Libr-critique

7 juin 2014

[Texte] Mathieu Brosseau, Si on met une fleur sur le cercueil…

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C’est avec plaisir que nous retrouvons la voix sans pareille de Mathieu Brosseau : drôle de machin, drôle de machine ici…

 

SI ON MET UNE FLEUR SUR LE CERCUEIL, CE N’EST PAS POUR COUVRIR L’HORREUR MAIS PLUTÔT POUR COUVRIR LE SENS DE L’ENTRETEMPS QUI NE PEUT AVOIR DE FIN ATTENDUE.

 

L’attente, bien sûr l’entente, c’est-à-dire pas de heurt dans le discours, des oiseaux dans les bouches qui parlent aux bouches, si ça couine, si ça claque sec, c’est pas du tout cuit, si ça crie longtemps, c’est du chant, c’est bon, l’eau roule ou coule, comme on veut, on comprendra. Si pas tout à fait, les sens rejoindront toujours toutes les directions de la boule. Qui se suffit à elle-même jusqu’à (?). Tu verras si tu tombes dans les pommes, si tu ne t’en souviens pas, inquiète-toi.

Dans la tête-boule, pas tout à fait ronde, l’homme pas tout à fait, l’attente, surtout vite pour pas d’ouverture, vite, le décor flou, les œillères servent à cela, vite, vite, pas d’ennui mais de l’étonnement, juste un filet maigre et rapide de salive, jeté d’entre les lèvres de l’agonisant, celui dont ce souvenir ému revient : il a côtoyé son mort quand il était très jeune.

 

Il y a un mort qu’on possède, comme pensent les enfants, à peu près.

 

Surtout vite, dénivelé de caniveau, pas haut, la jambe prise ou brisée dedans, les rotules et les pommes articulent, la langue coupée, j’ai un trou dans ma tête pas ronde, je ne sais plus ce que je voulais dire, attendez, l’adresse me forge, je vois de travers avec cette tête pas ronde, un œil à droite, un œil à gauche, que font-ils là, ces yeux collés ? Comme collés, les membres ont ce quelque chose d’insupportablement artificiel, comme collés, pas étonnant qu’il y ait machin, machine. Pour faire comme, c’est-à-dire tout rond à la perfection.

 

Le sanglier moulé dans le moteur, et rien ne sert de croire à l’arrêt du cœur, la colère de l’impatience, il a manqué son rendez-vous, il doit continuer à attendre, il fait bien chaud, l’attente est forcément ce qui crame quelques nerfs de conscience, continuer à attendre. C’est ce qui est cru, donc c’est nécessairement faux. Les entretemps deviennent répits, ceux-là même qu’on rejetait loin de nos rêves de nuit. Ils tremblent la conscience crue. De la fumée sort du crâne, la tête du veilleur a la tête machin, machine de l’horloge très XIXe.

 

Tu as du vernis sur les ongles, te dis-je. Et des ongles sur une peau. Fine, très fine et rouge. Un nuage arc-en-ciel gravite au dessus du puits gris. Un fantasme s’y croit, l’invention du vernis, comme pour faire reculer le moment où nous attendrons vraiment. Ce moment où nous n’y songerons plus. Il est bon, finalement de respirer, sans vernis pour suppléer. L’attente se donne parfois le visage de l’émotion. Alors que l’entretemps n’a qu’un seul visage. Musique métronome !

 

Entre chaque temps, quand tout est bon pour attendre bel et bien, l’heure ou pas l’heure, entre chaque aiguille, la question arrive parfois. Quand c’est la grande qu’on attend, au fil avançant du boucher, l’instant ou le lieu (c’est pareil, vous le savez) peut apparaître, la coupée est franche et entraîne le moment suivant (les images sont des bulles), mais entre les temps c’est nerfs-crispés-sur-absence qu’on pose vite vite travestie, vite vite, couvrez ce sein que je ne saurais voir. Seule l’absence est cruelle pour ceux qui. On, c’est irresponsable.

 

Sur une durée, n’importe !, pourvu que la porte soit fermée, la chose est close, dans le livre (début, fin et pensée de l’ensemble), par dessus rien à dire. Pourtant demeure la communauté des morts… Immense communauté des morts, ces catalogues sans nom de livres sans attention. Ce n’est pas la mort qui prend mais eux, ces inventaires ! Aura vécu 46 ans, 5 mois, 12 jours, 4 heures, 7 minutes, 59 secondes. Entretemps non calculés par le machin, machine, géant des vivants affairés. Seuls les éléphants savent mourir, en rond et respectueux des on.

 

Va dans la mousse à côté, juste à côté de la boîte. C’est presque une boîte à musique mais n’y va pas, l’herbe est douce ici et entre les temps, ce coussin de temps déclos, pas né, si serein. Si parfaits, ils n’auront pas à mourir. Ne va pas dans la grande boîte machin, machine. La collection des affaires classées, attentes terminées, circulez selon le mouvement autorisé, consultez, réalisez l’Histoire ! Allez, va, cours dans l’herbe, oui, va dans la mousse, pieds nus, pense à voir ! Pour mieux s’endormir sur les histoires qui ne commencent pas. Sans récit, tout passera vite, animal. La question remonte des entretemps refoulés. Ça purule. Te raconte pas d’histoire, tout ira très vite dans l’interdit vécu. Les vies non classées sont nécessairement fertiles. Et font des bulles de savon.

 

Le rythme hallucinatoire des humeurs, il nous faudrait une philosophie des humeurs ; philosophes, qu’attendez-vous ?!, rythme haletant des variations, c’est puissamment jouissif, le relief est jouissif, l’effort dans la côte fait monter le sang dans la tête-boule érectile, la course en montagne est jouissive, les nerfs (couvercles des absences, vous l’aurez compris) sont mis à l’épreuve par la douleur, on préfère la douleur à l’indiscutable crudité des entretemps, il ne s’agit pourtant que d’être seul ! Qui préfère sortir ? Couvrez-moi ce sein, je préfère l’aimer seul et aveuglé, plein d’arrêts dans la tête ovale. La stratégie du désir est ma seule maîtrise. Je mourrai maître de mon fuseau horaire, j’exècre les pays cannibales, se gargarise-t-il (morale comme territoire).

 

L’attente du final, bouquet nocturne, ça éclate, artificiel moment collectif pour les retrouvailles des vivants dont la communauté pile de la poussière d’os déjà poussière (il faut bien une architecture au corps) à saupoudrer sur le sang, même vieux, des morts déjà morts, n’a pas d’âge ; le meurtre, la faute, toujours la poussière sur la main crasseuse, la main communautaire, l’allumette enflamme ce bouquet d’artifice et l’artisan dira que ses objets rassurent ses morts. Les siens propres ! Tous casés entre les temps que l’attente nappe.

 

LA COMMUNAUTÉ N’EST PAS PRÊTE À PORTER LES AIGUILLES DE SES MORTS CAR ELLE NE SAIT CE QUI SE NICHE ENTRE LES AIGUILLES DE CHACUN DE SES VIVANTS. LA COMPLÉTUDE N’EST PAS POUR DEMAIN, FAUDRA QUAND MÊME L’INVOQUER, AU MOINS POUR NOTRE TÊTE, PLUS OU MOINS RONDE, COMME PENSENT LES ENFANTS À PEU PRÈS IRRESPONSABLES.

31 mai 2014

[Chronique] Jean-Michel Espitallier, Caisse à outils [Libr-Java 9]

Dans un champ poétique caractérisé par une lutte des classements d’autant plus âpre que l’espace est symboliquement et économiquement restreint, le succès et donc la réédition de Caisse à outils – juste après l’anthologie Pièces détachées – signifient à quel point Jean-Michel Espitallier a réussi sa gageure d’offrir à chaque curieux "des plans et des modèles pour construire son propre engin d’exploration". C’est dire à quel point il nous faut (re)lire ce trois-en-un (essai-manuel-panorama). Cette réédition n’apportant qu’une réactualisation des références – très utile au demeurant -, on commencera par la version relue de la chronique publiée en 2006 par Philippe Boisnard ; et on terminera par le dialogue critique que propose Fabrice Thumerel à son auteur. [Lire Libr-Java 8]

Jean-Michel Espitallier, Caisse à outils. Un panorama de la poésie française aujourd’hui, Pocket, 2006 ; édition revue par l’auteur, Pocket, coll. "Agora", printemps 2014, 256 pages, 12 €, ISBN : 978-2-266-25041-2.

 

Un manifeste postmoderne (Philippe Boisnard)

Jean-Michel Espitallier publiant Caisse à outils aux éditions Pocket, prenait un risque certain : témoigner de la création de la poésie française contemporaine, dans une édition grand public, à savoir accessible à tous, alors que les enjeux de cette poésie semblent demander une certaine connaissance de l’histoire de la poésie du XXème siècle et des questions qui s’y sont tissées. Risque dont lui-même n’était pas dupe, tel qu’il en témoigne dans sa première partie Ouvre-boîte : « Le pari n’était pas facile étant donné la grande diversité des gestes artistiques, la complexité des questions, la multiplicité des formes et des pratiques (…) Si j’emprunte parfois la casquette de l’historien, c’est qu’il me paraît difficile de prendre la mesure des formes contemporaines sans les replacer dans la continuité et les ruptures qui les ont produites, les légitiment, en expliquent les mécanismes et les apports. »
Lire cet essai, car il s’agit davantage d’un essai que d’un panorama, nécessite alors de tenir compte de ce grand écart, de ne pas voiler cette tension sous les prétextes, soit de spécialistes, soit de chapelles, qui discréditeraient par avance son effort de clarté, voire de clarification de certaines questions.
Alors, quel est l’enjeu précis de cette caisse ? Tient-il seulement à rendre visible les compartiments de la poésie contemporaine, les différents outils mis à disposition par les pratiques et les créations ? Cela pourrait être le cas, si nous nous référions seulement à la table des matières, si nous prenions cet essai seulement comme une taxinomie des différentes expériences contemporaines.
Mais ce serait aussi se détourner certainement de ce qui le creuse, venant indiquer non plus la simple description neutre de poésies, mais témoigner de lignes qui se construisent, s’affrontent, viennent se contredire, selon un rapport au temps, à l’histoire, à la société. C’est de cela que je voudrai parler ici.
Alors que le champ poétique au niveau des essais est dominé sans nul doute possible, depuis plus de quinze ans, par les thèses de Christian Prigent, ce qu’accomplit ici Jean-Michel Espitallier, sans le dire explicitement, c’est une réévaluation critique de la modernité prigentienne, et l’ouverture à de nouveaux horizons, dont témoigne fort peu Christian Prigent.
Que cela soit dans Ce qui fait tenir, ou encore dans ses articles, comme celui publié dans Fusées n°8 sous le nom Encore un effort, Prigent n’a de cesse : 1/ de défendre la pensée d’une modernité poétique qui se structure sur la négativité des grandes irrégularités du langage, sur l’illisibilité (cf. ce qu’il écrit encore à propos de Scarron : « Écrire, c’est alors faire injure aux écrits droits (…) inoculer là-dedans épouventable peste gangrenne » (p.52), 2/ de mettre en critique les pensées post-modernes, qui ne s’affrontent plus à cette logique, 3/ ceci en tentant de rabattre certains des auteurs de ce tournant post-moderne dans le champ de la modernité (cf. Fusées °8 : « Tout cela est bien intéressant [il parle de Fiat et Hanna]. Un peu tartarin, sans doute, dans le genre ultra-avant-gardiste. Derrière insistent lourdement, l’ombre de Burroughs, le spectre de Gertrude Stein (…) Côté théorie cela fait beaucoup de scolarité »).
Jean-Michel Espitallier pose la possibilité de sortir de cette logique, il la met en critique en se positionnant en rapport à un tournant post-moderne, que l’on retrouve aussi bien chez Christophe Hanna que dans ce que je tente de même de mettre en place au plan de la réflexion [cf. "Hackt° theory(Z)" dans Doc(K)S]. Mais en quel sens établit-il cette réévaluation post-moderne ?
Il accomplit son analyse dans la partie centrale de son essai : « Chronomètre, horloge, agenda », à partir de la mise en évidence de ce que c’est qu’être contemporain : « C’est parce que je suis contemporain que je vis mon temps et non le contraire » (p.137). Les questions de la poésie se polarisent sur l’époque où elle apparaît à partir dès lors, ni de la recherche d’une langue propre (idiolectale), ni de la volonté de faire surgir une propriété extra-époquale (le corps, le singulier, la pulsion, le ça, la négativité) qui serait voilée par l’époque. Bien au contraire, être contemporain selon Jean-Michel Espitallier, c’est saisir un certain nombre de questions « qui se posent mais ne me sont pas posées » (rupture de l’obnubilation du sujet), c’est intensifier des rapports logiques, politiques, sociaux, non pas en vue de trouver une part maudite, une sorte d’ipséité que la modernité rationnelle aurait voilée, mais selon le projet de les décrypter, de les mettre à jour du point de vue de leurs stratégies de domination, de diffusion, d’imprégnation. C’est pourquoi cette contemporanéité se définit en tant que tournant post-moderne. La post-modernité, comme j’y reviendrai par ailleurs, ne définit pas d’abord et avant tout une réalité époquale (même si cela peut être le cas), mais surtout la réévaluation critique des héritages qui ont défini l’histoire, selon une logique de mise à distance des méta-vérités qui l’ont structurée. Alors que la modernité poétique a opposé à la téléologie de la raison issue du XIXème siècle (Hegel, puis Husserl) une téléologie du sujet compris comme singularité et tout à la fois vérité d’une possible communauté politique (d’où la récurrence du thème de la révolution), la post-modernité ne revendique plus aucune forme de vérité/communauté, mais situe son travail comme déchiffrement des mécanismes politiques, économiques ou communicationnels qui définissent chacune des micro-segmentarités de vérité relative qui constitue la réalité parcellisée du monde occidental. Contre la performation moderne, le post-moderne tendrait à un travail critique. Contre l’idiolectal lié à l’assomption du singulier, la post-modernité poserait des langages conventionnels, issus des pôles hégémoniques de la représentation, mais cela à partir de la remédiation de leurs logiques ou de leurs contenus, selon des déplacements circonstanciels ou événementiels, selon des stratégies de déterritorialisation, sans réelle reterritorialisation dans une dimension de vérité. C’est ainsi que Jean-Michel Espitallier peut écrire : « Faisant le deuil du clivage historique entre passé et présent, le post-moderne s’inscrit en faux contre tout messianisme. L’écrivain post-moderne retourne contre eux les phantasmes d’une inspiration créatrice, raille l’esprit de sérieux et les supposés vertus politico-thérapeutiques de son travail. » (p.126)
Il était nécessaire qu’une telle entreprise puisse enfin voir le jour. Non pas qu’il faille en finir avec la modernité, mais au sens où elle permet enfin d’avoir accès à des pratiques qui, hétérogènes à l’intention moderne, ne pouvaient apparaître au vu de la focalisation moderne qui caractérise encore les pratiques expérimentales. Ainsi, même si Espitallier a tendance à tomber dans le name-dropping, et par moment à citer des noms qui sont peu pertinents par rapport à ce qu’il développe, il réussit à rendre visible, si ce n’est lisible, les nouvelles intentionalités poétiques qui s’élaborent. Il ne reste plus qu’à attendre maintenant des essais qui réfléchissent et approfondissent ces nouveaux horizons, qui ne seront plus de l’ordre de la caisse à outils, mais plus certainement tiendront du mécano.

 

Bricolage et vagabondage (Fabrice Thumerel)

Nul point de vue de Sirius ici, nul voyage olympien ni parnassien : c’est en bricoleur que Jean-Michel Espitallier propose ses découvertes et expériences, tout comme ses réflexions sur le renouvellement de l’objet poétique, les mutations de l’espace poétique, ou encore les pratiques transartistiques et transgénériques. Et parce que le bricolage ressortit à la "pensée sauvage" (Lévi-Strauss), cette caisse à outils s’avère aussi pratique qu’originale. Indispensable par sa riche diversité et la clarté de ses synthèses. Indispensable pour ses prises de position vives ou mesurées, ses mises en garde salutaires : assurément, on pourrait très bien se passer de ce "téléthon annuel" que constitue le Printemps des poètes, tout comme de l’incontournable "transversalité", "nouveau sésame de la cuistrerie branchée"… Le poétisme ne frappe pas que la poésie "traditionnelle", pouvant "se manifester dans la pompe lyrique ou le stylisme boursouflé comme dans la littéralité ou l’avant-garde" ; il importe donc de "se méfier des hâtives sacralisations du nouveau" – tant "il ne suffit pas de piloter de gros logiciels et d’articuler images, sons, textes, hologrammes, etc., pour faire la révolution poétique" (p. 50-51)… Quant au fameux cut-up, pour être "devenu l’une des marques de fabrique de l’époque", il n’en est pas moins discutable : il a "tendance parfois à se faire un peu rouleur de mécaniques postmoderne, besogneux à force de se vouloir démonstratif, démonétisé comme valeur d’échange en ateliers d’écriture, conformiste à se croire naïvement visa de toutes les modernités" (198)…

Reste que l’on se serait attendu à une plus grande révision : si le paysage ne s’est pas métamorphosé en huit ans, il s’est tout de même enrichi de nouvelles formes et teintes. Par exemple, concernant les poésies du dispositif, comment ne pas rendre compte précisément des apports théoriques de Franck Leibovici, Olivier Quintyn, ou encore Christophe Hanna ? Comment traiter les "écritures à contraintes" sans évoquer les expériences actuelles de Philippe Jaffeux ou de Bruno Fern ? Comment réduire les poésies numérique et multimedia à deux seules pages ? Comment ignorer cette nouvelle ligne de force que représentent les objets poétiques en français fautif (OPFF), de Claude Favre à Corinne Lovera Vitali en passant par Alexander Dickow ? le renouveau multiforme du lyrisme : le lyrisme objectif, dramatique ou spirituel, de Suzanne Doppelt, Sandra Moussempès ou Jean-Luc Caizergues ; le lyrisme spiritualiste de Mathieu Brosseau ; le lyrisme poéthique de Jean-Claude Pinson ; le lyrisme utopique  de Christophe Manon ou héroï-comique de Vincent Tholomé ; les litanies de Laura Vazquez ? Mais sans doute ne doit-on pas confondre le libre vagabondage de Jean-Michel Espitallier avec une exploration scientifique exhaustive.
To be continued ?

Reste que l’on est dubitatif quand, à la page 151 exactement, l’auteur reprend à son compte sans nullement l’interroger le label "extrême contemporain", qui le conduit loin de sa base poétique… Juste pour titiller un peu le poète essayiste, on rappellera brièvement la généalogie de cette appellation. En 1986, au cours d’un colloque auquel participent également Dominique Fourcade, Michel Deguy et Jacques Roubaud, Michel Chaillou forge le concept d’"extrême contemporain", c’est-à-dire d’un contemporain englobant les extrêmes. L’opération symbolique vise à rien moins que labelliser une plateforme d’écritures exigeantes conçue comme une alternative au modèle avant-gardiste agonisant. Peu après la publication des Actes de ce colloque (1987) dans la revue Po&sie dirigée par Michel Deguy depuis 1977, naît chez le même éditeur Belin la collection du même nom, riche aujourd’hui de quelque soixante-quinze titres. Depuis, l’appellation est entrée dans l’usage courant en matière de littérature, employée dans des colloques de spécialistes comme dans divers panoramas et articles de presse. Arrêtons-nous sur le premier colloque international consacré à cette notion aussi vague que vaste, qui a eu lieu en mai 2007 à Toronto : trois jours durant, des chercheurs du monde entier ont débattu sur les "enjeux du roman de l’extrême contemporain : écritures, engagements, énonciations". La première remarque qui s’impose est l’extrême extension du "concept", puisqu’il recouvre aussi bien l’écriture de soi que "l’écriture du jeu, l’écriture des idées et l’écriture du réel". Quant à la liste des auteurs dont il est principalement question, elle laisse pour le moins perplexe : Angot, Chawaf, Darrieussecq, Duras, Germain, Grainville, Houellebecq, Laurens, Toussaint… Quels rapports établir objectivement entre ces écrivains dont les pratiques comme les capitaux symboliques sont aussi différents ? Le succès de ce label s’explique par son "utilité pratique". Mais la difficulté de penser ou d’objectiver le contemporain justifie-t-elle la réduction de l’"extrême contemporain" au seul genre narratif ou à la seule "esthétique du fragment" ? le recours à l’amalgame, courant dans les milieux médiatiques, au sein d’une liste alphabétique d’auteurs des plus hétéroclites (de Abécassis à Wajsbrot, en passant par Adely, Angot, Apperry, Assouline, Beigbeder, Bon, Despentes, Echenoz, Ernaux, Germain, Houellebecq, Laurens, Michon, Pennac, Quignard ou Volodine) ? Pourquoi publier dans une encyclopédie un objet qui ne saurait relever d’aucun savoir car non construit, si ce n’est pour tenter, grâce à un fallacieux bricolage pseudo-théorique, de légitimer des "valeurs littéraires" défendues par telle ou telle chapelle, voire par le Marché même ? Car, à l’évidence, le label "extrême contemporain" possède deux atouts majeurs : c’est un terme neuf pour désigner des valeurs proches de celles contenues dans "avant-garde" : appartenir à "l’extrême contemporain", c’est être en effet à la pointe du nouveau. Est-ce à dire que, vigilant quand il s’agit du concept d’"avant-garde", Jean-Michel Espitallier a baissé la garde devant ce label en vogue ?
To be continued

18 mai 2014

[News] News du dimanche

Programme très chargé ce soir : après deux livres reçus (On sait l’autre d’Édith AZAM et Du bitume avec une plume de SKALPEL), nos Libr-événements (Polyphonies de Rennes, Théâtre à Toulouse, "Chantier" à Arras, Supersonique Littérature à Angoulême, retour du Général Instin…).

 

Livres reçus (Fabrice Thumerel)

Édith AZAM, On sait l’autre, P.O.L, 160 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-2094-4.

"Toujours la vieille affaire : le langage, le corps : l’autre" (p. 33).

Dehors : trois chevaux, "chevalos-cadavres" qui "se chevalopent" (26-27)… Dedans : la Nausée… On sait l’autre est un agencement répétitif qui s’interroge sur le processus d’identification dans un monde aliénant, sur notre rapport à L’AUTRE… En ce temps de Nausée hypermoderne, l’Autre ce n’est pas l’Enfer, mais l’éboulement, l’effacement, le guêpier

Le texte nous indique lui-même sa propre dynamique scripturale : "Parler le vertige des oiseaux. Écrire des phrases courtes que l’on tourne jusqu’en boucle pour qu’elles nous relèvent ou, pourquoi pas, en inversant les lettres, qu’elles : nous révèlent. Le vertige nous parle des oiseaux" (22). On notera ici le trait idiosyncrasique d’Édith Azam : les deux points servent à rythmer la phrase, à la dramatiser, finissant par provoquer une vision épiphanique. Deux autres exemples : "Toutes les vies nous les volons pour prendre à l’autre son visage : on ne fait pas si vite face : à son absence : d’identité" (37) ; "[…] l’homme est la plus belle nature : morte" (101).

 

SKALPEL, Du bitume avec une plume, Al dante, 40 pages, 7 €, ISBN : 978-2-84761-769-6.

Voici un texte-cri salutaire qui entend donner voix aux marginaux. On ne peut s’empêcher de citer quelques saillies d’anthologie : "Le métro ou le RER, ça peut être dangereux. T’as des justiciers qui attendent de passer à l’action" (9) ; "On tape sur le plus faible quand on n’a pas le courage de se révolter contre celui qui nous opprime réellement. Un vieux classique de l’histoire des dominants" (19) ; "[…] cet enfoiré de crasseux réactionnaire de Houellebecq. Un petit écrivain-éditocrate-réactionnaire pour bourgeois hystériques et dissidents frustrés d’extrême-droite" (24) ; "Ne me parlez pas de nature humaine à la con. Rien à foutre de ça" (39)… Dommage, néanmoins, que ce soit trop brut de coffre.

 

Libr-événements

â–º POLYPHONIES Rennes, du 23 au 25 mai à la Maison de la poésie (47, Allée Antoine Rebillon à Rennes / 02 99 51 33 32) : ouverture le vendredi 23 à 18H30, puis inauguration de la fresque poétique ; samedi 24 mai à 20H30, lecture de Christian Prigent au Jardin de la Maison de la Poésie / Péniche spectacle, et dimanche 25 mai à 15H celle de Dominique Quélen… Et aussi : Laure Limongi et Olivier Mellano, Pascal Commère…

â–º En Compagnie des Barbares présente une soirée en deux temps et une exposition au Théâtre du Grand Rond à Toulouse du 20 au 24 mai 2014 à 21h : CRI & CO, d’après le recueil de Christophe Macquet publié par Le Grand Os en 2008, suivi du TAROT DES FÉTICHES (tirage de tarot pour une personne à la fois d’après le jeu de lames de Karine Marco et les poèmes d’Ana Tot).

Retrouvez les livres de Christophe Macquet, Ana Tot et Karine Marco au coin librairie du théâtre

Réservations et infos / Théâtre du Grand Rond : Tél : 05 61 62 14 85

â–º Du 26 mai au 5 juin, "Chantier (œuvre en cours)" >> Workshop de MIET WARLOP / Être lieu (21, Bd Carnot à Arras)


Lundi 26 mai – chantier #1 (Vernissage à 18h)
Mardi 27 mai – chantier #2
Merc. 28 mai – chantier #3

(Chantier ouvert au public à 18h)

>> Lundi 2 juin à 17h
SECRET CHANTIER ( 60 ’)
Un film de Catherine Lefebvre
Film réalisé en 2007 aÌ€ l’occasion de la rénovation du Channel, SceÌ€ne Nationale de Calais. Catherine Lefebvre, la réalisatrice, a obtenu du directeur artistique Francis Peduzzi une carte blanche et un terrain de jeu de tous les possibles, ainsi que l’accord des ouvriers qui travaillaient dans ce grand chantier. MeÌ‚lant documentaire fictif et réalité, elle invite les protagonistes aÌ€ entrer dans sa danse, dans son jeu. Ce film a été projeté lors de l’inauguration du nouveau Channel.

>> Mardi 3 juin à 17h
CHORÉGRAPHIES CONTEMPORAINES : LE DÉSOEUVREMENT AÌ€ L’OEUVRE ( 60 ’)
Conférence de François Frimat
auteur de Qu’est-ce que la danse contemporaine ? Presses universitaires de France

>> Jeudi 5 juin à 20h 30
SPRINGVILLE ( 60 ’)
Une performance chorégraphique et plastique de Miet Warlop entrée 5€
réservations 09 54 68 69 04
billetterie@latitudescontemporaines.com

Dans Springville, nous assistons aÌ€ la métamorphose d’un micro univers dans lequel les personnages mi-hommes, mi-objets tentent de cohabiter et de conjuguer leurs efforts. Obéissant aÌ€ une logique absurde, ces créatures disproportionnées nous émeuvent par leur dysfonctionnement exprimé dans un langage visuel poétique qui respire le chaos, crée le suspense et force l’étonnement. Peu é peu, elles changent de physionomie pour former une série de tableaux vivants, anarchiques mais muets, qui prolifeÌ€rent aÌ€ l’infini. Springville est une performance dans laquelle l’image prime. La scénographie, les costumes, les attributs et les personnages sont inextricablement liés et se confondent.

>> La thématique “ EN CHANTIER “ ouvre aÌ€ d’autres expériences (pédagogiques et artistiques) qui seront présentées dans les espaces arts plastiques annexes :

LES BERGERS DE HEILPALEN ( 16 ’)
Film réalisé en 2006, “ Les bergers de Heilpalen “ nous montre l’étrange métier de Jos et Dominique au milieu d’un chantier. Catherine Lefebvre emploie le vocabulaire du documentaire et nous fait découvrir l’intimité de ces deux bergers singuliers.

CHANTIERS DE CREATION : DE LA POSSIBILITE DE RESTITUER UN SPECTACLE THEATRAL
Le spectacle NO US (ouÌ€ vont tous ces gens qui marchent sans regarder) de la compagnie québécoise “Les productions Alfred avait raison“ fut présenté le 3 avril aÌ€ la suite d’une courte résidence aÌ€ L’eÌ‚tre lieu en partenariat avec l’université d’Artois et le festival ARSEÌ€NE 2014. Photos, vidéo, témoignages… proposeront la restitution aÌ€ distance
de ce chantier de création.

CHANTIER MATERNELLE : FACE A SPRINGVILLE
ApreÌ€s avoir visionné le spectacle “ SPRINGVILLE “ de Miet Warlop, les enfants de l’école maternelle Florent Delattre aÌ€ Anzin-Saint-Aubin ont inventé leur propre chantier. Diffusion de la vidéo qui relate cette expérience pédagogique.

Dans le cadre des Ch’mins de Traverse, d’autres événements sont aÌ€ découvrir :

LA PART DU RITE ( 40 ’)
Une performance chorégraphique et plastique de Latifa Laâbissi
Jeudi 5 JUIN à 19h 00
MUSEE DES BEAUX-ARTS D’ARRAS, 22 rue Paul Doumer 62000 ARRAS Entrée 5€
réservations 09 54 68 69 04
billetterie@latitudescontemporaines.com

BIG BAD COLD ( 40 ’)
Une performance de Miet Warlop et 8 performeurs
Dimanche 1er JUIN à 15h 00
ACCEÌ€S LIBRE ET GRATUIT
LA BRASSERIE d’art, 5 rue Basse 62111 Foncquevillers – www.artbrasserie.com Navette gratuite au départ de l’eÌ‚tre lieu aÌ€ Arras, 21 Bd Carnot aÌ€ 14h 00 réservation obligatoire : 09 54 68 69 04

Programme détaillé : http://fr.calameo.com/read/0001067128afe3e768676

â–º SUPERSONIQUE LITTERATURE, performances littéraires et musique : Hughes Jallon & Frédéric D. Oberland / Jean-Michel Espitallier & Kasper T. Toeplitz / Emmanuelle Pireyre & Toog
Vendredi 30 MAI – 20h30 – au Conservatoire Gabriel FAURÉ d’Angoulême

Une soirée organisée par DATABAZ, à l’invitation de la classe d’électro-acoustique du Conservatoire d’Angoulême.

Participation libre mais nécessaire

Venez découvrir trois duos écrivain-musicien qui travaillent dans l’oralité , dans les jeux de langue, les jeux de sonorités en questionnant les conflits contemporains, la mémoire, la violence ou encore les enjeux écologiques selon une approche engagée, mais dans laquelle résonne le rire. Ils feront résonner texte et musique dans une énergie performative, sonique et galopante.
Des écrivains singuliers et des musiciens expérimentaux qui vous feront entendre une parole poétique selon de nouvelles dimensions.

– Kasper T. Toeplitz / Au delà des frontières des musiques contemporaines ou non académiques, Kasper T. Toeplitz compose et interprète une musique électronique puissante faites de drones intenses. Durant son parcours atypique, il est passé du rock-punk à des opéras et des pièces contemporaines ancrées dans le vingtième siècle. Ses références sont alors Scelsi, Ligeti, Penderecki puis Nono, Stockhausen et Xenakis. Il a gagné de nombreux prix et collabore avec des artistes inclassables, les musiciens Eliane Radigue, Zbigniew Karkowski, Phil Niblock, et des chorégraphes, des vidéastes, des photographes.

– Jean-Michel Espitallier est représentatif d’une génération qui opte pour des pratiques poétiques variées, construites, accumulatives et, souvent, drôles, au croisement du texte, du son et de l’image. Poète inclassable, il joue avec des listes, détournements, boucles rythmiques, proses désaxées, faux théorèmes, propositions logico-absurdes, sophismes tordent le cou à la notion si galvaudée de poésie, en inventant des formes neuves pour continuer de faire jouer tout le bizarre de la langue et d’en éprouver les limites.

– Hugues Jallon est directeur des éditions la Découverte depuis 2013. Il est l’auteur de trois fictions politiques originales dont la dernière, Le Début de quelque chose (2012), a été monté par Myriam Marzouki au festival d’Avignon en 2013.

– Frédéric D. Oberland est un artiste de l’image et du son (études de cinéma à la Fémis et de sciences politiques). Il manie la guitare électrique avec intensité autant que la caméra pour des films expérimentaux sélectionnés dans de nombreux festivals. Multi-instrumentiste et expérimentateur dans l’âme, il développe à un projet intitulé FareWell poésie, un collectif composé de musiciens parisiens et du poète / cinéaste Jayne Amara Ross.

– Emmanuelle Pireyre alterne écriture de livres et diverses formes mixtes présentées dans des lectures publiques (textes incorporant des vidéos, schémas, conférence Powerpoint …). Elle donne des cours d’écriture à des danseurs, participe comme comédienne aux films d’Olivier Bosson, aime collaborer à des projets collectifs qui décalent l’écriture vers d’autres domaines, musique, théorie, radio. Elle a reçu le prix Médicis en 2012 pour son livre Féerie générale aux éditions de l’Olivier.

– Gilles Weinzaepflen a publié une demi-douzaine de disques sous le pseudonyme Toog sur des labels américains, japonais, allemand, anglais et français Il a beaucoup tourné aux Etats-Unis principalement et au Japon. Il a mis en musique des textes poétiques pour le théâtre et a réalisé un film sur le champ poétique intitulé La Poésie s’appelle reviens. Son travail de poésie est publié dans des revues comme Nioques, et il fait des lecture avec le musicien David Fenech.

 

â–º Du 30 mai au 8 juin 2014, exposition et performances – littérature, street-art, sons… performances vendredi 30, samedi 31 mai, jeudi 5, vendredi 6, samedi 7 juin à 20 h ; vernissage samedi 31 mai à 19 h / galerie ouverte tous les jours sauf lundi de 15 h à 19 h (22 bis rue Dénoyez 75020 Paris, métro Belleville) : avec + de 30 artistes, et la participation d’élèves du lycée Albert-Camus de Bois-Colombes

Général Instin (GI) revient prendre d’assaut la rue Dénoyez et son mur dévolu au street-art à Belleville.

Point de départ de l’événement : une œuvre de Vincent Tholomé et Maja Jantar présentée dans la galerie, Conquête du pays Ugogo, carte dessinée retraçant l’exploration d’un pays exotique imaginaire par une bande de soldats qui remontent un fleuve vers sa source pour y disparaître.
Pour cette deuxieÌ€me édition d’Instin Belleville, écrivains et street-artistes collaborent à la création d’une fresque monumentale sur le mur de la rue Dénoyez, reprise en écho dans la galerie du 22 Bis. Performances, lectures, musiques ponctuent ce joyeux cérémonial. Au total, une trentaine d’artistes sont mobilisés pour fêter la déroute légendaire de leur Général.

Programme

Exposition et performances, galerie et mur rue Dénoyez, 30 mai au 8 juin
Delphine Bretesché, Mathieu Brosseau, Marie Decraene, Alexis Forestier, Maja Jantar, Sunny Jim, Itto Mehdaoui, Jérôme Mesnager, Pedrô !, SP 38, Vincent Tholomé
journal de Benoît Virot
et travaux d’élèves de 1re du lycée Albert-Camus de Bois-Colombes, classe de Sébastien Rongier

Lectures / performances / musique etc. à 20 h
vendredi 30 mai Philippe Aigrain, Olivier Apert, Marlène Jean, Cécile Portier, Lucie Taïeb, David Tuil
samedi 31 mai Philippe Aigrain, Olivier Apert, Maël Guesdon, Marlène Jean, Anthony Poiraudeau, Marie de Quatrebarbes, David Tuil
jeudi 5 juin Séverine Batier, Christophe Caillé, Sylvain Granon, Alice Letumier, Anne Savelli, Joachim Séné
vendredi 6 juin Jean-Philippe Gagnon, Maja Jantar, Christophe Manon, Vincent Tholomé
samedi 7 juin Delphine Bretesché, Juliette Mézenc, Mathilde Roux, Benoît Vincent

festival proposé par Patrick Chatelier et SP 38, avec Nadege Derderian
photographies Thierry Lainé

Général Instin,

projet artistique ouvert, initié par l’écrivain Patrick Chatelier et inspiré du vitrail tombal du général Hinstin (1831-1905) au cimetière Montparnasse, existe depuis 1997 et compte près de 150 participants, en majorité écrivains mais aussi plasticiens, street-artistes, musiciens, vidéastes, comédiens…
Général Instin est une suite de gestes artistiques qui se répondent et se complètent, toujours en devenir.
C’est aussi un soldat fantôme, spectre du véritable général Hinstin (par ailleurs totalement oublié).
C’est le personnage en train d’apparaître (ou disparaître) d’une fiction collective.
C’est une réplique du processus de création avec ses incertitudes, ses tâtonnements, ses impasses.
C’est une prolifération formant comme un paysage géologique qui grandit de ses dépôts successifs.
Quoi d’autre ? Chacun a son Général.

La quête de l’Aïeule universelle

En filigrane, avec la mémoire et la guerre comme lignes thématiques, le projet Instin fait référence aux tragédies passées dont nous sommes les héritiers : conflits mondiaux ou génocides, par exemple. La Conquête du pays Ugogo (ugogo signifie « aïeule » en zoulou), progressant vers le cœur des ténèbres, pourrait ainsi évoquer la colonisation. Cet arrière-plan de la folie humaine, soumis à la distance artistique, est détourné selon des voies parfois graves, parfois loufoques. Le soldat Miguel de Cervantès avec son Don Quichotte ne faisait pas autre chose.

Exploration de formules nouvelles, utilisation de nombreux supports réels ou virtuels, fabrique multidimensionnelle de déplacements, associations inédites entre matières, entre formes, entre disciplines, entre populations, entre artistes et non-artistes, sont des leitmotivs du GI.
De l’épars, du fragment, du diffracté, du paradoxe, composons une force : composons un réseau, une nébuleuse, une mouvance. Pour conquérir les moyens de combat et de résistance du XXIe siècle.

20 avril 2014

[News] News du dimanche

On commencera ces NEWS du dimanche par une nouvelle rubrique, Libr-5 : chaque semaine ou presque, une sélection des livres reçus et recommandés, une sorte de quintessence en un Libr-coup d’œil. Aujourd’hui : Christian Prigent, Véronique Pittolo, Frédéric Boyer, Daniel Pozner, collectif sur la lettre au cinéma. Ensuite, nos Libr-événements (RV poétique à Tourcoing ; Mathieu Brosseau) et notre Libr-web (numéro 0 de la revue numérique Le Cafard hérétique ; blog PRIGENT).

Libr-5

â–º Christian Prigent, DCL épigrammes, P.O.L, avril 2014, 272 pages, 9 €, ISBN : 978-2-8180-2064-7.

Le Moderne, une nouvelle fois, cligne vers un Ancien : Martial, qui « n’est pas de la "race irritable des poètes" » ; Martial, qui "synthétise et met en forme comique le bruitage du temps" (p. 14 et 16)… Grand écart entre le Ier et le XXIe siècle : en quête de mécènes, Martial est "un peu comme nos poètes contemporains clients des institutions (bourses, subventions, aides à la création, résidences d’artiste) et habitués des soirées de lectures-performances et autres ateliers d’écriture)"… Un Martial carnavalisé, trempé à l’acide satirique :

Si je pourrais foutre une vioque ? Oui.
Mais toi tu es morte : c’est encor pis.
Oui je peux baiser Hécube ou Niobé
Mais avant qu’en chienne ou pierre changée (51).

â–º Véronique Pittolo, Une jeune fille dans tout le royaume, éditions de l’Attente, printemps 2014, 158 pages, 11,50 €, ISBN : 978-2-36242-047-4.

"À quoi bon écrire des livres à l’heure du mariage pour tous ? […]

Écrire des livres à l’heure des blogs et de la réaffirmation du mariage comme valeur extrême ne rend pas l’auteur plus intéressant que les millions d’internautes, de pseudos masqués ou dévoilés. Qui croira à une épopée miniature qui n’est pas un conte ni un poème, mais tout cela à la fois et rien de particulier qui accroche la mémoire, l’émotion, l’identification ?" (p. 9 et 15).

Nous on y croit, et mordicus !

La poésie comme travelling d’âge en âge
conte cruel
Agencement Désaccordé-Nitroglycériné…

â–º Frédéric Boyer, Dans ma prairie, P.O.L, avril 2014, 80 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-2054-8.

Agencement répétitif et lieu poétique…

"D’abord choses sans nom. Distances infinies. Êtres secrets. Ma prairie. Qui vivent et toujours seront. La nuit produire des messages mûrs comme des fruits non parlants. Des choses libres avec la faiblesse craquante de l’herbe" (p. 25).

â–º Daniel Pozner, / d’un éclair /, Passage d’encres, coll. "Trait court", avril 2014, 42 pages, 5 €, ISBN : 978-2-35855-089-5.

Épiphanies poétiques…

"Ce matin café craché, des taches, portrait, chromatographie, palimpseste, c’est matin qu’il faudrait l’écrire, au son d’un prélude et fugue, mais il est tard et loin, je dormirai demain, et pas de mot, du jour blanc déjà, sonnez trop tôt matines" (p. 34).

â–º La Lettre au cinéma, études réunies par Eléonore Hamaide-Jager, Françoise Heitz, avec Patrick Louguet et Patrick Vienne, Artois Presses Université, coll. "Lettres et Civilisations étrangères", série Cinémas, avril 2014, 270 pages (papier glacé, avec de magnifiques reproductions), 20 €, ISBN : 978-2-84832-188-2.

Caractère unique ou polysémique, tronqué, éphémère ou tatoué, lettre d’amour ou de dénonciation, lettre perdue, égarée, retrouvée, oubliée, déchirée ou espérée, lettre-vidéo, ou courrier électronique, image palimpseste, la lettre emprunte mille formes pour interroger la création cinématographique. Après la littérature, le cinéma s’en empare, dès son origine, jouant de la missive comme ressort dramatique dans son rapport à l’espace et au temps et déjouant les difficultés de la monstration du caractère graphique dans le récit filmique.
Si la lettre comme échange épistolaire au cinéma a déjà fait l’objet de plusieurs études, ce recueil entend s’arrêter plus particulièrement sur le signe graphique hantant ou structurant l’image cinématographique, sa présence et ses effets de sens, comme miroir et emblème de l’écriture filmique, entre mimésis et sémiosis. D’adjuvant technique quand elle supplée l’absence de parole, la lettre tend à devenir un élément de la plastique générale du film, au-delà du simple motif ou thème, voire un principe de mise en scène, passant du «â€¯visible au lisible », selon la formule de Deleuze. Participant à l’esthétique très travaillée de certains génériques, la lettre habite aussi le film dans son entier, laissant voir de manière plastique les ambiguïtés, les hésitations et les décisions des personnages, de façon d’autant plus signifiante quand ils sont eux-mêmes des artistes en phase de création. Certains réalisateurs en disséminent, voire en saturent leur œuvre, accentuant de cette manière les effets d’auto-citation et de reprises et la dimension réflexive de leur film. Ancrés dans l’alphabet personnel du créateur ou dans la mémoire collective, ces caractères balaient le champ de la communication entre les personnages mais aussi entre le réalisateur et le spectateur, témoin d’une énonciation en acte.
C’est l’objet du présent volume, à travers une série d’études menant du muet au cinéma le plus contemporain, français ou étranger, du film expérimental au blockbuster, en passant par le documentaire ou le film d’animation que de représenter la lettre dans toutes ses acceptions et manifestations graphiques, plastiques ou esthétiques.

Libr-événements

â–º Samedi 10 mai 2014 à partir de 18h, La Confection Idéale (50, rue de Mouvaux à Tourcoing – près de Lille) : lectures "no limit" avec les poètes Bruno Fern, Dominique Quélen, Cécile Richard, Patrick Varetz, Victor Martinez, & co.

â–º On lira dans le dernier numéro de la Quinzaine Littéraire (2e quinzaine d’avril 2014) le poème inédit de Mathieu Brosseau.

Libr-web

â–º On lira avec intérêt le numéro 0 de la revue en ligne Le Cafard hérétique.

â–º Autour de Christian Prigent : parmi les derniers posts, un dyptique sur Les Enfances Chino, un bel hommage de Bruno Fern et le programme détaillé du colloque de Cerisy. Lors de ce RV exceptionnel, nous espérons retrouver un maximum d’entre vous, Libr-lecteurs prigentiens : il reste des places, inscrivez-vous au plus vite (en début de page du programme, cliquez sur le bon de réservation).

26 juillet 2013

[Chronique] Mathieu Brosseau, Ici dans ça, par Mathieu Gosztola [Dossier Brosseau 3/3]

Voici le dernier volet du Dossier consacré à Mathieu Brosseau à l’occasion de la parution de Ici dans ça – que nous vous invitons à découvrir durant cet été. (De même, vous pourrez profiter de la pause estivale pour remonter la UNE…). Cette chronique de Matthieu Gosztola fait suite à son dialogue avec l’auteur.

Mathieu Brosseau, Ici dans ça, Le Castor Astral, été 2013, 175 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-85920-943-8.

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24 juillet 2013

[Entretien] La mort dans la langue, dialogue entre Mathieu Brosseau et Matthieu Gosztola [Dossier Brosseau 2/3]

Plutôt que ici, mais toujours dans ça… le dialogue exceptionnel entre deux poètes de talent.

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13 juillet 2013

[News] Collectif Général Instin, La Prise de la Belleville [Libr-@ction – 3]

Nous tenons à remercier chaleureusement Patrick Chatelier d’avoir associé à Libr-@action la manifestation organisée par le collectif Général Instin – cette "fabrique multidimensionnelle de déplacements" -, qui aura lieu du mardi 16 au dimanche 21 juillet rue Dénoyez (Paris 20e) : Libr-lecteurs et Libr-@ctionnaires, vous êtes invités à cette folle semaine de performances et d’affichages !

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9 juin 2013

[News] Mathieu Brosseau, Ici dans ça (1/3)

La sortie imminente du dernier recueil de Mathieu Brosseau, Ici dans ça (Le Castor Astral) étant un événement, on retiendra la première rencontre avec l’auteur (lecture de Nâzim Boudjenah ; Denis Chouillet au piano) : jeudi 20 juin 2013 à 19H30, Médiathèque Marguerite Duras (75 020 Paris). On trouvera ci-dessous toutes les informations et liens vers des extraits (y compris sur LIBR-CRITIQUE).

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3 juin 2013

[News] Poésie en marche…

Le Marché de la poésie n’existe pas… N’existe que la poésie en Marche. Celle qui se pratique dans l’aller-vers. Tout le reste n’est que lisseting et markéterature. Parcours en zigue & zag des rendez-vous à ne pas manquer…

31e Marché de la poésie, place Saint-Sulpice (75 006), du jeudi 6 au dimanche 9 juin 2013 : 550 éditeurs et revues de poésie & création littéraire (record battu, of course !) ; invité d’honneur : l’Irlande ; président d’honneur : Serge Pey.

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24 février 2013

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de février, ces NEWS commencent par un Spécial poésie spaciale, suite à la publication chez Al dante de la remarquable anthologie des GARNIER préfacée par Isabelle Maunet-Saillet. Suivront un Pleins feux sur l’actualité de Christophe FIAT, un RV avec Christophe MANON au Taps Scala de Strasbourg pour la mise en scène de son Qui vive (Dernier Télégramme, 2010) et un aperçu du prochain livre de Mathieu BROSSEAU, Ici dans ça (extrait publié dans La Vie manifeste). /FT/

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3 janvier 2013

[Chronique-News] Libr-13…

Faisons fi des superstitions et commençons l’année avec 13 notes dissonantes (Libr-réflexions, Libr-retours, Libr-anticipations, Libr-événements)… /FT/

[Où il sera question de Babel, de changement de / de fin du monde, de "crise"… Mais aussi, entre autres, de Samuel Rousseau, Luc Dellisse, Jean-François Amadieu, Frédéric Lordon, Sylvain Lazarus, Nicole Caligaris… Eric Chevillard, Bernard Desportes, Annie Ernaux, Jean-Michel Espitallier, Claude Favre, Pierre Jourde, Marc Perrin, Christian Prigent, Mathias Richard, Cole Swensen…]

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6 mars 2012

[Revue] Ce qui secret, n° 2

Ce qui secret, n° 2, janvier 2012, 20 €, ISBN : 978-2-95355531-8. Nouveau site : ici.

L’aventure de cette revue singulière continue, avec une deuxième livraison et un nouveau site. Vous attendent Guénaël Boutouillet, Marc Perrin, Mathieu Brosseau, David Christoffel, Antoine Dufeu, Bruno Fern, Fred Griot, Christophe Manon, Ian Monk, Pierre Vinclair, Vincent Tholomé…

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26 janvier 2012

[Chronique] Poésie et système poétique. Lettre ouverte de Mathieu Brosseau

Des dadaïstes à Christian Prigent, en passant par Denis Roche, les (re)mises en question(s) de la poésie et du microcosme poétique n’ont pas manqué. Dans À quoi bon encore des poètes ? (P.O.L, 1996), Christian Prigent va jusqu’à parler de “corporation”, laquelle “souffre d’un double complexe : un de supériorité (la roborative vanité d’être affairé à polir la perle des pensées au cœur d’un monde mercantile et histrionesque) ; et un d’infériorité : le sombre sentiment d’une déchéance, d’une clochardisation intellectuelle, d’un tournis en rond dans l’échange quasi inaudible des revues à cinquante lecteurs, des opuscules voués à la nécrophagie bibliophilique et des lectures accablantes d’ennui devant quelques amis venus à charge de revanche” (p. 49). Pour sa part, dans une lettre ouverte envoyée après huit mois de retrait silencieux, Mathieu Brosseau revient sur l’imposture qu’il y a aujourd’hui à se dire “poète” et souligne la sclérose qui frappe le milieu poétique. Parce que, loin de toute vaine polémique, le point de vue de celui qui a si souvent fait la Une de notre site s’articule à une expérience singulière et soulève de saines interrogations, Libr-critique se devait de le publier. Si l’on ne peut évidemment prétendre que la desillusio (Bourdieu) débouche infailliblement sur une vérité objective, cette sortie du jeu a au moins le mérite de favoriser une prise de position qui ne manque pas d’authenticité. /FT/

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6 août 2011

[News] Libr-vacances (2/2)

En attendant la reprise dans trois semaines (Spécial revues : Tumultes sur les "écritures de soi entre les mondes", Francofonia sur les manifestes littéraires, Espace(s) sur "limites et frontières", derniers numéros de Chimères… Dossiers sur la subversion, Patrick Varetz, Bernard Desportes… Article de Jean-Nicolas Clamanges sur Roger Giroux… Chroniques sur Sylvain Courtoux, Nox, et Jérôme Bertin, Bâtard du vide, qui vont paraître dans un mois aux éditions Al dante ; Emmanuel Rabu, FuturFleuve, Léo Scheer ; H. Béhar et P. Taminiaux dir., Poésie et politique au XXe siècle…), voici la seconde livraison de Libr-vacances [lire la première].

Au programme : Libr-suggestions d’avant la reprise (François de Singly, L’Individualisme est un humanisme ; Eric Clémens, Mythe le rythme ; David Lespiau, Djinn John ; Nicolas Tardy, Un homme tout juste vivant, suivi de Pays des merveilles ; Gilbert Desmée, D’espoirs en désespoir, suivi de Chant ; Passerelles poétiques (collectif, éd. Corps Puce) ; Joël Baqué, Aire du mouton ; Frédéric Pradal, La Promenade des éloignés) ; Pleins Feux sur Christian Prigent ; Libr-infos (Publie.net, Plexus, Homo numericus) ; Opération Libr-vacance (Jean-Philippe Cazier, Hélène Sturm, Agathe Elieva et Françoise Lonquety). /FT/

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22 juin 2011

[Manières de critiquer] Sébastien Ecorce, Note sur UNS de Mathieu Brosseau (2/2)

Voici la seconde partie de la longue analyse philosophique de Sébastien Ecorce, qu’on gagnera à lire en regard du texte de Mathieu Brosseau. [Lire la première]

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19 juin 2011

[News] News du dimanche

Opération LIBR-VACANCE : en ces trois dernières semaines avant la pause estivale, nous préparons la même rubrique que l’année dernière ; merci de nous envoyer votre programme de vacances (lectures, spectacles, découvertes diverses) avant le 6 juillet (les premiers recevront un livre). Pour toute correspondance : libr.critik@yahoo.fr.

Découvrez en outre le riche programme à venir de LIBR-CRITIQUE et nos Libr-Brèves (HP Process et Virgile NOVARINA).

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