Libr-critique

12 mai 2016

[Entretien] Entretien avec Jean-Marie Gleize (Création et critique 1, par Emmanuèle Jawad)

Emmanuèle Jawad. Le texte littéraire est illisible « c’est un fait que nous devons nous- même accepter, que surtout nous devons sans cesse justifier : l’illisibilité n’est qu’une forme particulière de la lisibilité, c’est le mode de lisibilité spécifique aux objets écrits qui se donnent pour littéraires, pour être reçus comme tels… »1. « L’opaque est aussi une arme critique. Une arme critique poétique et/ou politique »2. D’autre part, l’activité d’écriture s’apparente à un travail que vous qualifiez « d’investigation-élucidation ». Comment s’opère le travail sous ces angles, travailler à l’élucidation/travailler dans l’opacité ? Peut-il se rapporter aux deux régimes de textes théoriques et poétiques ou se réfère-t-il plus à l’un qu’à l’autre axe d’écriture ?

Jean-Marie Gleize. De fait, j’ai été conduit à m’interroger sur ce qu’on désigne comme « l’illisible ». Et parce que c’est une accusation courante, et parfois violemment stigmatisante à l’égard de l’écriture poétique, (accusation dont il faut sans cesse se justifier), et parce qu’il fut un temps non si lointain (les années soixante-soixante-dix, l’époque des néo-avant-gardes triomphantes) où l’illisibilité était l’objet d’une revendication et d’une théorisation liées au désir de subversion des usages normés, au travail de transgression des codes génériques. Le textualisme telquelien et ses prolongements théoriques adjacents n’avaient d’autre sens que d’explorer et de chercher à imposer les voies d’un « scriptible » généralisé, impliquant dévalorisation du lisible. Enseignant la littérature, donc essentiellement la lecture de notre tradition littéraire, et tentant d’expliciter cette expérience partagée dans un travail de reprise écrite, j’ai été simplement conduit à ce constat que j’ose à peine formuler en raison de son évidence : l’illisibilité (dans tous les cas, même en dehors des moments ou des œuvres où elle est stratégiquement présentée comme un outil ou une arme) n’est qu’une forme particulière de lisibilité, spécifique aux objets conçus comme « littéraires » et donc issus d’un travail formel, quel qu’il soit. Racine n’est pas plus lisible que Gongora, Nerval pas plus lisible que Mallarmé, Ponge pas plus lisible qu’Artaud, etc. Tous les textes littéraires sont illisibles, ils supposent tous que le lecteur fasse l’effort d’accéder à leur régime de lisibilité particulière. Reste que chaque projet d’écriture entretient, en effet, avec l’opacité ambiante (le caractère in-sensé du réel, la réalité comme « totalité de signes noirs ») une relation singulière qui infléchit, instruit, une certaine relation au langage, une relation plus ou moins directe, plus ou moins complexe aux éléments constituants de ce réel, de ce présent, de ce qui se présente, de ce qui fait obstacle. Pour ce qui me concerne, de même que je considère la lecture comme cheminement vers le lisible (le devenir lisible du texte illisible), de même je considère l’écriture (ceci n’est peut-être valable que pour mon propre projet), comme processus d’élucidation (fragile et provisoire, donc sans doute « interminable ») d’une réalité douteuse, obscure, opaque, insaisissable. Ecriture et lecture conçues ainsi comme les deux faces d’un même geste, d’une même confrontation critique avec le réel et la langue. A cet égard, donc, pas vraiment de différences entre les deux pratiques (théorique et de création).

EJ. Dans Tarnac, un acte préparatoire3, la section 11 intitulée « construire des cabanes » (titre repris partiellement dans votre dernier livre Le livre des cabanes4) se structure notamment dans la réitération de trois propositions : « il faut construire des cabanes » / « utiliser les accidents du sol »/ « Faire de chaque phrase un poste de tir » (avec des modifications lors des différentes reprises de cette dernière proposition dans la section). Dans quelle mesure ces propositions et en particulier la construction de cabanes, relèvent-elles à la fois d’un engagement de l’écriture et du champ politique ?

J. – M. G. « Faire de chaque phrase un poste de tir » serait en quelque sorte la proposition qui condense ce qu’impliquent trois autres propositions récurrentes en effet dans mes deux derniers livres. Ces trois propositions « poétiques-politiques », si vous voulez, sont les suivantes :

Oui, nous habitons vos ruines, mais

Il faut construire des cabanes

et : – J’utilise pour écrire les accidents du sol

Les deux premières formules ont à voir avec la problématique de l’habiter, et du déshabiter.

La première (« oui, nous habitons vos ruines, mais ») s’achève abruptement sur un « mais ». Il faut considérer d’abord l’origine factuelle de cet énoncé : une inscription à la peinture rouge à l’intérieur d’un bâtiment abandonné. On peut imaginer que ce sont des squatters qui ont inscrit sur le mur cet énoncé correspondant littéralement à leur présent immédiat : l’abri provisoire dans une bâtisse en ruine. Constat littéral, et socialement généralisable : oui, certains d’entre « nous » habitent l’inhabité-inhabitable, sous les ponts des périphériques, dans des bâtiments insalubres, des friches et des terrains vagues, des bidonvilles auxquels on donne le nom de « jungles » (comme à Calais). Plus généralement encore, il s’agit du constat selon lequel « nous » habitons, oui, un certain système économique et social caractérisé par l’inégalité, l’injustice, l’exploitation, la ségrégation, l’exclusion, etc., une certaine organisation des choses et de l’espace qui nous est donnée comme inéluctable (il n’y a pas d’alternative au règne du marché, au pouvoir de la finance, au capitalisme mondialisé), en un mot un certain ordre des choses qu’il nous est permis de regarder, de façon critique, comme un vaste champ de ruines. Le « mais » qui clôt ce constat et reste en suspens, indique qu’il y a, qu’il y aurait, pour « nous », peut-être, sans doute, une autre façon d’habiter. Que d’abord il s’agit, peut-être, sans doute, de déshabiter ces ruines, que ce ne sont pas les nôtres.

C’est le point, ce « mais », où peut s’articuler le second des énoncés : « il faut construire des cabanes ». Il sonne comme un mot d’ordre. C’est en tout cas quelque chose comme une injonction intérieure qui peut s’entendre aussi comme un propos plus général, un encouragement à donner une consistance, une dimension de résistance, à ce « mais » de la formule précédente. Que sont alors ces cabanes ? Des constructions provisoires et éphémères, des lieux d’accueil et de passage, des seuils. Je ferai ici rapide arrêt sur deux expériences extérieures au matériau du cycle, mais non sans liens forts avec lui :

Sur le terrain « académique », j’ai considéré le Centre d’Etudes Poétiques dont j’étais responsable à l’Ecole normale supérieure de Lyon, comme une cabane à l’intérieur d’une institution dont les structures sont relativement rigides et le mode de fonctionnement assez conventionnel ou traditionnel. Dans ce cadre je savais que la liberté, la pleine autonomie, dont jouissait cette cabane, était fragile et pouvait un jour être détruite. Elle fut détruite, effectivement.

Un autre exemple direct pour moi de cabane ce sont les revues, les structures éditoriales autonomes et parallèles, qui accueillent les pratiques d’écriture mineures ou marginales, comme la poésie par exemple. Ces cabanes sont des abris nomades. Ma revue Nioques a connu une existence discontinue, cinq éditeurs successifs en vingt-cinq ans d’existence…

Ce mot d’ordre « Il faut construire des cabanes » se trouve d’abord dans le volume Tarnac, un acte préparatoire, en écho à l’installation dans ce village de Tarnac, en Haute Corrèze, sur un plateau au centre de la France, d’une communauté ou « commune » de militants libertaires, en rupture d’organisation politique, travaillant dans cette marge, une marge géographique et idéologique, à imaginer, à expérimenter, très concrètement, des formes-de-vie alternatives, à tenter de penser ou de re-penser les termes d’une perspective révolutionnaire. La notion de cabane, dans le contexte forestier et reculé de Tarnac, dialogue avec cette pratique communautaire, très explicitement politique ou alter-politique.

De même, dans une certaine actualité française, concernant le territoire et un certain nombre de décisions autoritaires, voire arbitraires, concernant son aménagement, nous pouvons avoir à l’esprit les cabanes qui ont proliféré par exemple à Sivens, dans le département du Tarn, à l’occasion d’un projet de barrage, ou à Notre Dame des Landes, en Loire Atlantique à l’occasion d’un projet d’aéroport, cabanes construites et défendues par des centaines d’opposants à ces projets.

De ces cabanes je dirai aussi qu’elles sont des lieux d’autonomie, des lieux aussi autonomes que possible, autonomes dans les limites du possible, mais en aucun cas des lieux de fuite ou d’isolement, des « refuges » au sens tristement passif et défensif de ce terme. Elles sont au contraire des lieux pour inventer de nouvelles façons d’agir et d’être, des lieux d’échange et de partage, ou si l’on veut des bases de résistance à partir desquelles penser et préparer des actions à venir, des lieux pour penser le présent qui vient.

Il y a enfin cette troisième formule, qui complète les deux précédentes :

J’utilise pour écrire les accidents du sol

Cette formule substitue à la notion d’objet (de l’écriture), celle de trajet, de l’écriture comme projet-trajet. L’écrire est ici conçu comme un parcours, une traversée, une traversée du réel, de l’opacité du réel, dont la forêt est une figure essentielle dans ces textes. La formule « il faut construire des cabanes » a pour corolaire « il faut détruire les cabanes ». Elles ne sont pas seulement susceptibles d’être détruites par l’ennemi (alors on les reconstruit aussitôt ailleurs, plus loin), elles doivent aussi pouvoir être détruites ou abandonnées par ceux qui les ont construites, parce que l’important est de se déplacer, de faire en sorte que la cabane ne se transforme pas en demeure. Que les portes ne se ferment jamais. Ou ne soient jamais que des points de passage. De même que l’écriture ne saurait être confondue avec le figement dogmatique d’un discours (fût-il poétiquement immédiatement reconnaissable comme tel, fût-il politiquement acceptable comme tel). Utiliser pour écrire les accidents du sol implique que ce déplacement permanent tienne le plus grand compte du terrain, des obstacles, des contextes, des irrégularités du réel, de ce qui survient et s’interpose, en un mot des circonstances. D’où la prose, une prose irrégulière, hétérogène, circonstancielle. Impliquée.

EJ. Votre cycle d’écriture se construit dans l’assemblage, l’agencement et le montage d’un matériau hétérogène. La mise en place de dispositifs de montage s’apparente-t-elle à un geste critique ? Plutôt qu’une théorie vous évoquez « une recherche en actes ». Cela pourrait-il faire lien entre réflexion critique et pratique d’écriture ?

J-M.G. Oui, je ne suis pas très enclin à désigner ma réflexion critique sous la catégorie « théorie » ou « pratique théorique ». Cette dimension de mon travail est sans doute fondée sur une imprégnation théorique (qui s’est constituée au cours de la période dite structuraliste, dans le contexte où nous reconsidérions notre corpus littéraire à la lumière des sciences humaines, linguistique, sémiotique, marxisme, psychanalyse…), mais si je parle d’imprégnation c’est qu’il s’agit de fondations, de données avalées, assimilées et comme nécessairement « oubliées » pour travailler utilement dans ce que je désigne plus volontiers comme un travail de recherche : une fois encore « recherche critique », « recherche en acte » et écriture comme « actes de recherche » sont indissolublement liées. L’écriture comme suite d’actes, pensés comme tels, comme « actes préparatoires », soumis à de fragiles mots d’ordre (ceux d’une littérature impliquée) : « faire de chaque phrase un poste de tir », « utiliser pour écrire les accidents du sol », « construire/détruire les cabanes », « habiter/déshabiter », « aller vers un arbre », « manger un poisson de source », etc., cette écriture en mouvement (en permanente transformation-conversion) est donc, en effet, comme on peut le constater en lisant à la suite la séquence inachevée que constitue le cycle (inauguré par le livre Léman en 1990), sans doute essentiellement une écriture de montage, prenant en charge et les disposant, en les réécrivant ou pas, un matériau hétérogène déjà là, intérieur au texte ou extérieur, prélevé sur le « chant général » des êtres et des choses, sur les « dépôts », comme les nommait mon ami Denis Roche, de savoir, de techniques, d’informations diverses s’imposant comme notre contexte.

EJ. Pourrait-on parler d’un travail d’écriture qui mettrait en jeu deux axes de recherche : un axe « documental » qui se rapporterait à ce travail en prise avec un matériau hétérogène, le travail de montage, et un axe qui relèverait de la simplification ?

J-M.G. Ces deux axes sont en effet essentiels, mais il me faut ici préciser qu’ils se succèdent, dans la chronologie de mon travail, avant d’être mis en jeu simultanément. Dans cette histoire, l’opération « simplificatrice » a sans doute un peu changé de sens et de fonction. En 1987 j’ai publié aux éditions Seghers, dans une collection que dirigeaient alors Mathieu Bénezet et Bernard Delvaille, un livre intitulé Simplification lyrique. Il s’agissait (du moins je voulais le croire) d’une liquidation de ce qui pouvait rester pour moi de gestes accomplis en référence à quelque chose comme « la poésie » : le poème, le vers, le double jeu de la prose et du vers. Les armes que je mettais en œuvre, pour « attaquer » (comme à l’acide un métal) ce qui pouvait subsister des « charmes » séduisants du lyrisme (poésie et lyrisme étant supposés radicalement synonymes), étaient la réduction syntaxique, la compression du vers et du phrasé, la condensation minimaliste et atonale, l’effacement autant que possible des repères référentiels, des noms propres (même si, je m’en aperçois aujourd’hui en relisant ces pages lointaines, cet effacement était très loin d’être radical). Dans ce titre Simplification lyrique, le substantif jouait donc contre l’adjectif, il y avait à mes yeux comme une alliance de mots, la « simplification » devait avoir pour conséquence une « sortie » du territoire « poésie », me permettant d’aborder un nouvel espace, d’ouvrir un chantier de prose(s) hors qualification générique. Comme si ce livre avait eu pour signification première d’être un exorcisme inaugural. Pour autant la « simplification » n’a pas cessé d’agir comme opération de base dans mon travail ultérieur : elle a été associée à tout ce qui se présente au titre de la « nudité », considérée comme un principe. Le second volume du cycle aux éditions du Seuil a pour titre Le principe de nudité intégrale, et se définit explicitement comme une suite de « manifestes ». La nudité dans ce que je tente de faire, est un autre nom de la simplification, qui elle-même est un autre nom de l’intention littérale. Nudité, procédures de dénudation (tendanciellement « intégrale » mais comme telle impossible) accompagnent la visée réaliste (ou plutôt « réeliste », comme je préfère dire, pour éviter toute assimilation aux procédures de la représentation réaliste élaborées par les romanciers du XIXe siècle). Simplification, littéralité, nudité viennent donc s’allier à cet autre ensemble de procédures qu’on peut en effet comprendre comme des gestes de montage. Les sept livres du cycle sont d’abord des « journaux d’expériences », ou encore des dispositifs consignant (légendant) un certain nombre d’  « actes » de recherche (tentatives d’élucidation, procédures enquêtrices) et des résultats (ou des bribes de résultats incertains). L’enquête se construit par regroupement de données ou pièces (textes, documents divers, informations puisées à des sources diverses, hétérogènes) en dossiers (cf. par exemple dans Néon, le chapitre « Ouverture du dossier le réel »). Actes : recueils de procès-verbaux, de témoignages. Un peu comme les dossiers de l’art conceptuel, ou encore les documents (écrits, photographiés ou filmés) décrivant et enregistrant les actions de certains body artists (Gina Pane par exemple). Le problème est pour moi d’inventer un système de notation adéquat à la démarche en cours. Collage, montage, échantillonnage sont dans ce contexte des procédures privilégiées : manipulation d’éléments prélevés dans une archive textuelle ou autre, image photographique ou dessinée (graffitée), multiplication des procédures de saisie (ou de description) du réel en autant de dispositifs ou d’ « installations » que de situations en cause. « Dans tous les cas / les distinctions courantes du dedans et du dehors disparaissent / & la liaison des choses (idées, mots) / (…) seuls maintenant comptent / les lois du montage / et le jeu (théâtral) des roues » (Néon, p. 51). Ce que j’appelle « prose en prose » est en somme l’ensemble de cette action enquêtrice ou de témoignage, et les gestes et procédures souples et provisoires tendant à « se conformer » à ce qui a lieu (faits, circonstances, accidents et incidents). Dans ce travail, les blocs se rencontrent un peu comme les plaques tectoniques sous l’écorce terrestre, ou les masses d’air chaud et d’air froid dans l’atmosphère ; plaques et masses dont on nous dit que leurs points de rencontre sont des lieux de crise (plis, tremblements, soulèvements, orages, ouragans…). Il est clair que j’attends quelque chose de ces frottements, de ces collisions, que cela modifie quelque chose et donne accès à ce qui resterait, autrement, sans doute inaccessible. Les deux axes (simplification/montage) ne se contredisent pas, ils se soutiennent l’un l’autre, ils s’entre-tiennent.

EJ. Dans un entretien avec Benoît Auclerc intitulé « Quelque chose a lieu dont le sens est inaccessible » (L’illisibilité en questions, p. 141), vous évoquez votre rapport à Christian Prigent dans ce qui vous lie (« même espace de références – idéologiques, politiques, littéraires », « engagement critique » semblable) et dans ce qui fait différence, écart, divergence (vos textes de création). Cette distinction fortement marquée ne correspondrait-elle pas à la présence de deux pôles distincts de recherche : vers une torsion et vers une simplification de la langue ?

J-M.G. Oui, je me suis souvent étonné de cette proximité que j’ai objectivement avec Christian Prigent, nous avons le même âge, nous avons été nourris aux mêmes sources vives, Tel Quel, Francis Ponge, Denis Roche, l’engagement politique à l’extrême gauche (ceci dit trop vite), et nous en avons, semble-t-il, tiré des conclusions pratiques (quant à l’écriture) très différentes. Christian Prigent part d’un double constat : le premier est que toutes les langues dont nous pouvons disposer sont étrangères, la première de ces langues étrangères étant notre langue dite maternelle, celle qui nous est donnée, c’est-à-dire imposée, qui existe avant nous, hors de nous. Corollaire : je n’ai pas de langue propre, ma relation à cette langue maternelle est d’emblée une relation de mal-être ; cette langue est inapte à exprimer ce qui me spécifie ou me constitue ou me traverse, je ne puis m’exprimer en cette langue, exprimer ce qui en moi fait appel ou poussée, inconscient corps, désir, pulsion… Le second des constats est que les formes (littéraires) héritées, codifiées, sont inaptes à dire l’expérience du réel (du chaos du réel, de l’informe et de l’innommable). Ces constats je les partage absolument. Mais pour Christian il en résulte une théorie de l’écriture comme « mécriture » ; il s’agit de maltraiter cette langue et secondairement ou parallèlement ces conventions littéraires héritées, génériques, rhétoriques. Il va donc scander, en vers ou en prose, physiquement travailler la voix de l’écrit, tordre (vous parlez de torsion, oui, il s’agit bien d’une relation violente à cette langue imposée), jusqu’à épuisement du rythme. Pour ce qui me concerne au contraire, je ne mets pas (du tout) l’accent sur la nécessité de travailler la langue dans le sens de sa défiguration, de sa transfiguration violente ou ludique. Il ne s’agit pas de faire bouger la langue en la mettant sous transfusion archaïsante, ou patoisante, ou dialectale ou argotique, de la ré-animer en la forçant au rythme ou en la branchant sur des rythmes corporels plus ou moins sauvages (les « sauts d’harmonie inouïs » de Rimbaud), il s’agit, au contraire, de tendre à ce que la bande dessinée a théorisé comme la « ligne claire » : « En littérature, écrit Hocquard, la ligne claire correspond au texte immédiatement lisible, à la syntaxe simple, aux mots et aux tournures déjà investis d’une signification familière. Bref, une technique minimale de représentation qui donne l’impression de la transparence et propose une lecture irrécusable. » Soit un usage de la langue qui nous conduise au bord de l’insignifiant-énigmatique. Il y a sans doute beaucoup plus (ou au moins autant) de violence dans cette littéralité-là (neutralité ou platitude littérale descriptive, constatative, notative, factuelle) que dans les torsions ou contorsions verbales du lyrisme pulsionnel. La ligne claire est toujours doublée par la ligne noire. « Plus le texte est clair, plus on y sent le poids d’une obscure menace. » Deux voies qui sont également légitimes, bien sûr. Je crois qu’on ne choisit pas vraiment. Je ne fais que constater que seule la seconde était pour moi praticable. J’écris un français neutre, ou neutralisé, simple, ou simplifié, qui ressemble au français standard, c’est mon dialecte (et mon idiolecte).

EJ. Le travail semble se poursuivre dans la pratique et l’examen des opérations de simplification vers des écritures littérales, objectives : poésies « documentales », poésies « sans qualités », postpoésies. Christophe Hanna situe Littéralité (livre qui rassemble en un volume le dyptique Poésie et figuration et A noir. Poésie et littéralité) dans une « histoire littéraire alternative », et suggère dans sa préface que « l’articulation poésie et figuration/poésie et littéralité montre chez leur auteur un effort pour échapper à cette dialectique poétique-critique ». Les écritures se rapportent à des « processus », des « opérateurs » permettant de «capter ou susciter du discours » et de le « retraiter ». De quelle manière vous rapprochez-vous de cette analyse de votre travail et des enjeux qui le traversent ?

J. – M. G. Oui, un acheminement engagé « vers » des écritures documentales-dispositales, revendiquant un héritage « objectiviste ». Ainsi effectuant une « sortie » interminable hors des frontières d’un genre (où l’on est incessamment reconduit par l’institution, d’où la formule paradoxale d’une « sortie interne », jamais décisive), pour un après (c’est pourquoi je parle de « postpoésie »). Ce que j’entends dans le regard que Christophe Hanna porte sur mon travail (Christophe Hanna dont je veux rappeler qu’il est à mes yeux non seulement un théoricien des nouvelles écritures mais un inventeur de formes d’une originalité radicale), c’est qu’il y décèle une postulation qui ne s’est révélée pour moi que progressivement, chemin faisant, celui de l’abandon de la posture « poéticienne » (supposant une formalité poétique instituée et de type « ontologique rétrospective ») au profit d’une observation de pratiques « en acte » et en contexte, conçues comme autant de « disciplines personnelles », singulières, au profit, donc, d’une prise en compte de la « multiplicité des usages locaux » (et non de « La Langue »), et d’un ensemble de pratiques plurielles (et non de « La Poésie »). Geste impliquant une reconfiguration et une redistribution du champ « poésie » et l’attention à ce que l’on pourrait appeler ses « pouvoirs » de multiplication ou d’intensification de notre rapport aux choses, au monde, aux autres ; il s’agit dès lors moins de poétique que de pragmatique, voire de politique. Cette inflexion, pragmatique-politique, appartient à la fois au travail théorique de Christophe Hanna et aux mutations (que j’appelle aussi en un sens très concret « conversions ») de mon travail d’écriture : Tarnac et Le Livre des cabanes sont en effet tournées vers l’évocation de nouvelles « formes de vie », vers l’inscription du possible ou des possibles, vers ce qui peut se comprendre comme le présent actif de notre désir d’émancipation, l’à venir, un présent qui vient et fait trace dans nos brouillons acharnés. Je voudrais insister sur le fait d’un travail collectif, même si ce collectif n’est pas constitué ou revendiqué comme tel (nous avons quitté les eaux de l’avant-gardisme tardif des années soixante et soixante-dix) : la communauté des enjeux est patente, entre ce que j’essaie d’avancer et ce que cherchent à formuler tous ceux qui pensent une poétique alternative, et plus largement une autre théorie de l’art, du côté des éditions Questions théoriques. Christophe Hanna est de ceux-là. Ainsi nos « actes ou textes » (c’était un titre générique que donnait Francis Ponge pour l’ensemble de ses écrits, contre « charmes ou poèmes » de l’académicien Valéry) peuvent-ils être entendus comme des « actes préparatoires », ou encore comme les témoins d’un « activisme » impénitent.

1 GLEIZE, Jean-Marie, « Obscurément », in Bénédicte Gorrillot et Alain Lescart dir., L’illisibilité en questions, Presses Universitaires du Septentrion, 2014, p. 37.

2 Id., « Opacité critique », ibid. , p. 48.

3 Id., Tarnac, un acte préparatoire, Le Seuil, coll. « Fiction&Cie », 2011.

4 Id., Le Livre des cabanes, ibid., 2015.

31 mai 2014

[Chronique] Jean-Michel Espitallier, Caisse à outils [Libr-Java 9]

Dans un champ poétique caractérisé par une lutte des classements d’autant plus âpre que l’espace est symboliquement et économiquement restreint, le succès et donc la réédition de Caisse à outils – juste après l’anthologie Pièces détachées – signifient à quel point Jean-Michel Espitallier a réussi sa gageure d’offrir à chaque curieux "des plans et des modèles pour construire son propre engin d’exploration". C’est dire à quel point il nous faut (re)lire ce trois-en-un (essai-manuel-panorama). Cette réédition n’apportant qu’une réactualisation des références – très utile au demeurant -, on commencera par la version relue de la chronique publiée en 2006 par Philippe Boisnard ; et on terminera par le dialogue critique que propose Fabrice Thumerel à son auteur. [Lire Libr-Java 8]

Jean-Michel Espitallier, Caisse à outils. Un panorama de la poésie française aujourd’hui, Pocket, 2006 ; édition revue par l’auteur, Pocket, coll. "Agora", printemps 2014, 256 pages, 12 €, ISBN : 978-2-266-25041-2.

 

Un manifeste postmoderne (Philippe Boisnard)

Jean-Michel Espitallier publiant Caisse à outils aux éditions Pocket, prenait un risque certain : témoigner de la création de la poésie française contemporaine, dans une édition grand public, à savoir accessible à tous, alors que les enjeux de cette poésie semblent demander une certaine connaissance de l’histoire de la poésie du XXème siècle et des questions qui s’y sont tissées. Risque dont lui-même n’était pas dupe, tel qu’il en témoigne dans sa première partie Ouvre-boîte : « Le pari n’était pas facile étant donné la grande diversité des gestes artistiques, la complexité des questions, la multiplicité des formes et des pratiques (…) Si j’emprunte parfois la casquette de l’historien, c’est qu’il me paraît difficile de prendre la mesure des formes contemporaines sans les replacer dans la continuité et les ruptures qui les ont produites, les légitiment, en expliquent les mécanismes et les apports. »
Lire cet essai, car il s’agit davantage d’un essai que d’un panorama, nécessite alors de tenir compte de ce grand écart, de ne pas voiler cette tension sous les prétextes, soit de spécialistes, soit de chapelles, qui discréditeraient par avance son effort de clarté, voire de clarification de certaines questions.
Alors, quel est l’enjeu précis de cette caisse ? Tient-il seulement à rendre visible les compartiments de la poésie contemporaine, les différents outils mis à disposition par les pratiques et les créations ? Cela pourrait être le cas, si nous nous référions seulement à la table des matières, si nous prenions cet essai seulement comme une taxinomie des différentes expériences contemporaines.
Mais ce serait aussi se détourner certainement de ce qui le creuse, venant indiquer non plus la simple description neutre de poésies, mais témoigner de lignes qui se construisent, s’affrontent, viennent se contredire, selon un rapport au temps, à l’histoire, à la société. C’est de cela que je voudrai parler ici.
Alors que le champ poétique au niveau des essais est dominé sans nul doute possible, depuis plus de quinze ans, par les thèses de Christian Prigent, ce qu’accomplit ici Jean-Michel Espitallier, sans le dire explicitement, c’est une réévaluation critique de la modernité prigentienne, et l’ouverture à de nouveaux horizons, dont témoigne fort peu Christian Prigent.
Que cela soit dans Ce qui fait tenir, ou encore dans ses articles, comme celui publié dans Fusées n°8 sous le nom Encore un effort, Prigent n’a de cesse : 1/ de défendre la pensée d’une modernité poétique qui se structure sur la négativité des grandes irrégularités du langage, sur l’illisibilité (cf. ce qu’il écrit encore à propos de Scarron : « Écrire, c’est alors faire injure aux écrits droits (…) inoculer là-dedans épouventable peste gangrenne » (p.52), 2/ de mettre en critique les pensées post-modernes, qui ne s’affrontent plus à cette logique, 3/ ceci en tentant de rabattre certains des auteurs de ce tournant post-moderne dans le champ de la modernité (cf. Fusées °8 : « Tout cela est bien intéressant [il parle de Fiat et Hanna]. Un peu tartarin, sans doute, dans le genre ultra-avant-gardiste. Derrière insistent lourdement, l’ombre de Burroughs, le spectre de Gertrude Stein (…) Côté théorie cela fait beaucoup de scolarité »).
Jean-Michel Espitallier pose la possibilité de sortir de cette logique, il la met en critique en se positionnant en rapport à un tournant post-moderne, que l’on retrouve aussi bien chez Christophe Hanna que dans ce que je tente de même de mettre en place au plan de la réflexion [cf. "Hackt° theory(Z)" dans Doc(K)S]. Mais en quel sens établit-il cette réévaluation post-moderne ?
Il accomplit son analyse dans la partie centrale de son essai : « Chronomètre, horloge, agenda », à partir de la mise en évidence de ce que c’est qu’être contemporain : « C’est parce que je suis contemporain que je vis mon temps et non le contraire » (p.137). Les questions de la poésie se polarisent sur l’époque où elle apparaît à partir dès lors, ni de la recherche d’une langue propre (idiolectale), ni de la volonté de faire surgir une propriété extra-époquale (le corps, le singulier, la pulsion, le ça, la négativité) qui serait voilée par l’époque. Bien au contraire, être contemporain selon Jean-Michel Espitallier, c’est saisir un certain nombre de questions « qui se posent mais ne me sont pas posées » (rupture de l’obnubilation du sujet), c’est intensifier des rapports logiques, politiques, sociaux, non pas en vue de trouver une part maudite, une sorte d’ipséité que la modernité rationnelle aurait voilée, mais selon le projet de les décrypter, de les mettre à jour du point de vue de leurs stratégies de domination, de diffusion, d’imprégnation. C’est pourquoi cette contemporanéité se définit en tant que tournant post-moderne. La post-modernité, comme j’y reviendrai par ailleurs, ne définit pas d’abord et avant tout une réalité époquale (même si cela peut être le cas), mais surtout la réévaluation critique des héritages qui ont défini l’histoire, selon une logique de mise à distance des méta-vérités qui l’ont structurée. Alors que la modernité poétique a opposé à la téléologie de la raison issue du XIXème siècle (Hegel, puis Husserl) une téléologie du sujet compris comme singularité et tout à la fois vérité d’une possible communauté politique (d’où la récurrence du thème de la révolution), la post-modernité ne revendique plus aucune forme de vérité/communauté, mais situe son travail comme déchiffrement des mécanismes politiques, économiques ou communicationnels qui définissent chacune des micro-segmentarités de vérité relative qui constitue la réalité parcellisée du monde occidental. Contre la performation moderne, le post-moderne tendrait à un travail critique. Contre l’idiolectal lié à l’assomption du singulier, la post-modernité poserait des langages conventionnels, issus des pôles hégémoniques de la représentation, mais cela à partir de la remédiation de leurs logiques ou de leurs contenus, selon des déplacements circonstanciels ou événementiels, selon des stratégies de déterritorialisation, sans réelle reterritorialisation dans une dimension de vérité. C’est ainsi que Jean-Michel Espitallier peut écrire : « Faisant le deuil du clivage historique entre passé et présent, le post-moderne s’inscrit en faux contre tout messianisme. L’écrivain post-moderne retourne contre eux les phantasmes d’une inspiration créatrice, raille l’esprit de sérieux et les supposés vertus politico-thérapeutiques de son travail. » (p.126)
Il était nécessaire qu’une telle entreprise puisse enfin voir le jour. Non pas qu’il faille en finir avec la modernité, mais au sens où elle permet enfin d’avoir accès à des pratiques qui, hétérogènes à l’intention moderne, ne pouvaient apparaître au vu de la focalisation moderne qui caractérise encore les pratiques expérimentales. Ainsi, même si Espitallier a tendance à tomber dans le name-dropping, et par moment à citer des noms qui sont peu pertinents par rapport à ce qu’il développe, il réussit à rendre visible, si ce n’est lisible, les nouvelles intentionalités poétiques qui s’élaborent. Il ne reste plus qu’à attendre maintenant des essais qui réfléchissent et approfondissent ces nouveaux horizons, qui ne seront plus de l’ordre de la caisse à outils, mais plus certainement tiendront du mécano.

 

Bricolage et vagabondage (Fabrice Thumerel)

Nul point de vue de Sirius ici, nul voyage olympien ni parnassien : c’est en bricoleur que Jean-Michel Espitallier propose ses découvertes et expériences, tout comme ses réflexions sur le renouvellement de l’objet poétique, les mutations de l’espace poétique, ou encore les pratiques transartistiques et transgénériques. Et parce que le bricolage ressortit à la "pensée sauvage" (Lévi-Strauss), cette caisse à outils s’avère aussi pratique qu’originale. Indispensable par sa riche diversité et la clarté de ses synthèses. Indispensable pour ses prises de position vives ou mesurées, ses mises en garde salutaires : assurément, on pourrait très bien se passer de ce "téléthon annuel" que constitue le Printemps des poètes, tout comme de l’incontournable "transversalité", "nouveau sésame de la cuistrerie branchée"… Le poétisme ne frappe pas que la poésie "traditionnelle", pouvant "se manifester dans la pompe lyrique ou le stylisme boursouflé comme dans la littéralité ou l’avant-garde" ; il importe donc de "se méfier des hâtives sacralisations du nouveau" – tant "il ne suffit pas de piloter de gros logiciels et d’articuler images, sons, textes, hologrammes, etc., pour faire la révolution poétique" (p. 50-51)… Quant au fameux cut-up, pour être "devenu l’une des marques de fabrique de l’époque", il n’en est pas moins discutable : il a "tendance parfois à se faire un peu rouleur de mécaniques postmoderne, besogneux à force de se vouloir démonstratif, démonétisé comme valeur d’échange en ateliers d’écriture, conformiste à se croire naïvement visa de toutes les modernités" (198)…

Reste que l’on se serait attendu à une plus grande révision : si le paysage ne s’est pas métamorphosé en huit ans, il s’est tout de même enrichi de nouvelles formes et teintes. Par exemple, concernant les poésies du dispositif, comment ne pas rendre compte précisément des apports théoriques de Franck Leibovici, Olivier Quintyn, ou encore Christophe Hanna ? Comment traiter les "écritures à contraintes" sans évoquer les expériences actuelles de Philippe Jaffeux ou de Bruno Fern ? Comment réduire les poésies numérique et multimedia à deux seules pages ? Comment ignorer cette nouvelle ligne de force que représentent les objets poétiques en français fautif (OPFF), de Claude Favre à Corinne Lovera Vitali en passant par Alexander Dickow ? le renouveau multiforme du lyrisme : le lyrisme objectif, dramatique ou spirituel, de Suzanne Doppelt, Sandra Moussempès ou Jean-Luc Caizergues ; le lyrisme spiritualiste de Mathieu Brosseau ; le lyrisme poéthique de Jean-Claude Pinson ; le lyrisme utopique  de Christophe Manon ou héroï-comique de Vincent Tholomé ; les litanies de Laura Vazquez ? Mais sans doute ne doit-on pas confondre le libre vagabondage de Jean-Michel Espitallier avec une exploration scientifique exhaustive.
To be continued ?

Reste que l’on est dubitatif quand, à la page 151 exactement, l’auteur reprend à son compte sans nullement l’interroger le label "extrême contemporain", qui le conduit loin de sa base poétique… Juste pour titiller un peu le poète essayiste, on rappellera brièvement la généalogie de cette appellation. En 1986, au cours d’un colloque auquel participent également Dominique Fourcade, Michel Deguy et Jacques Roubaud, Michel Chaillou forge le concept d’"extrême contemporain", c’est-à-dire d’un contemporain englobant les extrêmes. L’opération symbolique vise à rien moins que labelliser une plateforme d’écritures exigeantes conçue comme une alternative au modèle avant-gardiste agonisant. Peu après la publication des Actes de ce colloque (1987) dans la revue Po&sie dirigée par Michel Deguy depuis 1977, naît chez le même éditeur Belin la collection du même nom, riche aujourd’hui de quelque soixante-quinze titres. Depuis, l’appellation est entrée dans l’usage courant en matière de littérature, employée dans des colloques de spécialistes comme dans divers panoramas et articles de presse. Arrêtons-nous sur le premier colloque international consacré à cette notion aussi vague que vaste, qui a eu lieu en mai 2007 à Toronto : trois jours durant, des chercheurs du monde entier ont débattu sur les "enjeux du roman de l’extrême contemporain : écritures, engagements, énonciations". La première remarque qui s’impose est l’extrême extension du "concept", puisqu’il recouvre aussi bien l’écriture de soi que "l’écriture du jeu, l’écriture des idées et l’écriture du réel". Quant à la liste des auteurs dont il est principalement question, elle laisse pour le moins perplexe : Angot, Chawaf, Darrieussecq, Duras, Germain, Grainville, Houellebecq, Laurens, Toussaint… Quels rapports établir objectivement entre ces écrivains dont les pratiques comme les capitaux symboliques sont aussi différents ? Le succès de ce label s’explique par son "utilité pratique". Mais la difficulté de penser ou d’objectiver le contemporain justifie-t-elle la réduction de l’"extrême contemporain" au seul genre narratif ou à la seule "esthétique du fragment" ? le recours à l’amalgame, courant dans les milieux médiatiques, au sein d’une liste alphabétique d’auteurs des plus hétéroclites (de Abécassis à Wajsbrot, en passant par Adely, Angot, Apperry, Assouline, Beigbeder, Bon, Despentes, Echenoz, Ernaux, Germain, Houellebecq, Laurens, Michon, Pennac, Quignard ou Volodine) ? Pourquoi publier dans une encyclopédie un objet qui ne saurait relever d’aucun savoir car non construit, si ce n’est pour tenter, grâce à un fallacieux bricolage pseudo-théorique, de légitimer des "valeurs littéraires" défendues par telle ou telle chapelle, voire par le Marché même ? Car, à l’évidence, le label "extrême contemporain" possède deux atouts majeurs : c’est un terme neuf pour désigner des valeurs proches de celles contenues dans "avant-garde" : appartenir à "l’extrême contemporain", c’est être en effet à la pointe du nouveau. Est-ce à dire que, vigilant quand il s’agit du concept d’"avant-garde", Jean-Michel Espitallier a baissé la garde devant ce label en vogue ?
To be continued

10 février 2014

[Agenda] Colloque international de Toulouse  » Création, intermédialité, dispositif « 

Le colloque international “Création, intermédialité, dispositif”, organisé par le laboratoire LLA CREATIS en partenariat avec l’Université du Québec aura lieu du 11 au 14 février 2014, à l’Université de Toulouse Le Mirail.

Ce sera pour Laura Vazquez l’occasion de présenter une réflexion autour de l’intermédialité du dispositif poétique performatif, en analysant l’effet de la combinatoire des médias dans les performances poétiques Liste des langues que je parle (à partir de 4:27 mn) de Christian Prigent et Improvisation poétique de Christophe Tarkos. Nous verrons que la pluralité des médias (voix, vidéo, corps, texte) entraîne une pluralité des sémioses qui participe à la mise en place d’une poétique particulière ou OLNI : Objet littéraire non identifié (cf Christophe Hanna, Nos dispositifs poétiques, Questions théoriques, 2010)

Dans le cadre de ce colloque interviendront également : Emmanuelle Garnier, Christophe Wall-Romana, Anne Reverseau, Nadja Cohen et Henri Scepi, Eric Méchoulan, Monique Martinez, Maria Tortajada, Arnaud Rykner, Damien Beyrouty, Guy Larroux, Pierre Piret, Mireille Raynal, Fabienne Denoual, Elise Van Haesebroeck, Anne Pellus, Julien Aubert, Jean-Michel Court, Vincent Mika, Marie-Jeanne Zenetti, Marion Froger, Olivier Ammour-Mayeur, Euriell Gobbé-Mévellec, BenoiÌ‚t Tane, Philippe Ortel et Bernard Vouilloux.

Présentation du colloque

Les questions trans-sémiotiques et trans-artistiques, devenues classiques en critique littéraire, s’élargissent aujourd’hui aux relations entre médias, prenant ainsi en compte les supports, canaux et institutions permettant aux messages de circuler. Elles s’enrichissent de nouveaux niveaux d’analyses intégrant les considérations techniques et pragmatiques qui entrent dans la définition des dispositifs de communication en général. Ainsi a émergé dans plusieurs pays simultanément la notion d’intermédialité, forgée au début des années 1960 par Jürgen Ernest Müller à partir de la notion d’intertextualité.

Ce colloque abordera la question de l’intermédialité en termes de création. A quelle finalité ou à quelle urgence la collaboration entre médias répond-elle ? Sa vocation est-elle ludique, critique, politique, compensatoire, réflexive ? Tout en exploitant les possibilités, notamment techniques, du milieu dans lequel elle s’inscrit, l’intermédialité réagit-elle aux tensions ou ruptures tranversant un tel milieu ?

Le colloque tentera aussi de repenser la notion d’intermédialité à la lumière d’une poétique des dispositifs. On verra notamment quels effets figuratifs produit la convergence des médias au sein des oeuvres, que ce soit sur scène, au cinéma, dans une installation ou dans un texte littéraire.

Vous pouvez accéder au programme prévisionnel du colloque en cliquant ICI

6 septembre 2013

[Chronique – Libr-relecture] Théorie du fictionnaire, Dominiq Jenvrey

Filed under: chroniques,Livres reçus — Étiquettes : , , , , , , — Philippe Boisnard @ 12:06

Théorie du fictionnaire, Dominiq Jenvrey, ed. Questions théoriques, 2011, 61 p. 8€50 [ISBN : 978-2-91713111-4]

 

Chronique
"Le futur de la littérature sera extraterrestre ou à peu près" (p.36)
Il est évident que citer cet énoncé, d’emblée, et même avec les pincettes de guillemets, cela revient à débuter par une provocation. Provocation demandant alors de justifier.
Et c’est justement là, dans cet art de la justification fictionnelle, d’une logique conceptuelle, que se place Dominiq Jenvrey.
Mais revenons au contexte de ce petit livre. Il est édité par les éditions Questions théoriques, qui est l’appendice éditorial d’auteurs que l’on retrouvait chez al dante, notamment et surtout Christophe Hanna, qui préface ce texte.
La préface d’Hanna — qui à elle seule mériterait un article tant elle est intéressante — est à lire dans la continuité de son premier essai Poésie action directe et de ses autres textes publiés chez Questions théoriques. Elle tente de réfléchir une critique de l’approche que nous pouvons avoir d’un texte littéraire, d’une oeuvre d’art, ou encore d’un Sumo. Quelles sont les catégories apriori qui structurent notre possibilité de perception du réel, à savoir d’appréhension de ce qui survient. Et c’est sans doute selon cet angle que le texte a intéressé Hanna, car non seulement son objet porte sur des fictions futures qui devront inventer la langue de la rencontre avec un E.T, mais en plus formellement, Dominiq Jenvrey invente une théorisation exogène au champ littéraire pour approcher la possibilité même de cette dite littérature. La possibilité d’une forme littéraire implique donc par contextualisation, le réagencement de la langue théorique, une possible mutation ou encore contamination. En bref une expérience ad hoc de l’approche conceptuelle. Mais, ici n’est pas l’aboutissement de ce que tente de mettre en évidence Hanna, en effet, c’est la dimension pragmatique communautaire qu’il vise. Ainsi, selon lui, ce que doit pouvoir opérer le texte littéraire tient à la possibilité, non pas "de mettre à distance (…) la vie sociale" mais bien au contraire de la "réorganiser de l’intérieur" en modifiant, en déplaçant les qualifications descriptives propres à nos "expériences communes". Mais tout cela en quel sens ?

 

Pour bien saisir cette possibilité décrite par Hanna, il nous faut bien comprendre l’enjeu que pose Dominik Jenvrey. L’auteur explique d’emblée que ce qui travaille la pensée commune, la pensée de notre espèce, ne serait autre que le futur. "Il représente le constituant de notre aventure ici". Cet énoncé, comme tous les autres, Jenvrey ne les justifie pas. Certes il se pourrait qu’il soit juste, mais ce n’est pas son propos que de faire une théorie justifiée, reposant sur des schèmes pré-contextués. C’est pourquoi son texte est une théorie fictionnelle, à savoir théorie qui invente ses propres conditions d’existence. Chaque position qu’il va exprimer n’est pas de l’ordre de l’objectivité mais de l’invention conceptuelle qui propose le cadre d’une objectivité relative.
Donc la communauté humaine est travaillée par le futur, et c’est là son trait distinctif. Il est ouvert à(nous ne pouvons ignorer ici tout l’apport historique de la phénoménologie dans cette description de Heidegger à Sartre). Or, logiquement, se pose la question, qui est celle d’un programme : comment parler de ce futur, en tant que cela dont on parle ne s’est pas encore présenté et pourrait donner lieu à des actions inédites et donc un langage inédit ? Ce qui peut parler de ce futur, c’est justement la littérature. La littérature en tant qu’elle est le lieu de l’invention, à savoir de la déformation, distorsion, expansion de la réalité pensée en un temps présent. La littérature est le lieu même de toute forme de futurologie, car justement, sa qualité est de constituer des fictions, qui même improbables, sont cependant des potentialités réelles pour l’homme. Ce qui intéresse Jenvrey n’est pas de l’ordre de la micro-ficion, ou de la dérive subjective psychologique, mais tout à l’inverse la littérature en tant qu’elle a une ambition totale : description totale des possibles de l’espèce humaine. Ainsi la littérature devrait avoir pour exigence de poser la question même de la totalité de notre espèce, de notre monde, en tant qu’ouvert au futur. La littérature en tant que lieu même de la fiction serait à même de poser par une logique radicale animant sa fictionnalisation, la possibilité d’actions futures de notre espèce.
Or, il est évident, que s’il s’agit d’avoir des prédictions liées aux connaissances acquises, ce n’est pas la littérature qui pourra véritablement les établir. Popper l’explique parfaitement, les prédictions sont de l’ordre des sciences : elles sont des conséquences théorico-expérimentales qu’il s’agit de tester, afin de déterminer le plus précisément possible les domaines conditionnels de vérification. En ce sens la littérature, si elle doit se nourrir de ce qui existe, il est évident que sa force c’est de pouvoir sortir de la prédiction, pour la prophétie, ou bien une perspective visionnaire. La prophétie littéraire n’est pas seulement de l’ordre de la description de la situation inédite (fiction situationnelle), mais elle ouvre à la possibilité de la résolution de la situation inédite par l’action inédite. "La littérature résout des problèmes par les conceptions fictionnels" (p.24) et ceci en offrant la possibilité de l’expérience de pensée.
Dès lors, l’expérience à laquelle va inviter Jenvrey, expérience du futur, est celle de la rencontre d’un E.T (extra-terrestre). Action inédite pour l’espèce, même si elle semble avoir été vécue au niveau subjectif. Cette expérience, nous l’avons appris dès la publication de l’Exp.Tot, est une expérience totale (remise en cause des dogmes et apriori de la singularité exclusive de l’intelligence de l’homme dans l’univers, auto-fondés sur les fictionnalisations onto-théologiques). Expérience totale que seule la littérature pourrait énoncer en tant que par sa fictionnalisation : 1/ elle peut penser la totalité, 2/ elle peut inventer des logiques qui ne sont pas historiquement encore établies; 3/ elle peut inveter les concepts pour dire ce qui est inédit.
Donc : la littérature se révèle être ce qui prépare — par la fiction et le travail du fictionnaire — l’homme actuel aux possibles du monde futur et lui propose fictionnellement des actions inédites. Ce qui amène que le lecteur verra par sa confrotation à la fiction, une forme d’étonnement lui développant son intuition.
En ce sens, la littérature appelle une forme pragmatique de confrontation de l’homme présent aux possibles futurs. C’est pourquoi, avec une certaine drôlerie, Jenvrey conclut son petit essai par des résolutions de questions qui pourraient se poser : "Que dois-je faire si je suis enlevé par des extraterrestres ?" "La rencontre extraterrestre est-elle soluble dans le capitalisme ?"

Ce livre de Jenvrey, une nouvelle fois est assez passionnant, travaillant sur les conditions de possibilité d’une littérature dans un contexte total futur. Reste, toujours une légère déception : que pourrait être cette littérature ? Est-ce que la littérature est le lieu propre de ce questionnement ? Qu’en est-il des technologies de l’image ? Est-ce que la prétention pragmatique de transformation de la communauté ne serait pas illusoire, ou encore a-t-elle un sens en-dehors de la logique de la théorie fictionnelle ?

10 mars 2013

[News] News du dimanche

Puisque le Salon du livre de Paris met à l’honneur la création éditoriale française, commençons par un spécial éditions de l’Attente. On se concentrera ensuite sur d’importants Libr-événements : PAN! po&phi à Limoges, Bernard Desportes sur France Culture, Marc Perrin en tournée pour son Spinoza in China…

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6 février 2011

[News] News du dimanche

Ce soir, après un flash surprise d’UBULAND (Joël Heirman/CUHEL), quelques Libr-événements à noter : Alphabetville organise une Rencontre à Marseille avec C. Hanna et Quintane/Bérard ; Rencontre au Centre Culturel Algérien avec Mourad Djebel et El Mahdi Acherchour ; Rencontre autour de la revue Fusées à la Bibliothèque Marguerite Audoux (Paris) ; colloque sur l’autofiction à l’ENS le 12 mars prochain.

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23 janvier 2011

[News] News du dimanche

Avant que ne se poursuive le work in progress sur la subversion, que nous ne terminions la série LIBR-KALÉIDOSCOPE 2010-2011, ne lancions un dossier sur la situation et la littérature au Maghreb et ne rendions hommage à Pierre COURTAUD : le clin d’œil du caricaturiste Joël Heirman sur les artistes-engagés/subversifs… le RV avec AVOIR LIEU de Marc Perrin ; quelques libr-événements (le Maghreb des Livres, les RV d’Alphabetville, DATABAZ) ; deux libr-liens

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7 octobre 2009

[Chronique] D’une critique de l’autre (à propos d’un article de Samuel Lequette)

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 7:29

  Vient d’avoir lieu, sur le site sitaudis de Pierre Lepillouer, une intéressante confrontation, entre Nathalie Quintane et Samuel Lequette. Intéressante, car à mon sens, ce que met en lumière Nathalie Quintane par rapport à Samuel Lequette, me paraît témoigner d’une certaine forme de retour à une poéticité classique dans le champ de la poésie contemporaine. Retour que l’on peut apercevoir éditorialement aussi bien sur le web, qu’au niveau des publications papiers.

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24 janvier 2008

[Livre + chronique] Nos visages-flash ultimes, La Rédaction

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , — Philippe Boisnard @ 14:44

  La Rédaction, Nos visages-flash ultimes, ed. Al dante/Transbordeurs, 292 p. ISBN: 978-2-84957-114-9. Prix 17 €.

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18 janvier 2008

[chronique / recherche] A propos des documents poétiques de Franck Leibovici

   [Cet article inaugure, une série qui sera consacrée aux dernières publications des éditions al dante et aux questions théorico-poétiques qu’elles peuvent susciter. Ces articles tenteront de mettre en évidence les apports théoriques et poétiques — au sens de production — qui se tiennent dans l’horizon de ces publications. En ce sens, cette série, sera à lire aussi hypertextuellement, chaque article renvoyant peu à peu aux autres, selon une logique de reprise. Pour une présentation rapide cf. l’article sur sitaudis.]

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[Livre] Des documents poétiques de Franck Leibovici

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 13:40

  Franck Leibovici, Des documents poétiques, ed. al dante // transbordeurs, coll. question forbiden beach. ISBN : 978-2-849557-109-5. prix 15 €.

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21 décembre 2007

[News] Le retour d’Al dante…

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 10:03

  Après avoir marqué l’histoire de l’édition et de la littérature pendant dix ans (1996-2006) pour avoir réussi à imposer, non pas une école, mais de nouvelles écritures, Al dante ressuscite (il n’y a pas d’autre mot !) : grâce à un mécène-artiste, Ruddy Ricciotti, Laurent Cauwet est en mesure de poursuivre son travail sur les relations entre écriture et "nouvelles oralités", sa rénovation de l’objet littéraire au moyen de nouveaux supports.

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4 décembre 2007

[VIDEO] Entretien avec Laure Limongi : la collection & chez al dante

[Première partie de l’entretien. Nous commençons par les années al dante, lorsque Laure Limongi dirigeait la collection &, où ont publié leur essai, aussi bien Bernard Heidsieck (Notes convergentes), que Jean-Pierre Bobillot (Trois essais sur la poésie littérale), Philippe Castellin (Doc(K)s mode d’emploi) ou Christophe Hanna (Poésie action directe). Quel était l’enjeu de la création d’une telle collection ? Comment se sont faites les rencontres qui ont mené à cette collection ?]

3 février 2007

[Manifesten] Conférences – action / théories / pratiques [2ème vidéo : Franck Leibovici]

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 18:38

image-48.pngSuite des conférences. 2nde conférence présentée, celle de Franck Leibovici, à propos du « document poétique ».

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[Manifesten] Conférences – action / théories / pratiques [1ère : Christophe Hanna]

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , — Hortense Gauthier @ 17:29

image-48.pngAprés deux jours où nous avons pu découvrir le Mail-Art, les films de Henry Hills, les travaux plastiques de Julien Blaine, La Rédaction, Franck Leibovici, et où nous avons entendu lectures et performances, le 3ème jour de Manifesten se déroula sous l’angle théorique, avec des interventions théorico-pratiques de Julien Blaine, Charles Pennequin et Alain Frontier le matin, et des conférences de Christophe Hanna, Franck Leibovici et Olivier Quintyn. Nous ne pourrons pas mettre tout de suite l’intégralité des interventions sur le site, compte tenu de leur durée, mais nous vous proposons un petit aperçu de ce qui a été dit, à travers des extraits (introduction de la conférence de Frontier, extrait de celle de Hanna, conclusion de celles de Leibovici et Quintyn …)

Il faut souligner que durant cette journée de conférences à la BFM, les questions du rapport entre poésie et action ainsi que celle de la définition d’un objet poétique ont été abordées, dans le prolongement du débat entre Philippe Boisnard, Christophe Hanna, Philippe Castellin, Alain Frontier, discussion initiée par le dernier numéro de Doc(k)s, et développé dans des articles de Philippe Boisnard (cf. article) et Philippe Castellin (cf. article). Ainsi, Alain Frontier, dans son « avertissement » (cf.vidéo), s’adresse implicitement à Hanna, Leibovici, Boisnard, et à leur conception de la poésie, qu’il attaquera ensuite dans son intervention. L’aprés-midi, Hanna, Leibovici et Quintyn, dans des interventions brillantes et solides ont chacun, à leur façon, fait part des outils conceptuels qu’ils créent pour tenter de saisir la spécificité d’un objet poétique, et plus précisément des nouveaux types d’objets poétiques qu’ils construisent (cf. « Nos visages flash-ultimes » de Hanna, « Portrait chinois » de Leibovici), élaborant ainsi une sorte de théorie pratique pour leur travaux …

Ainsi, on a pu voir s’opposer deux rapports trés différents à la création poétique et à sa définition, mais on regrettera la juxtaposition de ces deux types de discours, au lieu d’un véritable échange entre ces différents théoriciens dans une discussion. On regrettera aussi l’absence de Philippe Boisnard, dont les recherches et les créations sont en liaison avec celles de Hanna, Leibovici et Quintyn …
En tout cas, à tous ceux qui décrient le manque de débats théoriques dans la littérature, et notamment de la part d’une jeune génération, cette journée nous prouve la contraire, la vivacité et la pertinence des questionnements théoriques furent trés stimulantes, et la discussion est loin d’être terminée …

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29 octobre 2006

[recherche] Théorie(s) de l’action : à propos du Doc(K)s théorique

Il s’agira de parler de deux perspectives sur l’action qui sont exposées dans le premier numéro [n° 1-4] de la 4ème série de DOC(K)S, car en effet, à moins de vouloir développer un essai complet sur la poésie, il apparaît impossible de saisir dans le détail la somme de ce dernier numéro. Seul le choix d’une ligne de structuration peut permettre de comprendre en quel sens se joue des tensions critiques, théoriques et pratiques. Et pourtant… Et pourtant, l’action hante de très nombreux articles, on les croisera, de nombreux en revenant même à sa descendance, à ses origines grecques. Ce numéro n’est pas celui sur l’action, mais il en est ici certainement plus question que ce ne le fut précédemment, même si cela fait moins œuvre. Plus question, car donné par beaucoup comme question même de la poésie, de son ouverture, de sa réalisation.

L’action : le choix de deux textes, celui d’Alain Frontier développant une critique explicite de la théorie de la poésie action directe de Christophe Hanna, et le texte de Hanna renforçant les bases épistémologiques qui sont les siennes dans son livre pris ici en grippe. Choix de deux textes qui ne pourra ignorer cependant ceux qui croisent ces deux axes, tels ceux de Pey, Darras ou encore Leibovici. Pourquoi choisir ces deux perspectives ? Non pas seulement parce qu’elles sont l’une à côté de l’autre, mais parce que l’une et l’autre me paraissent synthétiser deux voies qui s’opposent aussi bien quant à la définition ontologique du sujet, que quant aux spécificités qui déterminent épistémologiquement la possibilité de saisir les enjeux d’une création donnée.

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