BIBLIOTHÈQUE MARGUERITE AUDOUX
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Sans souscrire au rituel des "Beaux-Livres-pour-les-fêtes", voici une première sélection de 7 livres parus ces derniers mois qui, en cette fin 2014, méritent – pour des raisons diverses – d’être lus, offerts… Poésie : Tarkos, Doppelt / récit : Volodine, Doubrovsky / essais et divers : Prigent, Desportes, Carrère.
â–º Christophe TARKOS, L’Enregistré, performances / improvisations / lectures, édition établie et annotée par Philippe Castellin, P.O.L, automne 2014, 512 pages + CD audio + DVD (52 mn), 39 €, ISBN : 978-2-84682-297-8.
tout ce qui rapporte de l’argent
tout ce qui ramène de l’argent avec les mains,
avec l’anus, avec la bouche
est bon, ou est mauvais…
Triviale sans carnaval, la poésie de Tarkos nous parle, nous parle de notre monde-de-merde. Orale, elle nous plonge dans l’immanence. Si expression il y a dans la poésie, elle est hurlement. Nulle théorie chez cet ensemblier topologue pour qui le poète est "bouleur,
prononciateur, crieur, improvisateur, déclamateur, grogneur, raconteur, embobineur, collaborateur, enrouleur, présentateur, réembobineur, fabricateur, bruiteur, mesureur, aide-bobineur, réglementeur, récitateur, peseur, articulateur, producteur, mâcheur".
Comme pour Tarkos il ne saurait y avoir d’écriture sans lecture performée, les Écrits poétiques (P.O.L, 2008) ont enfin leur pendant avec cette somme extraordinaire que l’on doit à Philippe Castellin, accompagnée par un CD audio (à compléter par l’inédit "Je me peigne" sur Tapin 2) et un DVD qui retrace brièvement l’itinéraire du poète en s’appuyant sur de nombreuses archives.
â–º Suzanne DOPPELT, Amusements mécaniques, P.O.L, novembre 2014, 80 pages, 8,50 €, ISBN : 978-2-8180-2133-0.
"La réalité serait-elle, dans son essence, obsessionnelle ?" (Witold Gombrowicz)
Libido mechanica : "un petit ballet mécanique sauve de la mélancolie, par des gestes et des pas assortis, un amusant vertige".
Avec Suzanne Doppelt, la poésie est affaire de mécanique : opérant un perpétuel va-et-vient entre micro- et macrocosme, sa poétique chaosmique rend compte de la mécanique cosmique avec un brio qui vous ravit. Combinant texte et image, elle nous offre de subtils mobiles poétiques. De la caldérisation de la poésie : perpetuum mobile…
Avec Suzanne Doppelt, le poète ne nous met pas tant la puce à l’oreille que la mouche à l’œil – et cette vision panoramique/kaléidoscopique nous plonge dans le vertige. Mieux, la poésie est ici perçue comme "chemin sonore où l’œil rivalise avec l’oreille". Comme mimèsis tympanisée, donc.
â–º Serge DOUBROVSKY, Le Monstre, tapuscrit originel inédit, introduction et entretien par Isabelle Grell, Grasset, automne 2014, 1696 pages, 36 €, ISBN : 978-2-246-85168-4.
C’est le genre de livre dont on ne peut parler tout de suite, du moins si l’on veut souscrire à la déontologie critique : pensez donc, la Recherche de Serge Doubrovsky, le livre d’une vie, un tapuscrit originel qui comptait 2599 feuillets avant de
devenir Fils (1977) par la force des choses, Gallimard ayant refusé ce monstre-là. Écrit entre 1969 et 1976, ce flux de conscience dédié à celle qui est sa substance – sa mère – est régi par le martèlement de la machine – dactylométré, en somme.
Cette somme monstrueuse est en fait la première autofiction : "Fiction d’événements et de faits strictement réels ; si l’on veut, autofiction, d’avoir confié le langage d’une aventure à l’aventure du langage, hors sagesse et hors syntaxe du roman, traditionnel ou nouveau". Ce qui intéresse les chercheurs de l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM), Isabelle Grell en tête : "un autofictionneur rédige-t-il ses textes autrement qu’un autobiographe ?" Mais surtout, allons à la question essentielle : pourquoi lire Le Monstre en plus de Fils ? Laissons la généticienne conclure : "Relu à la lumière des avant-textes, Fils refuse encore plus qu’avant d’être institué en une configuration de sens fini".
â–º Antoine VOLODINE, Terminus radieux, Seuil, coll. "Fiction & Cie", été 2014, 624 pages, 22 €, ISBN : 978-2-02-113904-4.
Excellente nouvelle que ce prix Médicis attribué à celui qui, depuis une trentaine d’années, nous imprègne de sa "pâte onirique" (p. 300). 
Cette somme quadripartite dont l’anti-titre est évidemment révélateur s’inscrit dans la lignée des dystopies qui ont pour toile de fond le totalitarisme soviétique. Et bien entendu, cette polyphonie à la typographie singulière cligne malicieusement du côté du post-exotisme : "Si un écrivain post-exotique avait assisté à la scène, il l’aurait certainement décrite selon les techniques du réalisme socialiste magique, avec les envolées lyriques, les gouttes de sueur et l’exaltation prolétarienne qui font partie du genre. On aurait eu droit à de l’épopée propagandiste et à des réflexions sur l’endurance de l’individu au service du collectif" (382)…
â–º Christian PRIGENT, La Langue et ses monstres (Cadex, 1989), P.O.L, novembre 2014, 320 pages, 21,90 €, ISBN : 978-2-8180-2147-7.
Quels sont les monstres de la langue ? Qu’est-ce qui la rend monstrueuse ? Eros, Thanatos… l’impossible, l’innommable, la Chose, le Ça, la folie, le Rien, l’im-monde, le corps, l’âme, le Carnaval, la patmo…
Est monstrueuse toute langue qui excède la Langue, la débonde sans abonder dans son sens ; toute langue dans laquelle le "réel" vient trouer la "réalité", la dé-naturer.
La réédition de cet essai qui a fait date a "éliminé le plus crispé par les polémiques de l’époque" et intégré huit textes écrits entre 2005 et 2014 (dont deux inédits) : sur Pierre Jean Jouve, Antonin Artaud, Francis Ponge, Pier Paolo Pasolini, Jude Stéfan, Bernard Noël, Éric Clémens et Christophe Tarkos – le facial Tarkos dont la patmo recouvre le réel…
â–º Bernard DESPORTES, Irréparable quant à moi. André du Bouchet, éditions Obsidiane, novembre 2014, 88 pages, 13 €, ISBN : 978-2-916447-61-2.
"Ce dont on ne peut parler c’est le monde même, le silence et
le gouffre de Pascal, l’abîme de Baudelaire, l’éternité de Rimbaud,
l’inaccessible de Kafka, le rire de Bataille […]" (p. 43).
Dans cet essai au titre évocateur (citation du poète), sont regroupés divers textes (dont quelques-uns inédits) et quelques lettres extraites de la correspondante abondante entre les deux écrivains unis par une profonde et respectueuse amitié. Bernard Desportes s’y efforce de démallarméiser André du Bouchet : sa "volonté d’aller au bord sans tomber dans l’illisible" (p. 32) le rapproche davantage de Baudelaire et de Bataille ; nulle abstraction, mais une tension entre sens et non-sens, possible et impossible.
â–º Emmanuel CARRÈRE, Le Royaume, P.O.L, automne 2014, 633 pages, 23,90 €, ISBN : 978-2-8180-2118-7.
Emmanuel Carrère est dans l’air du temps – un temps avec lequel il est en phase. D’où les nombreux prix engrangés : cette fois, c’est le prix Le Monde pour cette somme quadripartite ("I. Une crise" ; "II. Paul" ; "III. L’Enquête" ; "IV. Luc"). Passé maître dans l’art d’évoquer d’autres vies que la sienne, il retrace sa crise spirituelle avant de mener une enquête qui le mène de Paul en Luc.
Et il faut dire qu’on se laisse prendre à ce type de texte très vivant qui mêle narration et argumentation, actuel et inactuel, présent et passé, Histoire et histoires… Vous ne connaissez pas bien la religion des Romains ? Partant de la dichotomie romaine entre religio et superstitio, l’auteur oppose les rites démocratiques contemporains (religion) à la croyance dominante (islamisme) : c’est un peu approximatif, mais ça parle au public actuel – trop actuel.
Ce soir, en UNE RV avec Bernard Desportes pour son essai sur André du Bouchet. Ensuite, nos Libr-brèves : site de CCP, RV à la Maison de la poésie Paris, Xavier Person à la Librairie Ignazzi, RV Alphabetville…
UNE : Desportes/Du Bouchet /FT/
Bernard Desportes, Irréparable quant à moi. André du Bouchet, éditions Obsidiane, novembre 2014, 88 pages, 13 €, ISBN : 978-2-916447-61-2.
Dans cet essai au titre évocateur (citation du poète), sont regroupés divers textes (dont quelques-uns inédits) et quelques lettres extraites de la correspondante abondante entre les deux écrivains unis par une profonde et respectueuse amitié. Bernard Desportes s’y efforce de démallarméiser André du Bouchet : sa "volonté d’aller au bord sans tomber dans l’illisible" (p. 32) le rapproche davantage de Baudelaire et de Bataille ; nulle abstraction, mais une tension entre sens et non-sens, possible et impossible.
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Libr-brèves
â–º Maison de la poésie Paris, mardi 9 décembre 2014 – 19H00
Kristof Magnusson & Mathieu Larnaudie – « La crise dans la littérature » Rencontre animée par William Irigoyen, chroniqueur littéraire et journaliste à Arte (en français et en allemand) Lecture – rencontre

Comment des écrivains s’emparent-ils d’un thème actuel et brûlant telle que la crise ? Dans C’était pas ma faute, Kristof Magnusson met en scène un trader dans une banque d’investissements à Chicago, qui ne vit que pour l’avancement de sa carrière. Meike Urbanski est quant à elle traductrice d’un auteur de best-sellers qu’elle essaie de retrouver, car il ne lui a pas remis le manuscrit à traduire. Ces personnages vont se chercher, se croiser et multiplier les quiproquos dans cette histoire d’argent, de littérature et d’amour.
Ils occupent, dans le monde du business ou de la politique, des places dominantes lorsque survient à l’automne 2008 ce violent séisme qu’on appellera : crise. Aussitôt certains vacillent, s’effondrent, passent aux aveux, disparaissent ou se suicident, tandis que d’autres, au sommet des Etats, font rempart de leurs discours, explications, remèdes… Les Effondrés saisit quelques personnalités fameuses (ou fictives) dans l’inexorable débâcle de leur édifice idéologique.
â–º Maison de la poésie Paris, jeudi 11 décembre à 19H00 : Emmanuel Carrère – « Le Royaume » Lecture
â–º À l’occasion de la parution de Une limonade pour Kafka, rencontre avec Xavier Person le jeudi 11 décembre 2014 à partir de 19 heures
Librairie Michèle Ignazi
17, rue de Jouy
75004 Paris
01 42 71 17 00
â–º Les RV de Alphabetville
– MCLUHAN ET NOUS
RENDEZ-VOUS SONORE
Dans le cadre du festival Marseille retrouve le nord organisé par Planète Emergences, en partenariat avec Alphabetville
Lecture suivie par un plateau radio autour des textes de Marshall McLuhan, théoricien des médias canadien, penseur du « village global » et auteur de la formule : « Le medium, c’est le message. »
Lecture publique par Jean-Christophe Barbaud et Cécile Portier de textes choisis par Jean-Christophe Barbaud et Colette Tron.
Plateau radio animé par Jean-Christophe Barbaud, avec Samuel Bollendorf, Marie Picard, Cécile Portier et Colette Tron.
Mercredi 10 décembre à 19 h au Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille
Avenue Raimu, 13014 Marseille
– BERNARD STIEGLER
CONFERENCES
16 et 17 décembre
. Vers un art de l’hypercontrôle
Le 16 décembre à 18h30 à la Cité du Livre à Aix-en-Provence
Proposé par Alphabetville, l’Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence, Ars industrialis
en partenariat avec la Cité du Livre/ Ville d’Aix-en-Provence
Bernard Stiegler développe l’idée que nous sommes entrés dans l’époque de l’hypercontrôle, rendue possible par les technologies numériques, les systèmes de big data, de traces et autres automatismes, omniprésents dans les développements et applications technologiques « hyperindustriels ». Dispositifs qui nous suivent autant qu’ils nous guident dans nos comportements, et qui constituent selon lui un processus de désintégration sociale.
Bernard Stiegler décrira les « sociétés de l’hypercontrôle » et l’automatisation généralisée, tout en posant le défi d’un « art de l’hypercontrôle » comme thérapeutique, ou « pharmacologie positive ».
Cette conférence se situe en ouverture d’un programme de recherche théorique et pédagogique à venir sous la direction de Bernard Stiegler, avec Alphabetville et l’ESA Aix-en-Provence.
Informations : 04 95 04 96 23
Entrée libre
Réservation conseillée : alphabetville@orange.fr
Lieu
Amphithéâtre de la Verrière
Cité du Livre
8/10, rue des Allumettes
13098 Aix-en-Provence
. La désintégration
Le 17 décembre à 18h30 au Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille
Organisé par Planète Emergences avec Ars industrialis dans le cadre du festival Marseille retrouve le nord
« Nous entrons dans l’âge des sociétés automatiques basées en particulier sur le développement des réseaux sociaux et de ce que l’on appelle à présent les big data.
Cette conférence, qui décrira cet état de fait, a pour but de donner une autre perspective sur les réseaux, capable de constituer un nouvel état de droit à l’époque de l’écriture numérique réticulaire et de l’automatisation généralisée, qui sera aussi l’époque de la fin de l’emploi. » Bernard Stiegler
Suivie d’une table ronde avec :
Franck Cormerais, philosophe, enseignant en Information et Communication à l’Université de Bordeaux 3, membre du C.A d’Ars industrialis ; Patrick Braouezec, président de la communauté d’agglomération Plaine Commune ; Martine Vassal, élue déléguée aux relations internationales et européennes de la Ville de Marseille, présidente déléguée de la Commission “Développement économique et emploi” de la CU Marseille Provence Métropole (sous réserve) ; Colette Tron, critique, directrice artistique d’Alphabetville/Friche Belle de Mai, membre du C.A d’Ars industrialis ; Christian Rey, directeur du technopôle Marseille – Château Gombert et de Marseille Innovation
Présentée par Gérard Paquet, président fondateur de Planète Emergences
Informations : http://planetemergences.org/
Entrée libre
Lieu
Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille
Avenue Raimu
13014 Marseille
Bus 32, 34, 53, 27
—–
Alphabetville Friche Belle de Mai 41 rue Jobin 13003 Marseille 04 95 04 96 23
Suite au précédent post de ce dossier, au moment même où l’actualité ernausienne est des plus denses – avec notamment l’apparition d’un blog italien sur l’œuvre, Annie ERNAUX la scrittura come un coltello, que l’on doit à Valeria Lo Forte -, on trouvera ci-après un retour sur le colloque qui s’est déroulé il y a quinze jours à Cergy (19 et 20 novembre) : présentation et lignes de force. [Photos : © organisation du colloque de Cergy ; Fabrice Thumerel]
Présentation du colloque
A une époque où la littérature engagée apparaît souvent comme suspecte, Annie Ernaux insistait dans « Littérature et politique » (1989) sur le caractère inévitable de l’engagement par l’écriture :
« L’écriture, quoi qu’on fasse, « engage », véhiculant, de manière très complexe, au travers de la fiction, une vision consentant ou non à l’ordre social ou au contraire le dénonçant. Si l’écrivain et ses lecteurs n’en ont pas conscience, la postérité ne s’y trompe pas. Il n’y a pas d’apolitisme au regard de l’histoire littéraire. »
De fait, qu’il s’agisse de relater son avortement clandestin, de restituer son histoire d’émigrée de l’intérieur, d’interroger son existence de femme, de rédiger un « journal du dehors » de sa vie à Cergy ou, plus fondamentalement, d’« écrire la vie », le souci permanent d’Annie Ernaux, via un je « transpersonnel » et des textes dont l’auteur revendique la démarche parfois plus sociologique que littéraire (des « ethnotextes », des « auto-socio-biographies »), est de se confronter au réel, d’interroger l’ordre du monde : « ce lien entre exercice de l’écriture et injustice du monde, je n’ai jamais cessé de le ressentir et je crois que la littérature peut contribuer à modifier la société ».
Que ce soit au niveau de l’intime, du social ou du politique, l’écriture d’Annie Ernaux déplace les frontières et « engage » le sujet, celui de la mémoire, celui du rapport au temps et à l’époque, celui de la relation aux autres et à
soi :
« Je ne peux pas concevoir de faire des livres qui ne mettent pas en cause ce que l’on vit, qui ne soient pas des interrogations, des observations de la réalité telle qu’il m’est donné de la voir, de l’entendre ou de la vivre, ou de m’en souvenir. Une littérature qui m’engage et qui engage le lecteur. » Annie Ernaux participe finalement elle-même de ce que des auteurs comme Beauvoir (« sur la condition des femmes ») ou Bourdieu (« sur la structure du monde social ») lui ont permis de ressentir : « l’irruption d’une prise de conscience sans retour ».
Ce colloque visera ainsi à saisir une œuvre qui refuse les clivages traditionnels entre littéraire/non littéraire et ne cesse d’innover formellement et intellectuellement. Des chercheurs d’horizons divers (littéraires bien sûr, mais aussi sociologues, historiens et linguistes) examineront l’écriture d’Annie Ernaux dans la perspective de « l’engagement ». Quelle est la nature de l’engagement de l’auteur ? Quelle(s) forme(s) cet engagement prend-il chez Annie Ernaux ? A-t-il évolué au cours du temps, dans ses propos et dans son œuvre ? Peut-on redéfinir l’engagement littéraire au XXIe siècle à la lumière de cette œuvre ?

Annie Ernaux : (s’)exposer pour prendre le monde à bras-le-corps (J. Laurenti)
"Je ressens toujours une forme d’illégitimité dans le champ littéraire,
mais il faut bien avouer que j’ai fait de cette illégitimité une force"
(entretien paru dans le numéro 158 du Matricule des Anges, nov.-déc. 2014)

Après le temps (Cerisy) et l’intertextualité (Rouen), dans ce troisième colloque international sur l’œuvre en trois ans, c’est l’engagement même d’Annie Ernaux qui a été choisi comme objet d’étude. Après l’université de Rouen, où l’auteure avait mené à bien ses études
de lettres, voici celle de Cergy, ville de passage où elle réside depuis quarante ans : devant un public constamment fourni, ces deux jours denses et intenses ont réuni des spécialistes de l’œuvre, mais aussi d’autres chercheurs qui ont apporté leur regard extérieur, pour réfléchir sur l’engagement ernausien sous toutes ses formes, côté corps et côté corps social. Et il faut dire que les dernières parutions sont venues mettre de l’eau à leur moulin : Regarde les lumières mon amour (Seuil, avril 2014) et Le Vrai lieu (Gallimard, octobre 2014) ont été abondamment cités. Le point d’orgue de chaque journée fut un événement particulier : au Théâtre 95, la mise en scène – avec générosité – des Années par la troupe Zon’art (mise en scène de P. – Y. Raymond et de A. Schmidt) ; la remise d’un doctorat d’honneur à Annie Ernaux par François Germinet, président de l’université, accompagnée par un discours de Pierre-Louis Fort, qui a inclus dans son allocution les mots amicaux offerts à l’écrivaine par tous les participants au colloque. Dans l’entretien accordé au Matricule, elle explicite clairement sa position à l’égard de cette distinction : "Je suis absolument contre toute distinction honorifique quelle qu’elle soit. On m’a demandé si j’allais accepter, et je me suis dit que peut-être ça faisait sens que j’accepte cela de cette université, non qu’ils aient besoin de moi, mais parce qu’au fond c’est là que je vis, depuis 75. C’est un ancrage. J’ai vu construire cette université, en 89, il n’y en avait pas auparavant. Et puis c’est aussi une façon de riposter à cette croyance selon laquelle si on est écrivain on habite forcément, ou en grande majorité, Paris".

Et si l’image d’un livre qui défile sur un tapis roulant de grande surface symbolisait la place de l’écrivain impliqué, s’interroge Bruno Blanckeman. Et de montrer que le décentrement de la littérature a pour corollaire la démocratisation de la figure auctoriale. Ce qu’a très bien perçu Annie Ernaux : l’intellectuel ne bénéficiant plus d’une aristocratie de statut, il lui faut préférer le rôle d’usager à celui de procureur. Chacun à sa manière, Aurélie Adler, Marie-Laure Rossi, Yvon Inizan et Lyn Thomas insistent sur le fait que, dans Regarde les
lumières mon amour par exemple, Annie Ernaux souhaite rester à sa place, celle d’une simple cliente : choisir la position d’un agent social qui témoigne, c’est faire prévaloir l’anonymat sur la célébrité. Anti-élitiste, son espace est celui de l’expérience commune : combinant les dimensions éthique et agonistique, elle ne témoigne pas tant sur que pour (Inizan). Nulle position de surplomb, donc : tournant le dos au modèle sartrien de l’intellectuel universaliste, Annie Ernaux est une intellectuelle, c’est-à-dire un intellectuel au féminin qui mêle passionnel et rationnel (Rossi) ; en tant que transfuge, elle est la première femme, de la même manière que Camus était le premier homme (Michèle Bacholle). Dans un monde complexe où l’intellectuel a perdu de son poids symbolique, l’auteure de Écrire la vie intervient prudemment dans la sphère sociale – posture qui ressort des analyses de Marie-Laure Rossi et de Nathalie Froloff.
Si l’écriture d’Annie Ernaux n’appelle pas à l’action directe, elle dénonce en dévoilant (cf. I. Roussel, A. Adler, F. Thumerel) : pour mettre en lumière cet engagement, pas de meilleure formule que celle de Foucault, rendre visible ce qui est invisible. Ce qui permet à l’écrivaine critique de subvertir la violence subie, de "construire un discours de l’insoumission qui ne soit pas récupéré" (saluons le travail de Pierre Bras sur la prégnance des codes sociaux en milieu ernausien ; d’où ses développements sur les contes de fées). Le sens de son engagement est à chercher dans son vrai lieu, celui de l’écriture : dans un entre-deux dynamique qui dépasse les limites fixes pour prendre singulièrement le parti des dominés, dans un perpétuel va-et-vient entre dedans et dehors, en soi et hors de soi, savant et populaire, éthique et esthétique… Aussi est-elle avec les femmes, mais non pour les féministes ; avec les dominés, mais non pour les intellectuels (cf. FT, "Passage(s) Ernaux")… Parmi les paradoxes à l’œuvre dans cette écriture de l’entre-deux : la transgression tranche avec "un code de la bonne conduite omniprésent" (Pierre Bras) ; la liberté du sujet agent (B. Havercroft) se double d’un sentiment d’aliénation ; le soi est autre et l’autre est soi (V. Houdart-Mérot) ; le corps est à la fois délivrance et déroute (C. Douzou, F. Thumerel)…
L’originalité de cette posture hétérodoxe éclate encore davantage dès qu’on la confronte à celle d’un Didier Éribon par exemple. Dans le débat qui a suivi la communication de Élise Hugueny Léger, pour Libr-critique, Bernard Desportes et moi-même avons développé
la comparaison : si Retour à Reims propose une hontoanalyse non dénuée d’affects, celle-ci privilégie cependant la vérité intelligible ; nulle connaissance par corps, nul vertige sensible, nul évidement du sujet pour faire place au corps… Si l’œuvre d’Annie Ernaux facilite à ses lecteurs la réappropriation de leur histoire, leur réinscription dans le corps comme dans le corps social, quelle place Didier Éribon laisse-t-il à l’Autre dans Retour à Reims, dont Bernard Desportes avait analysé les failles et ambiguïtés ? Même lorsque, dans La Société comme verdict (Fayard, 2013), D. Éribon entend présenter l’œuvre d’Annie Ernaux, il se sert plus de l’autre qu’il ne le sert. Bernard Desportes – dont il faut lire sur Libr-critique la lettre à Annie Ernaux – va jusqu’à opposer pragmatiquement Retour à Reims et Retour à Yvetot : tandis que l’une tente l’expérience seule, l’autre se munit d’une caution – qui a précisément pour nom ERNAUX. Quant à l’affaire Millet déclenchée par Annie Ernaux, on pourra se reporter, sur Libr-critique, à mon article "L’imposture Millet".
La spécificité de cette écriture engagée – dont la puissance explique la valeur incitative (cf. l’intervention-confession d’Anne Coudreuse) – a également été examinée de près : la "forme énonciative flâneuse" (Isabelle Roussel) ; l’écriture factographique (Aurélie Adler) ; l’écriture du fragment (Francine Dugast)…
♦♦♦♦♦
En marge du colloque, le dossier du Matricule des Anges (n° 158, novembre-décembre 2014), intitulé "Annie Ernaux, une femme déplacée" (p. 16-27), rend bien compte de cet engagement : l’écrivaine critique prend "le monde à bras-le-corps", titre Jean Laurenti. Et quoi de plus engagé que cette phrase lancée dans l’entretien : "C’est la grande erreur des classes dominantes ou supérieures de croire que parce que les gens ne savent pas s’exprimer ou ont un langage qui n’est pas le leur, ils ne sentent pas les choses et ne les voient pas. Mais si, très très bien ! Le dominé en saura toujours plus sur le dominant que l’inverse".
Enfin, au moment même où se tenait ce colloque paraissait l’entretien "Annie Ernaux, lectures sans ordre" (avec Francis Marcoin et Fabrice Thumerel), recueilli dans le numéro spécial des Cahiers Robinson sur le livre de poche (n° 36,
automne 2014, 198 pages). On y découvre le choc qu’a été pour elle la lecture de La Nausée, le grand écart entre ses lectures légitimes et la "paralittérature", la "littérature féminine"… Elle explique ainsi son éclectisme : "Cette familiarité avec des littératures qu’on oppose m’a, je crois, conduite à ne pas juger de haut les formes de littérature populaire, encore moins ses lecteurs, et à lui faire une place, au moins pour la citation, dans mes livres. Et, plus ou moins consciemment, à subvertir ces modèles de littérature, comme le roman sentimental, avec Passion simple […]" (p. 144).
Dans sa lettre ouverte de Libr-humeur, Bernard Desportes nous emmène cette fois au pays des Merveilles – qui, comme chacun sait, se trouve en Béotie -, là où tout n’est que luxe, ordre et naïveté. [Dessin en arrière-plan : "Fleur Pellerin et son pot-au-lait" – © ZOMBI]
En octobre 2014, au Pays des merveilles
Chère petite Fleur,
Vous fîtes de brillantes études politiques et vous réussîtes le concours de l’ENA, vous y devîntes élève de la promo Averroès – sûtes-vous qui était Averroès, chère petite Fleur ? ou l’ignorâtes-vous ? Puis vous fûtes conseillère à la cour des Comptes (qui n’est pas comme chacun sait la cour des Cons), et bientôt ministre des PME, secrétaire d’Etat au commerce extérieur… Enfin vint le jour où vous reçûtes de l’Elysée ce coup de fil fatal :
– Fleur, c’est François…
Quelle émotion fut la vôtre !
– Ouiiii, François… Que dîtes-vous : le ministère de l’agriculture, oh oui ! quelle joie !
– Non-non, Fleur, le ministère de la culture…
– Ah bon… c’est quoi, ça, François ?
– Eh ben, j’en sais trop rien, Fleur… Je crois, je crois que la culture… c’est maintenant ! Et puis tu sais, Fleur, ça sert à rien la culture, mais vois-tu ça fait partie d’un gouvernement normal…
Et c’est ainsi, chère petite Fleur, que, pimpante comme une fleur de printemps, vous arrivâtes rue de Valois. Mais, las, que la vie est donc ingrate, vous vous prîtes les pieds dans le tapis : Modiano, c’est quoi, ça ? Puis vous vous enroulâtes dans le même tapis : jamais lu un livre de ce type, moi… d’ailleurs ça fait plus de deux ans et demi que je ne lis aucun livre… Chère petite Fleur, ça fait pas 2 ans 1/2 mais 46 ans que Modiano publie des livres… 5 ans avant votre naissance…
Ah, chère petite Fleur, ça sert à quoi tout ça, hein, toute cette histoire, toute cette littérature, à l’âge du numérique ? Et voilà que vous vous justifiez, vous vous dîtes prête à faire des “fiches techniques” sur vos lectures comme preuve de vos connaissances… C’est un peu lamentable, non ? Vous vous noyez dans l’eau usée du vase, chère petite Fleur, imaginez-vous Malraux utilisant des fiches techniques pour parler de Gide, de Mauriac ou de Camus ? Vous vous enlisez, chère petite Fleur… Petite fleur obscure des sous-bois de l’Administration, personne ne vous connaissait… et soudain, hop ! on parle de vous sur la planète entière ! pour quoi ? pour votre inculture ! quel scoop… on reconnaît bien là la ministre de la communication…
Allons, rien de grave… Si vous ne savez rien de Modiano, chère petite Fleur, qui connaissez-vous donc comme écrivain français vivant ? Zadig & Voltaire ? Pensez-vous comme M. Sarkozy, un autre brillant politique, homme de culture, ami de Jean-Marie Bigard (que vous connaissez sans doute ?), pensez-vous donc comme lui qu’il faut être “un sadique ou un imbécile” pour s’intéresser à La Princesse de Clèves ? Connaissez-vous Madame de La Fayette, chère petite Fleur ? Saviez-vous pas qu’à bord de L’Hermione elle est allée rejoindre Washington et a libéré la Virginie ? Quelle bouillie…
Tout se complique, pauvre petite Fleur, tous ces écrivains, tous ces romans c’est pas pour vous… Proust, au fait, n’est-ce pas une marque de madeleine ? Lâchez tout ! Oubliez ce mauvais rêve, la culture c’est pas pour vous, la littérature c’est pas pour vous, car vous ne rêvez pas, vous : le rêve c’est pas connecté, c’est pas numérique… Pauvre petite Fleur soudain pensive, retournez donc vous occuper de commerce extérieur ou d’ENA… ça vous évitera peut-être de dire d’autres âneries…
Mille baisers, chère petite Fleur.
Bernard Desportes
Sur LC, nous ne parlons pas de "rentrée de janvier", tant il est vrai que, comme le rappelle Éric Chevillard dans son dernier livre, Le Désordre Azerty (Minuit, 15 janvier 2014) : aujourd’hui les "écrivains sont rentrés. Dans le rang"…
Nous saluerons simplement les deux derniers livres de Jérôme Bertin, qui viennent de paraître chez Al dante (Livres à la UNE), et vous inviterons à nos Libr-événements (Ultra-volte #3 à DATABAZ, lecture d’Yves di Manno et de Sandra Moussempès, Kraums Notho, revue Syncope).
Livres à la UNE /FT/
â–º Jérôme Bertin, Première ligne. 105 mesures pour une guerre, Al dante, 40 pages, 7 €, ISBN : 978-2-84761-779-5.
Présentation éditoriale. Écrivain de l’extrême, Jérôme Bertin nous emmène dans l’à-vif du présent. Chacun de ses livres est le reflet d’un conflit : de l’impossibilité de mener à bien son métier de vivre parce que trop en but avec la brutalité de ce monde. Il est
en cela proche de ce qu’écrit jean Genet, lorsque que ce dernier oppose la violence à la brutalité : la violence étant inhérente à toute pulsion de vie (l’enfantement, le rire, la joie, la révolte, les guerres de libératon…), tandis que la brutalité est dispensée sans compter par ceux qui ont pour but de brider ces pulsions de vie.
Première ligne, dense, court (40 pages), écrit en salves serrées, (105 phrases nées d’une pulsion de vie bridée) est un véritable manifeste poétique, où toutes les propositions sont autant d’éclats lancés contre la brutalité de toutes les formes de pouvoir.
Premières impressions. Voici une singulière suite d’apocalypses, écrite dans une langue-uppercut qui privilégie les télescopages des signifiés comme des signifiants. Deux exemples, avant de passer cette semaine le relais à Sylvain Courtoux : "Festin de terre. Assis sur le lit la tête entre les mains. Cracher le poème et du sang. Du sens interdit. La tête cogne contre le carrelage" (p. 15) ; "Anus, l’origine du monde. Plus de débats mais des combats. Des décombres des cobras. À la place de la langue, uppercut. Un sein vert expression. Tu vois le sang araignée sur le sol" (p. 18).
â–º Jérôme Bertin, Le Projet Wolfli, Al dante, 15 janvier 2014, 64 pages, 10 €, ISBN : 978-2-84761-780-1.
Présentation éditoriale. Le projet Wolfli est le récit sans concession d’un univers qui vit au rythme d’une guérilla extrême, où se confrontent des groupuscules d’horizons différents : des pires milices fascistes aux factions utopistes pour qui la guerre ne peut être gagnée que par la mort. Ici les corps sont des marchandises, chair à canon où chair à plaisir, corps qui se nourrissent et se détruisent par les armes ou dans les partouzes.
Entre Guyotat et Céline, ce roman participe au renouveau de la science-fiction.
Note de lecture
Devant les inanes palabres des popolitiques,
le spitoyable défilé des automates médiatiques,
les crimes capitalistes en bande organisée,
les orgies consuméristes des bouffeurs de pop corn,
la fanfaronne parade des homoncules affairés, des homo-economicus attachés à leur case,
les cris orgasmiques des phynanciers rivés à leurs bibelots d’inanité numérique,
ça ne vous est jamais arrivé de sentir monter en vous un magma rabique, un déluge de feu, un flux nitroglycériné ?
Une "journée à haut risque", entre 2023 et 2033 : "révolte dans Paris intra-muros / Funérailles du premier ministre assassiné / Le temps sera rouge" (p. 20)…
D’Egon, figure apocalyptique, à l’agôn. En cet immonde XXIe siècle, voici l’état des forces antagoniques : d’un côté, l’armée du Louvre, les légions Wolfli et Artaud ; de l’autre, l’infâme boboserie, les démocradingues, le "consommateur en lutte de crasse", le
starwriter (l’écrivain spectacularisé) – "l’ennemi [qui] écrit sa prostatite, son divorce, son viol" -, le "démon capitaliste" – "cette blonde pulpeuse au vagin dévoreur de chibres"… Pas de quartiers, nul innocent ("L’innocent est un concept capitaliste réactionnaire") : fuck d’artifice final ! "Massacrez les idoles" ! "Le grand incendie comme œuvre ultime"… Rêvolution : "Debout les damnés de la terre. Ils vivent à ne pas douter leurs derniers instants. La culture d’état pue la mort. Les derniers penseurs sont enfermés dans la misère. Les éditeurs, les producteurs, travaillent par leur censure et leurs choix commerciaux à la désintégration du pensé debout" (p. 49).
De l’esthétisme radical (de Bosch à Artaud, en passant par les expressionnistes) à l’éréthisme de la violence : Jérôme Bertin met littéralement en œuvre"le rêve de Bukowski" et de tous les artistes rebelles. Eros et Thanatos, dans une fascinante écriture spasmée qui s’inscrit en droite ligne de Guyotat et de Desportes – sans toutefois en avoir encore le rythme, la portée et la tension.
Libr-événements
â–º ULTRA-VOLTE #3 // CONCERT / musique électronique et bruitiste SUPERNOVA (Belgique) // Oscar Martin (Espagne) // Constanza Piña (Chili) le vendredi 24 janvier à DATABAZ (100, rue du Gond à Angoulême), le centre de Philippe Boisnard et Hortense Gauthier (entrée : 5 / 7 euros).
SUPERNOVA, duo composé de Philippe Franck et Gauthier Keyaerts
Le projet Supernova a été initié depuis Bruxelles fin 2011 par Philippe Franck (alias Paradise Now – chant, guitare, objets) et Gauthier Keyaerts (alias The Aktivist, Very Mash’ta, plusieurs albums sur les labels Sub Rosa et Transonic – traitements électro-
organiques, basse, objets). Le combo évolue, au gré des rencontres, dans une galaxie audio libertaire qui fait le grand écart entre post pop/post song, poésie sonore et électro matiériste.
# Philippe Franck
Historien de l’art, concepteur et critique culturel, Philippe Franck (Belgique) est directeur de Transcultures. Il est le fondateur et directeur artistique du festival international des arts sonores City Sonic (depuis 2003) et des Transnumériques, biennale/plate-forme des cultures numériques (depuis 2005). Il a également initié le label Transonic pour les sons autres.
Il a été commissaire artistique de nombreuses autres manifestations d’arts contemporains, audio, hybrides et numériques en Europe, Amérique du Nord et Afrique du Nord. Il enseigne également les arts numériques à l’Ecole National Supérieur des Arts Visuels La Cambre et ESA Saint-Luc (Bruxelles). Depuis 2010, il est aussi responsable des musiques urbaines, des arts sonores et de la création interdisciplinaire au manège.mons.
//// http://transcultures.be/
# Gauthier Keyaerts
Gauthier Keyaerts est titulaire d’un Master en information et communication de l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Après un plus d’une décennie ponctuée de plusieurs sorties musicales sur le label Subrosa / Quatermass, et d’autres… , il devient co-fondateur du label de musique Transonic. Sous de nombreux pseudonymes (Very Mash’ta, la Aktivist, Next Baxter), il compose, joue et réalise de la musique, pour lui-même mais aussi en association à des installations (L’oeil Sampler, an-Art-Key, …) et des œuvres vidéo (notamment avec Thomas Israël) et / des créations radiophoniques (Electroniques Peintures, Composez-vous Bruxelles?) financés par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il collabore actuellement avec Christian Frisson et l’Institut NUMEDIART de l’UMONS, sur le projets MashtaCycle et Profondo Giallo, un moyen de repenser la relation entre la technologie et l’art (technologie dans l’art ?).
//// http://
# Oscar Martin aka NOISH~ (Espagne)
Programmeur expérimental et musicien, son travail est fondé sur la déconstruction de fields recordings , des synthèses non-conventionnelle et l’utilisation créative des erreurs techniques et informatiques. Luthier – numérique maniant Pure Data, il utilise ce langage pour développer ses propres outils non-conventionnels pour le traitement algorithmique et la composition générative en temps réel . Il se positionne quelque part entre informatique musicale , Esthétique du Bug , et Noise générative . Il tente de créer des univers sonores virtuels, des paysages sonores imaginaires qui encouragent l’écoute active et une sensibilité différente à l’égard de la perception des phénomènes sonores .
Il fonctionne sous le paradigme de l’Open source . Toutes ses expérimentations sonores sont publiées sous licences libres, par différents labels et netlabels ; ( Free Software Series, Uzusounds, Drone Records, tecnoNucleo, BRRR, etc.)
Sa musique a été présentée dans différents espaces et festivals internationaux :
MAKEART (France ) , MOOZAK ( Autriche ) , A10LAB bruit = bruit ( Royaume-Uni ) , FESTIVAL DE LA IMAGEN MANIZALES ( Colombie) , PIKSEL (Norvège ) , PDCON ( Brésil ) , VAD ( Espagne ) , LEM06 ( Espagne ) , LAC- Linux Audio Conference ( Allemagne ) , NK ( Berlin ) , DE JOUEUR (Rotterdam ) , MAUS HABITUS (Portugal) , LaLAboral – SummerLab (Asturies) , MIDE – Arteleku ( Donosti ) , Ulterior09 ( Madrid ) , Hangar ( Barcelone ) …
//// website
# Constanza Piña (Chili)
Constanza Piña est une artiste numérique et interprète de danse contemporaine.
Elle crée des œuvres dans divers domaines, y compris les nouveaux médias, de la danse, de la performance, en se concentrant dans le bricolage de synthétiseurs, les textiles électroniques et la technologie portable.
Elle a été co-directrice du laboratoire Art and Technology Chimbalab (2008-2012) et a procédé à de nombreux ateliers et conférences sur l’expérimentation électronique et la culture du D.I.Y. Elle est également membre du Sudamerica expérimental, une plateforme indépendante de partage et de collaboration pour des projets en arts électroniques.
Elle présentera Corazón de robota, un projet musical composé uniquement par des synthétiseurs et des séquenceurs fabriqués à la main à partir de différents matériaux comme les tissus, les déchets électroniques et les boîtes de chocolat analogiques. Ces appareils génèrent des fréquences différentes qui jouent au hasard, en explorant les dimensions rythmiques du bruit.
♦ http://
â–º Lecture d’Yves di Manno et Sandra Moussempès le jeudi 13 février, 19h30 à la librairie Texture (94 avenue Jean Jaurès, 75019), dans le cadre du programme de résidence d’écrivains en Ile-de-France.
â–º Net < KRAUMS NOTHO :
– un extrait d’une improvisation réalisée à N’a qu’un oeil (Bordeaux) il y a 1 an juste ;
-un extrait d’une perfomo(t)sonance en cours, qu’ils montent en résidence dans les locaux de la compagnie éclats à Bordeaux (http://www.eclats.net/). La sortie de résidence s’effectuera le 13 et 14 Mars 2014…
â–º Appel revue Syncope :
Pour les soutenir, vous pouvez envoyer vos dons ou votre pré-achat (d’une valeur de 20 euros) ici :
ou par chèque à l’ordre de Crimen Amoris :
Editions Crimen Amoris
75 rue du Becquerel, 4 cour Bouchery
59370 Mons-en-Baroeul
Merci de laisser un message après votre don.
Pour cette dixième livraison de Libr-@ction, nous sommes très heureux de vous donner à lire/déclamer en exclusivité un extrait du prochain roman de Bernard Desportes – dont la parution constituera un véritable événement. On retrouvera dans Baal la même géographie mentale que dans L’Éternité ou Une irritation.
Baal est une vaste cité en collines et terrasses qui surplombent l’océan, hauts fourneaux aciéries métallurgies tréfileries peausseries tannages fabriques de pneus de goudron de cordes plâtreries tuileries, fumées ocre rouille âcres, ville infinie industrieuse miséreuse ouvrière aux rues grises et noires d’émanations toxiques de suie de poussier aux mendiants croupissants amputés ou sans yeux, rues sans nom encavées encastrées au fond de hauts immeubles de brique ou de béton délavés battus par les pluies le grésil les vents de sable, rues couvertes de serviettes de draps sur des fils qui flottent comme des voiles et descendent de quartiers populeux en cités laborieuses sombres tristes en pente douce et rêveuse vers la mer aux abords de laquelle elles se transforment alors par une sorte de miracle barbare en un lacis de bidonvilles et minuscules ruelles violemment blanches ouvertes odorantes et criardes tout autour du port sous des éclairs soudains de soleil entre les grues et les mâts dans des quartiers de gouailles de rires et de putains au long de trouées grouillantes ivres et puantes qui chavirent et s’entrelacent, à l’est autour des chantiers navals des docks et du port, à l’ouest jusqu’à l’immense cimetière marin qui longe l’océan derrière des terrains vagues succédant à d’autres terrains vagues où campent au milieu de millions de tonnes d’ordures à ciel ouvert des gueux des errants des malades de vieilles putes et des travelos épaves des incurables logeant à dix douze ou quinze parmi des vieillards largués par leur famille des enfants nus venus de nulle part des aveugles des estropiés des mutilés des idiots ou des fous que l’abandon la solitude la douleur ont conduits à se réfugier ici, ultime étape dans le chaos de leur vie, parmi les leurs, avec ces hommes et ces femmes qui n’ont plus d’humain que ce qu’il leur reste de mémoire et ce fond de dignité invisible, si raillée, désuète, archaïque, grotesque aujourd’hui, qui parfois protège encore, comment est-ce possible ? les plus démunis de la folie des assauts voraces du monde,
ils vivent tous là ces intouchables, pour les plus chanceux dans des baraques de tôle ou de carton des abris de toile éternellement battus par les vents âpres et salés venus de l’océan, pour les autres à même le ciel où au milieu des immondices des rats des chiens et des oiseaux, hommes femmes enfants mangent dorment urinent défèquent et s’accouplent, chacun parmi tous, les hommes et les adolescents prenant indifféremment femmes ou enfants qu’ils engrossent ou possèdent sans répit, sans compter, sans autre regard sur l’avenir que la faim immédiate et la longue nuit qui marche et descend sur l’immense décharge comme elle descend sur la terre et la couvre, la recouvre, l’enserre dans ses peurs, ses rêves et ses cris, la mer les berce et les protège, le mer, la vaste mer qui quelquefois les appelle et les emporte en secret, elle leur offre alors en ses vagues l’accueil qu’ils n’ont pu trouver sur la terre, dans la lumière et les senteurs, les murmures, sous le soleil d’août ou les pluies de novembre, sous les grands vents de l’automne qui tant bouleversent les âges ou ceux du printemps qui tant affolent le sang l’esprit et le désir des hommes dans toute la pourriture, la sordide beauté du monde,
aux abords du cimetière de Baal, gigantesque usine de recyclage de cadavres pour nourrir la terre, se trouve sur l’un des tout derniers terrains vagues proches de l’océan parmi les monceaux d’ordures assaillis de mouettes et goélands le terrier de Majah, négresse décharnée sans âge édentée borgne qui fut jadis mère de deux adolescents de quinze et dix-sept ans, disparus un jour il y a près de vingt ans sans que nul ni en ville ni sur les décharges ne sache ni pourquoi ni comment, devenus putains esclaves ou transformés en pourvoyeurs d’organes, dans tous les cas morts aujourd’hui, forcément morts, elle persiste, elle, à croire qu’ils ont survécu jusqu’à ce jour et qu’elle les verra un matin venir vers elle du fond de ces terrains chaotiques où campent les charognards, du fond de ces routes désertes éventrées par le soleil, oui, ses fils reviendront arracher leur mère à la décharge du monde, ou peut-être sont-ils morts mais alors elle verra leur dépouille arriver jusqu’ici, au cimetière, par le camion qui chaque matin ramène tous les morts de la nuit ramassés dans la ville, et pour cela chaque jour à l’aube elle grimpe sur cet arbre centenaire sorte de baobab dressé à l’entrée du cimetière d’où elle peut voir tournés vers le ciel les visages des morts, tous ces corps entassés emmêlés les uns les autres dans la benne, quand celle-ci s’arrête quelques instants au pied de l’arbre attendant l’ouverture des grilles du cimetière, de son œil unique, étincelant, immobile, elle regarde, elle regarde, elle cherche ses fils, elle sait qu’elle doit revoir ses garçons avant que la terre les prenne, elle ne pourra à son tour offrir son corps aux vents aux saisons aux oiseaux qu’à ce moment-là,
en ce mois de septembre brûlant accablé exténué de soleil brûlé rongé par le sirocco et les insectes, la morgue qui jouxte le cimetière semble endormie,
mais il n’en est rien,
il est cinq heures de l’après-midi, on voit par les grilles du bâtiment ouvertes sur la route et l’étroit terre-plein qui le sépare de l’océan la cour déserte de la grande morgue de Baal,
les bourrasques font s’envoler par tourbillons le sable qui recouvre le sol de la cour et apporte emporte renvoie loin au-delà des murs d’enceinte du cimetière, couvrant en partie toute la ville, cette odeur venue d’une autre cour derrière, invisible d’ici, odeur fade et persistante, lancinante, obsédante qui tant aura imprégné la mémoire de Baal en liant irrémédiablement à ses années d’adolescence ces relents nauséeux dont il parlera longuement plus tard à Annah, un soir, dans un de ces instants si rares où la paix mon Dieu est-ce possible semble prendre possession du corps, lui parlera de cette odeur dont on ne pouvait se défaire, dira-t-il, et ce sera une des raisons qui l’auront forcé à fuir cette ville (raison aussi forte aussi dure que ce dont il savait déjà que la Fossoyeuse ne tarderait plus à exiger de lui), cette odeur comme celle des tourbières trop longtemps ouvertes et souillées, décomposées, odeur pitoyable et honteuse, odeur obscène des morts abandonnés depuis un jour ou deux en plein soleil, cadavres ou agonisants ramassés en ville et déposés là, nus, en vrac, à ciel ouvert, certains encore vivants mutilés blessés plaintifs les yeux crevés ou déjà morts, entassés les uns sur les autres, mêlés, exposés au soleil, épaves pourrissantes sur lesquelles s’acharnent les mouches et, déjà, hésitants mais revenant sans cesse à la charge, les oiseaux, les grands oiseaux blancs puissants et voraces que l’océan ramène avec la marée,
cinq heures en cet après-midi vibrant sous la chaleur, le silence étale et profond du ciel uniformément bleu, ciel brisé, hanté par le grondement sourd, violent, répété des vagues vertes et noires montées de l’océan à l’assaut du rivage, des rochers, des murs d’enceinte de l’immense cimetière marin de Baal,
sous les ordres secs et brefs de Kamal une dizaine de jeunes nègres de seize à dix-huit ans trient les vivants et les morts, ils prennent du tas grouillant, mouvant comme un nœud de vers, par une jambe un bras une tête les corps nus emmêlés les uns dans les autres, ils les dénouent, les séparent, tranchent parfois à coups de machette, ceux qui vivent encore sont immédiatement remis dans la benne et emportés plus loin dans un bâtiment fermé, secret, où l’on procède à la récupération des organes, trafic particulièrement lucratif ne bénéficiant qu’aux blancs les plus riches et à quelques noirs dont la collaboration active et sans faille constitue un atout essentiel à la survie du régime, tout est récupérable chez ces jeunes nègres : le sang, les yeux, la langue, le larynx, la trachée, les poumons, le cœur, le foie, la rate, les reins, les veines, l’estomac, les intestins, la vessie, le sexe, les testicules, les bras et les jambes, les pieds, les mains, la peau, le cerveau seul faute d’une connaissance scientifique suffisante échappe encore au recyclage pour la réparation le rajeunissement la prolongation permanente des nantis qui ainsi retrouvent l’éclatante jeunesse d’un corps recomposé prolongé d’une tête couverte d’implants, sans rides, hagarde et décérébrée au sourire immobile : la tête idéale d’un speaker d’informations télévisées,
les morts, anonymes pour la majorité d’entre eux, jetés en tas, sont envoyés au lavage, la plupart de ces anonymes, des adolescents, sont déjà amputés, ils ont été violés et torturés, égorgés, certains décapités, une fois lavés ils seront encore, pour les plus beaux et les plus jeunes, par ces adolescents perdus désœuvrés sans avenir à qui ils sont confiés pour qu’ils les lavent, longuement et collectivement violés, ouverts, découpés, saccagés, rendus méconnaissables avant d’être enfin, comme des jouets cassés, jetés indistinctement dans ces vastes fosses creusées dans la terre à cet endroit où elle est la plus meuble et tendre, au sud du cimetière, contre les murs qui font barrage à l’océan, ils s’écouleront là en paix, leurs restes seront drainés par les eaux, emportés par bribes dans les fonds marins où ils serviront de nourriture d’appoint aux grands poissons avides et muets,
les jeunes nègres employés au nettoyage des morts, comme ceux chargés de leur mise en terre, ont tous été abandonnés, enfants trouvés ramassés au hasard des rues et des rafles ils sont tous à présent les enfants de la Fossoyeuse qui se déclare la mère de chacun, c’est elle qui les a choisis à l’Assistance quand ils avaient dix ans, elle les a conduits à l’école jusqu’à la puberté puis ils ont été mis au travail, chez elle, à la grande usine du recyclage des morts, Kamal, aidé d’une douzaine de gardes-chiourmes armés d’un flingue et d’une matraque électrique, se charge de leur surveillance de leur obéissance de leur soumission, vers quatorze quinze ou seize ans selon leur taille et leur développement ils sont envoyés dans le lit de la Fossoyeuse, nus, le corps débordant de sève, ils doivent, sous le regard impassible de Kamal, gravir cet énorme tas de chair de graisse et de plis pour s’engouffrer entre les cuisses de leur mère et tâcher de la faire jouir, s’ils échouent ils seront mis au pain à l’eau et à une viande crue dont nul ne connaît la provenance, le corps fouetté pour aviver leur force, leur sang, leur laisser peut-être une seconde chance de monter quelques nuits durant ou quelques jours la Fossoyeuse, leur mère à tous,
la nuit, tandis que s’accomplit sans fin le viol silencieux des cadavres et le lourd labeur toujours recommencé acharné insatiable de l’impossible apaisement des chairs de la Fossoyeuse, on entend les cris et les hurlements de ceux qui, mis avec les morts, vivent encore et dont on arrache à vif les organes, et dans les rares moments de silence si l’on tend l’oreille on perçoit, du côté de l’océan, au-dessus de la morgue et au-dessus du cimetière, comme un vol lent parcourant la ville de Baal qui jamais ne s’endort, la longue plainte de ceux dont on vide le sang,
dans le basculement du monde au cœur de la nuit barbare monte vers le ciel le hurlement âpre sombre lent et sans joie de l’océan qui jamais ne s’endort,
au matin, à l’aube, le ciel est bleu pâle,

"La critique ne doit, ne peut même se limiter à parler des livres ;
à son tour, elle se prononce toujours sur la vie."
"Ne nous leurrons pas, notre jugement ne découlera pas de notre savoir :
celui-ci nous servira à restituer la voix de l’autre, alors que la nôtre
trouve sa source en nous-même, dans une responsabilité éthique assumée"
(Tzvetan Todorov, Critique de la critique, Seuil, 1984, p. 190 et 187).
" Faudrait-il tout gober, rejoindre le troupeau des consommateurs, soutenir aveuglément la rentabilité, louer de pseudo-petits-maîtres et contribuer à la déperdition de culture ? " En
ces temps d’anomie, telle est la question que doit se poser avec Micheline B. Servin tout lecteur qui s’interroge encore sur la notion de "valeur esthétique", et donc a fortiori celui qui s’adonne à cette activité à propos de laquelle Tzvetan Todorov affirmait d’emblée dans Critique de la critique qu’elle " n’est pas un appendice superficiel de la littérature, mais son double nécessaire (le texte ne peut jamais dire toute sa vérité) " (Seuil, 1984). En ces temps hypermodernes qui voient le règne des "graphomanes entoilés" (Antoine Compagnon) et d’un fantasme de communication directe des œuvres avec le public, et où triomphe une publicité diablement efficace – fournissant "un conditionnement attrayant, un service commercial combatif, […] une politique de prix agressive et une mise en rayon de grande envergure" (William Marx, "Critique littéraire et critique yaourtière") -, à quoi bon la critique, en effet ? Les critiques vont-ils céder le pas aux animateurs ? De fait, le plus inquiétant est le brouillage des frontières : ""Qu’il y ait une fiction de divertissement et une fiction littéraire, cela ne pose pas de problème. Mais qu’on désigne comme littéraire ce qui est du pur divertissement et qu’on passe sous silence ce qui est littéraire, c’est au mieux de la paresse, au pire une forme de collaboration avec la domination capitaliste" (Thierry Guichard).
Par ailleurs, pour qui les critiques écrivent-ils aujourd’hui ? Si, dans les années 70, la réponse à la question "Que doit faire la critique ?" paraissait évidente – devenir une science, comme l’avançait Northrop Frye -, qu’en est-il en cette deuxième décennie du XXIe siècle ? C’est dire à quel point s’avère stimulant le numéro spécial des Temps Modernes que, une trentaine d’années après l’ouvrage de Todorov, coordonne Jean-Pierre Martin : le pluriel du titre renvoie à la grande diversité des perspectives classées en quatre parties ("Diagnostics", "Affects", "Approches" et "Enjeux").
Les Temps Modernes, Gallimard, n° 672 : "Critiques de la critique", janvier-mars 2013, 256 pages, 20,50 €. [Disponible de mi-février à mi-avril dans les points de vente habituels ; après, commandable à l’éditeur]
â–º Sur Libr-critique : "Libr-critique.com dans l’espace littéraire numérique. Notes (auto)réflexives" ; "De la critique et de la fonction critique en terrain miné" ; "De la critique en terrain miné. Dialogue avec Pierre Jourde".
[Suite de la chronique ci-dessous, en trois temps : "Crise de la critique ?", "Des trois critiques aujourd’hui" et "Au risque de la critique…"]

Puisque le Salon du livre de Paris met à l’honneur la création éditoriale française, commençons par un spécial éditions de l’Attente. On se concentrera ensuite sur d’importants Libr-événements : PAN! po&phi à Limoges, Bernard Desportes sur France Culture, Marc Perrin en tournée pour son Spinoza in China…
Suite à la parution chez Al dante de la fulgurante Eternité, Bernard Desportes nous a accordé un entretien tout aussi impressionnant (remarquables sont en effet sa réflexion sur la subversion comme son regard critique sur l’écriture et sur l’espace littéraire actuel !).

Faisons fi des superstitions et commençons l’année avec 13 notes dissonantes (Libr-réflexions, Libr-retours, Libr-anticipations, Libr-événements)… /FT/
[Où il sera question de Babel, de changement de / de fin du monde, de "crise"… Mais aussi, entre autres, de Samuel Rousseau, Luc Dellisse, Jean-François Amadieu, Frédéric Lordon, Sylvain Lazarus, Nicole Caligaris… Eric Chevillard, Bernard Desportes, Annie Ernaux, Jean-Michel Espitallier, Claude Favre, Pierre Jourde, Marc Perrin, Christian Prigent, Mathias Richard, Cole Swensen…]
Attaques, # 1, Al dante, automne 2012, 272 pages, 23 €, ISBN : 978-2-84761-805-1.
Depuis le redémarrage de sa maison d’édition, Laurent Cauwet conduit tambour battant son chantier Al dante (on mesurera le chemin parcouru depuis cet entretien de l’automne dernier). La rencontre de ce soir – à partir de 19H à la Librairie-galerie Le Monte-en-l’Air (71, rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare 75020 Paris ; tél. : 01 40 33 04 54) – permettra d’entendre, outre la lecture par Bernard Desportes de son sublime L’Éternité, la présentation du premier et corrosif numéro d’Attaques (avec, entre autres, une lecture d’Amandine André : boucle des "Cercles de chiens"). Découvrons cette livraison d’une grande densité…
Bernard Desportes, L’Éternité, Al dante, novembre 2012, 96 pages, 15 €, ISBN : 978-2-84761-808-2.
caves / villes / usines
tortures / souffrances / angoisses
guerres / pillages / viols
désolation / plaisirs / misère / jouissances
(L’Éternité, p. 87-88).
"Toute vraie poésie laisse, d’abord, interdit devant cette alliance inextricable de splendeur et de désastre" (Bernard Desportes, Le Présent illégitime, La Lettre volée, automne 2011, p. 65).
La phrase en exergue extraite du dernier essai de l’impossible écrivain s’applique parfaitement à cette autopoéfiction qui pousse à son paroxysme l’une des lignes de force de l’œuvre : l’éternité s’offre à quiconque accepte de s’irréaliser avec Bernard Desportes…
Sans ascenseur ni renvoi d’ascenseur, c’est assurément au Monte-en-l’Air que se déroule l’événement parisien de la semaine : notez bien la soirée Al dante de samedi prochain (revue Attaques ; Bernard Desportes, Jérôme Bertin, Amandine André et Oscarine Bosquet). Soirée mondaine ? Vous en jugerez après avoir lu notre UNE.
Vu "la grande bouffonnerie" (J. Bertin) de notre monde comme de notre monde littéraire, nous avons donné carte blanche à Thierry Rat – dont vous pourrez lire bientôt sur Libr-critique un extrait du prochain livre) – dans notre rubrique Libr-commentaire de l’actualité.
Autre Libr-événements de la quinzaine : rencontre avec Mathieu Larnaudie à St Brieuc et, à Paris, soirée des éditions Les Petits Matins et colloque à la Maison de la Poésie sur le poème en prose. /FT/
À la UNE de ce début novembre, Bernard Desportes, pour la parution chez Al dante de son livre choc L’Éternité. Autres Libr-événements : CitéPhilo dans la métropole lilloise et Les écrits du numérique (Marseille).
Chers libr-lecteurs, en cette période propice à pousser le marron devant soi dans le paysage littéraire, nous vous souhaitons un libr-automne sur un site qui défend la création et la critique libre & critique, quel que soit le support, indépendamment de ce qu’on appelle "actualité littéraire" ou "vie littéraire". Autrement dit, pour nous, nulle "Rentrée littéraire", ni course aux prix : n’a de prix que ce qui est le fruit d’un acte autonome, d’une nécessité singulière. Pour nous, pas de critiques libres dans la facilité, la publicité, l’exhaustivité, le suivisme médiatique, les tops, les tocs et les flops. Plus que jamais nous ferons dans le décalé et la distance critique, dans nos libr-créations comme dans nos rubriques analytiques et réflexives, anciennes ou nouvelles (Manières de critiquer, Libr-relectures, work in progress sur la subversion, carnet de libr-critique…). Ainsi vous attendent bientôt des textes de Mathias Richard et de Marc Perrin ; des présentations de F. Bon, Autobiographie des objets, Leslie Kaplan, Millefeuille, Jérôme Bertin, Le Patient, A. Dupuy, Mieux taire, Th. Beinstingel, Ils désertent… une spéciale sur INTON’ACTION #2, une chronique sur des poètes coréens, deux articles sur la subversion (Sébastien Ecorce et Fabrice Thumerel), un mini-dossier autour de Bernard Desportes à l’occasion de la parution de son Eternité en novembre (Al dante)…
Dans l’immédiat, à vos agendas ! Voici le premier calendrier d’octobre : Christian Prigent, concerts parl, 22e salon de la revue, Journée d’études "Regardez-moi ce travail : littérature de l’engagement" (inscription possible ci-après).
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