettrine, suite à une mise en lumière des agissements criticables d’un agent littéraire, s’est vue retirer l’accès pendant une demi-journée à son site. Ce que j’ai pu voir en direct par le message d’erreur de netvibes. Deux affaires en une seule : 1/ le développement de certaines arnaques liées à internet et ses niches. 2/ Le rapport des hébergeurs de site ou des plateformes de site avec leurs clients.

Livres reçus :
Aujourd’hui nous parlerons exclusivement de la collection Déplacements de François Bon, car viennent de sortir les deux nouveaux titres :
[+] La loi des rendements décroissants de Jérôme Mauche.
abadôn de Michèle Dujardin.
DOSSIER :
La littérature à l’ère du numérique. Nous discuterons de la question de la littérature en rapport au numérique, afin de présenter le forum organisé par la SGDL le 8 octobre.

10 février 2007

[Livre] Devenirs du roman, collectif,

devenir_roman189.jpgDevenirs du roman, collectif, éditions Inculte/naïve, 356 p., ISBN : 978-2-35021-078-0, 20 €.
[site Inculte]
4ème de couverture :
Comment penser le roman contemporain ? De quelle(s) façon(s) la littérature contemporaine investit-elle la représentation du réel ? Quels sont les enjeux de l’écriture fictionnelle d’aujourd’hui ? Autour du comité éditorial de la revue Inculte, un ensemble d’écrivains esquisses les possibles et les devenirs du roman, évoquant pratique et théorie de cette forme littéraire multiple, en perpétuelle mutation.

Textes et entretiens :
Emmanuel Adely, Stéphane Audeguy, François >Bégaudeau, Arno Bertin, Étienne Celmare, Éric Chevillard, Claro Louise Desbrusses, Philippe Forest, Jean-Hubert Gailliot, Bastien Gallet, Thierry Hesse, Hubert Lucot, William Marx, Jean-Christophe Millois, Yves Pagès, Pierre Parlant, Emmanuelle Pireyre, Olivier Rohe, Pierre Senges, Olivier de Solminihac, Joy Sorman, Philippe Vasset et Antoine Volodine.

Premières impressions :
La précédente chronique de Fabrice Thumerel, portant sur Qu’est-il arrivé aux écrivains français ? de Jean Bessière, indique avec précision, l’une des parties du débat qui est ici en question, et qui chez Bessière apparaît à partir de la distinction entre d’un côté une littérature autotélique, qui renvoie à elle-même à travers une expérience du sujet [stigmatisée en tant qu’auto-fiction], faisant l’expérience de lui-même et de sa langue, et de l’autre, une littérature ouverte à la fiction, faisant l’économie pour une part de l’auto-réflexivité des modernes, pour construire son objet : le récit.
Tel que le titre l’indique, le parti pris est celui du pluriel. Non pas singulier, ce qui serait réduire afin de n’indiquer qu’un seul sens, mais bien un pluriel au sens où le roman semble prendre à lire les différents intervenants plusieurs directions. Car, contrairement à ce que pense Bessière, le roman ne se tient pas dans une dualité de forme, mais bien au contraire, à lire par exemple Philippe Vasset ou bien Emmanuel Adely, il semblerait davantage que le roman soit, et ait toujours été, dans une certain forme de question par rapport à lui-même, question aussi bien de son rapport au réel et au monde historique, que question par rapport à sa propre poétique [à comprendre dans le sens strict de sa manière d’être construit, produit], impliquant le geste singulier d’une responsabilité d’écriture. En effet, tel qu’ils le disent respectivement : « les alliages dont nos livres sont faits sont trop fragiles et incertains pour que l’on puisse à leur sujet parler d’un quelconque retour des conventions »(P.V), « je pose qu’il existe des dizaines d’écritures de littératures de romans qui se tentent et s’écrivent aujourd’hui » (E.A) et les deux de préciser que cette fragilité qui permet des dizaines d’écriture se construit en rapport à la société, à l’histoire au flux humain historique.
C’est pour cela, que le titre est très bien choisi, car il ne s’établit pas sur le constat symptomatique à l’heure actuelle par rapport à toute chose ou phénomène de la crise, mais il offre cet espace d’un dire spécifique : pour quelle(s) raison(s) le « roman » ou du moins les écritures qui sont rangées sous la catégorie « roman », est(sont) -elle(s) nécessitée(s) pour un certain nombre d’écrivains. /PB/

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