
Voici de quoi attendre la reprise de fin avril : Jean-Claude PINSON, Poéthique (Champ Vallon) ; Frank SMITH, États de faits (éditions de l’Attente) et Gaza, d’ici-là (Al dante) ; Jérôme BERTIN, Pute (Al dante).

Voici de quoi attendre la reprise de fin avril : Jean-Claude PINSON, Poéthique (Champ Vallon) ; Frank SMITH, États de faits (éditions de l’Attente) et Gaza, d’ici-là (Al dante) ; Jérôme BERTIN, Pute (Al dante).

Dans quel Etat vivons-nous ? Celui-là même qui, via la BNF, cherche à spolier les "petits éditeurs" et leurs auteurs en leur imposant la numérisation de milliers de livres "indisponibles" (cf. article de François BON). Celui-là-même dont l’oligarchie politique connaît des dérives (cf. ci-dessous les dessins du caricaturiste de talent Joël HEIRMAN)… Par ailleurs, nos Libr-événements : Christian PRIGENT, les 100 ans de principat de Jean-Pierre Brisset, le lancement du numéro 3 de la revue Place de la Sorbonne.

Christian Prigent, L’Archive e(s)t l’œuvre e(s)t l’archive, Supplément à la Lettre de l’IMEC, coll. "Le Lieu de l’archive", hiver 2012, 32 pages.
A l’occasion du dépôt de ses archives à l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine (IMEC), Christian Prigent a écrit cet
opuscule qui permet de faire le point sur sa fabrique scripturale comme sur son rapport à la Bibliothèque et à la critique génétique : après le volume Christian Prigent, quatre temps, voici donc le deuxième volet de la réouverture pour inventaire. De quoi s’agit-il ? Celui qui n’a jamais fait part du moindre intérêt pour la question des archives distingue trois types de documents : un dossier lacunaire comprenant brouillons et états divers de ses manuscrits ; les archives dites "familiales" (photos d’enfance et lettres essentiellement) ; des archives sonores et textuelles concernant les avant-gardes et les écritures expérimentales depuis les années 70 (cassettes audio, revues, affiches et programmes de multiples manifestations et colloques…), auxquelles s’ajoutent un ensemble étiqueté "socio-politique", qui témoigne du contexte des années 50-60 et des activités paternelles au sein du PC. Nous attend une surprise de taille : celui qui a fait son entrée dans le champ littéraire en un temps qui proclamait la mort de l’auteur n’est pas prêt à renoncer aux privilèges de l’auctor.

"La critique ne doit, ne peut même se limiter à parler des livres ;
à son tour, elle se prononce toujours sur la vie."
"Ne nous leurrons pas, notre jugement ne découlera pas de notre savoir :
celui-ci nous servira à restituer la voix de l’autre, alors que la nôtre
trouve sa source en nous-même, dans une responsabilité éthique assumée"
(Tzvetan Todorov, Critique de la critique, Seuil, 1984, p. 190 et 187).
" Faudrait-il tout gober, rejoindre le troupeau des consommateurs, soutenir aveuglément la rentabilité, louer de pseudo-petits-maîtres et contribuer à la déperdition de culture ? " En
ces temps d’anomie, telle est la question que doit se poser avec Micheline B. Servin tout lecteur qui s’interroge encore sur la notion de "valeur esthétique", et donc a fortiori celui qui s’adonne à cette activité à propos de laquelle Tzvetan Todorov affirmait d’emblée dans Critique de la critique qu’elle " n’est pas un appendice superficiel de la littérature, mais son double nécessaire (le texte ne peut jamais dire toute sa vérité) " (Seuil, 1984). En ces temps hypermodernes qui voient le règne des "graphomanes entoilés" (Antoine Compagnon) et d’un fantasme de communication directe des œuvres avec le public, et où triomphe une publicité diablement efficace – fournissant "un conditionnement attrayant, un service commercial combatif, […] une politique de prix agressive et une mise en rayon de grande envergure" (William Marx, "Critique littéraire et critique yaourtière") -, à quoi bon la critique, en effet ? Les critiques vont-ils céder le pas aux animateurs ? De fait, le plus inquiétant est le brouillage des frontières : ""Qu’il y ait une fiction de divertissement et une fiction littéraire, cela ne pose pas de problème. Mais qu’on désigne comme littéraire ce qui est du pur divertissement et qu’on passe sous silence ce qui est littéraire, c’est au mieux de la paresse, au pire une forme de collaboration avec la domination capitaliste" (Thierry Guichard).
Par ailleurs, pour qui les critiques écrivent-ils aujourd’hui ? Si, dans les années 70, la réponse à la question "Que doit faire la critique ?" paraissait évidente – devenir une science, comme l’avançait Northrop Frye -, qu’en est-il en cette deuxième décennie du XXIe siècle ? C’est dire à quel point s’avère stimulant le numéro spécial des Temps Modernes que, une trentaine d’années après l’ouvrage de Todorov, coordonne Jean-Pierre Martin : le pluriel du titre renvoie à la grande diversité des perspectives classées en quatre parties ("Diagnostics", "Affects", "Approches" et "Enjeux").
Les Temps Modernes, Gallimard, n° 672 : "Critiques de la critique", janvier-mars 2013, 256 pages, 20,50 €. [Disponible de mi-février à mi-avril dans les points de vente habituels ; après, commandable à l’éditeur]
► Sur Libr-critique : "Libr-critique.com dans l’espace littéraire numérique. Notes (auto)réflexives" ; "De la critique et de la fonction critique en terrain miné" ; "De la critique en terrain miné. Dialogue avec Pierre Jourde".
[Suite de la chronique ci-dessous, en trois temps : "Crise de la critique ?", "Des trois critiques aujourd’hui" et "Au risque de la critique…"]

Ce second article de Typhaine Garnier s’avère précieux pour saisir le fonctionnement de l’intertextualité dans la prose romanesque/carnavalesque de Christian Prigent.

En ce jour même où paraît en librairie Les Enfances Chino (P.O.L, 576 pages, 23 €), entretien avec cet ôteur dont le réelisme repose sur une négativité toute moderne. [Avec en toute fin une superbe reproduction du Carnet Goya choisie par l’auteur]

Demain paraît en librairie le dernier roman de Christian Prigent, Les Enfances Chino (P.O.L, 576 pages, 23 €), dont on trouvera ci-dessous la présentation éditoriale. [Ecouter ce qu’en dit l’auteur dans une vidéo de plus de 16 mn]
Fin des années 1950. Une petite ville bretonne, bourgeoise au cœur, industrieuse à ses
marges, rurale dès ses franges. Le jeune garçon Chino, descend dans un tableau de Goya : Les Jeunes. Ses figures fixes s’animent. Puis celles d’autres Goya croisés au long du parcours. Entre les lavandières posées au fond du décor et les deux filles debout sur la colline d’en face : 2 km, une demi-journée, 576 pages. Le rideau tombe juste avant que le monde ne bascule dans la nuit derrière le coteau : voici venir l’adolescence.
Entre temps, Chino aura engendré des doubles de lui-même : Fanch, Broudic, Pilar. Tempêtes sous ces crânes. On rumine exploits sportifs, idylles sucrées, cochonneries et forfaits. Traverses bucoliques, zones urbaines indécises, climats plus ou moins pourris. Nombreuses rencontres : harpyes, diables, fées, lutins, saints, âmes en peines, vieilles tordues, chiens qui parlent, jardiniers ivrognes et fillettes appétissantes. Démêlés avec la parentèle, cauchemars, ruminations sentimentales, violences aux animaux, pensées obscènes, deuils, controverses sur l’école, la société, le sexe. Bribes de prise de conscience politique : l’Histoire surgit sur des plaques de rues, des tombes, dans des rumeurs radiophoniques. On tente de voir un peu moins obscur le monde alentour. Et peu à peu, dans l’inachevé de l’enfance, coagule l’achèvement « adulte ».
En avant-première, voici une litanie de l’enfant ou des enfants/enfances, intitulée "Blues de l’enfant plié en quatre", qui constitue le 26e chapitre.
En ce dernier dimanche de janvier, après les Libr-événements de la semaine (lancement du numéro III de la revue Grumeaux à Ent’revues et Joël Hubaut à l’Atelier des Vertus à Paris), en UNE le tout dernier livre de Jean-Jacques Viton, Zama (P.O.L).
Suite à la parution chez Al dante de la fulgurante Eternité, Bernard Desportes nous a accordé un entretien tout aussi impressionnant (remarquables sont en effet sa réflexion sur la subversion comme son regard critique sur l’écriture et sur l’espace littéraire actuel !).

2013 part sur le bon pied… Au programme, deux Libr-événements supplémentaires : ce jeudi 17 janvier, rencontre au Bateau Livre de Lille avec Yves di Manno et Ivar Ch’vavar ; du 18 janvier au 11 avril 2013, rendez-vous avec "Saoul silence" par la compagnie Le Chant du silence, d’après Une erreur de la nature de Christian Prigent. Par ailleurs, vient de paraître : Trafic de Yoann Thommerel.

Faisons fi des superstitions et commençons l’année avec 13 notes dissonantes (Libr-réflexions, Libr-retours, Libr-anticipations, Libr-événements)… /FT/
[Où il sera question de Babel, de changement de / de fin du monde, de "crise"… Mais aussi, entre autres, de Samuel Rousseau, Luc Dellisse, Jean-François Amadieu, Frédéric Lordon, Sylvain Lazarus, Nicole Caligaris… Eric Chevillard, Bernard Desportes, Annie Ernaux, Jean-Michel Espitallier, Claude Favre, Pierre Jourde, Marc Perrin, Christian Prigent, Mathias Richard, Cole Swensen…]
Cette semaine, riche actualité dans la région Nord-Pas-de-Calais, avec Une phrase pour ma mère de Christian Prigent au Théâtre d’Arras, Les Fusils de la Mère Carrar de Brecht au Théâtre Massenet de Lille (en lien avec les universités) et la rencontre au Bateau Livre de Lille avec Dominique Quélen et Jean-Marie Blas de Roblès (éditions Invenit). Par ailleurs : trois jours de Rencontres autour de Christian PRIGENT à Bâle et 10e salon international des éditeurs indépendants à Paris.

À la suite des essais de Christian Prigent (1996) et de Jean-Claude Pinson (1999), tout en renvoyant à l’"Excitation" récente de Sitaudis et à mon étude sur la crise-de-la-poésie, vu la situation institutionnelle faite à la poésie en cet automne 2012 (tentative de suppression de la commission de poésie au CNL, coupe drastique dans les subventions à la manifestation "Le Printemps des poètes"), on peut poser à nouveau la double question : à quoi bon encore des poètes ? à quoi bon la poésie aujourd’hui ? Et relayer cet appel, en espérant qu’un maximum de Libr-lecteurs le relaieront. /FT/
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