Libr-critique

16 juillet 2018

[News] Libr-vacance 2018 / 1

Plus que jamais, en ce temps de saturation médiatique, c’est le moment d’entrer en vacance : ce premier volet de Libr-vacance vous invite à méditer avec Leslie Kaplan sur/avec Mai 68, à lire une sélection de livres très récents, à rendre hommage à Christophe Marchand-Kiss, et vous donne RV au festival de poésie Voix vives…
Face à la liesse de ce 14-Juillet à double révolution, faut-il suivre le flaubertien fleuve humain auquel fait allusion Jean-Claude Pinson dans son dernier livre, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique)  ? « Flaubert, qui n’aimait pas la foule, écrit à Louise Colet que, néanmoins, "les jours d’émeute", il se sent "enivré par une poésie humaine, aussi large que celle de la nature, et plus ardente" »…

UNE : le Mai 68 de Leslie Kaplan, du chaos au chantier…

Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier, P.O.L, mai 2018, 80 pages, 9 €.

Il était un temps où l’espace social français n’était pas saturé par une seule obsession, l’invasion des "Migrants", que seul peut chasser cet antidote magique, la Victoire-des-Bleus… Une Coupe du monde quand la coupe est pleine, des Bleus contre les bleus à l’âme, le Mondial contre les ravages de la mondialisation…

« Et alors "quelque chose se passe"
qui remet en cause l’ordre normal, habituel, les choses en l’état, le surplace, apparemment calme, en fait violent, la répétition du mensonge […]
en mai 1968, c’est l’absence de hiérarchie
au contraire, c’est l’égalité, la liberté réciproque
la parole est partout, dans tous les milieux, chez tout le monde » (p. 39).

« ET ALORS vient la question : tout ça s’est fait dans des mots, paroles, dialogues
est-ce suffisant pour une révolution ? certes non
une révolution suppose un changement du cadre de pensée établi
mai 1968 a été un mouvement de contestation du cadre actuel, de la société capitaliste marchande
un mouvement très fort, général
et après 68, il y a eu une "reprise en main" terrible
un retour en force de la société de consommation

les paroles vivantes ont été "récupérées", c’est-à-dire : sont devenues des clichés » (p. 47-48).

Ces clichés, nous les avons tous en tête sous forme de slogans : "Faites l’amour, pas la guerre !" ; "Il est interdit d’interdire !" ; "L’imagination au pouvoir !" ; "La beauté est dans la rue" ; "Prenons nos désirs pour des réalités !" ; "Soyons réalistes, demandons l’impossible"… Mais, dans sa conférence interrompue par quelques personnages tout droit issus de ses textes, Leslie Kaplan insiste autant sur la chape de plomb du régime gaulliste que sur la prise de parole : mutisme des dominés… silence sur les opprimés… silence sur la France de Vichy, la guerre d’Algérie… Contre une certaine doxa selon laquelle Mai 68 est avant tout une révolte hédoniste et consumériste, un soubresaut individualiste, l’auteure nous invite à penser 2018 grâce à ce mouvement anticapitaliste : plutôt que de nous laisser engluer dans un individualisme de masse et un identitarisme de mauvais augure, retrouvons notre puissance d’étonnement, un désir de singularité qui passe par l’altérité !

Libr-15 : LC a reçu, lu et vous recommande

♦ Philippe ANNOCQUE, Seule la nuit tombe dans ses bras, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 152 pages, 16 €.

♦ Julien BLAINE, De quelques tombeaux de feus mes amis & de feue mon amie, Au coin de la rue de l’Enfer (04), mai 2018, 54 pages, 13 €.

Julien BLAINE, Catalogue de l’Exposition 1968/2018 = 1/2 siècle & Julien Blaine = 3/4 de siècle, Marseille, édition im/paires et éditions Galerie Jean-François Meyer, mai 2018, 64 pages.

♦ Philippe BOISNARD, Vie et mort d’un transsexuel, éditions Supernova, juin 2018, 86 pages, 10 €.

♦ Comité restreint, L’Inclusion qui va, éditions Louise Bottu, mai 2018, 128 pages, 7 €.

♦ Christophe ESNAULT, Mordre l’essentiel, éditions Tinbad, printemps 2018, 336 pages, 26 €.

♦ Bruno FERN, Suites, éditions Louise Bottu, juin 2018, 162 pages, 14 €.

♦ Laurent GRISEL, Journal de la crise de 2008, éditions Publie.net, printemps 2018, 272 pages, 20 €.

♦ Pierre MÉNARD, Comment écrire au quotidien. 365 ateliers d’écriture, Publie.net, 2018, 450 pages, 24 €.

♦ Cécile PORTIER, De toutes pièces, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 180 pages, 18 €.

♦ Jean-Claude PINSON, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, éditions Joca Seria, Nantes, juin 2018, 280 pages, 19,50 €.

♦ Olivier QUINTYN, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €.

Revue des Sciences Humaines, Université de Lille III, n° 329 : "Orphée dissipé. Poésie et musique aux XXe et XXIe siècles", printemps 2018, 296 pages, 28 €.

♦ Marc-Émile THINEZ, L’Éternité de Jean, éditions Louise Bottu, juillet 2018, 140 pages, 14 €.

♦ Patrick VARETZ, Rougeville, éditions La Contre Allée, Lille, printemps 2018, 96 pages, 8,50 €.

 Libr-brèves

â–º En hommage à notre ami Christophe Marchand-Kiss (1964-2018), qui nous a quittés trop tôt, sur Libr-critique on pourra (re)lire un extrait de Mère/instantanés et une chronique sur l’un de ses textes publié sur Publie.net en 2009.

â–º Bien que ce festival méditerranéen ait bien changé, RV à Sète du 20 au 28 juillet : avec notamment Béatrice Brérot, Sébastien Dicenaire, Frédérique Guétat-Liviani, Jean-Luc Parant et Pierre Tilman.

31 mai 2018

[News] Libr-News

En attendant l’été, vous attendent : l’agenda de Prigent… les Sorcières de Dunkerque… La Traction poétique… Philippe Boisnard, une superbe soirée Ivy writers, la 12e Nuit remue… Et le 36e Marché de la Poésie, bien évidemment…

Agenda de Christian PRIGENT

— à Paris, le vendredi 08 juin, à 18 h 30 : « TXT 32 : LE RETOUR », à la galerie A Balzac à Rodin, 14 bis rue de la Grande-Chaumière, Paris (M° Vavin). Contact : revuetxt@gmail.com

— à Rennes, le vendredi 15 juin, à 20 h : lecture et discussion autour de la revue TXT, au bar le Mod Koz, 3 bis rue Jean Duhamel, Rennes. Contact : pontcerq@gmail.com 

— à Vulaines-sur-Seine, le dimanche 30 juin, à 15 h : lecture au Musée Mallarmé, 4 promenade Mallarmé, 77870 Vulaines-sur-Seine. Contact : contact@marche-poesie.com

Libr-brèves

â–º Vendredi 1er juin à 19H30, Halle aux sucres de Dunkerque : Conversation + projection + performance (dans le cadre du festival des Bibliothèques de Dunkerque "Fais pas ton mauvais genre")

AVEC : Isabelle Cambourakis – Editrice
Camille Ducellier – Vidéaste
Hortense Gauthier – Performeuse
Anne Larue – Chercheuse, écrivaine

Figure négative et puissante, symbole subversif de la révolte féminine dans les années 70, la sorcière réapparaît aujourd’hui dans les combats féministes, écologistes et anticapitalistes.

Isabelle Cambourakis dirige la collection « Sorcières », qui réunit des textes féministes historiques et contemporains. Camille Ducellier invente des images pour rêver l’obscur, dévoiler les corps et relier le politique au spirituel. Hortense Gauthier postule que « Toutes les sorcières sont des danseuses étoiles ». Anne Larue écrit des essais sur la SF féministe, des articles passionnants sur le mouvement Wicca et des romans médiévaux futuristes.

 

â–º Samedi 2 juin à Blois : cédez à la Traction poétique !

â–º Mardi 5 juin  au Monte en l’air – Paris 20ème à 19H : soirée de lancement de la collection Sur le vif des éditions Supernova dirigée par Stephanie Boubli. Y feront une lecture Benoît Toqué, Francis Lamodière, et Philippe Boisnard accompagné au violon remixé par Pauline Cottaz.

â–º Du 6 au 10 juin : 36e Marché de la Poésie : RV avec Al dante/Presses du réel au stand 110, les éditions de l’Attente au stand 110-112 ; LansKine, 610 (Beurard-Valdoye, Voïca…) ; Publie.net, 506… La revue Place de la Sorbonne est accueillie au stand des éditions Le Temps des Cerises (618)… Au stand Ent’revues, 700-704 : y seront présentes les revues Artichaut, Babel heureuse, Les Carnets d’Eucharis, Chroniques du ça et là, La Moitié du fourbi, Phoenix, La Revue des Belles-Lettres, Teste, Toute la lire.

â–º Soirée Ivy writers le 12 juin à 19H30 au Bistrot des Artistes (Paris) :

â–º Lundi 18 juin à la Maison de la poésie Paris, 21H : "Nouvelles architectures poétiques", avec David Christoffel, Jérôme Game et Laure Gauthier.

â–º LA NUIT REMUE 12e, soirée de lectures avec Fabien Arca, Delphine Bretesché, David Christoffel et Maël Guesdon, Sophie Coiffier, Séverine Daucourt-Fridriksson, A.C. Hello, Philippe de Jonckheere, Ismael Jude, Anne Mulpas, Christiane Veschambre, Gilles Weinzaepflen.
Samedi 23 juin 2018, 19h à la bibliothèque Marguerite Audoux, Paris IIIème : Depuis 2006, Remue Net organise une fois par an ses « Nuits remue », hommage bien sûr à Henri Michaux. Un rendez-vous littéraire incontournable.

24 mars 2018

[News – chronique] Hommage à Bernard Desportes (1948-2018) [1/5]

… dansant disparaissant…
le jour du printemps
dans le bleu du ciel
il s’en est allé…
Où ça ?
Vers les déserts…
Vers l’Éternité…

Mais comme "tout est perdu dans la réalité" (Reverdy), nous continuerons à vagabonder…
À l’impossible, sauf à être nul, nous sommes tenus !

Habités par l’impossible, nous poursuivrons la route inlassablement, que faire d’autre ?
Enfants de la nuit
enfants de l’envie
nous porterons ta voix avec fracas
de l’abîme à l’Éther !
/Fabrice Thumerel/

♦♦♦♦♦

Philippe Boisnard  "Bernard Desportes aura été l’une des rencontres les plus fortes de mon existence, l’une des exigences de vie, d’écriture, de rapport à l’autre les plus intenses. Il m’aura introduit au noir, il m’aura fait traverser des villes emplies de moustiques, de cimetières, de folie inondant l’esprit humain. On aura partagé notre amour de Koltès, on aura traversé des mers pour des salons littéraires, on aura ri la nuit face à l’incurie de ce monde, on aura ri de la folie de nos affects, de nos horizons intérieurs…. Bernard Desportes nous a quittés, et il continuera à exister pourtant là, dans mon âme…. Dansant disparaissant…"

â–º Interview de Bernard Desportes par Philippe Boisnard, au début du Salon de Tanger en 2007 (ici) et à la fin : ici.

â–º Extrait de La Vie à l’envi : lecture et montage de Philippe Boisnard.

â–º Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes"

♦♦♦♦♦

A posteriori, le dernier livre de Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie, dans lequel la figure centrale est à la fois "mendiant putain fossoyeur écrivain", apparaît comme testamentaire dans la mesure où il condense toute l’œuvre, "où se côtoient tous les peuples du monde, tous les métiers, tous les trafics, tous les abîmes, mais aussi […] toutes les enfances rêveuses, lascives, inassouvies, et les putains adolescents". Son esthétique : "un roman qui ne raconterait rien, un roman sans autre sujet que la vie même qui n’est faite d’aucune histoire naturellement mais d’une réalité où tout se perd"… Desportes ou l’impossible récit – fût-il autobiographique. Rien d’étonnant, donc, qu’il ait plus d’existences que s’il avait mille ans : dans l’écriture, le sujet s’irréalise au travers de multiples avatars et se fond dans une histoire subjective de l’art et du monde. À cet égard, un passage s’avère particulièrement révélateur : "en danger à Tanger j’ai fait pompier à Pampelune et fossoyeur à Elseneur, j’ai aimé la boue grasse les sueurs adolescentes la chair qui frissone à Lisbonne, j’ai vécu l’inceste à Trieste, j’ai fait voyou à Moscou putain à Pantin et tapin à Turin" (53)… Prévaut ici une logique du signifiant qui n’est pas autotélique mais ouverte sur l’espace des possibles.
Dans cette œuvre testamentaire, le sujet scriptural – toujours à "l’âge de déraison" (27) – s’auto-engendre par l’écriture, s’affirmant "né sans père sans pays sans nom" (78) et se mettant en quête d’un "envers du monde" (79). S’en dégage le portrait d’un écrivain qui affectionne "la fraîcheur de l’inhumain" (Du Bouchet), d’un poète du NON qui déteste toutes sortes de clôtures : "le bas-fond fangeux des professeurs-de-secondaire avec leurs vieilles manies leurs vieilles copies leur vieille poésie subjective toujours horriblement fadasse" (22) ; "la poésie métrique à coups de trique comme un tambour militaire" (29) ; la "poïésie de bénitiers de fabricants de courtisans de professeurs", l’art comme "décoction décorative pour gogo & gobeurs niais" (30)…
Dans ce texte qui charrie de blancs ruisseaux de foutre et de mécréants, on retrouve le vert paradis de l’enfance cévenole, une quête dynamisée par le couple antinomique Eros/Thanatos, et aussi la Bibliothèque portésienne : Artaud, Bataille, Blanchard, Du Bouchet, Duvert, Faulkner, Kafka, Koltès, Lautréamont, Reverdy, Rimbaud… /FT/

♦♦♦♦♦

"Une vie ça n’existe pas" (Brève…, p. 48).

Je ne peux que relire mélancoliquement cette courte présentation d’une rencontre prévue avec Annie Ernaux, intitulée "Écrire sa vie : faire monde" – soirée qui devait couronner leur long dialogue, entretenu par une correspondance importante depuis des années… Soirée qui n’aura pas lieu… [Sur LC : Bernard Desportes, "Lettre à Annie Ernaux"]

 

Écrire sa vie, est-ce possible ? Comment accéder à son « petit tas de soi verrouillé dans mémoire » (p. 9) ? Quelle mémoire ?

"J’ai jeté la mémoire avec l’eau du bain

dans la fosse à purin" (29).

"Je scie les arbres généalogiques pour en faire des fagots que je brûle

et m’enivre de leur fumée" (36).

Qu’est-ce qu’une vie ? Un tas de petits secrets, de souvenirs plus ou moins (ré)inventés, de repères dans son petit monde ? Ou des rêves, des lectures, des expériences, des faits sociaux et historiques qui font monde dans et par l’écriture ?
Comment écrire dans l’étrangeté à soi et au monde ? Dans un "écart entre le monde réel toujours inaccessible et le monde suffocant que l’on porte en soi" (29). Dans un entre-deux où l’on se perd : Je / Autre ; Eros / Thanatos ; dedans / dehors ; réalité / fiction ? /FT/

â–º À lire sur LIBR-CRITIQUE : 
– Entretiens de Fabrice Thumerel avec Bernard Desportes : "Roman (et) critique" (2008) ;  "De l’abîme à l’éternité" (2013).

– Contributions de Bernard Desportes à Libr-critique :
"Deux ou trois choses à propos de Rouillan" ;
"Littérature et liberté" ;
"Le Parti des procureurs" ;
"Interdit de séjour" (hommage à Tony Duvert) ;
"Les Failles d’un livre ambigu (Retour sur Retour à Reims de Didier Éribon)" ;
"Baal" (extraits) ;
"Chère petite fleur" ;
"Le Silence de Barbarin" ;
"La Honte, encore" ;
"Onfray comme une outre" ;
"Le Cynique" ;
"La Criminelle Alliance des populistes".

– Chroniques de Fabrice Thumerel : L’Espace du noir ; Le Présent illégitime ; L’Éternité ; Irréparable quant à moi.

– Francis Marcoin sur Une irritation ;

– Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008.

18 février 2018

[News] Rencontre-lecture avec Bernard Desportes : une œuvre majeure

Dès le lancement de Libr-critique, nous avons signalé l’œuvre comme l’une des plus exigeantes et des plus originales dans le champ littéraire actuel.

Le dernier livre de Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie, dans lequel la figure centrale est à la fois "mendiant putain fossoyeur écrivain", condense toute l’œuvre, "où se côtoient tous les peuples du monde, tous les métiers, tous les trafics, tous les abîmes, mais aussi […] toutes les enfances rêveuses, lascives, inassouvies, et les putains adolescents". Son esthétique : "un roman qui ne raconterait rien, un roman sans autre sujet que la vie même qui n’est faite d’aucune histoire naturellement mais d’une réalité où tout se perd"… Desportes ou l’impossible récit – fût-il autobiographique.
Dans ce texte qui charrie de blancs ruisseaux de foutre et de mécréants, on retrouve le vert paradis de l’enfance cévenole, une quête dynamisée par le couple antinomique Eros/Thanatos, et aussi la Bibliothèque portésienne : Artaud, Bataille, Blanchard, Du Bouchet, Duvert, Faulkner, Kafka, Koltès, Lautréamont, Reverdy, Rimbaud… /FT/

â–º À lire :
– Entretien avec Bernard Desportes : "De l’abîme à l’éternité" ;
– Un autre article de Francis Marcoin sur Bernard Desportes : à propos d’Une irritation ;
– Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes" ;
– Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008.

RENCONTRE / LECTURE

Bernard DESPORTES
s’entretiendra sur son œuvre
avec Esther Tellermann et Pierre-Yves Soucy
Lectures par Bernard Desportes d’extraits de ses derniers livres

Samedi  3 mars à 15 heures, entrée libre

Halle Saint Pierre – à l’auditorium
Réservation conseillée : 01 42 58 72 89

18 janvier 2018

[Chronique] Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie (Tentative d’autobiographie), par Francis Marcoin

Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie (Tentative d’autobiographie), éditions de la Lettre volée, janvier 2018 (vient tout juste de paraître en librairie), 100 pages, 17 €, ISBN : 978-2-87317-503-0.

Cette brève histoire de la poésie fait ouvertement écho à Brève histoire de ma mère, un roman. Manière de dire que roman et poésie se répondent comme obsessionnellement, pour la seule vie réellement vécue que délivre l’irréparable d’un roman sans histoire que certains appellent poème et qui est plutôt un balbutiement (p. 86). Presque en fin de parcours l’auteur nous livre paradoxalement la définition exacte de ce qu’il s’est évertué à nous présenter comme une sorte d’album désordonné.

De fait l’écriture de Bernard Desportes est répétitive comme on parle de musique répétitive, elle est ce chemin toujours recommencé, chemin de halage d’une prose haletante, fleuve torrentueux, flux débordant de mots qui se heurtent l’un l’autre, incongrus. Et l’on n’a pas envie de parler de « jeux de mots » car il n’y a pas de jeu mais une grande peur. Une grande peur d’écrire, « non-non, je n’écrirai pas mes mémoires ». Aphasie, balbutiements, dénégations, radotage, agendas perdus, tronqués ou énigmatiques. Le texte joue avec la mémoire, ou plutôt les mémoires possibles, et le « je » se constitue, se disloque, au travers d’un puzzle poétique, de citations, de rappels littéraux ou trafiqués.

De déguisements, surtout. Dans la peau de Rimbaud, surtout, qui surgit à tout instant. Se déguiser, mais sans se cacher. Annoncer la couleur, même si le nègre est omniprésent. Quatre épigraphes, de Lautréamont, de Maurice Blanchard, de Pierre Reverdy, d’André du Bouchet, signalent d’entrée un compagnonnage, des amitiés, des masques. In fine, nous trouvons même une liste de « citations dans le texte sans nom d’auteur ». Car Bernard Desportes est homme de fidélité. Fidélité à ses rêves et à ses cauchemars, et surtout à ses amis, dont il prend quelquefois l’identité. Ainsi, dans les « dates en vrac », qui notent la naissance de plusieurs Bernard Desportes ou plusieurs naissances d’un Bernard Desportes. Comme toujours chez lui le texte est hospitalier, ne cesse d’ouvrir une fenêtre sur ceux qui sont passés par les mêmes traverses : « Remembrances », par exemple, fait surgir le Rimbaud de l’Album zutique, ce Rimbaud obsédant qui n’arrête pas de descendre le fleuve impassible, d’un livre à l’autre, ce Rimbaud qui tue père et mère. Mais moi aussi « j’ai mouru », et là, on pense à Renaud, un Renaud en plus absolu, car entre les références nobles se glissent d’autres allusions, à des « variétés ».

Une image dérègle tout, celle de l’écartèlement. « Ecartelé » est un mot qui revient, doté d’une forte charge sexuelle, charnelle, bestiale. Mais ce « je » qui est toujours un autre est également écartelé entre la migration et la fixité. La migration est elle-même double, elle est celle du vagabond, entre Rotterdam, Tanger, Harrar, et aussi tout au contraire celle des victimes des fondamentalistes. En cela, l’errance intemporelle est rejointe par ce qu’on appelle l’« actualité », et chez Desportes celle-ci refait toujours irruption, le scandale de vivre est toujours dépassé par le scandale sociétal. Et ainsi, l’autre face de cette migration forcée est l’embourbement de la France qu’on dit « périphérique », en voie d’abandon. Ce sont les Ardennes, Novion-Porcin (et sa présentation genre fiche wikipedia) et, bien plus au sud, les gares désaffectées des provinces immobiles, la Lozère, le Gévaudan, Mende, Marvejols.

« Je » marche entre Ardennes et Cévennes. Retour à Graissessac, dont le nom revient en force au fur et à mesure du texte, village qui pourrait au moins, dans ce désordre, servir de point de repère puisqu’il est attesté dans la vie de l’auteur, mais qui apparaît de manière surprenante. Il vient en effet parmi ces autobiographies de tous les possibles, ces collages de vies et de morts, celles de Rimbaud toujours, et celles de Pasolini, pas nommé, mais reconnu, étonnamment enterré « au petit cimetière protestant de Graissessac (Basses-Cévennes) », à moins que ce ne soit lui qu’on ait aperçu en compagnie d’hommes nus remontant l’Amazonie. Un peu plus loin, après mille métiers dans mille ports, « enfin suis rentré sans un sac à Graissessac ». Et si dans les « Dates en vrac » il naît plusieurs Bernard D, l’un est déposé à l’assistance publique et recueilli à l’âge de huit ans par une famille de protestants à Graissessac, sombre bourg du bassin minier des Cévennes du sud. La naissance de Simone V. à Graissessac le 18 août 1913 sera notée deux fois. Le vendredi 31 mai 1895 Henri V, 12 ans, signe son embauche à la mine de Graissessac. Deux ans plus tard « Un coup de dé jamais n’abolira le hasard » paraît dans Cosmopolis, mais cet événement est placé avant le précédent.

Deux généalogies se croisent, celle des poètes, Char, Reverdy, Kafka, Bernhard, Faulkner, et celle de la mine : ouvertures de lignes de chemin de fer, creusements de nouveaux puits et de nouvelles galeries, naissances de futurs petits mineurs, coups de grisou. Généalogie anonyme, doublement enfouie, car le chemin de fer n’existe plus, les puits sont bouchés et il n’y a plus rien à Graissessac, qui n’est pas plus réel que Glog, Blav, Glav ou encore Zglard, Mlog, Mgol, ces improbables cités borborygmes où se terraient les personnages de Brève histoire de ma mère et où l’on retourne pour une non moins improbable quête d’origine.

« Marcher est impossible mais quoi faire d’autre ? » La marche est ici à l’évidence une manière de désigner la poésie. Celui qui écrit est impuissant devant la violence du monde mais la barbarie ne lui donne pas le droit au silence : le moindre étonnement devant ce livre n’est pas qu’une telle négativité, loin de nous décourager, se révèle roborative. On a beau ne pas retrouver ce Bernard D. qui habite rue de l’Avenir, il donne au pacte autobiographique une nouvelle définition, non pas l’enlisement dans un passé à retrouver, mais une réinvention, un génial bricolage dans une liberté absolue, celle de truquer les dés et de mélanger les cartes.

© Photo de Fabrice Thumerel : Bernard Desportes avec Annie Ernaux en 2014.

â–º À lire :

– Un autre article de Francis Marcoin sur Bernard Desportes : à propos d’Une irritation ;
– Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes" ;
– Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008.

7 mai 2017

[News] News du dimanche

En cette soirée de non-événement électoral, si vous voulez changer votre monde de façon originale, faites-le avec de véritables novateurs… Vos RV de mai, donc : exposition à DATABAZ (Angoulême) ; soirée littéraire à Paris autour de Laure Gauthier ; rencontre à Paris avec Suzanne Doppelt ; Benoît Toqué et Antoine Boute à Bruxelles ; exposition Thomas Déjeammes à Tarbes…

 

â–º DATABAZ (100, rue du Gond à Angoulême), exposition du 10 mai au 15 juin 2017 : PARTIES DE L’OPERA, une création d’Olivier Crépin – avec les étudiants de l’ÉESI Antoine Arrinda, Etienne Baron, Mado Chadebec, Marlene C.Kim, Anais Combreau, Roman Lacassagne, Gabriel Louf, Dalia Mansier, Leo Magrangeas, Kane Mooney, Xéni Morgun, Emilie Rolquin, André Valente, Calvin Vigneau, Yunman Zhang

Vernissage le 10 mai 2017 à 18h à DATABAZ

Création transmedia réalisée avec les étudiants de l’EESI dans le cadre d’une résidence partagée EESI / DATABAZ.



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Dans le cadre de sa résidence à l’EESI et à DATABAZ, Olivier Crepin a réalisé deux pièces spécifiques. Elles se situent dans la prolongation de la réflexion qu’il mène sur les formes contemporaines de la bande dessinée – aussi bien en tant que jeune chercheur au sein du Laboratoire d’excellence en Arts (Labex Arts H2H) que dans sa pratique d’auteur et d’éditeur au sein des éditions Rutabaga.

“L’œuvre proposée revisite l’univers des échecs, et trouve des points d’ancrages forts notamment dans la célèbre partie en 17 coups dite « partie de l’Opéra » mais également dans La vie, mode d’emploi de Georges Perec, récit sous contrainte mimant le déplacement de la pièce du cavalier aux échecs ainsi que dans les récits explorant le courant de conscience tels que Ulysse de James Joyce, ou encore Le bruit et la fureur de William Faulkner. L’une de ces pièces, exploitant le support papier de grand format, interroge l’implication du lecteur et les modalités de la bande dessinée exposée. L’autre pièce, au format numérique, lui répond et étend l’univers proposé par la première en nécessitant l’action du spectateur. Il s’agit donc d’une œuvre transmédiatique dont chacune des pièces peut être également perçue comme une œuvre autonome.

L’attention du lecteur-spectateur, ou plus exactement la réflexion sur les degrés d’attention et d’implication dans l’œuvre est au centre de cette création. Thématiquement d’abord , puisque le récit ne se créé vraiment que lorsque l’attention des deux joueurs – personnages principaux du récit – quitte la partie et se reporte tant sur leurs mondes intérieurs que sur leur environnement. Dans le dispositif de l’exposition ensuite, puisqu’il est possible pour chacune des deux pièces d’être survolée, et de n’être le résultat que d’une lecture fragmentaire – le dispositif, morcelé, est spécifiquement conçu pour ça – comme d’être l’objet d’une lecture approfondie des multiples couches attentionnelles qui composent le récit. La lecture numérique proposée ici est d’ailleurs d’emblée présentée comme réceptive si le lecteur-spectateur n’emprunte pas les chemins de traverse mais reste sur la piste principale. Cette réflexion sur l’attention est en effet essentielle car elle est au cœur des deux dispositifs constituants l’oeuvre : le dispositif transmédiatique qui est un dispositif né comme système de captation de l’attention dans un contexte de surproduction et le dispositif de la bande dessinée conçue spécifiquement comme bande dessinée exposée , et non pour être lue au format livre.

Les conditions spécifiques de la résidence et l’implication forte dans l’oeuvre d’un petit groupe d’étudiants très motivés ont permis par ailleurs de faire évoluer le projet dans une seconde direction qui me paraissait fondamentale lorsque l’on parle de récit transmédiatique, ou de coordination d’univers : la notion de dilution de l’auctorialité. Ainsi à partir d’une trame scénaristique construite préalablement s’est noué un véritable dialogue narratif et graphique avec les étudiants impliqués, modifiant en profondeur certains aspects du récit. Ce questionnement crucial est visible d’emblée, puisque l’oeuvre fait le choix d’une polygraphie forte, et de ruptures narratives importantes , renforçant ainsi l’ambiguité entre œuvre unique et récits multiples.” /Olivier Crépin/

â–º Jeudi 11 mai à 20H, centre tchèque de Paris (18, rue Bonaparte 75006) : Recherches, fantaisies et gloses : mouvements dans la pensée musicale. Concert soirée littéraire / organisée en collaboration avec le festival aCROSS.
Programme:

Jean Dussek : La mort de Marie-Antoinette
avec Christophe d’Alessandro, clavicorde

Laure Gauthier : Kas­par de pierre
par Olivier Besson et Benjamin Guillot, comédiens, et
Martin Laliberté, dispositif électronique

François Couperin : 6 pièces de clavecin (La Mont­flambert, Les ombres errantes, l’adolescente, l’âme en peine, le rossignol en amour, la régente)

Interprètes :

Olivier Innocenti, bandonéon
Josquin des Prés : Ave Maria
Diego Ortiz : Ricercari
Jean-Luc Tamby, luth
Christophe d’Alessandro, cla­vicorde

â–º Vendredi 12 mai à 19H RENCONTRE AVEC SUZANNE DOPPELT à l’occasion de la parution de Vak spectra (P.O.L, 11 mai en librairie) – encore un grand Doppelt !

À LA LIBRAIRIE MICHELE IGNAZI

17, RUE DE JOUY

75004 PARIS

01 42 71 17 00


â–º Vendredi 19 mai à 18H30, ISELP Bruxelles (31, Bd de Waterloo)

Performance ENTARTÊTE par Benoît Toqué +
"Lecture Extracosmique, no stress" d’Antoine Boute

>>>>> ENTARTÊTE par Benoît Toqué

" La première fois que je lis l’expression « art dégénéré » écrite en allemand, c’est dans Europeana. Une brève histoire du XXe siècle, de l’écrivain tchèque Patrik OuÅ™edník. En allemand, ça s’écrit entartete kunst. Dans entartete, je lis entarter et tête, ce qui est logique : entarter quelqu’un, c’est lui envoyer une tarte à la crème en pleine tête, la lui étaler sur la face. Je pense à Noël Godin. Je pense à son double fictionnel André Petrescu, l’entarteur du Cosmopolis de Don DeLillo, et à l’adaptation qu’en a faite David Cronenberg pour le cinéma. Je pense à La bataille du siècle, un film de Clyde Bruckman avec Laurel et Hardy. À l’enfritage du premier ministre belge Charles Michel par les Liliths. À l’attaque aux confettis du directeur de la banque centrale européenne Mario Draghi par Josephine Witt. Laurel et Hardy me renvoient quant à eux au duo d’artistes EVA & ADELE , je trouve qu’ils ont comme un air de famille avec les jumelles allemandes. J’achète quelques choux de Bruxelles, je les dispose méthodiquement sur une table, ça forme une histoire. Un enfant débarque, il porte une toge, avec son bâton il dévaste mon château de sable."

Dans le cadre de SYNC! Part 2 HANNAH HOFFMANN par Clovis XV

– Vendredi 19 mai 18h30 > 21h
– L’entrée à un événement (rencontre, projection,…) ou à l’exposition donne accès à toutes les activités liées à SYNC!
– 1,25 €* / 2 €** / 5 € (* Article 27, ** Étudiants)
– Gratuité : Membres, demandeurs d’emploi, < 18 ans, ICOM, IKT

â–º Du 19 au 25 mai, exposition à ne pas manquer de Thomas Déjeammes, l’auteur de la série "DREAMDRUM" sur Libr-critique :



29 janvier 2017

[News] News du dimanche

Dernières NEWS de janvier, déjà tournées vers février : pleins feux sur ESPITALLIER ; on se met "sous vide" en attendant le prochain roman de Patrick Varetz ; soirée OB/SCÈNE à Databaz (Angoulême)…

 

â–º Pleins feux sur Jean-Michel ESPITALLIER : sur Les Archives du présent, découvrez l’entretien + vidéo…

Et le 16 février, on attend avec impatience la réédition du Syd Barrett (Le Mot et autres choses).

 

â–º Le 9 février prochain, on se rue en librairie : un nouveau Varetz, ça ne se manque pas ! On retrouvera un narrateur beckettien, fils de Violette, sa pauvre mère, et de Daniel, son salaud de père… Un antihéros hanté par le vide…

Patrick VARETZ, Sous vide, P.O.L, février 2017, 216 pages, 15 €.

Présentation éditoriale. Il ne supporte pas de vivre seul, alors il l’appelle, et elle s’empresse d’accourir. Ils font l’amour, elle s’installe chez lui. Cela pourrait s’apparenter à un roman sentimental, sauf que le livre s’ouvre – sans jamais se refermer – sur la vacuité de toute vie.

« L’amour. Je crois que cette ombre, sans forme, travaille sans relâche à creuser le vide sous mon existence. Cela s’apparente à un tiraillement sourd, et parfois à une gêne dans la gorge et derrière les yeux, une faim impossible à rassasier. Ce n’est jamais dirigé contre quelqu’un en particulier. C’est là, qui m’oblige à saisir l’opportunité qui se présente, à accepter n’importe quoi, par peur toujours de voir la situation empirer jusqu’à l’inacceptable. »

 

â–º Samedi 4 février à 20H30, soirée OB/SCÈNE à DATABAZ (100, rue du Gond à Angoulême : Philippe Boisnard et Hortense Gauthier).

Pour 2017, DATABAZ accueille une série de soirées OB/SCENE, concerts organisés par un jeune collectif défricheur de sons.
Ces soirées proposent des musiques empruntant des voies parallèles, peu présentes sur les scènes dominantes, des expériences sonores multiples et éclectiques, à suivre !

1ère soirée de l’année : DJELYBAND, concert de musique guinéenne, qui mélange traditionnel, afrobeat et afrojazz …

Entrée : 5 euros

30 octobre 2016

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’octobre, tout d’abord, notre Libr-agenda (Philippe Boisnard et Jean-Michel Espitallier), puis nos Libr-événements : RV avec AnnaO / Jacques Jouet & Mia You (Ivy writers) à Paris, à la fondation Vasarely d’Aix pour de drôles de drones… On terminera par un aperçu de ce qui vous attend sur LC en cette riche fin d’année…

Libr-agenda

â–º Philippe BOISNARD :

_ 2 novembre : performance de poésie numérique à l’école des Beaux arts de Montpellier : nouveau projet solo : poetry grows (ENSBAMA).
_ 3 novembre : conférence Université de Montpellier dans le cadre des Rencontres sur la poésie numérique : 4ème manifeste de la PAN (Poésie Action Numérique).
_ 9 novembre : vernissage du nouveau phAUTOmaton @ L’Espace Mendes France (Lieu Multiple) de Poitiers et l’EESI. (nouveau dispositif), en partenariat avec le festival acces)s(#16.
_ 14 novembre : vernissage de Paysage de la Catastrophe (After Fukushima) (création avec Jacques Urbanska et Philippe Franck) @ Ars Numérica (Bruxelles-Belgique)

â–º Jean-Michel ESPITALLIER :

•• 3 novembre (Festival Ritournelles, Bordeaux)
• 14h30. Archives Bordeaux Métropole. Table ronde « archives et création », avec Emmanuelle Pagano, Emmanuelle Pireyre, Philippe Artières, Didier Arnaudet, François Bon, Jean-Michel Espitallier.
• 20h30. Oara Scène Aquitaine. Création de « France romans » (Argol Éditions) par Cécile Delacherie (jeu, voix), Sébastien Sampietro (jeu, voix) et Franck Tallon (création image et son).
•• 4 novembre, 19h. CIPM, Marseille. Rencontre et lecture autour de Tanger (avec Eric Audinet et Pierre Parlant).
•• 8-10 novembre, Mac/Val, Vitry/Seine. Résidence de création, projet Has Been, avec Valeria Giuga et Roméo Agid (compagnie Labkine). Autour de l’expo de Jean-Luc Verna.
•• 17 novembre 14h. « Sur la poésie action ». Début d’un séminaire-atelier au lycée autogéré de Paris.
•• 27 novembre, Neuchâtel (CH), fondation Durenmatt. Rencontre et discussion autour de l’exposition de Jean-christophe Norman.

Libr-événements

â–º Le lundi 7 novembre 2016 à 18H, La Passerelle.2 vous invite à venir célébrer l’accrochage de l’œuvre peint « She was a Princess »*, qui sera accompagné d’un concert live de L’IMPOSSIBLE (guest : AnnaO)
+ ambiance musicale et tubes fluorescents – Eric Michel.

* Anne-Olivia Belzidsky, « She was a Princess », Peinture sur toile 160cm / 160cm – encre de chine, céramique à froid, feuille d’or et d’argent au bord du visible,
rose fluo, pigment pur en poudre – bleu de cobalt véritable, technique mixte
+ présentation de 4 bébés-toiles 9,5×15, technique mixte


She was a Princess / Painting remix
La Passerelle.2
52 rue Popincourt
75011 Paris

â–º Du 11 au 13 novembre, à la fondation VASARELY d’Aix-en-Provence : Drones – Images à risques ?
Coproduit par Colette Tron : http://www.alphabetville.org/, Benoît Labourdette: http://www.benoitlabourdette.com/, et l’office http://loffice.coop/

Les drones, machines de "vision embarquée", sont en train de se répandre de façon massive et modifient insidieusement nos représentations du monde.
Pour essayer de comprendre ensemble de quoi ils sont faits, voici des « rencontres apprenantes » sous forme d’ateliers, échanges, pratiques, questions et théories. Jeu de guerre ? Pilote automatique ? Réalité virtuelle ?
Les 11, 12 et 13 novembre, seront expérimentés les enjeux des ces machines-images, avec pour objectif la production de formes conceptuelles et pratiques pour en faire usage dans nos quotidiens, nos activités, nos métiers.
Un programme ouvert sous l’angle de la déconstruction, dans tous les sens du terme, afin de dépasser les idées reçues et comprendre ces fonctionnements algorithmiques : décortiquer, manipuler, raconter, monter et démonter réellement un drone, le désautomatiser, l’écouter… partager des points de vue et des images du et sur le monde.
Pour participer, ces rencontres sont à prix libre et conscient. Pré-inscription à youpi@loffice.coop.
Pour l’office cette "rencontre apprenante" est la première forme publique de "l’école flottante".
————————–————————–————————–—–

Qu’est-ce que cette école flottante ? Un projet de l’office, né du besoin de résister à l’accélération, et en même temps, du désir de vivre intensément avec nos contemporains. Nous imaginons cette école comme une bulle, une parenthèse, un milieu propice à apprendre, à se construire un regard critique. Comment faire partie de ce monde liquide ? Être capable de surfer sur la vague avec élégance, de s’organiser collectivement pour hisser la voile ou bien de regarder la mer s’agiter de loin, bien ancrés à l’intérieur de nous-même ? C’est une question d’agilité…
L’école flottante de l’office est un dispositif ouvert auquel tous sont invités à contribuer. Toute les prochaines saisons sont encore à construire et un petit document d’invitation est en cours de rédaction.

â–º Mardi 15 novembre 2016 à 19h30, Ivy Writers vous invite à une soirée de lectures bilingues avec les Poètes :
JACQUES JOUET (France)
et MIA YOU (USA)

15th Nov from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poet Jacques Jouet alongside American poet Mia You—let us know you are coming!

MARDI le 15 novembre 2016 à 19h30
Au bar / 1er étage : Delaville Café, 34 bvd Bonne Nouvelle 75010 Paris
M° Bonne Nouvelle (ligne 8 ou 9)

Bientôt sur LC…

L’inventive biofiction de Véronique Bergen (Janis Joplin), la poésie utopographique de Christophe Manon (Vers le nord du futur), le combatif Film des visages signé Frank Smith, le symptomatique ready-made de Emmanuel Adely (Je paie), la bouleversante autopoéfiction de Corinne Lovera Vitali (Ce qu’il faut)… Blaine, Ernaux, Lucot, Mézenc, Pozner…

14 juillet 2016

[News] Libr-vacance (2)

Cette deuxième livraison de Libr-vacance commence par des Libr-brèves (plein feu sur Frank Smith et RV à noter dans vos agendas) et se termine par de très riches Libr-parcours d’auteurs (Edith Msika et Stéphane Vanderhaeghe).

Libr-brèves

â–º Frank SMITH : On ne manquera surtout pas le dossier que lui consacre cet été la revue en ligne DIACRITIK, lancée il y a tout juste un an (abécédaire, cinétracts, entretien, lecture…).

* Mercredi 17 août à 10h, lecture avec une création sonore de Gilles Mardirossian dans le cadre des Rencontres d’Aubrac, festival littéraire du 16 au 20 août 2016.

â–º À noter d’ores et déjà dans vos agendas : du 12 octobre au 10 décembre 2016, la seizième édition du festival Frontières et projections, placée sous le commissariat d’Hortense Gauthier et Philippe Boisnard, se déploiera sous la forme d’une exposition de deux mois dans la Grande Galerie du Bel Ordinaire et d’un festival de 4 jours sous la forme d’un parcours en différents lieux de l’agglomération paloise.

Libr-parcours d’auteurs

â–º Edith MSIKA (écrivain)

l’été est une saison compliquée pour moi : il faut s’occuper, bizarrement ;
il faut occuper le corps qui a chaud, sans trop le remuer sinon il a encore plus chaud,
il faut le baigner, ce corps, il faut donc trouver un bord d’eau, mais il faut aussi
trouver un endroit pour dormir en ce bord, le payer, et s’il y a des moustiques, c’est pire,
or le moustique signe l’été, bref, c’est compliqué ;

ma vacance est libre tout le temps sauf l’été, ma vacance est un credo, un in vivo
perpétuel – et ce sera tout sur le sujet –

pour notre sujet de l’écriture, avec moustiquaire adaptée,
il y a une lecture déjà annoncée sur le site de P.O.L

et L’enfant fini, que j’ai fait paraître
en feuilleton sur ma maison d’écriture édith-msika.eu
sera publié à l’automne en livre papier par Cardère éditeur

 

â–º Stéphane VANDERHAEGHE (écrivain et chercheur – auteur d’un premier roman remarqué, Charøgnards)

Les programmes de lecture, comme les bonnes résolutions de début d’année, sont faits pour ne pas être tenus. J’emporte volontiers toute sorte de livres dans mes valises pour me rendre compte que c’est celui que j’ai hésité à prendre et qui m’attend sur un coin de bureau que j’aurais finalement souhaité lire. La période estivale est idéale à la fois pour se replonger dans des classiques et découvrir de nouveaux auteurs, mais aussi pour se laisser porter par des envies venues d’on ne sait où — l’an dernier à la même époque je replongeais dans l’œuvre de Céline ; il y a deux ans, c’était Robbe-Grillet. Cette année, j’ai envie de croire que ce sera Proust, mais déjà m’appellent quelques contemporains — Mark Doten, Jeremy M. Davies, Eugene Marten côté américain ; Pierre Michon, Quentin Leclerc, Pierre Senges par chez nous.

C’est aussi une période propice pour goûter la poésie ou, au contraire, s’aventurer dans des œuvres longues (je garde un souvenir vif de cet été provençal passé en compagnie des Reconnaissances de William Gaddis, il y a 4 ou 5 ans maintenant). Et puis il y a les lectures qu’on voudrait s’imposer, susceptibles d’étayer les projets en cours d’écriture. Tous les étés, ils sont quelques ouvrages à attendre sur un autre coin de bureau — études critiques, essais, documents divers… Tous les étés, je les emprunte à la bibliothèque, en lis quelques pages mais parviens rarement à les lire jusqu’au bout. Mon rapport à l’écriture passe sans doute par autre chose que le souci du détail réaliste, factuel, historique — la vraisemblance, au fond, m’importe peu (je n’ai jamais franchi le premier tiers de cette étude sur le comportement des corvidés). Une idée vague et générale me suffit — le reste en ce qui me concerne est affaire d’imagination et d’invention, et les deux courtisent l’erreur. Et l’erreur, je crois, est poétique. Alors comme tous les ans, j’imagine, je feuilletterai quelques pages, grappillerai telle idée que l’écriture ensuite déformera.

En cours, un roman entamé aux deux-tiers dont j’aimerais achever le premier jet — qu’il me faudra ensuite patiemment reprendre ; et une énième traversée d’un roman achevé depuis quelques semaines déjà, si tant est qu’un roman puisse l’être (cette envie toujours de reprendre, de modifier, de retrancher pour rajouter, les bifurcations non explorées car jusque-là invisibles, les ratures, les déplacements — une nouvelle tirée d’un passage finalement enlevé de ce roman pourrait ainsi être publiée dans une revue à l’automne). L’un des deux romans devrait voir le jour dans le courant 2017 chez Quidam. J’ignore encore lequel à ce jour.

♦♦♦

Alors que cette année touche enfin à son terme, qu’il n’a plus d’incipit à se mettre sous le scalpel, que le manuscrit de son roman #2 (qui en réalité est le roman #1) repose depuis quelques longues semaines déjà sur le coin de son bureau sans qu’il ose remettre le nez dedans, il s’arrête un instant et pense à établir son programme d’écriture pour l’été qui s’annonce:

– terminer le premier jet du roman #3, entamé aux deux tiers.

– se résoudre à relire le manuscrit du roman #2 (qui en réalité est le roman #1), le raturer encore, découper de nouvelles pages, les recoller plus loin, se rendre compte que non, on recommence: entamer avec force et conviction la 7ème ébauche.

– mettre en chantier la version comédie musicale de son roman #1, Charøgnards (qui en réalité est le roman #2), avec dans le rôle du corbeau atrabilaire, Michel Fugain, et Shy’m dans celui de la corneille sexy, p. 137.

– écrire le livre de recettes en projet depuis des lustres — surtout ne pas tenter d’exécuter ces recettes.

– récrire intégralement le roman #3 (qui en réalité est pour le moment toujours le roman #3).

– terminer la 8ème ébauche du roman #2 (qui en réalité est le roman #1), hésiter à la proposer à nouveau à son éditeur qui s’épuise à le relire.

– proposer à la place le roman #3 à son éditeur (qui en réalité est le roman #3 mais risque donc de devenir le roman #2).

– se rendre compte que le roman #2 (qui en réalité est le roman #1), malgré la 8ème ébauche, n’est toujours pas abouti; entamer la 9ème avec force et conviction.

– renier le roman #1 (qui en réalité est le roman #2), fruit hasardeux — il peut le dire maintenant — d’un logiciel de traitement de texte obsolète.

– entamer le roman #5 (qui en réalité a de fortes chances de devenir le roman #7).

– terminer mentalement le roman #6 et se rendre compte qu’en réalité il ressemble au roman #2 (qui en réalité est le roman #1) et par conséquent ne vaut pas la peine d’être écrit.

– se rendre compte qu’il a zappé le roman #4 et qu’il a bien fait.

– revenir à l’ébauche #7 du roman #2 (qui en réalité est le roman #1) et se rendre compte qu’il l’a malencontreusement écrasée.

11 avril 2016

[News] Les RV de Philippe Boisnard et Hortense Gauthier (HP-process)

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Deux RV avec Philippe Boisnard / HP-process (avec Hortense Gauthier) en ce mois d’avril : l’un sur la radio de Dominique Balaÿ, webSYNradio, et l’autre à Paris le 29 avril, organisé par Supernova.

â–º HORTENSE GAUTHIER & PHILIPPE BOISNARD
http://synradio.fr/hortense-gauthier-philippe-boisnard-sur-websynradio/

Rendez-vous du 11 au 21 avril sur webSYNradio pour écouter
la playliste d’Hortense Gauthier & Philippe Boisnard
.



hp_process (recent)

Avec cette session de Websynradio, Hortense Gauthier et Philippe Boisnard (hp_process) donnent à entendre la matière sonore de leur travail artistique commun et récent :
Translation et alpha_lab, deux projets combinant performances, installations, live cinema & poésie sonore.

WebSYNradio : une radio proposée par Dominique Balaÿ.

 

â–º Le 29 avril à l’entrée de l’église Saint-Merri (78, rue de la Verrerie 75004 Paris), 19H30-minuit : Satellite IV / Supernova.

phAUTOmaton est un dispositif poétique et numérique qui pose la question du visage et de la communauté. Cette oeuvre se compose de cabines, installées en plusieurs endroits géographiques. Dans chacune d’elle, le visiteur est invité à créer sa photographie à partir d’un mot ou d’une phrase qu’il aura écrit. En temps réel, la photographie du visage de mots est transférée sur le web, et vient avec les autres portraits créer une communauté de visages constitués de mots.

phAUTOmaton ne se donne pas comme un réseau social, car c’est seulement du fait que le participant est visage/langage, qu’il entre dans cet horizon infini du devenir de la communauté. Il est créé une communauté où c’est le simple fait d’être un visage/langage qui nous relie à l’autre.

A vous de tenter l’expérience !

http://phautomaton.com/

extrait de "Frontières du visage (analogique-numérique)"
Philippe Boisnard, L’Harmattan


10 avril 2016

[Création] Philippe Boisnard, L’enterrement (video-poésie)

Filed under: créations,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , — rédaction @ 16:01

L’enterrement from philippe boisnard on Vimeo.

L’enterrement est le premier court-métrage réalisé par Philippe Boisnard. Le texte est issu d’une de ses nouvelles publiées en 2004. Avec Vincent Boisselier : l’homme qui marche.
Il a été diffusé au festival Châlon-tout-court 2016.

site de l’auteur

11 mars 2016

[Net] Redécouverte des éditions Terre Noire / Petit manuel de prostitution sociale, par Phiippe Boisnard et Fabrice Thumerel

Plutôt portés vers la BD indépendante/alternative, les Lyonnais de Terre Noire – dont le blog a été mis à jour jusque 2012 – proposent toujours sur leur site un catalogue subversif (avec possibilité de télécharger quelques titres gratuitement), avec en particulier la collection NO PRESENT (handmade by unemployed people), dont les diverses créations collectives (cut-ut, photomontages, romans-feuilletons et BD…) visent à déconstruire les discours dominants : Je ne suis pas un touriste, Lettre ouverte à cette génération qui refuse de vieillir, Détruire la pensée unique, Ceci n’est pas de la masturbation mentale… Avant de nous concentrer sur le meilleur d’entre eux (la patte de Franck Doyen !), signalons la série des "comics sociaux", BD dont l’objectif est de démanteler les rouages sociaux.

 

Manuel de prostitution sociale (à l’usage des travailleur précaires), Lyon, éditions Terre noire, 68 pages, 4 €.

Ce document poétique – au sens où l’entend Franck Leibovici – est un agencement répétitif qui intègre les éléments  prélevés dans l’univers discursif social au flux de parole anonyme d’un je/on/nous – une "viande froide en sursis" qui ne peut qu’énoncer des phrases non verbales puisqu’elle subit sa vie, interdite d’action en somme. Grinçant, absolu, savoureux, désespéré/rant, ce Manuel de Prostitution Sociale (à l’usage des travailleurs précaires) vous emmène là où vous n’auriez jamais cru aller : en plein retords de l’humain, cet être dit social tant que l’on peut exploiter l’autre – dans le monde des losers, pour qui il ne saurait y avoir d’ascenseur social, juste "un trou". Une introduction (à sec) dans la nécessité qu’est le travail précaire pour notre bonne, si bonne société post-industrielle.

Des pages très visuelles rayées de codes barres nous promènent de « envie sourde. / irrationnelle. / incontrôlable. / crever leurs yeux. » à « s’ouvrir les veines / se trancher la gorge. / s’immoler. / « allez remue-toi un peu ». De « au début, on se dit que ça se passera bien » à « chairs mortes. / espoirs désintégrés. / viande froide. / en sursis. / d’autres feront la même chose. / / finir comme une merde. / sur le trottoir. »

En pages de sortie, ce manuel nous propose quelques conseils pratiques de survie absolument indispensables :
« ne vous dites plus ça va aller : répétez-vous j’en ai assez. / Ne pensez plus j’ai tout raté, dites-vous je me fais baiser. / remplacez progressivement le sentiment de culpabilité par la colère. / Vous avez des capacités : luttez »…

28 février 2016

[News] News du dimanche

Ce soir, mars en vue : lectures au Vent d’ouest (Nantes) ; lecture-rencontre à Marseille avec M. Batalla et O. Domerg ; festival Expoésie ; HP process…

 

â–º Mercredi 2 mars à 19H30, à la librairie Vent d’ouest, place du bon pasteur à Nantes. Entre autres, lecture des textes de : Anna Kavan, Anne Kawala, Antoine Boute, Barbara Cassin, Baruch Spinoza, Comité invisible, Marguerite Duras, Marc Perrin, Michel Surya, Oscarine Bosquet, Nathalie Quintane, Virginia Woolf, Yannick Haenel…

â–º Jeudi 3 mars à 19H, librairie L’Odeur du Temps (35, rue Pavillon à Marseille), lecture-rencontre avec Michaël Batalla et Olivier Domerg (tél. : 04 91 54 81 56).

â–º Du 3 au 12 mars 2016, Festival Expoésie [voir le programme complet] à Périgueux, avec notamment Fabrice Caravaca, Rémi Chechetto, Anne-Laure Pigache et Gwénaëlle Rébillard… Exposition des éditions Dernier Télégramme. [Voir l’affiche en arrière-plan]

â–º Nouvelle création de HP Process (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier), ALPHA_LAB (digital performance)

ALPHA_LAB est une expérience d’écriture numérique ( installation et performance) sur l’infini combinatoire de l’alphabet, envisagé comme une matière donnant corps et forme aux discours et à la pensée, et comme un labyrinthe à parcourir grâce au son et au mouvement. Dans ce poème génératif et interactif, HP Process envisage les outils informatiques à la fois comme un microscope et un télescope afin de traverser les multiples dimensions du réel de l’infiniment petit vers l’infiniment grand.

Au sein d’une scénographie vidéo fragmentée, la matière textuelle et informationnelle, tel un organisme, repliée sur lui-même, statique et inerte, va se déployer pour trouver, dans sa complexification, des devenirs possibles et des architectures d’univers. C’est le corps qui se fera vecteur d’exploration et principe dynamique de cette géographie textuelle vibratoire, faites de mo(t)lécules et autres particules, de fragments et d’extraits de textes scientifiques, techniques, politiques ou philosophiques, et dont les mouvements nous conduiront à chercher de nouvelles trajectoires dans le dédale du sens.

Alpha-lab est une recherche sur la matérialité et la virtualité du texte et du langage, envisagé en tant que code et ensemble de données informationnelles.
Le réel étant constitué d’architectures complexes de discours et d’informations, de quelle façon pouvons-nous réagencer ces matrices et leur donner d’autres configurations ? De quelle façon pouvons nous rester vibrants au sein des systèmes de codifications et revivifier texte et langage ? Comment le corps peut-il être à la fois l’agent et le lieu de cette exploration infinie afin d’inventer de nouveaux agencements poétiques ?

♦ Festival VIDEOFORMES (Clermont-Ferrand)
17.03 _ Maison de la Culture _ 20:30

> plus d’infos

♦ Festival ZER01 _ festival des arts et cultures numériques 
(La Rochelle)

24.03 > 27.03Tour de la Lanterne
> festivalzero1.com

14 février 2016

[News] News du dimanche

Après la disparition de Pierre Bourdieu en 2002, Annie Ernaux a écrit un magnifique texte, "Le Chagrin" : c’est ce que ressentent tous ceux qui ont connu Jacques SIVAN, autour de Libr-critique et ailleurs… Aussi commencera-t-on ces NEWS par un Hommage au poète de l’espace motléculaire (1955-2016). Suivront des Libr-brèves diverses : "St ValentinTM" de CUHEL ; abécédaires sur Diacritik ; festival Poés’arts ; RV avec la revue M U S C L E et avec Anne-James Chaton.

 

Hommage à Jacques SIVAN (1955-2016)

Portrait de Jacques SIVAN par Philippe Boisnard ("Time of poetry", 2012)

Côté revues, après avoir participé à TXT, Jacques Sivan a fondé Java avec Jean-Michel Espitallier.

Côté éditeurs, de l’Atelier de l’Agneau au Dernier Télégramme, en passant par Cadex, Trame Ouest, Derrière la salle de bains, Voix, ou encore Les Presses du réel. Mais surtout : Al dante.

Libr-critique a publié et chroniqué bon nombre de ses créations, parmi lesquelles : Mar / cel Duchamp en 2 temps 1 mouvement (Les Presses du réel, 2006) ; Le Bazar de l’Hôtel de ville (Al dante, 2006) ; écoutons "JAVA is not dead" (2007) ; Dernier télégramme d’Al Jack (2008) ; Similijake (Al dante, 2008) ; Pendant Smara suivi de Pissarro & C° (Al dante, 2015)…

L’entretien qu’il a donné courageusement à Emmanuèle Jawad en novembre dernier est à relire comme l’ultime retour sur une œuvre marquante : "L’espace motléculaire".

NON, Jacques SIVAN is not dead.

Libr-brèves

â–º  Dans ce TPP (Texte de Poésie Pratique) que constitue "St ValentinTM",  CUHEL et son Service World Image Nihil Gate (SWING) fêtent à leur façon la fête-des-amoureux / fête-à-neuneux.

â–º Sur Diacritik, on ne manquera ni l’Abécédaire de Liliane GIRAUDON ni ceux de Véronique BERGEN et de Patrick VARETZ.

â–º Poés’arts, festival de poésie et d’art contemporains, du 4 au 6 mars 2016 à l’abbaye de Baume-les-Dames.

La table-ronde, les lectures et les entretiens se dérouleront dans l’Abbaye de Baume-les-Dames.
Durée de chaque lecture : 30 à 40 minutes.
Les ateliers créatifs réunissant artistes et poètes se tiendront au sein même de l’atelier d’Æncrages & Co.
Entrée libre et gratuite à l’ensemble de la manifestation.

VENDREDI 4 mars

☞ 18h Lecture de Philippe Claudel

SAMEDI 5 MARS

☞ 10h30 Table Ronde : Les voix de la poésie. Avec la participation de Roland Chopard (éditeur), Claude-Louis Combet (poète), Jacques Moulin et Elodie Bouygues (animateurs des Poètes du Jeudi), Geneviève Peigné & Jean-François Seron (organisateurs de Samedi poésies dimanche aussi), Françoise Ascal (poète), Sabine Huynh (poète, traductrice), Manuel Daull (libraire, poète).

☞ 14h Entretien avec Michel Butor par Roland Chopard et Elodie Bouygues.

☞ 15h Signature du livre d’artiste de Michel Butor et Martine Jacquemet.

☞ 16h Lecture de Françoise Ascal

☞ 17h Lecture croisée de Déborah Heissler et Sabine Huynh (accompagnées au violon d’Agathe Lorcat)

☞ 18h Vernissage des expositions des artistes Jean-Michel Marchetti, Jean-Claude. Terrier, Aaron Clarke et Philippe Agostini

DIMANCHE 6 MARS

☞ 10h30 Ateliers de création avec les artistes présents dans l’atelier

☞ 14h Performance Michel Butor / Jean-Michel Marchetti / Olivier Toulemonde

☞ 16h Lecture de Jacques Moulin.

â–º Dimanche 21 février 2016, 17H-20H, à l’occasion de la parution du n° 8, présentation de la revue M U S C L E, par Arno Calleja et Laura Vazquez.

Lectures de Christophe Manon, Yuhang Li & Mathieu Brosseau.

M U S C L E est une feuille de papier pliée 4 fois qui fait 42 centimètres de long et 16 centimètres de haut. Tous les 2 mois, sur la feuille qui est la revue M U S C L E, il y a 2 textes, il y a 2 auteurs.

M U S C L E est une couleur qui change à chaque numéro, avec de l’écriture posée dessus à chaque fois. M U S C L E est composée, pliée et éditée par Laura Vazquez et Arno Calleja. 

â–º Mardi 23 février 2016 à 19H, Le Monte-en-l’air, rencontre avec Anne-James Chaton pour son dernier livre, Elle regarde passer les gens (Verticales).

« Elle reproche aux habitants de l’immeuble de l’espionner. Elle révèle des matières. Elle fait surgir des formes. Elle façonne des idées. Elle se fait tout voler. […] Elle doit fuir. Elle retournera à Paris. Elle y a des amis. Elle part pour la Suisse. Elle est arrêtée à la frontière. Elle n’a pas de papiers. […] Elle est de retour à New York. Elle danse. Elle parle. Elle choque. Elle a dû écourter son programme. Elle fait le bilan. Elle a perdu beaucoup d’argent. […] Elle soupçonne quelque chose. Elle ne lui fait pas confiance. Elle se méfie de cette Mary. Elle tourne autour de John. Elle lui plaît. Elle n’est pas la seule. »

Derrière ce «Elle» à identités multiples se cachent treize destins de femmes ayant marqué l’imaginaire du XXe siècle. Les vies de ces célébrités anonymes, saisies au plus près de leur quotidien, se chevauchent en une biographie sans temps mort qui réinvente l’épopée de notre modernité.

10 janvier 2016

[News] News du dimanche

Après une UNE consacrée au dernier livre d’Anne-James Chaton, RV avec les éditions Contre-pied à Marseille et Philippe Boisnard à Angoulême. Voilà de quoi bien commencer 2016 !

UNE

Anne-James Chaton, Elle regarde passer les gens, éditions Gallimard/Verticales, en librairie depuis jeudi 7 janvier, 264 pages, 21 €, ISBN : 978-2-07-017802-5.

Présentation éditoriale. « Elle reproche aux habitants de l’immeuble de l’espionner. Elle révèle des matières. Elle fait surgir des formes. Elle façonne des idées. Elle se fait tout voler. […] Elle doit fuir. Elle retournera à Paris. Elle y a des amis. Elle part pour la Suisse. Elle est arrêtée à la frontière. Elle n’a pas de papiers. […] Elle est de retour à New York. Elle danse. Elle parle. Elle choque. Elle a dû écourter son programme. Elle fait le bilan. Elle a perdu beaucoup d’argent. […] Elle soupçonne quelque chose. Elle ne lui fait pas confiance. Elle se méfie de cette Mary. Elle tourne autour de John. Elle lui plaît. Elle n’est pas la seule. »

Derrière ce «Elle» à identités multiples se cachent treize destins de femmes ayant marqué l’imaginaire du XXe siècle. Les vies de ces célébrités anonymes, saisies au plus près de leur quotidien, se chevauchent en une biographie sans temps mort qui réinvente l’épopée de notre modernité.

Premières impressions. Voici un agencement répétitif fascinant qui, en douze éléments, présente un(e) éblouissant(e) kaléidoscope/partition atonale sur le monde contemporain : de Camille Claudel à Margaret Thatcher, en passant par Rosa Luxembourg, Isadora Duncan ou Marylin Monroe, autant de "elle" qui évoquent de façon litanique le "nouveau siècle", la "grande guerre", les "années folles", la "grande dépression", la "montée des fascismes", la "seconde guerre mondiale", la "guerre froide", la "conquête de l’espace", la "détente", la "révolution sexuelle", la "crise" et la "chute du mur de Berlin". /FT/

Libr-événements

â–º VINGT ANS AVANT, éditions Contre-Pied (1995-2015) : Guillaume Fayard, Sarah Kéryna, Nicolas Tardy, Jules Vipaldo.

Mercredi 13 janvier 2016 de 19h30 à minuit
Montévidéo – 3 impasse Montévidéo – 13006 MARSEILLE – T. 04 91 37 97 35

 

â–º Angoulême, le mardi 19 janvier 2016 à18h, conférence de Philippe Boisnard à la médiathèque L’ALPHA (05 45 94 56 00).

À l’occasion de l’acquisition par la médiathèque L’ALPHA d’Angoulême de son oeuvre numérique phAUTOmaton et de la parution de son essai Frontières du visage (analogique – numérique) dans la collection EIDOS dirigée par François Soulages (L’Harmattan), Philippe Boisnard fera une conférence sur le visage et son effacement à la médiathèque L’ALPHA.
À travers une histoire de la représentation, cet essai tente d’interroger la question de l’effacement du visage. Si, pendant longtemps, cet effacement était dû à des stratégies de pouvoir, politiques et économiques, il semblerait qu’avec la démocratisation des technologies, peut-être, ceux qui étaient les effacés de l’histoire de la représentation,peuvent enfin apparaître. Mais, à l’ère des réseaux, est-ce aussi simple ?
Cette intervention traversera l’histoire de la peinture, de la photographie, du cinéma et des arts numériques.

http://www.lalpha.org/fr/lalpha/evenements/2049-conference-de-philippe-boisnard

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=48879

http://phautomaton.com/alpha

15 octobre 2015

[News] Deux Libr-événements en octobre

En cette seconde quinzaine d’octobre qui commence, Libr-critique sera partie prenante de deux événements : Philippe Boisnard & Hortense Gauthier (HP-process) à Pau pour une performance au Festival Accès)s( et Fabrice Thumerel à Lille pour une rencontre avec deux écrivains de talent auteurs d’un premier roman, Christophe Manon et Stéphane Vanderhaeghe.

Festival Accès)s( # 15 – Vu du ciel

Pour les quinze ans du festival, du 15 octobre au 12 décembre, à Pau et environs, voici le programme.

Inauguration le jeudi 15 octobre à 19h
festival > 15-18 oct.
expo > jusqu’au 12 déc.

►► jeudi 15 ◄◄
— Bel Ordinaire – Billère
☛ 19h Vernissage et expérience radiophonique
☛ De 20h à 23h performances – Maëlla-Mickaëlle M., La jeune femme, le dôme et le drone
☛ 6 sessions de performances (6 min) – Mária Júdová & Andrej Boleslavsky, Composition for a drone
☛ atelier drone open source – FabLab-Pau, R.mess (ouvert à tous jusqu’au samedi)

►► vendredi 16 ◄◄
— Médiathèque André Labarrère – Pau
☛ 10h Guillaume Bourgois & Dorothée Smith, Vidéodrone)s(
☛ 11h15 Laura Mannelli, Christine Webster & Frederick Thompson, Archi ) ( numérique
☛ 14h Olivier Gapenne, Machines autonomes )?(
☛ 15h15 Séance d’écoute – Jean-Philippe Renoult, Dr(((o)))ne Music

— Librairie l’Escampette – Pau
☛ 18h Rencontre et signature avec les auteurs du Magazine MCD « La conjuration des drones »

— Les Sardines – Pau
Retransmission en direct sur Radio Campus
☛ 20h Café-philo– Philippe Di Folco & les artistes invités, Création vue du drone
☛ 21h30 Dj Mix Aérial Art- Jean-Philippe Renoult, Dinah Bird & Orriol

►► samedi 17 ◄◄
— Place Clemenceau – Pau
☛ 15h Performance – Maëlla-Mickaëlle M., La jeune femme, le dôme et le drone

— Musée des Beaux-arts – Pau
☛ 17h Performance – Maëlla-Mickaëlle M., La jeune femme, le dôme et le drone
Performance HP-process (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier), Poésie du drone

— Route du Son – Billère
☛ 22h Soirée anniversaire – 15 ans d’accès)s( :
NUIT ELECTR☻ !
Félix Kubin / Ninos du Brasil / Syracuse / DJ Marcelle

►► dimanche 18 ◄◄
— Bel Ordinaire – Billère
☛ 13h Brunch, récits et envols de drones
Le pigeon-voyageur, le drone open source et l’oiseau bionique racontés par leurs inventeurs et rêveurs, sous le pilotage de Marie Lechner, R.mess (FabLab Pau), Bionic Bird, Pigeon voyageur (Club de colombophilie, Pau)

Pour en savoir plus sur les propositions, RDV sur :
acces-s.org
et si vous en voulez encore plus, n’hésitez pas à vous procurer le mcd #78 "La conjuration des drones" sur le site de mcd : http://www.digitalmcd.com/mcd78-la-conjuration-des-drones/
En ce moment, 2 articles sont en lecture gratuitement à cette page : http://www.digitalmcd.com/extraits-du-mcd78-la-conjuration-des-drones-3/

 

Soirée Le Bateau Livre à Lille animée par Fabrice Thumerel : Manon et Vanderhaeghe

 RV à la Librairie Le Bateau Livre (154, rue Gambetta à Lille) le vendredi 30 octobre 2015, 19H, pour une rencontre autour de deux écrivains de talent dont les premiers romans font partie des meilleurs livres de cet automne : lectures, analyses, interrogations, passerelles, débat. [En partenariat avec Libfly]

â–º Christophe Manon, Extrêmes et lumineux, Verdier, été 2015, 192 pages, 13,50 €, ISBN : 978-2-86432-805-6.

Mais bon sang… Mais où… Mais qu’est-ce qu…, etc. Ces interrogations qui constituent un leitmotiv structurent une mémoire personnelle et familiale "fragmentaire ainsi qu’un livre dont des pages entières auraient été inexorablement arrachées ou effacées" (p. 120) – mémoire d’où jaillissent des fantômes extrêmes et lumineux, des destins qui suscitent la méditation.

Pour le poète dont c’est le premier récit, il ne s’agit donc pas d’"exhumer une hypothétique réalité", mais plutôt de "retracer les contours indistincts d’un passé oublié" (12) : dès le début – qui fait songer à Kafka comme au Nouveau Roman -, il est clair que la quête ne saurait être proustienne ; les anadiploses inter paragraphes font se télescoper êtres et lieux, photos et bribes de souvenir dans toute leur intensité lumineuse, leur puissance d’évocation. Et nous lecteurs d’être plongés avec ravissement dans une galerie des glaces où se réfractent de multiples éléments narratifs mis en valeur par divers jeux typographiques. Une telle poétique ne peut que rappeler celle de Claude Simon.

♦ EXTRAIT : "l’éternelle humanité empêtrée, embourbée, se débattant dans l’éternelle, invraisemblable, chaotique et indécente accumulation d’actions et de réactions, de passions voraces et frénétiques, la vaine et pathétique gesticulation de toute créature vivante que certains nomment destin, mais qui est en réalité bien plus cruelle encore et bien plus imprévisible que ce qu’on a coutume d’entendre derrière ce simple mot […]" (p. 62).

 

â–º Stéphane Vanderhaeghe, Charøgnards, Quidam éditeur, été 2015, pages non numérotées, 20 €, ISBN : 978-2-915018-85-1.

 "Depuis quand sommes-nous entrés sans retour dans l’ère de l’universelle charogne ?" Avec ce "o barré" en plein milieu du mot – de quoi nous laisser bouches bées -, qui sont ces charognards ? Les signes ou les agents de la catastrophe ? Une "espèce poétique" ? La "métaphore d’une menace sourde et impalpable" ? Les symptômes de la folie ? Les reflets d’un diariste parasite et voyeur ?…

Voici que, étrangement, nous tenons dans nos mains le journal d’un "homme qui, hélas, n’est qu’un homme", un homme ayant appartenu à "l’aere homino-technoïde"… Dans ses "ouvertissements", Stéphane Vanderhaeghe déjoue la tradition de l’avertissement initial pour nous faire assister à la fin de notre monde au futur antérieur, depuis une "civillusion" dans laquelle les corvidés sont rois…

Dans ce premier roman qui se situe explicitement en droite ligne des faux journaux intimes ressortissant à un fantastique philosophique (Gogol, Maupassant, Sartre) et joue avec la référence cinématographique par excellence que constitue le film d’Hitchcock Les Oiseaux, nous assistons à la charognardisation des repères spatio-temporels comme du langage même. De quoi nous laisser bouches bées !

♦ EXTRAIT : "Le monde autour de moi se rétracte à vue d’œil, derniers plans d’un film que le noir gagne en irisant la pellicule. Tout – objets, souvenirs, le village en toile de fond – se volatilise peu à peu, gobé par une absence radicale. […] Les charognards n’y sont peut-être pour rien, qui sait. Peut-être sont-ils simplement plus intelligents que nous, ont vu et compris ce qui se tramait ailleurs"…

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