Libr-critique

1 mars 2018

[Chronique] Laurent Cauwet, ou le pavé dans la mare artistique, par Fabrice Thumerel

Laurent Cauwet, La Domestication de l’art. Politique et mécénat, La Fabrique éditions, automne 2017, 162 pages, 12 €, ISBN : 978-2-35872-156-1.

â–º Rencontres avec Laurent Cauwet pour son livre La Domestication de l’art. Politique et mécénat : jeudi 1er mars à 19H, Librairie Texture (94, Avenue Jean Jaurès 75019 Paris), avec Véronique Pittolo ; le vendredi 2 mars à 19H, Librairie Transit (45 boulevard de la Libération, 13001 Marseille) ; samedi 3 mars, 19H, à La Boutique de La Ciotat (8, rue des Frères Blanchard).

Le point de départ de Laurent Cauwet, qui se situe en droite ligne de la pensée debordienne, est le constat que la société du spectacle a phagocyté la sphère artistique, dont l’autonomie est par conséquent en voie de disparition. Le champ artistique est annexé par ce que l’éditeur/auteur nomme l’"entreprise culture" : les institutions publiques comme privées n’ont de cesse de domestiquer en le divertissant un public le plus large possible et une foule de créateurs de tous poils en obtenant leur servitude volontaire. Cette dernière formule nous fait songer à Pierre Bourdieu, dont l’un des derniers travaux portait sur la révolution conservatrice dans l’édition : à la bipolarisation du champ littéraire (espace autonome versus espace commercial) succède la domination d’une vaste zone interlope où se recyclent les formes et les thèmes propres à la modernité ; d’où l’avènement de bricoleurs géniaux devenus experts dans l’art de récupérer, voire de subvertir des valeurs consacrées de l’art moderne comme la notion même de "subversion", la "liberté créatrice"… La "bohème" : "Portée par l’entreprise culture, la bohème affichée est une catégorie des classes moyennes, de celle qui jouit avec arrogance de ses privilèges, de ceux qu’on octroie en contrepartie d’une employabilité à toute épreuve" (p. 53). Le gain de l’opération est de taille : le rejet de tous ceux qui doutent de cette bohème sponsorisée/subventionnée dans la catégorie pestiférée de "réactionnaires" ; et bien entendu sont antimodernes tous ceux qui s’opposent à cette néo-modernité qui est un ersatz de la Modernité (CQFD). Désormais triomphe le simulacre : "Ce qui est demandé à l’artiste n’est plus de produire des gestes critiques, mais d’obéir à l’injonction de produire des gestes critiques" (45).

L’auteur énumère les conséquences pernicieuses de cet état de fait : prolétarisation des artistes et des poètes (transformation des noms en labels) ; prédominance du festif et de l’événementiel ; totalitarisme culturel, c’est-à-dire hégémonie de la culture-pour-tous comme forme élaborée du bien-vivre-ensemble ; patrimonalisation des formes artistiques socioculturellement admissibles et marginalisation de tout ce qui n’est pas intégrable ; mise à mort de l’esprit critique au profit d’une logique consensuelle… Et le polémiste de soulever les paradoxes les plus brûlants : à la lutte des classes a succédé la lutte des places, mais à quoi bon se battre si l’enjeu est d’être larbinisé par l’entreprise-culture ? Pourquoi prétendre écrire pour tous, alors que la réception de la poésie est par essence limitée ?

Il faut dire que la définition de la poésie que défend Laurent Cauwet est conforme à des décennies d’engagement (oui, engagement, et non pas ce nouveau terme à la mode, "implication", qui n’implique que les moins impliqués) : "La constellation poétique est le non-lieu où se réinventent les mots pour dire le monde qui nous entoure ; où est remise en question la langue de la domination" (23). Son panthéon, ce sont quelques revues des années 60-80 qui l’incarnent : "Les Lettres (des Garnier), Ou (d’Henri Chopin), Doc(k)s (de Julien Blaine), Robbo (du même), Émeute (de Serge Pey), CÉÉ (de F. J. Ossang), L’Humidité (de Jean-François Bory)… puis TXT (de Christian Prigent), Banana split (de Jean-Jacques Viton et Liliane Giraudon), Nioques (de Jean-Marie Gleize)…" (20). Avec un tel lignage, il ne peut que s’inscrire dans la radicalité : ou l’artiste cède aux sirènes de l’entreprise-culture, ou il poursuit son combat solitaire et exigeant, sans la moindre subvention – et avec tous les -SANS. Cette position rappelle un peu celle du théoricien Olivier Quintyn dans Valences de l’avant-garde. Essai sur l’avant-garde, l’art contemporain et l’institution (Questions théoriques, 2015) : après avoir décrié l’actuel "jeu de faire-semblant qui se persuade que l’art s’identifie intégralement à un pôle de résistance actif aux logiques de la domination sociale", il opte pour un "activisme souterrain", "une guérilla de la marge, de la minorité, de l’invisibilité" (p. 99 et 101).

L’ancien éditeur d’Olivier Quintyn, proche également d’auteurs Al dante comme Sylvain Courtoux et Christophe Hanna pour leur refus de toute compromission, dénonce « l’inépuisable maxime collaborationniste du "si c’est pas moi, c’est un autre. Alors à quoi bon…" » (40) et va jusqu’à mettre les artistes devant leurs responsabilités : "Le problème n’est pas d’où vient l’argent. Il est de savoir ce qu’implique, pour l’artiste, d’accepter cet argent : non seulement les comptes qu’il doit rendre à ceux qui le financent mais aussi le contexte dans lequel l’œuvre se trouve dès lors insérée – les financements et les partenaires donnent une couleur aux œuvres et aux gestes" (51). Pour lui, accepter quelque fonds que ce soit, c’est tolérer une atteinte à la liberté créatrice et s’exposer à la censure – comme Larissa Sansour par Lacoste et Frank Smith par Cartier. Et de fustiger les collusions entre monde de l’art et monde de l’argent, institutions publiques et institutions privées (exemple : Grand Palais / Louis Vuitton). Et de dévoiler la stratégie politique du Tout-culturel (mécénat public) : "les grandes messes festives prescrites par l’entreprise culture (fêtes de la musique, gay pride, Banlieues bleues, Printemps des poètes, Nuit des musées, Paris-plage et autres festivals, biennales, triennales…) ont pour fonction principale d’occulter la guerre sociale" (35). Mais aussi la stratégie commerciale du mécénat privé, dont il explicite ainsi le discours, insistant sur l’alibi que constitue l’humanisme new look : « "Oui nous sommes riches, oui nous gagnons beaucoup d’argent. Mais nous sommes des gens de cœur, et aimons l’humanité. Et cet argent que nous gagnons honnêtement, nous n’hésitons pas à en reverser une partie pour le bien-être de tous et pour participer à la grandeur de notre civilisation" » (91). La face cachée de cette propagande : les pratiques anti-humanistes de ces entreprises (nuisances, malversations, exploitation !) ; leur passé trouble (collaboration de Vuitton durant la Seconde Guerre mondiale ; l’argent de Cartier provient de l’apartheid)… Et pourtant les expositions organisées par les principales fondations fonctionnent bien : alors, que demande le peuple ? La réponse de Laurent Cauwet est des plus cinglantes : par exemple, Cartier participe au "travail de lissage de toute pensée critique, en substituant l’exaltation de la bonne conscience et de la morale à la réflexion politique" (117).

Pour incisif et stimulant que soit cet essai qui se compose de 17 chapitres plus ou moins longs suivis de 6 annexes, il n’en comporte pas moins deux limites. La première est d’ordre méthodologique : non seulement il manque une mise en perspective de ces nouvelles pratiques par rapport à l’histoire du mécénat en France et en Europe, mais en outre on peut regretter une certaine hésitation entre perspective sociologique et analyse politique. La seconde est d’ordre contextuel : une bonne partie des écrivains que Laurent Cauwet a publiés chez Al dante, adeptes d’une écriture exigeante, se sont précipités à l’appel des fondations (Vuitton, Ricard, etc.)… Comment (s’)explique-t-il ce phénomène, nous n’en savons rien à la fin de notre lecture. À ces réserves s’ajoutent ces questions fondamentales : doit-on forcément vivre dans la précarité pour être un véritable créateur ? Où commence et où s’arrête la compromission : quand un artiste, un poète, un dramaturge, ou encore un comédien bénéficie d’une subvention publique ou d’une résidence dans un lieu plus ou moins prestigieux, quel est l’impact véritable sur le processus créateur ? Un éditeur doit-il refuser toute subvention, y compris du CNL ? N’est-ce pas suicidaire ? N’y a-t-il aucune différence entre mécénat privé et mécénat public ?

14 janvier 2018

[News] Christian Prigent : trou(v)er sa langue, soirée à la Librairie Charybde

Mercredi 31 janvier à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) : Christian Prigent : trou(v)er la langue, soirée autour de Christian Prigent animée par Hugues Robert, avec également les deux directeurs du volume issu des Actes du colloque international de Cerisy, Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel. Rencontre, lectures et débat dans un lieu magique pour tous les passionnés de ce qui s’appelle littérature.

"À partir de quel point d’inquiétude et d’énigme (de déception du sens)
formons-nous notre fiction de réel ? D’où vient et de quelle nature est la force
qui traverse la masse des informations (dites réalité) et des "sensations"
(dites réel) pour les reconfigurer dans une forme/sens (style, écriture) qui fasse effet
de vérité ?" (extrait inédit du "Journal", décembre 2013, p. 473 du volume).

Depuis 1969 où il fait paraître son premier livre, La Belle Journée, Christian Prigent s’est fait un nom si bien que, quelques soixante quatre livres plus tard et deux cents textes publiés hors volume, il est maintenant reconnu comme l’une des voix majeures de la création littéraire (notamment poétique) contemporaine des quarante dernières années. Aucun colloque ne lui avait été consacré en propre jusqu’à celui organisé en 2014 au Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle : cette somme de 556 pages qui vient de paraître il y a quelques mois a réparé ce manque et constitue par ce fait même un ouvrage immédiatement charnière pour l’approche de l’œuvre. Le titre nous plonge d’emblée dans la poétique prigentienne : pour l’écrivain, trouver sa langue présuppose de trouer le tissu des discours constitués qu’on prend ordinairement pour le réel. Il lui fallait "une langue qui fasse de l’air" – de l’R "(merdRe !)". L’"effort au style" est quête "d’épiphanie" (Ça tourne, p. 55).

Il s’agissait d’abord, en rassemblant les meilleurs spécialistes de cet écrivain, de dresser une premier bilan sur les recherches déjà engagées, surtout à partir des années 1985-1990, et portant sur quarante-cinq ans d’écriture, que la réflexion ait concerné Christian Prigent en tant qu’auteur d’une œuvre personnelle protéiforme expérimentant tous les domaines (poésie, essai, roman, théâtre, entretien, traduction, chronique journalistique, lecture de ses textes) et dont il a su déplacer les frontières, mais aussi en tant que revuiste passionnée, lié à un grand nombre de livraisons poétiques, théoriques, artistiques, et ayant lui-même co-fondé la revue d’avant-garde TXT (1969-1993), avec la volonté de démarquer un espace éditorial différentiel par rapport à Tel Quel. Le fil conducteur de la langue, tant ouvertement réfléchie par l’écrivain dans ses essais ou ses fictions, récits et poèmes, s’imposait. L’autre objectif était d’ouvrir de nouveaux champs de recherche et d’infléchir vers des nouvelles directions une réception qui jusqu’à présent était restée trop soumise à la force de théorisation auctoriale de Prigent et dont il n’est pas si facile de s’émanciper, tant les formulations sont solides – on pense au prisme des lectures maoïsto-lacano-Bakhtiniennes très développées par l’auteur dans ses essais réflexifs, en particulier d’avant 1990, et dont il s’émancipe lui-même progressivement depuis quelques années.

L’ouvrage se veut original aussi par sa facture plurivocale délibérée. En effet, les interventions d’écrivains – de l’auteur même et de ses amis de TXT présents au colloque – dialoguent avec les entretiens d’artistes (acteurs, cinéaste, peintre) et avec les interventions de journalistes et d’universitaires français et étrangers du monde entier (États-Unis, Japon, Brésil notamment), tous spécialistes du champ littéraire actuel, commentateurs de longue date de Christian Prigent ou voix critiques plus récents. Les genres sont mêlés (inédits d’écrivains, entretiens, essais et communications universitaires) comme les supports (textes, dessins, photogrammes) à l’image de la convivialité et de la mixité qui a été celle du colloque et qui transparaît à l’état vif, en particulier dans les « entretiens ».

© Portrait de Christian Prigent par Judith Prigent (2013) et de Valère Novarina par Christian Prigent (1978).

â–º Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel dir., Christian Prigent : trou(v)er sa langue. Avec des inédits de Christian Prigent (Actes du Colloque international de Cerisy), Paris, Hermann, collection "Littérature", mai 2017, 556 pages, 34 €, ISBN : 978-2-7056-94-10-4.
SOMMAIRE : ici.

â–º Derniers livres de Christian Prigent : Ça tourne. Notes de régie [Carnets de Grand-mère Quéquette, Demain je meurs et de Météo des plages], éditions de l’Ollave, été 2017, 68 pages, 14 €.
Chino aime le sport, P.O.L, été 2017, 176 pages, 18 €. [« En I (Les Enfances Chino, 2013), Chino grimpait la côte "enfance". En II (Les Amours Chino, 2016), il dévalait la pente des "amours". En III (Chino aime le sport), il renroule sur la bobine "histoire" les fils de ses émois sportifs »].

26 mai 2016

[Entretien] Valeur du politique, politique des valeurs. Entretien avec Sylvain Courtoux (Critique et création 3, par Emmanuèle Jawad)

C’est avec un immense plaisir que nous publions ce troisième entretien avec Sylvain COURTOUX, qui vient enrichir les précédents grâce à la problématique retenue par Emmanuèle Jawad. [Lire le dernier]

La seule chose dont on est sûr,
c’est que l’on perd toujours à la fin.

Jérôme Bertin

Emmanuèle Jawad : Le travail sur le sample qui prélève des énoncés dans le flux des textes contemporains et les agence dans un montage à la fois serré et fluide semble contenir dans les choix opérés et le montage de ces échantillonnages une dimension critique. La technique des samples ne participe-t-elle pas ainsi au sein du travail de création d’une recherche critique ? Les pratiques d’écritures « inventives » ne se développent-elles pas dans et par le geste critique ?

 

Sylvain Courtoux : Est-ce que l’échantillonnage à lui seul, comme sampler une liste de noms de rues dans un plan, suffit-il à lui seul pour placer un point de vue critique sur le monde ? Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre positivement à cette question… Cela dépend de deux choses : ce que l’on échantillonne et comment on le « monte ». Pour moi « sampler », plagier, ne se dépare pas d’un travail de montage… C’est la totalité du geste qui en fait un instrument critique. Plus votre visée discursive. Cela peut sembler paradoxal mais le sample m’intéresse moins pour sa visée plasticienne que pour ce qu’il « m’aide » à (pouvoir) dire… J’ai l’habitude de me dire, d’après Frédéric Lordon, qu’un texte, c’est d’un côté les « structures », et, de l’autre, les « affects » : les structures – ce qu’est ontologiquement un sample (l’Autre qui nous structure, fait de nous ce que l’on est…), les affects – ce qui me pousse à utiliser ce sample-là. Le sample, l’échantillon ne me sert que pour autant qu’il dit mieux mon « je » que "je" ne pourrai jamais le faire… Les pratiques d’aujourd’hui qui m’intéressent le plus ont toutes à faire et à voir avec la théorie ou/et la critique. Je ne peux même pas concevoir, pour n’importe quel type d’écrivain, que l’on puisse ne pas s’intéresser au politique, au social, à la théorie littéraire, etc. L’« art pour l’art », qui, soit dit en passant, est toujours défendu par tout un pan des poésies plutôt lyriques (mais aussi par des « modernes » et des « contemporains »), est, en ce sens, une ineptie… Non seulement une défaite de la pensée, mais une méconnaissance, une in-connaissance sciemment revendiquée des enjeux (culturels, sociaux, politiques, économiques, symboliques) de la pratique scripturale. Les avant-gardes comme Dada, ou plus tard les Lettristes, ou la triade Tel Quel-Change-TXT avaient bien compris cela. La présence de discours « spéculatif » ne vient pas asseoir l’activité créatrice mais en est la concomitance même. Je sais qu’une œuvre « intéressante », de mon point de vue, ne peut se passer de théorie, ne peut pas se passer de réfléchir à la fois sur sa propre pratique, sur celle des autres, et sur le « pourquoi » et le « comment » de ce que nous faisons face au réel. Le « sample » est un marchepied parfait pour le méta-littéraire et la théorie littéraire ou philosophique. C’est parce que je sample que la théorie ne peut que me sauter constamment à la figure (si le sample est du côté de la « structure », qu’est-ce cela qui nous structure, et si nous sommes bien dans un « monde toujours-déjà légendé » comme dit Prigent, et si nous sommes bien façonnés par les multiples discours qui nous entourent, comment on fait pour s’en extirper, qu’est-ce que la « novation », qu’est-ce qu’un « sujet », … Vous voyez ! Les questions théoriques, philosophiques, ne peuvent que s’enchaîner à la vitesse du clavier…). Par ailleurs, il y a une forme de « responsabilité » de l’écrivain à laquelle je crois ; à ajouter au reste. La justesse de l’adresse.

 

EJ : La dimension critique au sein de votre travail de création semble se référer conjointement à la technique donc même du sample (le travail de montage élaboré sur la réappropriation de références) et à un regard politique (porté sur le milieu poétique lui même et dans une position d’avant-garde). La critique prend-elle en charge des affinités ou des liens qui pourraient être à la fois d’ordre individuel, intellectuel et littéraire, ou doit-elle s’en écarter dans une visée descriptive ? La dimension politique de votre travail n’est-elle pas ce qui fait le lien entre critique, théorie et pratique ?

 

SC : Il ne peut jamais y avoir d’analytique pur, tout est axiologique, tout discours, même s’il se veut le plus « neutre » possible, descriptif comme vous dites, est toujours chargé d’affects et de jugements de valeurs. On n’y échappe pas. Il y a toujours du « normatif » quelque part, même quand c’est, dans un livre de sociologie, sous des couches de précautions oratoires ou sur une tentative de désamorçage des problèmes liée au « normatif ». Quand je lis un livre de philosophie ou de sociologie, je préfère toujours quand l’auteur est en accord (même précaire + dissonant) avec ses arrière-pensées. C’est le B.A.ba de la sincérité pour moi. Après, c’est une question de positionnement. Car si la question est la lutte des points de vue et donc des valeurs liées à ces points de vue (comme il y a lutte des classes), c’est le positionnement de votre travail, au sein du champ poétique, positionnement autant artistique qu’esthétique, qui importe. Et ce positionnement est autant choisi que subi, pourrait-on dire. « Subi », car on est tous le jeu d’influences et de ce que notre socialisation a fait de nous (par le biais des capitaux : économiques, culturels, sociaux) ; « choisi » car c’est à partir de cette « donne » de départ que nous mettons en œuvre les valeurs artistiques, esthétiques, philosophiques, que nous mettons en jeu dans nos œuvres. Valeurs et « influences », affects et structures, est ce qui fait le lien entre l’individuel, le littéraire, le socio-politique. Et nous revenons au « tout axiologique » du début… Question de valeurs et donc de positionnement sur un échiquier de luttes. Les valeurs que je défends ne me sont aucunement personnelles : l’autobiographie et la question du champ littéraire, le montage, le travail de sample, l’expérimentation visuelle – c’est sans doute par ce mélange, qu’on pourra dire énergumène, ou en tout cas peu usité dans le champ littéraire (quelques-uns m’ont précédé, d’une façon ou d’une autre, appuyant sur un point ou sur un autre, Michel Leiris, le Michel Vachey de Toil, Manuel Joseph, Jean-Marie Gleize, Kathy Acker, Raymond Federman, le Michel Deguy du Comité, Chloé Delaume) que la dimension politique affleure ou déborde… Ou plutôt disons qu’elle est présente deux fois, l’une à cause de ce mix, l’autre grâce à mon "habitus" de rebelle… Car, certes, le positionnement implique des valeurs (certaines plutôt que d’autres), mais on ne joue ces valeurs au maximum que si on est prêt à se battre contre celles que nous trouvons dangereuses et putassières…

 

EJ : L’émission radio POETES/VESTIAIRES dresse un panorama de la Nouvelle Poésie Française que vous situez entre 1989 et 2004-2008. Vous en formulez ainsi les caractéristiques : travail sur la frontière poésie/ non poésie, réappropriation de la Pop culture (BD, musique, cinéma), plasticité des textes (dimension visuelle/conceptuelle avec rôle des logiciels informatiques dans le travail de création), ancrage performatif, influence de la musique (notamment électronique), filiation avec le cut-up. Si certains travaux poétiques semblent relever transversalement de plusieurs de ces caractéristiques (ainsi votre propre travail, ou celui encore de Sandra Moussempès associant références au cinéma et ancrage performatif notamment, ou le travail de Jérôme Game), comment inscrivez-vous au regard de ces marquages caractéristiques de la Nouvelle Poésie Française les travaux poétiques des années plus récentes (2008-2016) ? Quels axes actuellement privilégiés (performatif, plastique, etc.) dans votre propre travail et dans ce que vous percevez des travaux poétiques d’aujourd’hui ?

 

SC : Nous sommes dans un « trou » qui a dû ressembler pour pas mal d’auteurs expérimentaux des années 70 au « trou » des années 80. C’est ce que je ressens en tout cas. La révolution symbolique de la NPF est passé… Certes, institutionnellement (éditorialement), nous en sentons encore les à-coups, et il y a une grande partie du public qui en est encore à découvrir ses auteurs, mais artistiquement, je trouve qu’il n’y a pas encore de relève, aussi importante symboliquement et démographiquement (puisque c’est aussi bêtement une question démographique)… Nous sommes bien peu en 2016 … Même s’il y a des « jeunes » dont j’aime et dont j’ai envie de suivre le travail futur, comme Marie de Quatrebarbes, Amandine André, Emmanuel Reymond, Caroline Zekri (dans le Nioques 15), Elodie Petit, Justin Delareux, Noémie Lothe (dans le Nioques 15), le travail sonore/musical de Thomas Dejeammes, par exemple. Ce que je vois tout de même, c’est l’arrivée d’un certain paradigme « contemporain » dans les poésies expérimentales. Je dois cette sorte d’« analyse » (un peu sauvage) à Nathalie Heinich (dans Le paradigme de l’art contemporain, Gallimard, 2014) qui, elle, parle d’un paradigme « contemporain » dans le champ des arts plastiques, mais je pense que maintenant il commence à pointer son nez dans les pratiques d’écritures… Paradigme né certes à la faveur de la NPF mais qui re-questionne plus radicalement peut-être le rapport clé de la tradition avant-gardiste : la question art/non-art, dans un jeu constant de subversion de l’acte d’écriture au nom d’une dé-définition de cette acte d’écriture… C’est le sens du travail récent d’un Christophe Hanna, par exemple, qui m’influence beaucoup (même si je reste plus « moderne » que lui)… Mais on trouvait déjà des prémices de ce questionnement chez Vanina Maestri, Manuel Joseph, Jacques-Henri Michot, Nathalie Quintane, ou Jean-Michel Espitallier – tous ceux qui déjà travaillaient sur l’échantillon et dans une certaine envie de dépersonnaliser le sujet de l’écriture… On voit aussi ça dans le renouveau de la thématique du « ready-made » chez Gaëlle Théval, l’arrivée de ce concept de « factographies » créée par Marie-Jeanne Zenetti, comme dans le domaine du roman, la reconnaissance importante dont commence à jouir, chez le grand-public, l’œuvre de Annie Ernaux, ou dans le domaine poétique, l’œuvre de quelqu’un comme Jean-Marie Gleize, le fait (enfin) que le Pragmatisme philosophique (à travers les notions de « document » et d’« enquête ») se fasse de plus en plus commun dans les milieux expérimentaux (remplaçant peu ou prou le « deleuzisme » qui était à la mode à la fin des années 90)… Tout cela est le signe que ça théorise encore, même si par ailleurs nous sommes dans un « trou » qui a des allures de champ de mines … Même si, l’ultime limite (paradoxale) de l’incursion de ce paradigme « contemporain » dans le champ poétique reste le mur de l’« objet-livre » (dans l’art « contemporain », l’œuvre ne réside quasiment plus dans l’objet, alors que dans le cas de l’écriture, impossible de se départir du texte) et reste aussi le mur du « nom de l’auteur »… Tout cela mériterait sans doute d’être détaillé ou d’être, plus avant, analysé, je ne fais ici qu’un rapide état des lieux…

 

EJ : La question du politique présente ou non au sein des pratiques d’écritures, des ouvrages théoriques (vous évoquez J.-M. Gleize …), des lieux également où la poésie se rend visible, la question de l’engagement plus ou moins prégnante selon les périodes, pourrait-elle contribuer d’une façon ou d’une autre à combler cet écart (« trou ») que vous notez présent depuis la Nouvelle Poésie Française des années 1989-2004/2008 ?

 

SC : Vous avez raison de parler de la question de l’engagement… Puisque c’est bien de cela dont il s’agit. Je trouve que le « créer, c’est résister » de Deleuze a fait beaucoup de mal à l’engagement critique explicite. Car si toute œuvre est une résistance, alors pourquoi ne pas bénir directement le plus putassier des romans ou des positionnements artistiques, puisque à ce régime-là, on sera toujours (dans le) politique !? 90% de ce qui se publie sous le nom de poésie aujourd’hui n’a rien à voir avec une critique du monde explicite. Et, à cause de ce « trou », on ne peut plus se permettre de louvoyer avec le système. Il faut explicitement revendiquer nos valeurs. Prenons un poète comme Anne-James Chaton qui appartient de plein fouet au paradigme « contemporain » dont je parlais ci-dessus1 : effacement de la notion d’auteur, renoncement à l’expressivité, écriture qui n’aurait pu exister sans les logiciels de traitement de texte, prédominance du « conceptuel », eh bien je peux dire que c’est parce que son travail a fini par nier toute expression, qu’il peut aujourd’hui frayer, sans que ça lui pose de problèmes de conscience, avec le pire du capitalisme le plus outrancier représenté par LVMH, le « leader mondial des produits de luxe », faisant ainsi (je reprends la critique de Pierre Alféri) de la « poésie contemporaine » un produit de luxe pour dominants. L’assomption de sa « critique » des signes du capitalisme (dans les Evénements) dans un dispositif formel plastique a, avec le temps et la notoriété aidant, tout simplement produit un désengagement face à la question du réel : à force de critique « effacée » ou au « second degré », ne reste évidemment plus qu’un simulacre de critique. Je n’attaque évidemment pas le paradigme « contemporain » en tant que tel puisque je fais partie, par mes « outils », de ce paradigme-là, et qu’à l’inverse des poètes très « contemporains » comme Christophe Hanna, Manuel Joseph, Jacques-Henri Michot, Olivier Quintyn, Emmanuel Rabu, Stéphanie Eligert, Nathalie Quintane, Pierre Alféri, Stéphane Bérard, eux, sont explicitement politiques et n’ont pas peur de dire quelles sont leurs options. Disons que c’est le « formalisme », allié à la dissolution de toute expression et donc de toute sincérité, du paradigme « contemporain », qui est ici le problème : certains auteurs en viennent simplement à oublier qu’ils sont dans un « réel » qui demande in fine de prendre position, surtout si on vient des « marges » de ce réel comme Chaton. Quand je revendique la notion de « post-poésie » dans Consume Rouge, je revendique un expérimentalisme qui n’oublie pas l’expression et la mimesis (c’est ma différence avec la critériologie gleizienne, même si chez moi ça se joue avec les phrases, les propositions, les énoncés plagiés dans le texte des autres). Au moins, le paradigme « contemporain » a eu quelque chose de bon dans sa "volonté" de « dé-subjectivisation » : déplacer le regard des gens non plus seulement sur l’œuvre, mais sur la personne même de l’auteur, dans un genre de paradoxe dont est friand l’histoire de l’art, c’est maintenant l’attitude entière, complète, de l’artiste qui fait œuvre, et non plus uniquement et/ou intrinsèquement l’œuvre en elle-même. Dans un même geste, ça donne, au pire, le triomphe du « nom » de l’artiste sur son œuvre, et tout ce que le show-business médiatique peut impliquer : autour du « nom de l’auteur » comme « marque », mais, au mieux, ça nous permet de nous interroger sur une trajectoire et le positionnement conséquent ou non, « éthique » ou non, cohérent au regard de ce que nous dit l’œuvre ou non, de l’artiste…

 

EJ : Dans un texte intitulé « Actions politiques/actions littéraires »2, Christophe Hanna (se référant au livre de Jacques Sivan Le bazar de l’hôtel de ville, ed. Al Dante, 2006) affirme « Quand j’essaie d’imaginer un autre espace littéraire, qui ne serait plus un lieu replié sur ses valeurs esthétiques, capable d’assujettir toute forme de fonctionnalités qui lui seraient étrangères, me vient l’image d’un BHV textuel-politique, un endroit où de nouveaux objets verbaux seraient proposés à expérimenter pour changer nos façons d’être exposés ou disposés au pouvoir. » Dans quelle mesure vous rapprochez-vous de cette conception d’« un autre espace littéraire » ?

 

SC : 1. La « prophétie » de Christophe Hanna a bien eu lieu ou plutôt on est en plein dedans, du moins dans le versant « expérimentaliste » des poésies. Ça s’appelle le paradigme « contemporain ». Le « contemporain » a tellement joué avec les frontières (entre les différents genres de l’écrit et entre les différents arts) et les cadres d’appréhension & d’appréciation qui leur sont liés, dans une mixité et une dilution, dont, du reste, je me réclame, que je ne suis pas totalement d’accord pour abandonner in fine toute « valeur esthétique » comme le dit Hanna. Je vois bien ce qu’il met "dedans" : les valeurs esthétiques traditionnelles (« classiques » ou « modernes »). Si on prend aujourd’hui la globalité de ce qui se publie sous le nom de « poésie », ce qui est donc symboliquement dominant, il a absolument raison et il faut continuer à subvertir les cadres dominants (l’histoire de l’avant-garde est aussi l’histoire de cette dilution des catégories esthétiques, artistiques). Mon commentaire de cette citation, je ne l’oublie pas, est le commentaire de quelqu’un qui essaie de penser son travail comme en connexion constante avec tout ce qui n’est pas « poésie », ou tout ce qui n’est pas « littéraire », donc, d’entrée de jeu « hannaienne » si l’on veut… Je l’ai dit plus haut, une œuvre, une trajectoire, un positionnement, c’est, de toute façon, quoi qu’on y fasse, des « valeurs ». Esthétiques, artistiques, politiques, même quand on feint de s’en écarter ou de les mettre à distance. Et même un auteur qui se voudrait hors des valeurs les plus communément admises par tel ou tel groupe serait quand même un auteur qui, de fait, défend des valeurs minoritaires. Donc autant revendiquer à plein ce que sont les valeurs à défendre (je les récapitule) : l’autobiographie, le sample, le montage, le mix entre pratique et théorie, la visée mimétique, la sincérité, l’autonomie éthique via l’hétéronomie formelle, etc. C’est pour ça que je me bats. Une grande partie de ces valeurs sont tout à fait communes et même traditionnelles, mais c’est leur métissage qui rend problématique leur ancrage générique/génétique.

 

2. Dans la seconde partie de la citation on reconnait bien le tropisme « pragmatiste » de Hanna. Que je ne peux que faire mien (rires). Ce qui m’intéresse le plus dans la philosophie de l’art pragmatique, c’est l’« intégration du contexte » de production. En cela, ça rejoint mes recherches actuelles sociobiographiques sur le champ littéraire, la façon dont « se fabrique » un poète (en l’occurrence, puisque je suis autobiographe, moi-même)… Un poète, c’est certes un texte mais c’est également tout un ensemble de médiations matérielles (capital économique) comme symboliques (capital social, capital culturel) qui permette au texte non seulement d’être « écrit », mais d’être publié, puis d’être reconnu et enfin d’être reçu – cette réception engendrant une nouvelle façon d’écrire, etc. Il ne faut pas se mentir, le projet d’un auteur, comme de n’importe quel être humain, c’est d’abord de se faire « reconnaître », et « reconnaître » par le/les groupe/s auquel/s il veut appartenir : ici, dans mon cas, les autres poètes. Ensuite, dans un second temps (premier et second temps sont certainement enchâssés) de produire des objets « intéressants » en fonction de notre complexion, de nos valeurs, de nos possibilités (cognitives, matérielles, institutionnelles). En sachant tout de même qu’il y a autant de publics différents, en fonction de l’origine sociale et du diplôme, que de manières de trouver un texte « intéressant ». Et, même si j’en reste à ma seule expérience, qui est évidemment partiale et partielle, « intégrer le contexte » veut dire parler, du moins autant que faire se peut, de ce qui se passe derrière le rideau de la couverture d’un livre. Evidemment, le sujet est tellement complexe, que chez moi ça se fait de manière tout à fait hétérodoxe et pas très « sociologiquement correct ». C’est une sorte de justice : nous n’écrivons que ce qu’on est capable d’écrire, non ? Et faire un texte « intéressant » de mon point de vue, c’est se rebeller contre les normes communes, les catégories dominantes dans le champ littéraire en général. Se rebeller contre les valeurs dominantes, c’est « subvertir », tout en faisant en sorte que je sois conséquent avec ce que j’écris, que le texte dise, montre, la même chose que ce que je fais, que ce que je suis (le principe de sincérité est un principe d’identité, au double sens du terme). Ça nécessite une bonne dose d’indestructibilité contre l’implémentation de toutes ces logiques (hétéronomes) économiques et marchandes qu’on retrouve dans le champ littéraire comme dans le champ de la vie ordinaire. Ça nécessite une lutte constante, ça nécessite des principes et une position. Et je ne pose pas des questions de lecture, mais des questions de vie ou de mort sociale…

 

EJ : L’hétérogénéité dans la construction des textes et le montage restent des préoccupations centrales et structurantes dans votre travail. Comment situez-vous les écritures aujourd’hui au regard de cet axe ainsi défini ?

 

SC : Quelque chose qui n’en finit pas de m’étonner : c’est la minorité (voire la défection), dans le champ poétique "versant" expérimentaliste, et d’un point de vue institutionnel, des « écritures de montage » se revendiquant comme telles. Cette question du « montage » est revenue à la mode dans les années 90 ― avec non seulement la Revue de Littérature Générale (L’Art poétic’ de Cadiot est l’un des premiers livres de montage de la Nouvelle Poésie Française) mais aussi les travaux de M. Joseph, J-H Michot, C. Hanna, R. Federman, Thibaud Baldacci, C.Fiat, E. Sadin (qui avait théorisé brillamment tout cela dans Poésie_atomique, éc/artS, 2004), Olivier Quintyn, Jacques Sivan ― et j’ai appris à écrire, à « sampler » et à « monter » en lisant ces auteurs comme certains autres, Joseph Guglielmi et son génial La préparation des titres, Rolf Dieter Brinkmann avec son Rome, regards, Kathy Acker, Hubert Lucot, Terminal de Jean-Jacques Viton, les deux Roche (Denis et Maurice), Alain Jouffroy, le Biographies de Mathieu Bénézet, Liliane Giraudon, tous plus ou moins en connexion avec une pratique de montage et/ou de cadrage. C’était aussi le développement grand public de l’informatique, du traitement de texte, la question de l’hypertexte, l’étendue virtuelle et interactive du web, j’ai eu mon premier ordinateur personnel en 1999 et ça a eu un fort impact sur ma pratique (Action-Writing est né comme ça)… Ce qui ne cesse de m’étonner (donc) c’est pourquoi, malgré le développement domestique des logiciels de montage (son, vidéo, image) et leur utilisation de plus en plus facile, n’y a-t-il pas plus de poètes-monteurs – y compris dans la « jeune génération » ? Alors même que le roman a déjà une sorte de tradition avec le « roman postmoderne » américain apparu dans les années 1960 (c’est Malraux qui "inventa" l’expression « Littérature de Montage » dans les années 30, soit juste après qu‘ont paru les romans « montés » de Alfred Döblin ou de John Dos Passos). Aujourd’hui, en 2016, je serai bien embêté de vous dire quels sont les poètes qui travaillent sur cet axe, à part Emmanuel Rabu, Manuel Joseph, Patrick Beurard-Valdoye, Anne Kawala, Frédéric Léal, Frank Leibovici avec Portraits Chinois (qui date de 2007), un peu Nathalie Quintane avec Grand ensemble, un peu Frank Smith dans Surplis et quelques autres (la liste, à ma grande déconvenue, n’excèderait pas une dizaine/quinzaine d’auteurs). Quand je parle de « montage », ce n’est pas seulement la juxtaposition d’énoncés hétérogènes qui m’intéresse, car ça, c’est relativement "courant" dans nos esthétiques à la croisée du « moderne » et du « contemporain » (juxtaposition et énumération comme le montrait déjà Gertrude Stein sont les deux mamelles de l’esthétique « moderne »), c’est plutôt « l’impression », en regardant un texte, que le poète n’aurait pas pu se passer des logiciels informatiques pour produire son texte (ici le Part & de Kawala ou la deuxième partie de Dire ouf de Frédéric Forte serait un très bon exemple) ― évidemment, ça ne suffit pas à faire un « bon » texte, mais ça a au moins l’intérêt d’aguicher mon regard + de titiller mon intérêt ―, c’est quelque chose que j’ai toujours aimé trouver dans un livre : cet aspect visuel, qui aime faire exploser la page, pour autant qu’il ne soit pas un « formalisme » et que le contenu soit aussi intéressant que sa forme… Si ma question d’ensemble, celle qui est à l’œuvre depuis Still nox puis dans Consume Rouge puis (surtout) dans mon livre actuel3, est la capacité du texte à produire un discours le plus réaliste et mimétique possible (sincère, donc, et qui produit des « effets de vérité »), et que le « réel » reste bien un « impossible » à figurer (car trop « complexe » – et c’est à cause de cette « complexité »-là que je ne crois pas à la possibilité de la « fiction » pour le faire), c’est la multiplicité des formes qu’on peut « synthétiser » par « montage » amplifiée par la technique du « sample » qui structure "mon" « autre », qui peut le mieux, je le crois, parvenir à ce réalisme mimétique expressif. Quand on travaille comme moi sur un sujet aussi ambitieux que le « champ littéraire », comment se construit une trajectoire, pourquoi x est plus reconnu que y alors qu’ils sont de la même génération et chez le même éditeur, quels types de socialisation peuvent affecter une trajectoire, pourquoi et comment peut-on dire que certaines valeurs artistiques (littéraires) sont dominantes et d’autres pas, quelles sont les résistances qui s’opposent institutionnellement à ma (ou à certaines) pratique(s), etc., et qu’on essaie de lier toutes ces questions à des problèmes politiques, sociaux (autobiographiques et concrets) et littéraires/poétiques, pour communiquer une expérience, faire expérience (faire réel, être comme un moyen de connaissance), face aux lignes de puissances du champ social & dans le bruit incertain du réel, je n’ai pour ma part, trouvé que le montage pour combiner, assembler ensemble tout cela (questions, réponses / valeurs, positions). Il y a cette phrase de Bernard Heidsieck que je donnerai en temporaire conclusion : « nous sommes tous dans le même bain, quant à moi, voici ma thérapeutique, puisse-t-elle vous être de quelque usage » …

1 Paradigme « contemporain » dont on pourrait tout à fait aligner les critères, pour l’écriture, sur la définition que donne Jean-Marie Gleize de la « post-poésie » dans Sorties, p. 59-60.

2 in « Toi aussi, tu as des armes » poésie &politique, éditions La Fabrique, 2012.

3 Dont le titre sera : L’avant-garde, tête brûlée, pavillon noir… Que j’espère donner à Al Dante pour la fin de l’été 2016…

26 avril 2015

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’avril, après un Pleins feux sur Christian Prigent, nos riches Libr-événements : Annocque à Paris, exposition Doppelt (Paris), 9e édition du fiEstival (Belgique), Ernaux au CNL et Varetz à Lille. [LC sera présent sur plusieurs fronts…]

 

Pleins feux sur Christian PRIGENT

â–º Vendredi 22 mai à 20H, Maison de la Poésie, "Le désir de littérature, en somme" (157, rue Saint-Martin 75003 Paris) : Christian Prigent avec Bruno Fern, Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel. Dix mois après le colloque international de Cerisy, "Christian Prigent : trou(v)er sa langue" – et trois livres publiés de l’auteur (dont un avec B. Fern et T. Garnier) -, à l’invitation de nos amis de Remue.net, cette rencontre autour de l’écrivain vise à débattre/échanger sur quelques questions essentielles, à esquisser quelques mises au point et perspectives.

Entre autres questions, devant les pratiques actuelles de lire et d’écrire, les invités poseront, ensemble et séparément, des questions à « l’illisibilité en questions » à l’intérieur de « la langue trou(v)ée » de Christian Prigent, qui a publié en 2014 La Langue et ses monstres, recueil de vingt essais portant sur des écrivains de la « modernité » (de Sade à Christophe Tarkos, en passant par Gertrude Stein, Burroughs, Bernard Noël, etc…).

â–º Autour de Christian Prigent : sur le blog, chroniques sur La Langue et ses monstres (P.O.L, nov. 2014), Berlin sera peut-être un jour (La Ville brûle, mars 2015) et Pages rosses : craductions (avec B. Fern et T. Garnier, avril 2015).

â–º Mise en ligne de la revue d’avant-garde TXT : grâce au travail de José Lesueur, qui a lancé un blog dédié à cette revue désormais historique, nous en sommes au supplément au n° 12.

 

Libr-événements

 

â–º Mercredi 29 avril 2015 à 19H30, Librairie La Belle Lurette (26, rue Saint-Antoine 75004 Paris) : rencontre avec Philippe Annocque pour sa Vie des hauts plateaux (Louise Bottu).

 

â–º Suzanne Doppelt, Amusements mécaniques VERNISSAGE LE JEUDI 7 MAI À 19H

/ Exposition du 7 mai au 6 juin 2015. Ouvert du lundi au vendredi de 14h à 19h. [LC assistera au vernissage]

LOCO / L’ATELIER D’ÉDITION: 6, rue Charles-François Dupuis, 75003 Paris, France. T. 01 40 27 90 68

ÉDITION : ANNE ZWEIBAUM (anne.z@latelierdedition.com) / ÉRIC CEZ (eric.c@latelierdedition.com)

 

â–º "neuF. Qu’est-ce qui est neuf ? Qu’est-ce que le neuf ? Et quel est son rapport à l’ancien ? Interroger la racine et la cime. Se nourrir du minéral et du fruit. Voir comment l’horizon se dessine déjà dans les pas que nous plantons sur la terre à chaque instant…"
(Dante Bertoni)

La 9e édition du fiEstival se déroulera :
INdoor : du 7 au 10 mai 2015 à l’Espace Senghor & à la Boutique maelstrÖm 4 1 4
OUTdoor : à partir du 3 mai à la Boutique maelstrÖm 4 1 4 et en ville ! (infos ci-dessous)…

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LES INVITÉS D’HONNEUR de cette 9e édition seront :
Serge Pey (FR) . Chiara Mulas (IT) . Laurence Vielle (BE) . Antoine Wauters (BE) . Charles Ducal (BE) . Jean-Marc Desgent (CA) . Troy Von Balthazar (USA) . Petr Váša (CZ) . Félix Jousserand (FR) . Daniel De Bruycker (BE) . Ivan Tirtiaux (BE) . Détachement International du Muerto Coco (FR) . Rimbaud Mobile (FR) . Les éditions du Dernier Télégramme (FR) & le Belgium Bordelio (WA-BXL-VL)
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INFOS PRATIQUES :
P.a.f. : 7€ prix plein / jour – 5€ tarif réduit – PASS 4 jours : 25€ (prévente 20€)
Contact : info@fiestival.net – www.fiestival.net – Tél : 02 230 40 07 – Gsm: +32(0)498 60 72 53
Réservations : Espace Senghor – 362, chaussée de Wavre, 1040 Etterbeek – info@senghor.be – Tél : 02 230 31 40
et à la Boutique maelstrÖm 4 1 4 – 364 chaussée de Wavre, 1040 Etterbeek – ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h

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PROGRAMME :

DAY #-1
DIMANCHE 3 MAI 2015 – 16h
"Thé des écrivains, 1"
Boutique maelstrÖm 4 1 4

Lectures et sorties de nouveautés dans le piétionnier de la Place Jourdan : le Dimanche 3 mai c’est le “Day – 1”, une sorte de pré-pré-lancement des fiEstivités à l’occasion de la sortie des nouveaux titres de la collection “Bruxelles se conte” et d’autres titres (Arnaud Delcorte, Milady Renoir, Karen Guillorel, Kenny Ozier-Lafontaine, Christophe Lombardi…)

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DAY #0
MERCREDI 6 MAI 2015 – 20h
PIANOFABRIEK – 35 rue du Fort – St Gilles

En pré-ouverture du fiEstival, poésie et musique avec : Pierre Guéry (FR), Fabrice Caravaca (FR), Frédérique Soumagne (FR), Olivier Orus (FR), Aliette Griz (FR) Marc Guillerot (FR), et Célestin De Meeûs (BE)

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DAY #1
JEUDI 7 MAI 2015 > 18h
"la Preuve par (le) neuF, I"
Espace Senghor

Lectures, performances poétiques et multimédias – Salle 1900

18h00 > Inauguration et apéritif musical dinatoire (piétonnier)
Au cours de l’inauguration : lancement du nouveau livre/CD de Laurence Vielle (BE) “Ouf”

20h00 > "Poésie soufie. Le rituel des renversements ou la montagne secrète du soleil". Performance inédite de poésie-action et danse sufi par Serge Pey (FR), Chiara Mulas (IT) et Abdeslam Michel Raji (FR).

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

21h00 > "Spinoza in China". Marc Perrin (FR) nous livre la sortie de son tout nouveau livre avec cette performance accompagné en musique (contrebasse et objets) par Benoît Cancoin (FR).

21h20 > "Jin". le poète Tom Nisse (LU) rend hommage à la volonté d’émancipation, d’égalité et au courage des femmes kurdes. Accompagné par Nicolas Ankoudinoff (BE) au saxophone.

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

22h00 > "Aporie.org". Antoine Wauters (BE) nous livre pour la première fois le texte et performance « Aporie.org », une exploration du rapport à internet, les réseaux dits sociaux et les nouvelles technologies.

22h20 > "Fuen", création multimédia de Luvan (FR) et de Thomas Giry (BE) aux synthés.

Innovation : dans les interludes, dans le bar du Senghor, l’artiste et chanteur Marco Parente (IT) réalisera un Poetry set avec de multiples voix de poètes du passé et du présent…

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DAY #2
VENDREDI 8 MAI 2015 > 18h
"la Preuve par (le) neuF, II"
Espace Senghor

Lectures, performances poétiques et multimédias – Salle 1900

18h00 > Apéritif musical dinatoire (piétonnier)

20h00 > "Je suis toujours neuf Book Performance". Une performance-livre et performance d’une vie, en plusieurs langues (turc, anglais, français) de ÇiÄŸdem y Mirol (TU) et Nestor (BE).

20h20> "Rise Up ! Femmes poètes de la Beat Generation". Performance poétique et musicale de Ruby-Théâtre (FR) de et avec Mirabelle Wassef (FR) et Séverine Morfin (FR) au Violon Alto et pédales d’effets. Textes inédits en français.

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

21h00 > "Le nouveau monde amoureux de Newton". Performance de Boris Crack (FR) avec des poèmes qui tentent de se réapproprier de manière iconoclaste la révolution scientifique que constituent les découvertes de Newton ainsi que son destin solitaire sur un mode décalé. Accompagné à la contrebasse par Ghislain Gabrelle (FR)

21h20 > "Tempête". Lectures de textes inédits du poète québécois Jean-Marc Desgent (CA) accompagné à la guitare et à la basse par Gauthier Keyaerts (BE).

Poetry set de Marco Parente (IT) dans le Bar du Senghor

22h00 > "New". Troy Von Balthazar. En finale de la soirée, chansons et poèmes inédits du chanteur Troy Von Balthazar (USA), chanteur du groupe Chokebore. Il présentera également son premier bookleg, avec pour la première fois des textes traduits en français !

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DAY #3
SAMEDI 9 MAI > 11h
"Belgium Bordelio"
Espace Senghor

Big FiEsta et Rassemblement ! dans tout l’Espace Senghor
Le samedi est LE jour du rassemblement annuel rituel… Où toutes les activités deviennent moins formelles, où les publics se croisent et où les artistes et le public partagent tout : le temps, la poésie, la nourriture, et une Slam-Jam finale…

11h00 > 14h00 Ateliers d’écriture Kalame Pour adultes et enfants à partir de 7 ans.

15h00 > 16h00 Les Habits neufs de l’Empereur (jeune public et adultes). Création originale pour le fiEstival.
Laurence Vielle il y a un an a réécrit à sa façon Les cygnes sauvages. Une version poétique, musicale, avec la musique de Bertrand Binet (guitares, voix) et Vincent Granger (clarinettes, voix). Pour le fiEstival «NEUF», ils nous racontent à trois les habits neufs de l’empereur. Le spectacle est composé des deux contes réenchantés, revisités par leur univers où les mots et la musique nous emmènent dans une scansion, une envolée, un lyrisme mêlé d’actualité. L’empereur demande des habits neufs, les plus beaux du royaume. L’empereur exige. On l’appelle aussi «le roi nu». Nous vous racontons cela. Pour tous les âges et toutes les âmes.
Accompagnement artistique: Hélène Ninerola
une coproduction de stoc ! asbl, la cie carcara et le fiestival 9

16h00 > La Roue des Poètes “Belgium Bordelio” Sur le thème de la “Babel des langues” plus de 30 poètes (dont certains néerlandophones et francophones ayant participé à l’anthologie “Belgium Bordelio”) se réuniront dans une vaste Roue composée de 9 emplacements qui constitueront autant de “stations”. Un itinéraire poétique pour le public circulant d’un emplacement à l’autre… Certains de ces emplacements seront de véritables installations artistiques et performances qui durent tout le long de cette Roue, avec notamment “Glossolalie” de Frédéric Dumond (FR) et “Butho An Neuf” de BramP (BE) et Eugenio Sanna (IT).

18h00 > Petr Váša – performance de l’artiste tchèque Petr Váša, artiste de poésie visuelle et sonore, ayant inventé tout un langage propre… Dans les jardins du Senghor.

18h30 > Banquet poÉthique… Buffet préparé par l’équipe de maelstrÖm et par les artistes et poètes invités, buffet qui bénéficie également d’une participation grandissante des commerçants (restos, snacks, etc.) du quartier Jourdan. Un grand classique et un moment de convivialité.

20h30 > 0h00 Méga Slam-Jam Finale…
La Slam-Jam, présentée par Milady Renoir (BE) et Andy Fierens (BE), sera lancée par le slameur français Félix Jousserand et par quatre des meilleurs slameurs belges : Joy, Youness Mernissi, L’Ami Terrien et Volauvent. La Jam est également ouverte au public, par inscription sur place ! Avec accompagnement musical par la Troupe Poétique Nomade. Dans le courant de la Jam, nous découvrirons aussi le Prix Paroles Urbaines 2015 section Slam !

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DAY #4
DIMANCHE 10 MAI > 10h15
"Thé des écrivains, 2"
Espace Senghor

10h15 > 11h45 Petits matins de la poésie – pour enfants. La Bellone.
Première collaboration avec les Midis de la poésie pour ce détachement matinal à la Maison du Spectacle La Bellone. “LES MORTS RIGOLOS”, par Victor, Lucas et Antoine Boute (BE) : Lucas (5 ans) et Victor (7 ans) n’arrêtent plus de questionner leur papa (Antoine) à propos de la mort.

13h30 > 17h00 Masterclass-e avec Hubert Haddad et Christine Van Acker. Maison d’Erasme.
Le Réseau Kalame & la Maison d’Érasme invitent Hubert Haddad et Christine Van Acker à animer une masterclass-e Et un atelier d’écritureS dans un détachement du fiEstival à la Maison d’Érasme (Bruxelles). Inscriptions obligatoires et limitées à 20 personnes.

… et à l’Espace Senghor…

15h00 > 18h00 La Hutte des petits musiciens. Piétonnier – Espace Senghor.
Installation avec des matériaux de récupération et animation pour enfants (0 à 6 ans) par Dadadoum avec Laetitia Lowie (BE) et Akram Haissoufi (MA).

16h00 > Thé des écrivains #2…
Présentations et lectures d’extraits de nouveaux livres publiés par maelstrÖm et l’Arbre à paroles : Neuvaines de Daniel De Bruycker (BE), Le Chevalier rouge de Luvan (BE), Delia on my mind de Kenan Görgün (BE), Le Livre de Wod & Snobble de Martin Wable (FR), Mille gouttes rebondissent sur une vitre de Otto Ganz (BE) et S’éclipser de Aliette Griz (BE)…

19h > Concert de clôture…
Avec grande joie nous accueillerons le chanteur belge Ivan Tirtiaux autour de la sortie de son nouvel album L’ENVOL (OCTAVE de la Musique pour la Chanson Française 2015).
http://www.ivantirtiaux.com/

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FiEstival OUTdoor : du 3 au 10 mai

…when poetry comes to town!

Le fiestival s’exporte dans la ville.
Les moments phares 2015 pour l’OUTdoor :
Programme détaillé : www.fiestival.net

1. Dimanche 3 mai dans le piétonnier de la Place Jourdan Lectures et sorties de nouveautés. C’est le “Day – 1”, une sorte de pré-pré-lancement des fiEstivités à l’occasion de la sortie des nouveaux titres de la collection Bruxelles se conte et d’autres titres (Arnaud Delcorte, Milady Renoir, Karen Guillorel,
Kenny Ozier-Lafontaine …).

2. Mercredi 6 mai à 20h au Bar Le Viaduc
En pré-ouverture du fiEstival : poésie et musique. Pierre Guéry (Fr), Fabrice Caravaca (Fr), Frédérique Soumagne (Fr), Olivier Orus (Fr), Marc Guillerot (Fr), Aliette Griz (Fr) et Célestin De Meeûs (Be).

3. Jeudi 7, vendredi 8 et samedi 9 mai à partir de 13h
– Le Détachement International du Muerto Coco. Une caravane se déplacera dans la ville de Bruxelles (Marolles, Flagey, St Gilles) et s’installera pour accueillir le public qui assistera à des lectures [z] électroniques. Une expérience vivifiante de la poésie !
– D’autres toi.
Poèmes et dessins à emporter à prix libre par le MEDEX muséum, le musée éphémère de l’exil.

4. Samedi 9 mai de 11h à 16h
La Rimbaud Mobile.
Une vieille mais tenace voiture emporte avec son conducteur 4 poètes (Laurence Vielle, Pierre Guéry, Tom Nisse, Jean-Marc Desgent) et 1 musicien (Gauthier Keyaerts) qui parcourent la ville de Bruxelles jusqu’au piétonnier de la Place Jourdan (Senghor) pour y essaimer la poésie !

5. Dimanche 3 mai, jeudi 7 mai et vendredi 8 mai de 16h à 19h : Novellus. Dispositif 9.0.
Aliette Griz (Fr) et Anne Versailles (Be), depuis le Centre-Ville, vont écrire des histoires qui progressent à des rythmes différents autour de la question du Neuf. Ces histoires, le public les entendra et les lira sur un écran disposé dans la Boutique-Librairie maelstrÖm 414.

6.
Jeudi 7 mai et vendredi 8 mai à 18h dans le piétonnier Jourdan : Participe Présent.
Performance de Vincent Matyn-Wallecan (Be). Action socio-poétique où l’artiste va dessiner les contours de plusieurs personnes (poètes, artistes et public) sur un même support et en garder une image unique composée par les traces de la multitude…

 

â–º Lundi 11 mai 2015, 19H au CNL (53 rue de Verneuil, 75007 PARIS) : présentation de l’ouvrage issu du colloque Annie Ernaux, le temps et la mémoire (éditions Stock), animée par Francine Best et Francine Dugast, avec la participation d’Annie Ernaux, des interventions de Christian Baudelot, Pierre-Louis Fort, Raphaëlle Leyris, Capucine Ruat, et des lectures de Dominique Blanc. [Cerisy ERNAUX sur LC]

Réservation obligatoire
auprès de edith.heurgon@ccic-cerisy.asso.fr

 

â–º Le , Librairie Le Bateau Livre : rencontre avec Patrick Varetz pour son dernier livre, Petite vie (parution le jour même chez P.O.L), qui constitue la suite de Bas monde.

Patrick Varetz est né en 1958 à Marles-les-Mines, dans le Pas-de-Calais, où il a passé sa première nuit dans un carton à chaussures (pointure quarante-et-un). Il vit et travaille à Lille, dans le Nord, à quelque cinquante kilomètres de là.

La rencontre sera animée par Fabrice Thumerel (Université Artois / Libr-critique).

 

5 octobre 2014

[News] News du dimanche

Plusieurs RV majeurs vous attendent cette semaine (Libr-événements) : MIDI MINUIT POÉSIE#14 à Nantes ; 24e salon de la revue à Paris ; rencontre avec Alain Badiou à Marseille. Mais tout d’abord : pleins feux sur Christian Prigent !

 

 Pleins feux sur Christian Prigent

En plus de l’actualité de l’écrivain, signalons que le blog Cantos Propaganda met à votre disposition les deux premiers numéros de TXT entièrement reproduits.

— Christian Prigent à Berlin. Le samedi 27 Novembre 2014, 20h. A propos de la traduction en allemand de L’Âme (POL, 2000), lecture et discussion. A «lettretage», Mehringdamm 61, D-10965-BERLIN. Contact : Katharina Deloglu, 0151-59 17 26 50. Voir http://comment.lettretage.de/category/christian-prigent

— Christian Prigent à Nantes. Le mardi 16 Décembre, 20 h 30. Grand-mère Quéquette, Demain je meurs, Les Enfances Chino. Lecture-rencontre organisée par le CAP (Culture, Art, Psychanalyse). Salle Vasse, 18 rue Colbert, 44000-Nantes. Contact : CAP Nantes, 06 10 28 64 88.

 

Libr-événements

â–º Mercredi 8 octobre 2014, Marseille, au Toursky à 19h. Théâtre/poésie/philosophie. Alain Badiou et Quentin Meillassoux. La première des six rencontres avec le philosophe Alain Badiou du 8 au 12 octobre 2014 dans plusieurs lieux de Marseille. Le programme complet ici : http://www.altravoce-marseille.com/#!a-venir/c9vr

 

â–º MIDI MINUIT POÉSIE#14, Quartie Decré à Nantes (plus d’infos : Maison de la poésie à Nantes).

Jeudi 9 octobre
15h30 | café-librairie les Bien-aimés.
Lecture de Films en prose, de Jacques Sicard par Gilles Blaise, sur une création vidéo de Thomas Chatard.
(Gratuit sur réservation, au 02 85 37 36 01 ou à la librairie Les Bien-aimés)
De 16h30 à 19h30 | Cité des Voyageurs.
Présence des éditions Héros-limite : livres et « Pavillon d’écoute », création sonore dans la cave voûtée. (gratuit)
19h30 | Cité des Voyageurs.
Projection du film Berliner Trio pour stations et traversées d’Isabelle Vorle, sur une lecture performée en live de Patrick Beurard-Valdoye et une musique de Jean-Jacques Benaily, suivie d’un entretien avec les invités, animé par Guénaël Boutouillet, et de la projection du film Tous se terrent, sur un texte de Patrick Dubost.
(Entrée : 3€ / Abonnés, étudiants, demandeurs d’emploi : gratuit)

Vendredi 10 octobre
De 11h30 à 14h30 | Cité des Voyageurs.
Présence des éditions Héros-limite : livres et « Pavillon d’écoute », création sonore dans la cave voûtée. (gratuit)
De 15h à 18h | Passage Sainte-Croix
"Les cabines phoniques", installation-atelier pour les enfants. (Gratuit)
18h30 | café-librairie les Bien-aimés.
Lecture de Films en prose, de Jacques Sicard par Gilles Blaise, sur une création vidéo de Thomas Chatard.
(Gratuit sur réservation, au 02 85 37 36 01 ou à la librairie Les Bien-aimés)
21h00 | galerie de l’école des Beaux-Arts.
Approches de la poésie actuelle : trois éditeurs présentent leurs travaux, et un auteur de leur catalogue pour une lecture. Avec les éditions Héros-Limite et Christophe Rey, les éditions La Barque et Ossip Mandelstam, les éditions Plaine Page et Ritta Baddoura. Animé par Alain Girard-Daudon.
(Entrée : 3€ / Abonnés, étudiants, demandeurs d’emploi : gratuit)

Samedi 11 octobre | de midi à minuit | gratuit

11h00 | Les Bien-aimés. Lecture de Films en prose, de Jacques Sicard par Gilles Blaise, sur une création vidéo de Thomas Chatard.
(Gratuit sur réservation, au 02 85 37 36 01 ou à la librairie Les Bien-aimés)
12h00 | Place Sainte-Croix. Inauguration.
12h30 | Place Sainte-Croix. Lecture-concert de Claude Favre et François Corneloup
14h00 | Le Cercle rouge. Performance d’Anne-Laure Pigache.
14h45 | Passage Sainte-Croix. Lecture de Marie Borel.
15h30 | Galerie de l’école des Beaux-Arts. Lecture-projection de François Matton.
16h15 | Place Sainte-Croix. Performance sonore de Charles Robinson.
17h00 | Le Cercle rouge. Performance de Mathias Richard.
17h45 | Galerie de l’école des Beaux-Arts. Projection commentée de Alphabet, de et avec Philippe Jaffeux.
18h30 | Passage Sainte-Croix. Performance poétique de Patrick Beurard Valdoye.
19h15 | Place Sainte-Croix. Performance musicale d’Anne Waldman et Will Guthrie.
20h00 | Les Bien-aimés. Entretien avec Jacques Sicard.
21h00 | Cité des Voyageurs. Lecture bilingue de Yu Jian (salle d’exposition).
21h45 | Place Sainte-Croix. Lecture-concert de Samuel Rochery et Cyril Secq.
22h30 | Passage Sainte-Croix. Lecture de Fabienne Raphoz.
23h15 | Galerie de l’école des Beaux-Arts. Stéphane Batsal : projection de vidéos et lecture par Fabienne Rocher et Véronique Rengeard (comédiennes).
00h00 | Galerie de l’école des Beaux-Arts. Bœuf poétique et musical, rencontres impromptues
Et aussi
De midi à minuit | Émission en direct sur JetFM 91.2
De 11h à 22h | Les Bien-aimés. Présentation et vente de livres des éditions La Barque.
De 12h à 22h | Cité des Voyageurs. Présence des éditions Héros-limite : livres et « Pavillon d’écoute », création sonore dans la cave voûtée.
De 15h à 18h | Passage Sainte-Croix. Présence des éditions Plaine Page : livres et "Cabines phoniques", installation-atelier pour les enfants.
De 14h à 18h | La Maison de la Poésie ouvre les portes de sa bibliothèque.

Dimanche 12 octobre
15h00 | au Cinématographe
Projection du film Gare de Jade, de Yu Jian, et entretien avec l’auteur, Li Jinjia (traducteur) et Claude Mouchard, animé par Alain Nicolas.
(Entrée : 5€ / Abonnés, étudiants, enfants, demandeurs d’emploi, Carts, Carte blanche : 3€)

Du 3 au 12 octobre : Création textes et dessins de François Matton dans l’espace public et aux Galeries Lafayette.

 

â–º Du 10 au 12 octobre 2014, 24e salon de la revue, Espace d’animation des Blancs Manteaux (48, rue Vieille-du-Temple 75004 Paris) les 10, 11, 12 octobre 2014 : le vendredi 10 de 20h00 à 22h00 ; samedi 11 de 10h00 à 20h00 ; et dimanche de 10h00 à 19h30.

Pour vous en donner la couleur : Éditorial.

Retrouvez : – les revues présentes – ou la liste par éditeurs exposants. LC vous recommande les stands d’Al dante, les revues Attaques Cassandre/Horschamp Chimères Espace(s) L’Étrangère Faire part La Femelle du Requin Grumeaux, Gruppen, Il particolare K.O.S.H.K.O.N.O.N.G Nu(e)

Et voici le programme complet des 27 rendez-vous qui rythmeront le Salon : ANIMATIONS.

Quelques RV :

Le vendredi 10 octobre à 20H, salle J. Risset : Chevillard est de la revue.

Le samedi 11 octobre, à 17h30, lectures à l’occasion de la parution du n° 4 de la revue Grumeaux (avec Typhaine Garnier, Jacques Demarcq et Luc Benazet).

Dimanche 12 octobre de 15h30 à 16h30, salle Jacqueline Risset.

« poésie, philosophie – réel » : Une réflexion proposée par la revue il particolare. Le nouage poésie/philosophie peut être de circonstance, construit artificiellement pour les besoins d’un débat. Les deux se nouent de façon lâche voire molle. Ce nouage-là ne nous intéresse pas. Choisissons, en revanche, un et « dur », comme disent les épistémologues, entre ces deux termes : poésie-philosophie. Ce nouage dur, un troisième terme le fonde : réel. Donnons-lui sa définition lacanienne : il est « l’exclu du sens » « le réel est, il faut bien le dire, sans loi. Le vrai réel implique labsence de loi ».

Posons alors cette question : que nous apporte cette confrontation/nouage/articulation entre poésie et philosophie pour traiter ce vrai réel nouveau ? À la logique universelle du « pour tous » s’opposent les usages et traitements pragmatiques du « cas par cas ».

Avec Éric Clémens et Jean-Patrice Courtois. Débat animé par Hervé Castanet et Françoise Santon.

 

21 juillet 2014

[News] Libr-vacance (1)

 Ce premier Libr-vacance entame la dernière semaine de LC avant la pause estivale de quelques semaines : Libr-Net (Noam Chomsky sur Mediapart : "Dix stratégies de manipulation de masses" ; les blogs de Didier Moulinier et Autour de Christian Prigent) ; Libr-10 (10 livres reçus ces derniers mois à lire absolument). Avant les surprises et très riches heures de la reprise, profitez de cette relâche estivale pour reparcourir la UNE à la recherche des posts perdus…

Libr-Net

â–º Autour de Christian Prigent : après la "Présentation du fonds Prigent à l’IMEC" par Typhaine Garnier et la chronique de Fabrice Thumerel intitulée "Autour de Christian Prigent à Cerisy", se préparent "Six jours autour de Christian Prigent à Cerisy" (6 posts qui viseront à éviter la célébration/commémoration/amicale-de…).

♦ Les Rencontres littéraires en Haute Provence 2014 sont réparties sur cinq soirées de mai à septembre, dans différents lieux privés ou publics de la CCPFML, sur le thème : "Avant-gardes. Et après ?" Deuxième rencontre : la revue TXT présentée par Christian Prigent, Éric Clémens et Jacques Demarcq. Lectures par les écrivains.
Centre d’art contemporain Boris Bojnev – caves à Lulu, samedi 26 juillet de 17 h à 20 h (04 300 Forcalquier ; tél. : 04 92 73 06 75 – 06 03 50 51 39 & yves.bical@orange.fr).

♦ Par ailleurs, on (re)découvrira La Femme couchée de Philippe Boutibonnes, dispositif/lecture publié en 1974 dans la Collection Génération, avant même que le poète et peintre ne rejoigne la revue TXT : http://cantos-propaganda.blogspot.fr/2014/07/philippe-boutibonnes-la-femme-couchee.html?spref=fb

â–º Plus que jamais, il nous faut méditer les "dix stratégies de manipulation de masses" qu’analyse Noam Chomsky – et que rapporte Mediapart.

â–º À méditer également, l’article de Didier Moulinier sur son blog : "En-résistance. Au-delà du principe de Révolte"

« Le principe d’une "désobéissance civile globale homéopathique" – non-violente, ponctuelle, concertée, mais générale – est la seule réponse globale d’envergure face à la forme d’oppression, elle-même généralisée, qui prévaut aujourd’hui : le HARCELEMENT (moral, commercial, sexuel, économique, administratif). Variante vulgaire, non dissimulée, de la suffisance philosophique. »

 

Libr-10 : livres lus et recommandés par LC

â–º Valère NOVARINA, Observez les logaèdres !, P.O.L, mai 2014, 320 pages, 14,50 €.

VN : Valère Novarina / Voie Négative – "La passion est une voie négative : je dois passer par la défaite de tout le théâtre humain. Toutes nos idoles sont mises têtes en bas" (p. 110).

En plus de la version pour la scène du Vrai sang, ce volume propose un prolongement aux précédents essais poétiques (Devant la parole, Lumières du corps, L’Envers de l’esprit, La Quatrième Personne du singulier) : une réflexion critique sur le langage, la poésie et le théâtre ; une méditation philosophique et théologique ; un (r)appel à l’insoumission… À tous les communicants avides de spectacle : "Mettez fin-enfin ! tout-de-suite ! au dévidage et à la déclinaison de l’homme en chapelets d’humanoïdes stabulés, quantifiés un à un, anthropo-prototypisés de fond en comble ! Cessez de nous sur-et-sous-définir et comptabiliso-quantifico-périmétrer, mensurer, sous tous les angles !" (14).

Observez les logaèdres ! nous rappelle que le théâtre est un lieu spirituel qui fait advenir le sujet, un lieu d’où l’on voit la matière vive du langage.

 

â–º Pierre GUYOTAT, Joyeux animaux de la misère, Gallimard, "NRF", mars 2014, 416 pages, 21,50 €.

Suite aux trois récits autobiographiques en prose classique (Coma en 2006, Formation en 2007 et Arrière-fond en 2010), Pierre Guyotat nous offre un nouveau livre en-langue, avec queues et que (que explétifs), mais cette fois avec pour arrière-plan un univers dystopique… Dans ce texte au titre oxymorique, place à l’animal ! Là, tout n’est que désordre et putains (au masculin pluriel) : pour l’auteur d’Eden Eden Eden comme pour celui du Miracle de la Rose, la poésie est l’art d’utiliser la merde et de vous la faire bouffer
« – "la fleur je l’ai trouvée vivante sous étron vivant, ma poulette, attends j’y ouvre ma paume te la faire sentir, ma promesse te la mettre à l’oreille…" – "aiah, quelle odeur de la mort, dans ta main, chérie, bête ou homme ?" – "que toi, moi morts, la monte continue, nous transformés en chiens ou pythons, ou cancrelats, ou rats, singes…" » (p. 51).

 

â–º Annie ERNAUX, Regarde les lumières mon amour, Seuil, "Raconter la vie", printemps 2014, 78 pages, 5,90 €.

Qu’on ne se laisse pas induire en erreur par le titre, tiré d’une phrase rapportée à la page 40 (celle d’une jeune maman à sa petite fille) : il s’agit évidemment, non pas d’une bluette, mais d’un ethnotexte qui s’inscrit dans le prolongement de Journal du dehors (1993) et de La Vie extérieure (2000) : "Pas d’enquête ni d’exploration systématiques donc, mais un journal, forme qui correspond le plus à mon tempérament, porté à la capture impressionniste des choses et des gens, des atmosphères. Un relevé libre d’observations, de sensations, pour tenter de saisir quelque chose de la vie qui se déroule là" (p. 16-17). Ce journal doit son intérêt à la tension qui l’anime entre regard critique et regard contemplatif lié à un fantasme d’indistinction.

 

â–º Jean Louis SCHEFER, Les Joueurs d’échecs, P.O.L, printemps 2014, 96 pages, 16 €.

"Que porte notre attachement à  la peinture ?"

Revenant sur l’analyse structurale menée en 1969 d’un tableau allégorique de Pâris Bordone, Les Joueurs d’échecs (1540), Jean Louis Schefer nous offre une subtile réflexion esthétique qui nous emmène également en territoires poétique et cinématographique.

 

â–º Lucien SUEL, Je suis debout, La Table Ronde, printemps 2014, 152 pages, 16 €.

Il y a tout Suel dans Je suis debout : poésie visuelle et poésie orale, tradition et modernité, lyrisme et formalisme, passion du terroir et passion de l’Amérique, haïkus et beat generation, pastiches et parodies…

Je revenais de loin. Tous les Boches crevaient ;
Le pâle Otto aussi trempait dans la bataille ;
Il allait sous le ciel, il criait "Aïe ! Aïe ! Aïe !
Oh ! la la 8 Que j’ai mal ! Mon bidon est troué !"

Sa tunique-culotte avait des gros boutons […]

Ça ne vous dit rien ?

 

â–º Karmapoker, texte de Nicola de Marchi et dessins de Filippo Vannini, éditions Dasein, Paris-Lugano, automne-hiver 2013, 80 pages, 18 €.

Avec pour fil rouge le portrait d’une figure emblématique, le scammer (arnaqueur, fraudeur, escroc) – terme apparu dans les nineties, en pleine expansion de la new economy -, ce "manuel du superflu, ou micro-odyssée, ou bien article de luxe pour fauchés" développe une réflexion poétique/philosophique/ludique sur le temps présent. Comme jadis celle du théâtre ou du jeu (déjà), la métaphore du (karma)poker permet en effet de rendre compte de notre vie ("au poker comme dans la vie, la roue (du karma) tourne") dans un monde régi par des stratégies plus ou moins retorses, le pari et le risque, le crédit, le bluff ("une part de saloperie et trois parts de rêve"), la précarité…
Où l’on croise le concept de "sérendipité" et retrouve les antinomies liberté/destin, hasard/déterminisme…

 

â–º Isabelle ZRIBI, Quand je meurs, achète-toi un régime de bananes, Buchet-Chastel, printemps 2014, 112 pages, 11 €.

La phrase du titre fait partie du legs que la narratrice a reçu de sa grand-tante, Stevenson (homonyme de l’écrivain), tout comme cette autre : "une vie peut être vécue en ne lisant qu’Ulysse" (p. 30)… À coup sûr, ce récit critique à la première personne jette une peau de banane dans le jardin éditorial : "les éditeurs ont renoncé à la littérature"… Des éditeurs auxquels, renversant les rôles, elle envoie des lettres de refus savoureusement drôles. Les heureux z’élus des pros de "la machine à oubli" ne sont du reste pas épargnés non plus : "Les écrivains publiés […] choisissent d’écrire pour la même raison qu’ils préféreraient l’inhumation à la crémation : pour occuper davantage de place"… À coup sûr, bien qu’elle "habite une coque de métal, un bunker à l’abri des émotions", cette solitaire pas toujours solidaire ne manque pas de banane !

 

â–º Laura VAZQUEZ, À chaque fois, éditions derrière la salle de bains, printemps 2014.

Dans ce texte-accordéon édité avec goût, on retrouvera un agencement répétitif made in Vazquez. Et chaque fois qu’on lit du Vazquez, quelque chose vous emporte.

 

â–º Kenneth WHITE, Panorama géopoétique, entretiens avec Régis Poulet, Éditions de la Revue des Ressources, été 2014, 126 pages, 10 €.

Dans un espace mondial saturé, le poète traite des rapports entre poésie et paysages ; géopoétique, géopolitique, géobiologie et géophilosophie… Dans ce petit volume d’entretiens stimulant, il est également question de critique littéraire, des approches bachelardienne et blanchotienne, de géographie littéraire…

 

â–º Jean-François PERRIN, Rousseau, le chemin de ronde, éditions Hermann, printemps 2014, 476 pages, 26 €.

Bien avant les Modernes, Rousseau avance : "Il faudrait pour ce que j’ai à dire inventer un langage". Son opéra fabuleux à lui est un spectacle mental qu’il lui faut mettre en forme. Et le critique de rapprocher Rousseau de Modernes comme Baudelaire, Flaubert, Roussel, Rilke…

Langue et affect, langue et mémoire, langue et sujet : tels sont les sujets majeurs qu’aborde littérairement et philosophiquement cet essai au ton personnel signé par un spécialiste de Rousseau – livre de gai savoir qu’on lit d’une traite.

5 mars 2014

[Livres] Libr-kaléidoscope (1)

Le principe du Libr-kaléidoscope est de présenter une sélection des nombreux ouvrages reçus – qu’ils fassent ensuite ou non l’objet d’une chronique à part. Dans cette première livraison du premier trimestre 2014 : Claude Favre, A.R.N. agencement répétitif névralgique_ voyou ; Bruno Fern, Reverbs ; Eric Clémens, D’après la poésie d’amour ; Eugène Nicole, Le Démon rassembleur ; Patrice Robin, Une place au milieu du monde.

 

â–º Claude Favre, A.R.N. agencement répétitif névralgique_ voyou, éditions de la Revue des Ressources, février 2014, 146 pages, 10 euros, ISBN : 978-2-919128-07-5.

Parce qu’"il faut attaquer la poésie", Claude Favre nous offre ses "mésécritures crincrin".
Parce que "le réel n’a pas de régimes régiments de vérité" et que "c’est comme ça la grammaire ça échappe, toujours", la poésie est.

Elle est au galop, dans les étourdissements, les éblouissements, les assourdissements… dans des précipités de langues de guingois qui défient la raison comme la grammaire… Allez, pour le plaisir : "_ d’aller en déchié serait-ce progrès & contestable dans l’ordre de la connaissance & à grandes plongées s’esquiver léger léger" (p. 83).

[Ce volume reprend A.R.N. – que nous avons eu le bonheur de publier dans le dossier Claude Favre en 2013 – et Interdiction absolue de toucher les filles même tombées à terre, développe Comme quoi un mot est un galop et propose Précipités].

 

â–º Bruno Fern, Reverbs, phrases simples, éditions Nous, février 2014, 144 pages, 14 euros, ISBN : 978-2-913549-93-7.

Pour l’auteur, "voici un livre qui tente (au moins) de résister à lui-même".

On peut prendre comme fil rouge théorique les 26 citations intégrées dans le texte en italiques, parmi lesquelles les plus révélatrices que voici : "Il faut passer du raisonnement à la résonance" (Patrick Beurard-Valdoye) ; "En vérité, il n’y a pas de prose" (Stéphane Mallarmé) ; "Parler double le monde" (Paul Celan) ; "Je parle sous moi" (Tristan Corbière) ; "De sa lutte avec la langue, le poète, finalement, sort complètement épuisé" (Geoffrey Hill) ; "Le discours publicitaire est devenu le maître des discours" (Dominique Quessada)…

La force de ce livre qu’il faudrait remettre dans toutes les mains dès le collège réside dans la portée poétique et sociale d’énoncés qui semblent au premier abord ressortir à la sphère grammaticale. Bruno Fern y interroge la charge sémantique, consonnantique et symbolique des mots : en ce temps d’hypercommunication, rompre l’accoutumance, c’est sans aucun doute nous ouvrir à l’ouïssance (Prigent), en nous rendant attentifs à la "biographie du mot" (Zanzotto), à sa polyphonie, aux contraintes et aux ambiguïtés liées à ses éléments constitutifs ou au contexte ("contenir peut s’employer dans des sens différents. / Ex. : la police contient la foule des manifestants" ; "En réalité, il n’y a pas de source véritablement authentifiée" ; "Une simple inversion de lettres joue un rôle" ; "Les mots déportent – mais attention à ne pas se méprendre sur ce dernier verbe" ; « "Possède", c’est beaucoup s’avancer » ; "Contre les murs (du verbe contrer)"…) ; aux effets d’un zeugme ("A ceux qui font l’actualité et l’impossible pour écourter") ou d’autres procédés ("Le regard phrase le passage clique en un éclair" – translation et personnification) ; à l’incongru et au loufoque nés de subtils télescopages ("L’accès aux sous-vêtements est strictement réglementé" ; "L’écriture oublie parfois de mettre son clignotant" ; "(Soyez prudents en descendant du livre)" ; "L’identification des corps est un souci majeur leur traçabilité" ; "Il trouve le sommeil en un clic" ; "L’obscurité est en accès libre"…) ; en revivifiant ou dénonçant les clichés et idées reçues ("Il y a du lancer puis du retour à l’envoyeur" ; "Nous sommes responsables mais pas coupables. / Nous sommes témoins mais pas responsables. / Nous sommes spectateurs mais pas témoins"…).

 

â–º Eric Clémens, D’après la poésie d’amour, dessins d’Anne Leloup, L’Âne qui butine, 2014, 132 pages, 22 euros, ISBN : 978-2-919712-06-9.

De r’tour, l’auteur de Opéra des Xris et de Mythe le rythme. De la dénature des choses – ancien de TXT né la même année que Christian Prigent.

Pour nous déparler du jeu de la mourre, avec clin d’œil appuyé à l’époque avant-gardiste ("carnaval d’éros et coup de dés").

Dans ce volume soigné et élégant – made in L’Âne qui butine ! -, vous attendent cure d’idiotie carnavalesque, évidement formel et psychologique, jeux de langue et de formes… un véritable dé-lyre ("dé sans chanté") ! Et un zeste de philosophie zamoureuse : le texte s’inscrit d’après et parfois près de la poésie d’amour.

Extrait : "Salut Eros / philosophique / au vulgaire plein de santé

          Carnaval caché / de ton théâtre / le goût des loups / aux yeux éclairs / de chairs / nos dés jetés / aux corps- / à-corps" (p. 17).

 

â–º Eugène Nicole, Le Démon rassembleur, P.O.L, février 2014, 224 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-8180-1992-4.

"Tout se polarise et fait récit, soudain" (Pascal Quignard).

Présentation éditoriale. À partir de titres d’ouvrages sortis de l’imagination de son ami Manlio, et de quelques autres qui se sont jadis imposés à lui dans l’heure de midi, Borman, le capitaine du Pyjama, écrit des histoires. Peut-être veut-il ainsi oublier l’interminable et futile croisière que programme d’un lieu inconnu son patron, l’énigmatique Jean Bellair, représenté sur le paquebot par son seul pyjama qu’installe chaque soir dans une cabine différente une jeune fille tirée au sort dans un groupe de lingères expressément embauchées pour ce service ? Il est vrai que, dans la cabine 21, réside Madame Adélaïde, l’épouse de Jean Bellair, qui ne semble plus avoir toute sa tête, et que la 12, toujours fermée, abrite les Archives pour servir à l’histoire du Bureau des Objets trouvés à l’Opéra-Comique.

Dans ce roman où il est tant question de titres, le démon rassembleur figure-t-il la force cohésive qui doit tant bien que mal faire tenir ensemble tant de personnages (humains ou non), d’objets hétéroclites et de mondes possibles ? Ce serait en somme Borman au travail. À moins que ce ne soit Borman lui-même (auteur, narrateur et personnage) qu’ait inventé, pour ainsi dire en amont du récit, le démon rassembleur – si, par exemple, le texte qu’on va lire était la fusion d’une série de nouvelles déjà écrites ?

Premières impressions. Belle construction/réflexion narrative, avec des miroitements du côté du Nouveau Roman et de l’Oulipo. Mais rien de bien nouveau sous le soleil du roman.

Extrait : "Plusieurs fins sont possibles. Je penche pour une forme théâtrale, ou cinématographique. J’envisage un grandiose tableau final que la linéarité du récit serait bien en peine de produire, quelque chose qui ressemblerait au dernier travelling de Citizen Kane…" (p. 189).

 

â–º Patrice Robin, Une place au milieu du monde, P.O.L, mars 2014, 128 pages, 8 euros, ISBN : 978-2-8180-2048-7.

Présentation éditoriale. À la Fabrique, Pierre, écrivain, tente, avec quelques autres, éducateurs et enseignants, de donner une place au milieu du monde à des adolescents en grande difficulté scolaire et sociale. Parfois avec succès : Lissah venue d’Afrique après la mort de ses parents et réussissant à trouver du travail, Djamil remis sur le chemin des études via des cours par correspondance. Parfois en y échouant totalement : Franck gagné par les idées d’extrême droite ou Aude tentant de se suicider. C’est dans l’approfondissement de cet engagement, à La Fabrique et ailleurs, que Pierre trouvera, lui aussi, au fil des années, sa place au milieu du monde.

Premières impressions. Dans le sillage d’Annie Ernaux, Patrice Robin poursuit son exploration parmi ceux qui n’ont pas/ ne se sentent pas à leur place dans le monde social. Ce sixième opus nous fait découvrir la Fabrique : l’atelier d’écriture est sans doute aujourd’hui un lieu d’accueil préférable à cet autre atelier qu’est celui de l’usine. [Dernier livre : Le Voyage à Blue Gap, 2011].

25 janvier 2014

[Chronique] Sylvain Courtoux, De la guerre comme élément de l’histoire naturelle (d’après Première ligne de Jérôme Bertin)

Voici la brillante réflexion de Sylvain Courtoux sur et à partir du Première ligne de Jérôme Bertin, cette singulière suite d’apocalypses écrite dans une langue-uppercut qui privilégie les télescopages des signifiés comme des signifiants. [Lire la première présentation]. [Vous pouvez rencontrer Sylvain Courtoux ce soir à MANIFESTEN (19H) : 59, rue Thiers à Marseille] /FT/

Jérôme Bertin, Première ligne. 105 mesures pour une guerre, Al dante, 40 pages, 7 €, ISBN : 978-2-84761-779-5.

 

De la guerre comme élément de l’histoire naturelle.

D’après Première ligne de Jérôme Bertin, Al Dante, 2014.

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Etat des lieux(avant la chute) : depuis quelques années déjà, la tradition avant-gardiste, celle héritée des avant-gardes historiques (zutisme, symbolisme, futurisme, dada, surréalisme, objectivisme, lettrisme, situationnisme et autres -ismes azimutés) redynamitées par le textualisme des années 70’s (la triade Tel Quel1TXTChange), boit la tasse. Les grands éditeurs parisiens (Seuil, POL) ne s’échinent (même) plus à publier des poètes expérimentaux (disparition de la collection de François Bon au Seuil, disparition de la collection de Chloé Delaume chez Joca Séria ; Bernard Comment virant tout ce qui n’est pas "coup littéraire" ; POL ne publiant que des post-tarkosiens2 prigentiens), alors que dans les années 1970’s, ça se passait plutôt chez ces grands éditeurs-là (la collection Le Chemin chez Gallimard, la collection Textes chez Flammarion, la collection Tel Quel au Seuil, la collection TXT chez Christian Bourgois, la collection Gramma chez Aubier-Flammarion, les débuts de POL chez Hachette, …). Tout cela bien clairement amplifié par la crise économique post-2008 (revues qui ferment leurs portes, collections qui se cassent la gueule ou qui publient moins, poètes qui préfèrent se tourner vers le roman) et le marasme symbolique global [la dernière "grande révolution poétique", qui date des années 1990 en France et qu’on a appelé benoîtement « la nouvelle poésie française », a depuis longtemps fait fructifier ses avoirs ― structurés autour de POL et de la Revue de Littérature Générale / de la revue Java / de la revue Action Poétique, de la revue IF et de la collection Bip/Val chez Fourbis, sans oublier les grandes anthologies colorées d’Henri Deluy / de la revue Nioques et de la naissance d’Al Dante en 1994, et de la montée en puissance de petits éditeurs incisifs et défricheurs : La main courante, Horlieu, Ecbolade, Æncrages & Co, L’Attente, Le bleu du ciel, Derrière la salle de bain, Spectres familiers ―, cette « révolution symbolique », donc, était (aussi) le fait d’un mouvement générationnel de poètes et de poétesses nés entre les années 1955 et 1970 et qui sont arrivés en nombre à la fin des années 1980 et au début des années 1990].

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Comme l’avant-gardisme théoriciste fut chassé des préaux à la fin des années 1970-début des années 80, par la « nouvelle philosophie », l’individualisme prôné par les « nouveaux économistes » et les politiques libérales, la ruée patrimoniale du début des années 80, et bien sûr, avec tout cela, grâce à tout cela, en compagnie de tout cela, le retour en forme & en force de la poésie Lyrique, les poésies lyriques, néo-, post-, re-lyriques, avec un « Je » majuscule plus tout à fait émasculé, et du vers (Roubaud n’y étant pas pour rien), couronné d’un oubli des formes, célébrant le retour à la saine tradition du récit et du même coup à la vraie vie, et représenté (du moins pour les poètes) par Philippe Delaveau, William Cliff, André Velter, Lionel Ray, Guy Goffette, James Sacré, Claude Esteban, Alain Borne, Henri Meschonnic, Christian Bobin, Charles Juliet, Yves Bonnefoy, et compagnie ― poètes qu’on a retrouvés très souvent ces dernières années en couverture de la collection de poche « Poésie / Gallimard » ; comme ce fut le cas pour l’avant-gardisme seventies, donc, ou à cause de lui, il est arrivé la même chose à l’"avant-gardisme" de cette « nouvelle poésie française », battu en brèche par le même retour poétiquement réactionnaire, anti-moderne, dont certains éditeurs3, aujourd’hui, peuvent être pris pour le paradigme qui sont, pour certains, et cela est une nouveauté, politiquement à gauche ou feignent de l’être (qu’importe le flacon, si on a l’étiquette et l’ivresse institutionnelle).

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Force est de constater que les forces en présence sont irréductiblement plus efficaces symboliquement et numériquement d’un côté ― Allez faire un tour au rayon poésie de votre librairie, s’il est fourni en nouveautés, et vous verrez que ces néo-lyriques sont légions, pas seulement chez les éditeurs traditionnels de poésie lyrique mais aussi chez ceux qui publient, qui ont publié des modernistes. Si bien que le lecteur moyen de poésie, comme le critique, est obligé de prendre des vessies lyriques pour des lanternes modernes.

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Et comme le petit village gaulois, entouré de Babaorum, Petibonum, Aquarium, et Laudanum (il faudrait dire : Xanax, Stilnox, Seroplex et Lexomil), la liste des quelques maisons/collections qui persistent à signer des poètes expérimentaux, sans concessions pour les formes dominantes de l’époque, comme Al Dante, les éditions de L’Attente (parfois), Laure/Li (idem), Questions Théoriques, POL (idem), se réduit à peau de crachat. La Bérézina, en quelques sorte, pour les horribles travailleurs de la langue (je rappelle que La Bérézina est historiquement une défaite tactique alliée à un nombre important de pertes côté français, mais aussi une victoire stratégique).

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Janvier 2014(vingt ans en première ligne ― la poesie est une guerre de tranchées) : Une victoire stratégique, peut-être pas, sûrement même jamais, mais c’est pourquoi nous avons d’autant plus besoin de livres comme le Première ligne de Jérôme Bertin, de sa poétique prigentienne guerrière et de son célinisme artésien assumé (il n’est qu’à vérifier le nombre de poètes qui aujourd’hui pourraient se réclamer de Louis-Ferdinand Céline pour s’en assurer – la réponse, vous la connaissez : aucun). De cette plume qu’il « trempe dans le curare ».

Ce texte est sous-intitulé « 105 mesures pour une guerre » : la guerre, dont il parle, on ne la connaît que trop bien, parce que c’est celle que l’on peut vivre tous les jours, face à son banquier, ou face à sa psy, ou face à l’assistante sociale, ou face à son médecin, ou face à sa famille, ou face à ses collègues de travail, ou face à l’indifférence générale, ou face à sa télé, c’est à la fois la guerre pour la parole et la reconnaissance, à la fois la guerre pour être (et pour certains : avoir) et parler, la guerre sociale, donc, contre tout un système politique, social, psychologique, langagier et culturel de domination (une société de classes et de classements, presque de castes / dont nous tenons tous notre sens et notre fonction), qui dirige et crée des formes de vie spécifiques (de celles qui ne laissent au fond que des choix raisonnables), dirige, impose et crée des formes de pouvoir spécifiques (le spectaculaire : cette scission de soi avec soi), dirige, impose et crée des discours de vérité (la somme de toutes les violences symboliques et de toutes les humiliations et différenciations sociales), __________________ mais c’est également une guerre symbolique, une guerre qui passe par les formes de narration ou de syntaxe, qui passe par l’ouverture ou non à l’expérimentation, par la défense et l’illustration de procédés artistiques, esthétiques particuliers qui sont souvent antagonistes (et en lutte symbolique pour la domination du champ), qui s’étale dans la liste des meilleurs livres de l’année des magazines (que ce soit Les Inrocks ou Le Point), ou dans l’inconscient des littérateurs qui préféreront toujours viser le "prestige" probabiliste des romanciers que la bohème funeste de la constante ubiquité des poètes de merde4. Cette guerre d’écrivain à écrivain, de groupes à groupes, de maisons à maisons, d’écrivain à critique, etc., qui persiste et signe dans les propriétés des textes comme dans les trajectoires des uns et des autres, cette guerre de positions, de conversions qui fait qu’une certaine idée de la poésie nous force à être toujours en première ligne contre les ravages d’une langue spectaculaire, tautologique et vide, qu’on lit partout, qui a pénétré partout (même la politique politicienne se sert de story-tellers, c’est dire que le narré est partout), qui reproduit la « doxa littéraire » partout (même dans les places fortes du modernisme), cette langue dominante exclusivement basée sur la narration et sur l’existence de personnages et qui est le transcendantal historique hyper-normatif de tout écrivain et de tout lettré qui se respecte (ou pas) ; cette croyance en cette importance de la narration qui fait que quand on ne raconte pas, c’est compliqué de littérairement, éditorialement, exister, surtout que cette forme est majoritairement maniée par ceux qui ont le plus envie de voir, par exemple, la poétique politique d’un livre comme celui de Jérôme Bertin cesser d’être éditée. Car un livre n’existe pas seulement pour ce qu’il dit. Les romanciers devraient le savoir. Et quand ils le savent, c’est pour, de toute façon, encenser les vieilles avant-gardes historiques (dans un fort relent de nostalgie), tout en pissant sur les vrais descendants aujourd’hui de ces mouvances5.

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Aujourd’hui, Al Dante a vingt ans (cette simple assertion est déjà en soi un acte de résistance). Et nous ne sommes qu’une poignée ici ou là qui prenons toujours les Denis Roche, Christian Prigent, Joseph Guglielmi, Jacques-Henri Michot ou Michel Robic comme références et/ou influences. Jérôme Bertin est de ceux-là. Il ne peut se satisfaire des tournures que peut prendre la poésie contemporaine quand elle est acculée dans la crise (cet état de crise permanente qui est sans doute le statut du poète depuis toujours), laquelle détermine certains poètes, même proches de nos valeurs mineures et minoritaires, à "fricoter" avec tout ce qui peut, a pu, aggraver, voire qui aggrave cette crise, quitte à creuser encore et encore le (profond) sillon hyper-individualiste de l’anar de salon ou du petit-marquis de l’institution.

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La petite musique de Première Ligne est précieuse parce que rare, rare et donc inestimable en soi, c’est le tac-tac-tac (ou « le tic tac » p. 30) d’une mitraillette langagière poétique prête à ravager la tête du lecteur (assonances et allitérations, rimes internes en cascade & en contre-bande6), « Il faut s’armer, il ne faut plus s’aimer mais saigner » façon haikaï 47, où « chaque phrase est un slogan » accompagné d’une rythmique précise que l’on retrouve tout au long du livre : « Présent chape de plomb. Défilé de mordre. Elle est morte sur le coup » (p.24) ; ou « Comme sur des roulettes russes. Des montagnes de corps décharnés. Tête cible fume » (p.31). Cette petite musique qui nous rappelle à la fois Céline, pour la violence désenchantée mais lucide (on l’a déjà dit), mais aussi Prigent, pour ces jeux de langue et de sonorités carnavalesques, ces « sables mourants », que l’on trouvait déjà dans ses Fragments du carnage (Voix, 2008), l’une des spécialités de Bertin, et qui en fait l’un des très rares aujourd’hui à prétendre réellement à l’étiquette post-TXT ― Ce texte, qui pourrait tout à fait y prétendre, est en quelque sorte le Manifeste poétique de Jérôme Bertin. Car, à la différence de ses textes poétiques antérieurs (en vers), la forme, en séquences courtes et en blocs de vers (justifiés), sied beaucoup mieux à sa poésie guerrière et inquiète, et à son univers en forme de nœud coulant.

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Le livre est formé de séquences brèves, de trois ou quatre lignes chacune, formant donc ces « 105 mesures » d’une guerre qui est tout bonnement le monde réel (dans tout son champ d’existence ; le livre décrit toutes sortes de situations dramatiques, où violence pure et violence symbolique se partagent à part égale, pourrait-on dire, la représentation du monde, de la plus intime à la plus politique ― les pronoms sont nombreux et l’indétermination règne / Chaque séquence est comme un cut de réel où nous ne sommes que spectateurs), toutes ponctués par un « ou » en italique qui forme le seul espace de respiration où le réel est en suspens, blanc comme neige, se neutralisant. Ces mesures qui sont à la fois « la distance convenable pour parer ou pour porter un coup d’épée, avancer vers son adversaire ou se mettre hors de portée » et, à la fois, la « division du temps musical en sections d’égale durée » ; on retrouve dans ces deux définitions, les deux façons dont on peut prendre le livre de Bertin, la musicalité et la rythmique de Première ligne (« des notes de zéro à rien ») où « chaque mouvement [est] une chute » (p. 28), où chaque poème est une « sentence », comme une plongée cinématographique dans le réel le plus brut (où le « je » n’est presque jamais présent) et comme une guerre sans fin où il faut constamment porter des coups au réel et constamment les éviter, pas pour que le réel s’évanouisse (Bertin n’est pas un idéaliste, il nous met la gueule dedans), mais pour s’y frotter, s’y confronter encore et encore, car là, est notre seule destinée, car là est notre seule possibilité. Ces deux façons de voir le livre sont emboîtées : « le poète doit se faire voyou (avec violence à graver) » et il doit créer des « symphonie[s] pour crashs [et] crachats ».

Ce ou, en ponctuation-silence,

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pour nous dire que le réel n’est que combinatoire de combinatoires jamais assignables et qu’il est impossible d’en fixer un seul sens, un seul accès, une seule représentation (le monde comme ensemble de ses combinatoires ?). On retrouve là encore Prigent et les tenants du Manifeste Négatif qu’avait co-écrit Bertin et votre serviteur en 2001 dans un numéro de la revue Action Poétique. C’est dire que Jérôme Bertin laboure le même sillon, au moins depuis Round 99, chez Al Dante, en 2006, et dans tous ses livres depuis, c’est dire qu’il laboure la même vision du monde, certes désespérée, certes violente (mais un livre qui donne le change au réel ne se doit-il pas d’être d’une certaine violence ad hoc ? / La violence des dominants et de ce capitalisme, comme fait social total, n’implique-t-elle pas un véritable état d’exception du fait littéraire et de sa pratique ?), c’est dire la même poétique (expérimentaliste), élaborée spécialement pour notre monde, en direct de notre monde, c’est dire la même vision polémique et dissidente, quelque part (toujours) entre Céline, Miller, Artaud, Guyotat, et Kafka ― commentant un monde absurde dans et pour lequel on se bat, ça rentre, ça sort, ça ne s’éloigne pas, dans la dérive et le désarroi, mais aussi dans la jubilation à nommer ces lieux où le combat (poétique) est tout ce qui reste, où nous n’avons que notre langue pour répondre aux coups, aux injonctions, aux verdicts, où nous payons chaque jour, chaque mot, où nous payons pour chaque jour et pour chaque mot, alors que le champ poétique, lui, reste toujours aussi réticent devant des livres qui exhibent la violence brute du monde. Mais heureusement que nous avons ce genre de poétiques un peu "folles", un peu "borderlines", qui nous bousculent, qui nous acculent, qui ne nous font pas plaisir et qui ne sont pas là pour nous réconforter (qui n’offrent pas de plaisir du tout, et elles ne sont pas là pour ça), au contraire de tous ces livres fades et stéréotypés que nous voyons aux devantures des librairies ou sur les écrans des émissions littéraires, qui sont pleins d’un confort, convertibles à n’importe quelle satiété, sauf celle du monde réel, sauf celle du monde, en tout cas, dans lequel on meurt, on viole, on tue, on châtie, on punit, on pourrit. « Je ne crois pourtant pas qu’il faille éponger toute trace de la diction expressionniste », nous a dit Prigent (et Bertin est l’un des rares à avoir véritablement repris cette "leçon") ― la France n’a jamais eu beaucoup de poètes "expressionnistes", à part Jacques Prevel (1915-1951) et quelques autres (Ilarie Voronca, Francis Giauque, les premiers Bernard Noël, Danielle Collobert, Abdellatif Laâbi dans Le règne de barbarie, par exemple), toujours aussi mésestimés aujourd’hui, mais Bertin est, sans nul doute, de ceux-là (comme Cédric Demangeot, aujourd’hui, d’une certaine façon, ou Fabienne Courtade, tous les deux chez Flammarion, dans le collection d’Yves Di Manno). Car un livre n’existe pas seulement pour comment il le dit. Les poètes devraient le savoir.

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Et parce qu’il y a des livres et des événements qui sont autant de casus belli symboliques,

nous resterons, avec Bertin, en première ligne.

 

1 Triste Sollers aujourd’hui défendu par BHL, soit l’arrière-garde auto-parodique de la littérature avec la poubelle de la "philosophie" médiatique héroï-comique.

2 Manuel Joseph est l’exception qui confirme la règle.

3 Dans une première version de ce texte, je donnais plusieurs exemples de ces éditeurs ; mais je ne voudrais surtout pas « personnaliser » le débat ou n’en faire qu’une variante d’un plaidoyer pro domo, qui, bien sûr, ne peut, ici, qu’exister, je ne le nie pas, je ne suis pas idiot. Il ne s’agit pas non plus de donner de bons ou de mauvais points, mais d’indiquer des profils d’ensembles, des lignes de fractures, y compris dans le champ des poétiques de l’« ultra-contemporain ». Par ailleurs, ma vision de ce que doit être la poésie d’aujourd’hui ne coïncide pas absolument avec ce que peuvent être mes goûts personnels en matière de poésie (même si, évidemment, tout est très lié). J’insiste : j’ai beaucoup de plaisir à écouter de la pop mainstream, même si ce n’est pas ce que je ferai si j’étais musicien. Par ailleurs, Pierre Bourdieu a une réponse à cette question (mais je ne sais pas si je vais la suivre) : « Comme l’enseignait Marx, la science sociale ne désigne "des personnes que pour autant qu’elles sont la personnification" de positions ou de dispositions génériques – dont peut participer celui qui les décrit. Elle ne vise pas à imposer une nouvelle forme de terrorisme mais à rendre difficiles toutes les formes de terrorisme ».

4 Il y a tout de même des poètes qui « tournent » beaucoup ― de librairies en galeries d’art, en passant par toutes les institutions littéraires ou culturelles possibles. Pour ces poètes qui se font facilement un SMIC (minimum) par mois, la « bohème » radicale et politique (dont ils peuvent par ailleurs venir) n’est qu’une position (une posture) comme une autre. La sincérité n’est pas leur propos.

5 C’est ce qu’on pense d’une revue poétophobe comme L’Infini, qui n’arrête pas de se voir dans la continuation fantasmée des grandes avant-gardes de naguère (de Artaud à Debord) mais qui ne publie que des "trucs" soumis à l’allodoxia (en gros des livres qui se voudraient avant-gardistes mais qui ne sont en fait que des produits de l’époque s’accommodant fort bien de la dialectique du marketing), tout en ignorant (au mieux) les vrais « premières lignes » d’aujourd’hui.

6 exemple, page 5 : « L’odeur de ses cheveux, cuite. Cuisse de lait et petite laine. […] Buvard sa langue à sa mangue à sa menthe rose. »

12 décembre 2013

[Chronique-news] Valère Novarina, L’organe du langage, c’est la main

Tandis que demain, vendredi 13 décembre, a lieu à 19H la rencontre avec les auteurs à la Librairie L’Arbre à Lettres (2, rue E. Quenu 75 005 Paris), découvrons précisément ce passionnant volume d’entretiens. [Novarina sur LC : Le Vrai Sang ; Devant la parole ; L’Atelier volant ; L’Acte inconnu ; Nouvelles de Novarinie]

Valère Novarina, L’Organe du langage, c’est la main, dialogue avec Marion Chénetier-AlevArgol éditions, automne 2013, 272 pages, 29 €, ISBN : 978-2-915978-93-3.

 

"Il est stimulant de ne pas être digéré tout à fait, normalisé, absorbé et correctement étiqueté par l’industrie culturello-communicationnelle" (p. 45).

Voici la quintessence d’une œuvre monumentale, dans une architecture de paroles réparties en cinq journées inégales – et accompagnées de documents divers (dont de magnifiques photos en couleur). Destiné à un public plus large que le cercle restreint des novariniens, ce volume d’entretiens – qui fait suite, dans la somptueuse collection d’Argol intelligemment appelée "Les Singuliers", à ceux de Prigent et de Vila-Matas – retrace la trajectoire du poète, dramaturge et peintre, en mêlant les fils chronologique et thématique : les origines, les patois, la montagne ("l’instantané d’un drame" !), le sang, TXT, 68 et la politique ; la chair de la langue, les textes principaux ; Paul Otchakovsky-Laurens, le "vivier des noms", l’antinomie comique/tragique, Michel Baudinat et Daniel Znyk ; la musique, la peinture, la danse et le cirque… Dans ce kaléilogoscope novarinien, on retiendra surtout l’évolution de sa conception du metteur en scène et les révélations/modèles qui l’ont marqué : Mallarmé, Wagner, Appia, Artaud, Grotowski, le Brecht du Berliner Ensemble, Beckett, Dort, Dubuffet, Bob Wilson… le Nô, le cirque, le guignol, le théâtre yiddish…

Le titre même du volume explicite l’entreprise novarinienne : contre la réification du langage et de la pensée qu’opère la langue de la communication, le verbe poétique doit conquérir la densité de la pierre pour viser l’irreprésentable ; pour celui qui préfère au terme de "poésie" celui de "Dichtung" (densification), le poète est un denseur et les mots sont des pierres qu’on lance – leur matière étant palpable comme celle qu’informe le sculpteur ou le peintre.

De cette somme se dégage la singularité de la trajectoire : des années 70 à nos jours, Valère Novarina n’a jamais cessé de se situer à contre-courant. Ainsi, au temps où triomphent les idéologies, les théories littéraires et les metteurs en scène, celui qui n’est resté que quelques années dans la mouvance de TXT (1974-1980) se tient à distance les luttes révolutionnaires, refuse de se transformer en "Chef des Polices Théoriques" – pour détourner une formule du Drame de la vie – et fustige le théâtruscule uniformisé des metteurs en chef (métheurancènes). Et depuis la fin du siècle dernier, où d’abord le narratif fait son retour en force, avant que le théâtre postdramatique ne le relègue au second plan, il s’oriente d’un théâtre satirique de l’avant-garde engagée à une mystique de la Parole, accordant la priorité à la dramaturgie du Verbe : dans cet espace logoscopique du sacrifice, se succèdent des catastrophes rythmiques orchestrées par des acteurs qui font le mariole pour faire advenir la parle, c’est-à-dire pour être agis par le Verbe et faire surgir le négatif du monde (antimonde) et de l’homme (antihomme).

10 novembre 2013

[News] News du dimanche

Vont défiler nos livres reçus (Valère Novarina, L’Organe du langage, c’est la main ; Éric Toussaint, Procès d’un homme exemplaire) et nos nombreux Libr-événements (n° 7 de la revue Ligne 13, Joachim Montessuis à Paris, soirée Manifesten, lecture de Cendrars à Paris, lecture de Suzanne Doppelt et Daniel Loayza, Serge Pey à Mont de Marsan, Double Change, Festival des livres en tête, colloque Tiers-livre/François Bon).

Livres reçus (FT)

â–º Valère Novarina, L’Organe du langage, c’est la main, dialogue avec Marion Chénetier-AlevArgol éditions, automne 2013, 272 pages, 29 €, ISBN : 978-2-915978-93-3.

"Il est stimulant de ne pas être digéré tout à fait, normalisé, absorbé et correctement étiqueté par l’industrie culturello-communicationnelle" (p. 45).

Voici la quintessence d’une œuvre monumentale, dans une architecture de paroles réparties en cinq journées inégales – et accompagnées de documents divers (dont de magnifiques photos en couleur). Destiné à un public plus large que le cercle restreint des novariniens, ce volume d’entretiens – qui fait suite, dans la somptueuse collection d’Argol intelligemment appelée "Les Singuliers", à ceux de Prigent et de Vila-Matas – retrace la trajectoire du poète, dramaturge et peintre, en mêlant les fils chronologique et thématique : les origines, les patois, la montagne ("l’instantané d’un drame" !), le sang, TXT, 68 et la politique ; la chair de la langue, les textes principaux ; Paul Otchakovsky-Laurens, le "vivier des noms", l’antinomie comique/tragique, Michel Baudinat et Daniel Znyk ; la musique, la peinture, la danse et le cirque… Dans ce kaléilogoscope novarinien, on retiendra surtout l’évolution de sa conception du metteur en scène et les révélations/modèles qui l’ont marqué : Mallarmé, Wagner, Appia, Artaud, Grotowski, le Brecht du Berliner Ensemble, Beckett, Dort, Dubuffet, Bob Wilson… le Nô, le cirque, le guignol, le théâtre yiddish…

â–º Éric Toussaint, Procès d’un homme exemplaire. Jacques Degroote, directeur exécutif au FMI et à la Banque Mondiale pendant 20 ans, Al dante, en librairie ce vendredi 15 novembre 2013, 96 pages, 9 €, ISBN : 978-2-84761-782-5.

Exemplaire Jacques de Groote ? Au sens de figure emblématique de l’establishment mondialisé : "Au-delà des péripéties de son parcours personnel, J. de Groote symbolise les aspects profondément néfastes des politiques appliquées de manière méthodique par la Banque mondiale, le FMI et l’élite qui gouverne le monde à la recherche du profit privé maximum. La cupidité se mêle, de manière révoltante, à la violation des droits humains fondamentaux" (p. 54). Concernant la BM et le FMI, le premier des trente points que comporte le réquisitoire est des plus éloquents : "Depuis leur création en 1944, la Banque mondiale et le FMI ont soutenu activement toutes les dictatures et tous les régimes corrompus du camp allié des États-Unis" (p. 75).

Pour tous ceux qui rêvent d’un Nuremberg ciblant le banditisme financier, cette enquête documentée est des plus salutaires. Dommage qu’elle soit tout de même par trop journalistique.

Libr-événements

â–º Parution du numéro 7 de la revue semestrielle Ligne 13, dirigée par Francis Cohen et Sébastien Smirou : automne-hiver 2013-2014, 140 pages, 13 € [présentation].

â–º Mardi 12 novembre 2013 à 19H, Palais de Tokyo (avenue Wilson 75008 Paris), Niveau 1 – Le Point Perché by The Absolut Company.

Joachim Montessuis proposera en exclusivité au point Perché le 12 novembre, jour de fermeture du Palais, deux versions de son approche plastique du son, complémentaires et indissociables : deux performances-sculptures soniques spatialisées sur 12 enceintes et 4 caissons-basses.

VOCAL CODES – performance vocale bruitiste : voix+wiimote+ordinateur

"LA VOIX EST UN CODE PSYCHOTROPIQUE POTENTIEL REPROGRAMMANT LA CONSCIENCE ET LA REALITE – UNE SYNTHESE QUANTIQUE REGENERATIVE A TRAVERS UNE RESONANCE VIBRATOIRE INTERSUBJECTIVE"

LE VRAY REMEDE D’AMOUR – boîte à bourdon/guitare/max-msp.

Projet qui canalise – à l’aide d’une boîte à bourdon (vielle mécanique à 4 sons modulables), d’une stratocaster, de pédales d’effets et du logiciel max-msp – une très ancienne passion dévorante pour les musiques médiévales et les musiques modales à sons continus, ici développée en transe microtonale hypnotique, à écouter les yeux fermés et sans champignons.

Joachim Montessuis développe une pratique ouverte et contextuelle autour notamment de la voix, du son continu, du bruit et de la résonance depuis plus de 20 ans. Son travail se focalise aussi sur des processus conceptuels expérimentaux de mise en abîme de la question de l’observation et de la perception de la réalité à travers une approche non-duelle. Ses performances vocales explorent différents états de transes, à travers les potentialités extrêmes de l’amplification et des transformations électroniques du cri, du chant guttural et bruital, et plus récemment du texte lu. Il conçoit ses actions comme des poèmes-codes, processus dialogiques fertilisants.

â–º “UN ETE EN RETRAIT”, installation / exposition de Laurence Denimal, vernissage le 13 novembre à partir de 19h.

Le 30 novembre à partir de 19h, Art Action avec :

• "Performance sonore" de Laurence Denimal et Franck Barriac (son)
• "Asphyxies" avec Didika Koeurspurs, Françoise Lonquety & Laurence de Lataillade

Manifesten • 59 rue Adolphe Thiers – Marseille 1er

â–º Mercredi 13 novembre 2013, 13H-14H30 : Les écrivains lisent La Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars.

« En ce temps-là, j’étais en mon adolescence / J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance / J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance… »
Ainsi commence la mythique prose transsibérienne de Blaise Cendrars, voyage poétique et chaotique de Moscou à Kharbine en 446 vers libres et hypnotiques, couchés sur un accordéon de papier coloré. Au directeur de France soir qui mettait en doute la véracité de cet itinéraire, Cendrars fit cette savoureuse réponse: «Qu’est-ce que ça peut te faire, puisque je vous l’ai fait prendre à tous?». Et comment mieux vérifier la puissance évocatrice de ce texte qu’en écouter sa lecture intégrale?
À l’occasion du centenaire de sa parution, Yves Boudier, Bernard Chambaz, Alain Jaubert et Jean-Hugues Malineau se relaieront pour vous souffler le « Froissis de femmes », le «sifflement de la vapeur» et «le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel.»

à l’auditorium du Petit Palais
Musée des Beaux-Arts de
la Ville de Paris
Entrée libre et gratuite
(métro Champs-Elysées Clemenceau)

â–º Jeudi 14 novembre 2013 à 18H, Médiathèque du Museum d’Histoire Naturelle (38, rue Jeoffrey Saint-Hilaire 75005 Paris) : Suzanne Doppelt et Daniel Loayza lisent Mouche, anthologie littéraire (Bayard, 283 pages, 18 €).

Présentation éditoriale. Elle est partout, et partout chez soi, dans nos maisons comme dans nos pensées. Un nombre impressionnant d’écrivains, d’artistes, de scientifiques lui ont consacré des textes, des images, des expériences. Dans tous les siècles : elle a déjà pris son essor quand commence la littérature, et trois mille ans plus tard elle agonise encore chez Jean Echenoz au fond d’un sucrier ou collée sur un mur chez Marguerite Duras.
Dans tous les genres : fables, poèmes, nouvelles, romans, tenace et obsédante, volatile et fugitive, échappant presque toujours au piège et à la perception, la voilà qui surgit soudain des replis d’une phrase pour peu qu’on la remarque, seule ou en bande, imprévisible, chaotique. On peut dès lors s’amuser à en collectionner quelques-unes ; cela change des papillons.

â–º Rencontre-dédicace avec SERGE PEY vendredi 15 novembre 2013, à 19h à la librairie Caractères (34 rue Frédéric Bastiat, Mont de Marsan) : Serge Pey présentera son nouveau livre, Tombeau pour un miaulement.
http://www.revuegruppen.com/gruppen/tombeau-pour-un-miaulement-serge-pey/
https://www.facebook.com/TombeauPourUnMiaulement
publié cette année aux éditions GRUPPEN.

â–º Samedi 16 novembre à la Médiathèque de Mont de Marsan, 15H : "Le Temps des assassins", performance poétique de Serge Pey, avec élastique et barricade de poèmes.

â–º Double Change vous invite à une lecture de Marie BOREL et Martin RICHET et Donna STONECIPHER le mardi 19 novembre 2013 à 19h30 à la galerie éof, 15 rue Saint Fiacre, 75002 Paris
(http://eof5.free.fr/, métro grands boulevards ou bonne nouvelle). Entrée libre.

â–º Du 25 au 29 novembre 2013, Festival des livres en tête : programme.

â–º "tierslivre.net : François Bon à l’œuvre", Colloque de Montpellier 29-30 novembre 2013, site Saint-Charles de l’université Paul-Valéry, salle des colloques 2. Comité d’organisation : Pierre-Marie Héron et Florence Thérond.

Vendredi 29 novembre

9h15 Accueil des participants. Ouverture des travaux

Séance 1 animée par : Gilles Bonnet (Lyon 3)

* 9h30 François Bon
« Le web comme doute pratique »

1997-2013 : plus de 15 ans de site sur Internet, à voir apparaître tous les 2 ou 4 mois, de nouveaux outils, de nouveaux usages. Parfois en profiter, parfois laisser se sédimenter dans le fond du site des pages fossiles. Puis accélération : et si le site devenait le travail principal, mangeait les livres autrefois publiés, en prenait le rôle ? Et qu’est-ce que ça change pour soi ?

10h15 Discussion

* 10h30 Arnaud Maïsetti (Aix-en-Provence)
« Tiers Livre : “le théâtre c’est dedans” »

Hypothèse : et si le tiers du livre n’était pas l’altérité d’un texte web, mais un théâtre ? Et si le site n’avait été que le prolongement radical d’une expérience théâtrale totale, de langue et de voix et d’images ? Laboratoire du Tiers Livre  : un théâtre dans la mesure précise où, s’il excède l’espace d’un théâtre, l’exercice de corps sur un plateau, il travaille à en prolonger toutes ses forces, et l’expérience même de sa traversée.

* 11h Stéphane Bikialo & Martin Rass (Poitiers)
« Les espaces du site : fbon et le réseau »

Bernard Noël caractérise « l’espace du poème » (POL, 1998) comme « forme vide », « qui a des bords mais pas de limites ». Nous partirons de là pour analyser l’espace du Tiers Livre comme tiers-espace et hyperespace, afin de démêler ce qui du réseau contribue à créer la figure d’un sujet de l’écriture, « fbon », à ne pas confondre avec François Bon.

* 11h30 Florence Thérond (Montpellier 3)
« Figure(s) d’auteur »

Dans et autour de Tiers Livre, François Bon construit une figure auctoriale de type nouveau, avec sa mythologie, son territoire, son système… Une aventure du web qui comporte un risque : celui de l’émiettement, d’une dilution de la figure de l’auteur dans un collectif qui pourrait finir par devenir anonyme.

12h Discussion

Séance 2 animée par : Pierre-Marie Héron (Montpellier 3, IUF)

* 14h15 Marie-Eve Thérenty (Montpellier 3)
« Tiers Livre et œuvre-monde »

D’où vient la fascination de François Bon pour les œuvres-monde d’un Rabelais, d’un Balzac, d’un Proust ? Peut-être, entre autres, de leur caractère déjà quasiment hypertextuel, annonçant un type d’écriture hyperliée qu’il met lui-même en place dans Tiers Livre. Il y a un lien à explorer entre le travail critique de François Bon, sa fascination pour ces corpus hypertextuels avant la lettre et sa propre réalisation sur le web.

* 14h45 Aurélie Adler (Université d’Amiens)
« Tiers Livre : une cartographie “des mondes parallèles” »

Depuis 1997, l’écrivain ne cesse de donner forme, par le biais des outils numériques, à des mondes juxtaposés, superposés, communicants. Attentif aux jonctions entre monde ancien (« pays dit réel ») et « nouveau monde », dit virtuel, il fait de l’écriture-web l’outil et le motif privilégié d’une exploration de la ville contemporaine. Pensé « comme une ville », Tiers Livre renvoie par ses arborescences, ses hyperliens, à l’architecture et aux voies de circulation de la ville d’aujourd’hui. Il s’agira d’étudier les procédés par lesquels François Bon entend élaborer une image de la ville contemporaine.

15h15 Discussion et pause

Séance 3 animée par : Arnaud Maïsetti (Aix-en-Provence)

* 15h45 Sébastien Rongier (Paris)
« Tiers Livre, une structure en constellation. Lecture d’un site »
Quelle lecture implique le Tiers Livre de François Bon ? Le site déjoue les logiques habituelles de lecture numérique. Véritable « écosystème de l’écriture », en même temps qu’espace d’expérimentation, il impose au lecteur une double dynamique d’infini et de profondeur.

* 16h15 Oriane Deseilligny (IUT de Villetaneuse, Paris Nord)
« Sur les traces de François Bon : le Tiers Livre, dispositif d’écritures et d’énonciations multiples »

Comment le site s’adresse-t-il aux lecteurs, comment organise-t-il différents niveaux d’accessibilité, etc. ? Consacrée aux formes d’éditorialisation du site conçu comme un dispositif total et contrôlé, l’analyse sera centrée sur l’outillage du dispositif, abordé à la lumière des notions d’énonciation éditoriale (E. Souchier), d’architexte et de trace.

16h45 Discussion

* 17h Emmanuel Delabranche (Rouen)
« c’est de l’autre soi » (vidéo-projection)

À la reprise numérique de Limite sur Tiers Livre, François Bon retouche, corrige, annote et complète le texte paru en 1985 aux éditions de Minuit. À la manière de ses écritures hebdomadaires et classées Limite devient une suite d’articles du Tiers Livre constituant un tout complexe dont chaque partie peut être lue indépendamment des autres. Autobiographie des objets comme très récemment Proust est une fiction ont suivi un processus d’écriture contraire : publiés article après article sur Tiers Livre avant de trouver place sur le papier. Tumulte était déjà de ceux-là. À la lecture des re-publications partielles de Limite sur Tiers Livre, j’ai engagé un travail en résonance en ajoutant à certaines phrases propositions ou mots sélectionnés des images comme François Bon aurait lui-même pu le faire si la parution avait d’abord été web avant d’être papier. Au-delà de ce qui est dit c’est de l’autre soi.

Samedi 30 novembre

 

Séance 4 animée par : Florence Thérond (Montpellier 3)

* 9h30 Michel Collomb (Montpellier 3)
« L’ouverture sans fin : l’usage de la photographie dans Tiers-Livre »

Sur l’écran de l’ordinateur, la page est une image que je peux explorer sous tous les angles, à volonté. Agrafées ‒ ou agraphées ‒ à cette image, des photographies que j’ouvre d’un clic. Quel est leur statut ? Elles sont sans doute reliées au texte, le suscitent ou l’illustrent, mais certaines passent à travers la maille du filet et gagnent directement l’ouverture sans fin, vers laquelle les textes s’efforcent.

* 10h Pierre-Marie Héron (Montpellier 3, IUF)
« Tiers Livre à l’oreille : la part de l’écriture audio »

Le disque, la radio, la télévision, le web : les inventions du dernier siècle ont formidablement amplifié et augmenté la présence sonore du monde. Elles ont aussi incité les écrivains, environnés de machines parlantes, traversés comme leurs contemporains, de voix, musiques, rythmes, bruits et rumeurs, à devenir des surauditifs. François Bon est de ceux-là, et pourtant, la part de l’écriture audio peut sembler restreinte dans Tiers Livre

10h30 Discussion et pause

Séance 5 animée par : Stéphane Bikialo (Poitiers)

* 10h45 Anaïs Guilet (Poitiers)
« Les web-livres de François Bon, une écriture transmédiatique »

Ma communication s’intéressera au travail d’écriture de François Bon dans ce qu’il implique de va-et-vient médiatique entre le site web et le livre (papier et numérique), et au discours de l’écrivain sur sa pratique. Nous nous concentrerons pour cela à un de ses Web-livre en particulier Prous est une fiction. Le mot web-livre recouvre chez lui des œuvres aux trajets médiatiques différents, mais qui dans tous les cas témoignent d’une virtuosité à l’égard des médias et de leur technicité que l’on trouve rarement chez les écrivains contemporains.

* 11h15 Gilles Bonnet (Lyon 3)
« On relit toujours avec de soi »

La rubrique « web-livres » de Tiers Livre regroupe des textes aux statuts divers : des œuvres nativement numériques côtoient des textes déjà publiés en version papier, puis repris, relus, parfois réécrits. Une nécessaire typologie m’amènera, dans un second temps, à accorder une attention particulière au cas de Limite, publié en feuilleton, augmenté d’un paratexte inédit, puis repris par Publie.net. Ces chantiers rouverts sont l’occasion d’une autobibliographie étroitement liée aux spécificités du Web et du « numérique comme recréation » (F. Bon).
11h45 Discussion

9 novembre 2013

[Agenda] Christian Prigent

Passez de 2013 à 2014 avec Christian Prigent, de Saint-Brieuc à Lille, via Paris et Valenciennes.

â–º Lundi 18 novembre 2013, 19h à 21h30, à Saint-Brieuc
 : Rencontre avec Christian Prigent et Vanda Benes, Villa Carmélie
 (55 rue Pinot Duclos à Saint-Brieuc
). Entrée gratuite
. Réservation souhaitable (mais pas obligatoire) au 02 96 33 62 41.

À l’occasion de la parution, en mars 2013, chez POL, de son roman Les Enfances Chino, Christian Prigent ouvrira la boîte à outils de l’écrivain. Il partagera avec nous le matériau d’où part l’écriture (photos, peintures, tableaux, gravure, chansons d’operette…). Il dira comment ce matériau surgit à mesure que le parcours s’invente, comment il devient coloration, tonalité, littérature.

Soirée en trois parties : La fabrique Chino. Guest star : Philippe Boutibonnes, microbiologiste, peintre, dessinateur, écrivain, philosophe, cycliste.

Lectures à une et deux voix (Vanda Benes et Christian Prigent). Chansons (Vanda Benes accompagnée au piano par des élèves du Conservatoire de Saint-Brieuc). Projections commentées (Christian Prigent et Philippe Boutibonnes).

â–º Samedi 23 novembre 2013, dans le cadre de Citéphilo 2013.

 

14h30 > 16h30 : Projection de La belle journée (1h07, coul., 2010)
en présence de la réalisatrice :
Ginette Lavigne, réalisatrice, monteuse
A également réalisé : La nuit du coup d’Etat, Lisbonne, avril 1974 (2001), Un voyage en Israël (2008), Jean-Louis Comolli, filmer pour voir ! (2013)
Christian Prigent, poète, romancier, essayiste
A notamment publié : La vie moderne. Un journal (POL, poésie, 2012), Les enfances Chino (POL, roman, 2013) 
Présentation : Jacques Lemière, Institut de sociologie et d’anthropologie, CLERSE (UMR 8019 CNRS), Université Lille 1
Monteuse (notamment des films de Jean-Louis Comolli, L’Affaire Sofri, la série des films sur Marseille, et beaucoup d’autres), Ginette Lavigne est aussi réalisatrice. Dans La Belle Journée, elle se met au défi de la réalisation du film sur et avec un poète, Christian Prigent, sur son monde et sur son œuvre, à partir (texte et chansons du film) d’extraits de quatre ouvrages de l’écrivain : Commencement (1989), Une phrase pour ma mère (1996), Grand-mère Quéquette (2003), Demain je meurs (2007), tous parus chez POL. Rigoureux et inventif travail cinématographique, qui sera reçu en tant que tel, et aussi, parfaite introduction à la rencontre-lecture avec Christian Prigent, qui suivra, deux heures plus tard, à la Médiathèque Jean Levy de Lille.

 

 
Palais des Beaux-Arts – grand auditorium – Place de la République – Lille
 
18h30 > 20h30 : Christian Prigent ou l’acte poétique
En partenariat avec les médiathèques de Lille
Christian Prigent, poète, romancier, essayiste
A notamment publié : La vie moderne. Un journal (POL, poésie, 2012), Les enfances Chino (POL, roman, 2013) 
Présentation : Gérard Briche, professeur de philosophie à l’Ecole Supérieure d’Art de Tourcoing
L’homme qui parle scande les phrases, éclate les mots, triture la langue. Cet homme, c’est Christian Prigent, et il dit de la poésie. Mais cette poésie passe par le corps – littéralement. Car c’est dans l’acte que la poésie, la vraie, advient. Dans cet acte, dans cette performance, c’est toute la réalité matérielle qui passe, et d’abord la réalité biographique du poète. Ainsi la poésie est-elle pétrie de toute la matière de la vie, et jusqu’à ses aspects les plus triviaux, mais les plus rigolos aussi. Christian Prigent : la poésie, c’est d’abord ce qu’on imagine être le plus étranger à la poésie.
 
Médiathèque Jean Lévy – 32/34 rue Edouard Delesalle – Lille

â–º Trois jours avec Christian Prigent à la Maison de la Poésie de Paris, du 28 au 30 novembre 2013 : voir le programme.

â–º Lecture/conférence de Christian Prigent : "Martial, grande brute !" (quelle traduction contemporaine de l’obscène latin ?).

" Rapide, vacharde, pittoresque, rigolote, souvent obscène, toujours à la fois savante et désinvolte, la poésie épigrammatique de Martial s’inscrit dans la tradition, mineure mais vivace, d’une poésie non idéaliste qui « sent l’homme » quotidien. Du coup, elle tente l’effort de traduction des « modernes » de toutes les époques. Les 650 textes que j’ai essayé de « recycler » dans une forme méticuleusement métrée et travaillée par la distance des anachronismes paraîtront chez POL en avril 2014." (C. Prigent)

Dans le cadre du séminaire de MASTER 1 & 2 "L’obscénité en perspective : antiquité/ modernité", le jeudi 12 décembre 2013 de 11H à 13H – Université de Valenciennes , Site du Mont Houy, Bâtiment Matisse, Salle 208 -, B. Gorrillot invitera Christian Prigent, l’un des grands poètes français actuels, à l’occasion de la publication prochaine de sa traduction de DCL épigrammes de Martial (Paris, P.O.L, 2014). Cours ouvert à tous.

â–º Début 2014, les éditions P.O.L mettront en ligne sur leur site une sélection d’essais et d’entretiens de Christian Prigent – parmi lesquels les quatre que nous avons réalisés ensemble entre 2001 et 2013.

En plus de "Passage des avant-gardes à TXT" (dans Francis Marcoin et Fabrice Thumerel dir., Manières de critiquer, Artois Presses Université, 2001, p), trois entretiens publiés sur Libr-critique :

* "L’Incontenable Avant-Garde", 6 décembre 2006 ;

* "De TXT à Fusées", 16 mai 2008 ;

* "Christian Prigent, un ôteur réeliste", 14 mars 2013.

â–º Du lundi 30 juin (19H) au lundi 7 juillet 2014, premier colloque international de Cerisy sur l’œuvre de Christian PRIGENT : "Christian Prigent : tou(v)er sa langue", sous la direction de Bénédicte Gorrillot, Sylvain Santi et Fabrice Thumerel. [Lire la présentation détaillée et le programme complet]

Argumentaire. Comme ancien directeur de la revue d’avant-garde TXT (1969-1993) autant que par l’ampleur et la diversité de son œuvre personnelle, Christian Prigent (né en 1945) fait l’objet, depuis 10 ans, de multiples publications, rencontres, journées d’étude, enregistrements, mises en scène et films. D’où l’opportunité d’organiser un colloque international qui permette d’établir un premier bilan des réflexions proposées sur cet écrivain et d’ouvrir d’autres perspectives de lecture.

Le réel est ce que l’écrivain affronte, face auquel il essaie de trouver sa langue. Or ce réel est pour lui, comme pour Lacan, ce qui "commence là où le sens s’arrête". C’est encore le réel pulsionnel du corps qui défait les voix, comme chez Artaud ou Bataille. Marqué par la négativité de la Modernité, Prigent ne cesse donc de trouer la langue, les représentations admises aussi bien que l’histoire littéraire. Et il problématise violemment la légitimité du geste créateur. Mais il invite aussi à un salut du poétique inattendu en ce début de siècle qui continue volontiers à liquider, avec les avant-gardes, les genres millénaires, les engagements politiques et les utopies esthétiques. Les livres de Christian Prigent proposent ainsi une "trouée", au sens de la promesse d’une embellie. Car s’y opère peut-être le miracle d’avoir forcé l’expression juste du réel, voire de soi ?

16 mars 2012

[Manières de critiquer] L’écriture au présent : tensions et irritations. Lettre ouverte à Bernard Desportes à propos de Le Présent illégitime

Bernard Desportes, Le Présent illégitime. Réflexions sur une écriture de l’impossible, éditions La Lettre volée, Bruxelles, 2012, 112 pages, 16 euros, ISBN : 978-2-87317-381-4.

Cher Bernard,

« Comment nous attarder à des livres auxquels,
sensiblement, l’auteur n’a pas été contraint ? »
(Georges Bataille, Le Bleu du Ciel).

Je tiens tout d’abord à te dire tout le plaisir que j’ai eu à lire cet essai stimulant dont le titre résonne comme un insolent (r)appel – et dont, en 2009, j’avais publié en avant-première le troisième chapitre, « Écriture et liberté. » J’y retrouve les échos de nos discussions autour de lectures et d’interrogations communes – débats passionnés, tant sont vifs chez toi l’attrait pour le théorique et le sens de l’hospitalité critique (très vite, j’ai compris que tu fais partie des rares écrivains pluridimensionnels/polygraphes : plume acérée, pensée subtile, critique engagée). Interpellé par la dédicace, j’ai voulu poursuivre un dialogue amorcé en 1999 lors d’un colloque organisé avec Francis Marcoin à l’Université d’Artois (Manières de critiquer, APU, 2001) et poursuivi lors de nombreuses rencontres, publiques ou privées, de la Journée d’études que j’ai coordonnée en 2006 (Bernard Desportes autrement, APU, 2008), ou encore du long entretien paru sur le site sous le titre de « Roman (et) critique » (2008). Ainsi impliqué, à la chronique j’ai préféré la lettre ouverte, du seul fait qu’elle correspond à la nature d’échanges placés sous le signe d’une amitié qui fait prévaloir la connivence critique sur la complaisance.

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23 février 2012

[News] Politiques de Ponge, colloque ENS Lyon/Lyon 3

Colloque "POLITIQUES DE PONGE", ENS de Lyon/ Université de Lyon 3, jeudi 15 et vendredi 16 mars. Vu l’affiche, dans la mesure du possible, on ne manquera pas ce colloque – soit en y assistant, soit en en lisant les Actes – ; d’autant qu’il est couplé avec l’Exposition "Ponge en regards", qui fait suite aux donations de Mme Armande Ponge (2000 et 2010).

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10 avril 2011

[News] News du dimanche

Avant que nous ne rendions compte de la Rencontre Libr-critique sur les formes narratives et que le site connaisse une petite pause en ces vacances printanières, ce soir : Pleins Feux sur Christian Prigent ; Libr-événements : Fred Griot et ses invités ; Mathieu Brosseau.

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24 juin 2010

[Livre-news] IL PARTICOLARE, n° 21 & 22 : « Cahier Prigent »

IL PARTICOLARE, n° 21 & 22 : "Cahier Prigent", été 2010, 256 pages, 22 €. [Commander le numéro : Revue Il particolare, 21 parc Beauvallon-Forêt 13009 Marseille ; ilparticolare@club-internet.fr ; 06.18.43.30.60]

S’agissant d’une œuvre en cours, la critique se doit encore plus de la réactualiser, d’en déplacer les lignes de force, d’en modifier la réception au fil de son évolution… Tel est l’objectif de ce deuxième "Cahier Prigent" que propose la revue (à commander dès à présent, car sa parution est prévue pour la troisième semaine de juillet).
Après en avoir découvert le sommaire, on pourra lire la présentation de mon article, "Prigent/Guilloux : un dialogue carnavalesque".

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21 mars 2010

[News] News du dimanche

En cette semaine où, dans un contexte difficile, s’ouvre le Salon du Livre de Paris, nous vous proposons trois rubriques : LIBR-CRITIQUE attend, a reçu, lu et recommande absolument… (Patrick CHATELIER, Chloé DELAUME, Frédéric-Yves JEANNET) ; Libr-Salon : guide LC ; La Revue des revues.

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