Libr-critique

30 décembre 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de l’année 2018, deux livres à (re)découvrir : Guillaume Vissac, Accident de personne, et Jean-Pierre Verheggen, La Grande Mitraque… Et quelques premiers RV en 2019…

Livres reçus /Fabrice Thumerel/

â–º Guillaume Vissac, Accident de personne, éditions Le Nouvel Attila, coll. « Othello », hiver 2018, 136 pages, 13 €, ISBN : 979-10-95244-14-1.

« Mourir une fois par jour, ce n’est rien.
À force, j’ai fini par arrêter de compter » (p. 90).

« Accident de personne »… La puissance de la langue technocratique (novlangue) réside dans sa capacité à déréaliser le monde social : dans les faits – têtus et concrets -, le corps que heurte tel ou tel train n’est à proprement parler celui de personne, sans identité fixée ; le suicide devient « accident » et la personne humaine rien, un corps d’abord anonyme, un individu quelconque – un néant social, un Nul. Et cet individu insignifiant peut suffire à vous gâcher le réveillon : « ce réveillon est nul : sont tous venus déguisés en suicidés & je me tape encore les bouchons dans les transports à cause d’eux » (112)…
Ce « roman en pièces détachées » – qui renvoie aux corps éclatés à cause d’un « accident de personne » – est la forme livresque d’une série publiée sur le compte de @apersonne et obéissant donc aux contraintes du tweet. Et ce n’est pas un hasard s’il est édité sous un label « dédié aux livres mutants » : ces « carnets du sous-sol métropolitain » – mais également du sous-sol sociopsychologique – proposent une polyphonie tragique, un subtil entrelacement entre texte et notes, un jeu de miroirs déto(n)nant. Soit par exemple le fragment suivant :
je paye plus mes factures,
on m’a coupé les ponts :
si j’arrête mon abonnement
SNCF le train va-t-il piler
devant ma tête offerte ?

Il renvoie à deux notes : « Voilà précisément pourquoi il faut, plus aujourd’hui encore qu’hier, « sauter à pieds joints dans la modernité » (ligne 2) ; « Les règles du jeu sont claires. Pas de ticket : pas de suicide »… La fantaisie atteint ici le saugrenu surréaliste et l’humour noir.

â–º Jean-Pierre Verheggen, La Grande Mitraque, 1968 ; rééd. L’Arbre à paroles, Amay (Belgique), dessin de couverture par Valère Novarina, décembre 2018, 100 pages, 12 €, ISBN : 978-2-87406678-8.

En plein 68 et juste avant l’aventure TXT, cette grande foutraque qui a obtenu un beau succès critique : « La Grande Mitraque, c’est le monde actuel dans ses aspects les plus immédiats, c’est aussi le conformisme, la bêtise, la cruauté de notre temps, c’est le baroque bariolé des Prisunics, la fureur des gadgets, c’est l’érotisme arrogant de la rue, des bars et des magazines » (André Miguel).

Libr-brèves

â–º

â–º Mercredi 9 janvier 2019 à 19H30, Les mercredis de Montévidéo (3, impasse Montévidéo 13 006 Marseille) : suite à la parution de Cas soc’, lecture de Jérôme Bertin et d’Élodie Griset.

► Jeudi 10 janvier à 17H30, Librairie Ombres Blanches à Toulouse : lecture-rencontre avec Jean-Claude Pinson, animée par Yves Charnet.

Jean-Claude Pinson, Là (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, Joca Seria, Nantes, été 2018, 280 pages, 19,50 €.

C’est LÀ, en Loire-Atlantique, qu’a vécu et vit le poète et philosophe Jean-Claude Pinson : cette somme egogéographique rassemble souvenirs personnels et familiaux, des évocations de la Loire et des villes qui l’ont marqué, des retours sur l’oeuvre (comme « Habiter la couleur »)…

En ce monde où claironnent les identitarismes les plus fallacieux, on retiendra cette salutaire mise en garde : « je crois dangereux d’invoquer des racines. La métaphore, avec son « pathos tellurique », suggère que « l’identité, remarque le philologue Maurizio Bettini, viendrait justement de la terre« . Ce faisant, elle conduit à établir une dangereuse hiérarchie entre ceux qui seraient les seuls fils authentiques d’une certaine terre qui les aurait engendrés (les Grecs parlaient d’autochthonia) et ceux qui y seraient simplement « survenus » (autrement dit les immigrés) » (p. 27). Et aussi la réflexion qui suit : « Chacun est un palimpseste, et il y a en nous autant d’identités dans les limbes que de langues mortes enfouies dans nos archives intimes, à notre insu le plus souvent » (p. 28). /FT/

â–º Jeudi 10 janvier à 19H, Librairie L’Imagigraphe (84, rue Oberkampf 75011 Paris) : rencontre avec Pierre Jourde à l’occasion de la sortie ce jour même de son dernier roman.

Présentation éditoriale. Mal aimée par une mère avare et dure, sa fille unique, à la mort de celle-ci, hérite d’un canapé-lit remarquablement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale d’Auvergne. Durant cette traversée de la France en camionnette, les trois convoyeurs échangent des souvenirs où d’autres objets, tout aussi dérisoires et encombrants que le canapé, occupent une place déterminante. À travers l’histoire du canapé et de ces objets, c’est toute l’histoire de la famille qui est racontée, mais aussi celle de la relation forte et conflictuelle entre les deux frères.
Un récit hilarant, parfois féroce dans la description des névroses familiales, plein de tendresse bourrue, de hargne réjouissante, d’érudition goguenarde.

11 novembre 2018

[News] News du dimanche

Au moment même où se termine le 28e Salon de la revue, et avant celui de l’Autre édition qui aura lieu en cette fin de semaine, en UNE, tout d’abord, « Les revues en revue… » Ensuite, notre Libr-10, puis nos Libr-brèves (Caligaris, Wauters, Festival Ritournelles #19, Doppelt, Hans Limon et son Poéticide, Stiegler)…

UNE : Les revues en revue…

Dans l’avant-dernier numéro de La Revue des revues, Jérôme Duwa perçoit « la revue comme coeur surchauffé de la machine littéraire. Ça vrombit, ça met en mouvement des flux, ça grince, ça fuit, de l’énergie circule et ça irrigue une quantité de membres formant une totalité organique. En cas de défaillance, l’explosion catastrophique n’est pas à exclure » (p. 95).

En cette soirée de clôture du 28e Salon de la revue, on ne peut que rendre hommage à celle qui les met en vue et les passe en revue depuis plus de trente ans… Entre autres, à découvrir dans les deux derniers numéros de La Revue des revues : pour le numéro 59, « Blaise Gautier et la Revue parlée » (R. Stella), « Format : poésie, la parole aux typographes » (Hervé Laurent), « Le mook, chimère éditoriale » (Frédéric Gai), « Pourquoi des revues ? » (J. Duwa)… Et pour le n° 60, « Quand le coeur d’Europe battait pour l’Espagne » (Jean-Baptiste Para), « Du Bout des bordes au bout du monde, les royaumes imaginaires de Jean-Luc Parant » (Jeanne Bacharach)…

► Voici le début de ma chronique sur le retour de TXT (n° 32°) :

Quoi TXT ? « Le Retour »… On n’en croit pas ses yeux : la dernière avant-garde historique recyclerait-elle une stratégie commerciale des plus éculées ? Le petit clin d’œil d’Éric Clémens dans sa contribution « La Mort n’existe pas », allusion à un texte paru dans la collection « TXT » (De r’tour, éditions Limage 2, 1987) – avec en prime la référence au fameux « imagimère » –, nous (re)met sur la bonne voie, celle de la distance ironique : Magna Via : vis comica !
Un quart de siècle après le dernier numéro et un demi après sa création post-soixante-huitarde, voici le « ressusciTXT » – selon le bon mot de Christian Prigent dans sa dédicace personnalisée –, revoici les TXThéoristes de la « communauté dormante » (p. 1)… Tous les principaux acteurs d’une aventure collective (1969-1993) qui avait à ce point marqué la fin du siècle qu’elle avait donné naissance à un véritable label : Philippe Boutibonnes, Éric Clémens, Jacques Demarcq, Alain Frontier, Pierre Le Pillouër, Valère Novarina, Christian Prigent et Jean-Pierre Verheggen ; les artistes de Supports/ surfaces ne manquent pas à l’appel non plus, avec Pierre Buraglio qui donne de nouveaux contours au sigle « TXT » trente-cinq ans après, et les créations toniques de Daniel Dezeuze (Grotesque), Claude Viallat (Conan) et de Jean-Louis Vila (La Méduse et le Paon). /Fabrice Thumerel/

Libr-10 : LC vient de recevoir et recommande…

â–º François BIZET, Dans le mirador, Les Presses du Réel, coll. « PLI », 96 pages, 10 €.

► Suzanne DOPPELT, Rien à cette magie, P.O.L, 80 pages, 13 €.

► Maria EFSTATHIADI, Hôtel rouge, Quidam éditeur, 128 pages, 15 €.

â–º Claude FAVRE, Crever les toits, etc., suivi de Déplacements, Les Presses du Réel, coll. « PLI », 96 pages, 10 €.

â–º Dominique MEENS, L’ÃŽle lisible, P.O.L, 304 pages, 22 €.

► Marcel MOREAU, À dos de Dieu, Quidam éditeur, 140 pages, 16 €.

â–º Florence PAZZOTTU, Le monde est immense et plein de coïncidences, éditions de L’Amourier, 116 pages, 13 €.

► Charles PENNEQUIN, Gabineau-les-bobines, P.O.L, 208 pages, 18 €.

► Christophe STOLOWICKI, Deuil pour deuils, Lanskine éditions, 88 pages, 14 €.

â–º Louis-Michel de VAULCHIER, Le Hall, Atelier de l’Agneau, 150 pages, 18 €.

Libr-brèves

â–º Mercredi 14 novembre, de 10 à 18H : Journée d’études sur Nicole Caligaris à l’ENSBA Lyon, organisée par la Station d’Arts poétiques (8bis, quai Saint-Vincent 69001 Lyon). Programme : ici. [Photo de Camille Faucheux]

► Vendredi 16 novembre à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012): Rencontre avec Antoine Wauters.

â–º FESTIVAL RITOURNELLES #19 – Samedi 17 novembre, La brasserie de l’Orient : 6 Esplanade François Mitterand, 33500 Libourne :
* 18H30 : Dégustation littéraire avec Julien Blaine, entrée 10 €. [Réserver]
* Rencontre et lectures avec Amandine Dhée, La Femme brouillon (Editions La Contre Allée) et Stéphanie Chaillou, Le Bruit du monde (Éditions Noir sur Blanc, collection Notabilia).
Deux récits de femmes qui interrogent la nécessité de se battre contre les carcans d’une culture toujours archaïque, ce qui revient à se faire violence pour être enfin soi-même.
Rencontre animée par Thomas Baumgartner.
Infos pratiques : Entrée gratuite – réservation conseillée sur reservation@permanencesdelalitterature.fr

► Dimanche 18 novembre, à l’occasion de la publication de Rien à cette magie, Double Change et la galerie éof vous invitent à une lecture de Suzanne Doppelt et Avital Ronell qui débutera à 18h Galerie éof (15 rue saint fiacre 75002 Paris).

► Vendredi 23 novembre à 19H, à la librairie Le Coupe-Papier, Laure Sagols accompagne Hans Limon dans une lecture-présentation de Poéticide, texte hybride mêlant poésie, théâtre et roman. C’est à 19h, au 19, rue de l’Odéon 75006 Paris. M° Odéon.

â–º Samedi 24 novembre, de 14 à 19H : Une journée avec Bernard Stiegler, organisée par l’Association Lacanienne Internationale (25, rue de Lille 75007).

16 juillet 2018

[News] Libr-vacance 2018 / 1

Plus que jamais, en ce temps de saturation médiatique, c’est le moment d’entrer en vacance : ce premier volet de Libr-vacance vous invite à méditer avec Leslie Kaplan sur/avec Mai 68, à lire une sélection de livres très récents, à rendre hommage à Christophe Marchand-Kiss, et vous donne RV au festival de poésie Voix vives…
Face à la liesse de ce 14-Juillet à double révolution, faut-il suivre le flaubertien fleuve humain auquel fait allusion Jean-Claude Pinson dans son dernier livre, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique)  ? « Flaubert, qui n’aimait pas la foule, écrit à Louise Colet que, néanmoins, "les jours d’émeute", il se sent "enivré par une poésie humaine, aussi large que celle de la nature, et plus ardente" »…

UNE : le Mai 68 de Leslie Kaplan, du chaos au chantier…

Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier, P.O.L, mai 2018, 80 pages, 9 €.

Il était un temps où l’espace social français n’était pas saturé par une seule obsession, l’invasion des "Migrants", que seul peut chasser cet antidote magique, la Victoire-des-Bleus… Une Coupe du monde quand la coupe est pleine, des Bleus contre les bleus à l’âme, le Mondial contre les ravages de la mondialisation…

« Et alors "quelque chose se passe"
qui remet en cause l’ordre normal, habituel, les choses en l’état, le surplace, apparemment calme, en fait violent, la répétition du mensonge […]
en mai 1968, c’est l’absence de hiérarchie
au contraire, c’est l’égalité, la liberté réciproque
la parole est partout, dans tous les milieux, chez tout le monde » (p. 39).

« ET ALORS vient la question : tout ça s’est fait dans des mots, paroles, dialogues
est-ce suffisant pour une révolution ? certes non
une révolution suppose un changement du cadre de pensée établi
mai 1968 a été un mouvement de contestation du cadre actuel, de la société capitaliste marchande
un mouvement très fort, général
et après 68, il y a eu une "reprise en main" terrible
un retour en force de la société de consommation

les paroles vivantes ont été "récupérées", c’est-à-dire : sont devenues des clichés » (p. 47-48).

Ces clichés, nous les avons tous en tête sous forme de slogans : "Faites l’amour, pas la guerre !" ; "Il est interdit d’interdire !" ; "L’imagination au pouvoir !" ; "La beauté est dans la rue" ; "Prenons nos désirs pour des réalités !" ; "Soyons réalistes, demandons l’impossible"… Mais, dans sa conférence interrompue par quelques personnages tout droit issus de ses textes, Leslie Kaplan insiste autant sur la chape de plomb du régime gaulliste que sur la prise de parole : mutisme des dominés… silence sur les opprimés… silence sur la France de Vichy, la guerre d’Algérie… Contre une certaine doxa selon laquelle Mai 68 est avant tout une révolte hédoniste et consumériste, un soubresaut individualiste, l’auteure nous invite à penser 2018 grâce à ce mouvement anticapitaliste : plutôt que de nous laisser engluer dans un individualisme de masse et un identitarisme de mauvais augure, retrouvons notre puissance d’étonnement, un désir de singularité qui passe par l’altérité !

Libr-15 : LC a reçu, lu et vous recommande

♦ Philippe ANNOCQUE, Seule la nuit tombe dans ses bras, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 152 pages, 16 €.

♦ Julien BLAINE, De quelques tombeaux de feus mes amis & de feue mon amie, Au coin de la rue de l’Enfer (04), mai 2018, 54 pages, 13 €.

Julien BLAINE, Catalogue de l’Exposition 1968/2018 = 1/2 siècle & Julien Blaine = 3/4 de siècle, Marseille, édition im/paires et éditions Galerie Jean-François Meyer, mai 2018, 64 pages.

♦ Philippe BOISNARD, Vie et mort d’un transsexuel, éditions Supernova, juin 2018, 86 pages, 10 €.

♦ Comité restreint, L’Inclusion qui va, éditions Louise Bottu, mai 2018, 128 pages, 7 €.

♦ Christophe ESNAULT, Mordre l’essentiel, éditions Tinbad, printemps 2018, 336 pages, 26 €.

♦ Bruno FERN, Suites, éditions Louise Bottu, juin 2018, 162 pages, 14 €.

♦ Laurent GRISEL, Journal de la crise de 2008, éditions Publie.net, printemps 2018, 272 pages, 20 €.

♦ Pierre MÉNARD, Comment écrire au quotidien. 365 ateliers d’écriture, Publie.net, 2018, 450 pages, 24 €.

♦ Cécile PORTIER, De toutes pièces, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 180 pages, 18 €.

♦ Jean-Claude PINSON, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, éditions Joca Seria, Nantes, juin 2018, 280 pages, 19,50 €.

♦ Olivier QUINTYN, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €.

Revue des Sciences Humaines, Université de Lille III, n° 329 : "Orphée dissipé. Poésie et musique aux XXe et XXIe siècles", printemps 2018, 296 pages, 28 €.

♦ Marc-Émile THINEZ, L’Éternité de Jean, éditions Louise Bottu, juillet 2018, 140 pages, 14 €.

♦ Patrick VARETZ, Rougeville, éditions La Contre Allée, Lille, printemps 2018, 96 pages, 8,50 €.

 Libr-brèves

â–º En hommage à notre ami Christophe Marchand-Kiss (1964-2018), qui nous a quittés trop tôt, sur Libr-critique on pourra (re)lire un extrait de Mère/instantanés et une chronique sur l’un de ses textes publié sur Publie.net en 2009.

â–º Bien que ce festival méditerranéen ait bien changé, RV à Sète du 20 au 28 juillet : avec notamment Béatrice Brérot, Sébastien Dicenaire, Frédérique Guétat-Liviani, Jean-Luc Parant et Pierre Tilman.

17 mars 2018

[Article critique] Michaël Moretti, Fresh rhétorique (à propos du volume collectif Poésie et Performance) [1/2]

Olivier Penot-Lacassagne & Gaëlle Théval dir., Poésie et Performance, éditions Cécile Defaut, Nantes, mars 2018, 312 pages, 24 €, ISBN : 978-2-35018-392-3.

 

Chaud, chaud, la voilà enfin la synthèse, avec de rares illustrations en noir et blanc, tant attendue sur poésie et performance. Il est à regretter l’absence d’étude sur les futurismes (italien, Lista ayant le monopole, et russe, où un comparatisme aurait été enfin intéressant bien que Marinetti ait été moqué par les zaoum), de jeunes poètes trans(e)-poétiques[1] autres que les slameurs et un  index des noms qui aurait été bien utile, les nombreuses redites entre les contributions (la célèbre polémique 2010 entre « flip flap » Roubaud-Smirou et « vroum vroum » Blaine-Prigent-Bobillot justifiant l’existence de ce livre fourbissant des armes théoriques en faveur de la performance ; chacun y va de sa conception de la performance dans chaque contribution en répétant pourtant les mêmes concepts, etc.) ! A part le parrain bienveillant Bobillot, les chercheurs sont jeunes, poussent au portillon même si la recherche n’en semble malheureusement pas renouvelée. Pourquoi les surréalistes sont systématiquement oubliés, mystère – revanche de l’histoire par rapport à Dada qui avait été minoré ? Si la progression semble chronologique, pourquoi les entretiens, comme une respiration bienvenue, où les poètes eux-mêmes semblent meilleurs analystes de leur pratique que les universitaires, de Blaine, mémoire de la performance, entre Dufrêne et Heidsieck, alors que Gilles Suzanne offre une étude sur Juju plus loin, et de Prigent, statique sur table vociférant ses textes comme du Shakespeare mal joué, entre Filliou et Luca ? Si le titre est générique, pourquoi ne pas avoir utilisé le pluriel tant il existe de pratiques en poésie et en performance ? L’épais P & P est tout de même important. Décidément, merci les (Nouvelles) éditions Cécile Defaut[2] .

 

 

 

Cadre

 

Penot-Lacassagne problématise sans lourdeur en privilégiant une lecture historique, théorique et critique. Une série de questions tient lieu de problématique.

De façon pour une fois compréhensible, quoique ça « ente » (p. 15) sur un fond toujours aussi scolaire, évoquant l’inévitable Goodman, comme les étudiants et professeurs d’esthétique ou d’arts plastiques nous abreuvent de Benjamin et L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, la brillante Gaëlle Théval envisage plusieurs définitions (Métail, Zerbib avec les critères de présence du lecteur et du public ou variable temporelle, d’évènement et de traces, de corps, voix[3] et action, ou variable matérielle et d’effectivité-efficacité, bien que ces derniers termes suscitent d’amples interrogations d’ailleurs non soulevées, avec contact avec le public ; l’indispensable Zumthor, qui utilisa les trois premiers critères sus-cités ; la grille médiologique figée de Bobillot, intellectuellement séduisante mais remémorant le triste temps du dogmatisme structuraliste, qui infuse actuellement jusqu’aux analyses de ses étudiant.e.s, attristant effet du système mandarinal universitaire qui s’auto-entretient dans le milieu compassé et pourtant nécessaire des colloques) pour finalement accoucher d’une souris : « cadre de perception ou, selon la formule d’ORLAN, un cadre vide où des pratiques viennent s’interroger’ ». Avouons que l’exercice est difficile tant la performance est fuyante comme le sable tout en tentant de trouver une définition suffisamment ouverte.

 

Fondations

 

Bobillot réussit, en survolant, le tour de force d’évoquer Les poèmes à crier et à danser dans le titre de sa participation sans citer dans le corps du texte Pierre Albert-Birot, PAB[4], ce qui aurait mérité tout de même un développement bien que la place manque ! Sans doute est-ce évident au point de l’omettre.

La performance naît dans le cabaret : Goudeau et les Hydropathes, les improvisations de Rollinat, que Bobillot exhume pour notre plaisir, via Ghil dont les simultanéistes (Barzun, Divoire, etc.) sont les héritiers, c’est son dada et un nouvel éclairage ; le poème simultané du Cabaret Voltaire. Réelles présences ! Tout est en place dès la fin de la Grande guerre. La mythologie, sur des faits historiques avérés, est heureusement renforcée. Pas de doute, nous sommes dans le disque dur du performeur. S’ensuit une conclusion imbuvable tant elle est médiologique, c’est mon avis.

 

Judith Delfiner affine sur Dada, dont la performance est l’essence grâce au rituel cathartique, et leurs pratiques dites hybrides, tant le mot est aujourd’hui galvaudé[5] : la « poésie performée » se décline en poésie sonore (Lautgedischte), simultanéité et hasard avec expulsion du sens à cause du trauma de la guerre. Le mystique et solipsiste Ball (Kabbale, Maître Eckhart, Boehme, Extrême-Orient) fait son trou avec sa poésie phonétique abstraite, Karawane (1920) où il dénonçait l’arbitraire du signe, qui contrastait avec le corps, contraint par choix, pour offrir une « image magique complexe ». Une contextualisation à l’aide de l’histoire de l’art[6], le spiritualisme de Kandinsky, est bienvenue. Le génial Schwitters[7] radicalisa l’incarnation phonétique avec l’essentielle Ursonate (1922-32). L’analyse aurait dû être plus substantielle tant cet artiste, un peu à part[8], est décisif – Patrick Beurard-Valdoye, enseignant aux Beaux-arts de Lyon aurait eu sûrement des choses à dire mais sans doute n’appartient-il pas au même réseau de chercheurs. Sur le primitivisme de Tzara, l’éclairage est pertinent : la poésie nègre, d’abord grotesque, devient recherche d’authenticité. Le but était de faire peur aux bourgeois qui venaient s’encanailler, en rejetant leurs valeurs, tout en renvoyant à la sauvagerie contemporaine. Tzara renforce l’expérience collective avec la poésie simultanée, dissonnante[9]. Le public était actif.  La spontanéité primait. L’art total, venu de Wagner, était confirmé, les sens convoqués.

  

S’ensuit une étude pointue[10] par Penot-Lacassagne sur Artaud qui cent fois remettait l’ouvrage sur le billot en ponctuant son écriture d’un coup de hache dedans. Normal pour celui qui surprenait par sa percussion et sa commotion. Pour l’artiste « auto-engendré », perturbé par le rapport à l’« autre », le terme de pénétration, semble plus opérant que celui, adopté ici, de perforation. Si l’auteur retrace les influences d’Artaud sur les avant-gardes spectrales[11] postérieures (Lettrisme, Dufrêne, Heidsieck), il passe rapidement sur la lecture essentialiste de Blanchot pour étudier avec précision les soirées d’intervention d’Artaud (conférence « Le théâtre et la peste », 6 avril 1933 à la Sorbonne où il toucha le sens plutôt que de représenter une agonie trop spectaculaire; conférence du Vieux-Colombier du 13 janvier 1947 où en lutte avec le langage, il « produit des effets par-delà le dire » à l’aide de la « perforatrice » glossolalie[12]; Pour en finir avec le jugement de dieu, janvier 1947 par la médiation de la radio), mythiques par leur échec tant séminal – ou la sidération suscitant parfois l’incompréhension, à l’origine de la poésie performée telle que déjà contenue dans Le théâtre et son double dont le « théâtre de la cruauté » (du Living theater à Castellucci en passant par Bruyère par exemple, mais il est important de séparer, pour l’analyse, performance et théâtre, bien que les relations puissent être étroites comme le démontrait le fabuleux et nécessairement polémique 59e Festival d’Avignon 2004 avec Fabre, Abramovic, Lambert-wild ; De Simone aurait sans doute pu écrire des choses à ce sujet, etc.) qui n’est pourtant pas cité étrangement. C’est cependant la contribution la plus importante du livre en nombre de pages. Le corps aux sens aiguisés est incarné jusqu’à être porteur de sens. Péno pour Penot-Lacassagne qui passe son temps à s’auto-citer, en notes seulement, d’accord.

 

Lettrismes

 

Fabrice Flahutez réussit à embrasser la complexité du lettrisme et de ses diverses pratiques. Trop de mots relèvent du jargon, pas tant dans l’analyse, mais les lettristes l’imposent, ce qui contribue à les rendre obsolètes voire ridicules rétrospectivement. Nous retrouvons le non verbal post-guerre. La thèse de Flahutez est que « Le lettrisme est une poétique performative qui […] veut renouveler complètement le rapport à l’œuvre et faire de cette dernière un point d’intersession entre l’artiste, la vie, le public » (p. 83). L’interprétant, essentiel, s’investit, s’exécute en extrayant le phonème de son support d’origine dans une salle où le public participe activement, ne serait-ce qu’en affirmant sa désapprobation : « La poésie performe le réel au sens où elle est action » (p. 75). Le roman hypergraphique (polyautomatique), comme nouveau système de langage universel qui anticiperait, de façon anachronique ici – biais du chercheur qui doit à tout prix l’éviter, les langages informatiques, est une « œuvre ouverte » (U. Eco). Le ciné lettriste est disruption, comme on dit maintenant, entre son et image sur fond de found footage (de gueule ?). Le spectateur participe de l’œuvre plastique, sens duchampien exclu, selon trois critères laissant songer à Kenneth Goldsmith[13] plus matérialiste tendance numérique, en incluant le descriptif du procès avec restitution analogique : analogie plastique, prose poétique et alphabets imaginaires. Au fond, ce qui différencierait le lettrisme de Dada, ce serait l’appropriation de la théorie de l’information (Shannon, Nyquist), tarte à la crème de l’époque alors qu’aujourd’hui les datas, entre théorie de l’information et cybernétique sur fond d’intelligence artificielle rebattue, nous sont serinés. Les chahuteurs Isou, Lemaître, Debord et Wolman risquent de revenir nous perturber pour manifester leur désapprobation car la thèse est un peu courte et ils rejetteraient le terme de poétique. Tautologie : le lettrisme est une poétique performative car ce serait une poétique performative. Bon.

 

Si Schwitters était à part de Dada, Dufrêne se démarque également du lettrisme, quoique. Pour parodier Bashung : c’est comment Dufrêne ? Mon chouchou. Plus dans le théâtre, l’approche de Cristina De Simone, qui en profite pour faire la pub pour sa récente thèse, est plus faible : elle articule le lien rupture / continuité, avec le lettrisme en un « Je t’aime moi non plus » complexe, à la Sciences Po – encore une adepte du « En même temps » ; la pratique poétique est peu décrite sauf p. 97-99. Nous restons sur notre faim quant au rapport entre poésie et performance alors que c’est un maillon essentiel, comme il est dit, trop tard et sans détail, à la fin. A l’extinction de l’aventure ciné du lettrisme (fin 1952), Dufrêne vire vers Le Soulèvement de la jeunesse en liant, dans une dialectique complexe, art (contre le langage) et politique (cause révolutionnaire). S’ensuit le rapport de DuDu avec Antonin (répétition chez De Simone de « Toute l’écriture est une cochonnerie » comme un mantra rassurant ; doublon avec Penot-Lacassagne sans dialogue intertextuel[14] ; sortie de la page) et surtout son pote Wolman à qui il suce la roue (crirythmes, ou impro au magnéto avec cris, et mégapneumes ; Fausse route et manifeste Introduction à Wolman, 1950). Sur le fondement du témoignage nourri de Hains, la révélation est que Dufrêne ne s’attaque au magnéto qu’à son retour de service militaire au Maroc en 1957-58. Une nouvelle phase s’ouvre avec le deuxième numéro de Grâmmes l’« Ultra-Lettrisme ». C’est là que Chopin entre dans la danse, en s’inspirant de DuDu pour la création de la « poésie sonore »[15]. Dufrêne dépayse la langue jusqu’à la rendre « exotique » grâce au « trompe l’oreille » de l’allitération, distanciation au sens brechtien – le théâtre revient au galop, des homophonies, de l’orthographe phonétique, qu’accentuera Katalin Molnar, pour dénoncer le langage formaté. Tombeau est à cet égard un travail essentiel et radical. Dufrêne change ses fréquentations sans rejeter les anciennes. Est considéré également le travail plastique du décollage avec des affiches, le cinéma. Si la conclusion insiste sur le côté passeur du lettriste et sur son apport dans le virage vers la poésie-performance (Lebel, Lambert et Chopin), le descriptif de De Simone est un peu court.

 

Heidsieck, Heidsieck, aïe aïe aïe !

 

Théval fait pétiller Heidsieck en des bulles d’abstr-action qui, en une ekphrasis fine et une synthèse dense et remarquable mais fausse, tente de saisir l’évolution de la poésie sonore à la poésie-action au plus près. C’est un festival de sabir universitaire, à faire passer Derrida pour Spirou, à sabrer absolument : si c’est intellectuellement « ludique »[16], l’exosquelette théorique pollue la compréhension de la pratique d’Heidsieck, jusqu’à faire de graves contresens, qu’elle tente maladroitement de légitimer dans le champ violent de la recherche tout en faisant un pas de côté par rapport au défricheur Bobillot pour se démarquer sans résister à la fin à l’hommage médiologique – passation de pouvoir entre deux générations de professeurs qui se rendent hommage ou congratulations indirectes inutiles. En une dialectique habile mais vaine (scénographie de l’écrit, de l’écrit à la scène et synthèse-foutaise, du texte en action à l’écrit en performance avec force oxyMoretti), elle aborde de façon originale « l’œuvre d’un poète sonore sous l’angle a priori paradoxal de l’écrit » (p. 129). Angle passionnant, ma foi. L’hybridité (constitutive), l’exemplification, l’inter- ou trans-médiation, quoiqu’inscrite dans le temps depuis le fluxus Dick Higgins (p. 128), la rematérialité invoquées sont des termes d’origines anglo-saxonnes à la mode dans la recherche universitaire actuelle, tout comme ailleurs le management mal compris et calqué sans discernement, en manque de concepts précis, mal traduits, pour saisir une pratique certes difficile à analyser. Ce qui n’empêche que l’éculé « donner à voir » d’Eluard est sans cesse convoqué. Echec et mat à l’alma mater qui tâtonne. C’est émouvant. Rentrons dans la novlangue[17]. Evoquer la scénographie, qui n’est même pas définie ici, aurait été rejeté par Heidsieck, outre la référence implicite au théâtre, étrangère à Bébert. Après l’évocation de l’incarnation dans l’hic et nunc, Théval retrace le contexte non sans tordre la réalité puisque « Projeté dans l’espace » (p. 117 ; p. 124) se réfère implicitement au projective verse d’Olson, pour finalement annoncer son plan, l’articulation entre écriture, oralité et performance. L’intérêt est de montrer l’évolution d’Heidsieck en tentant de lui donner une cohérence a posteriori[18] alors qu’elle n’est que le fruit d’une praxis qui se référerait plutôt à un empirisme non continental – Heidsieck étant fortement influencé par la poésie anglo-saxonne (notamment les beats de la rue Gît-le-cœur avec Burroughs, surtout Gysin ; Théval cite quand même les Fluxus à l’American Center, p. 118) – qu’à une œuvre pensée mûrement depuis le début, cas assez rare, Sitaudis en est une énième preuve. Il est vrai qu’Heidsieck a théorisé, a évolué dans ses conceptions mais toujours a posteriori et sans manifeste qu’il laissait à Chopin, pratique éculée des avant-gardes dont Dada se moquait déjà.

 

Thèse

 

Dans « biopsies » et « passe-partout », l’écrit est matériau par prélèvement, lu d’une voix neutre avec la pénétration de discours décalés voire opposés. Sabir ? « Les textes prélevés exemplifient ainsi leurs propriétés discursives, mais aussi leurs propriétés médiologiques » (p. 119). Imbitable, la répétition n’éclaire pas plus. Dans les écrits urbains (Le Carrefour de la Chaussée d’Antin, 1973 ; Démocratie I et II, 1977-79 ; Derviche/Le Robert ; La Poinçonneuse, 1970 ou poème narratif où l’écrit est envisagé comme le arrrgl « medium communicationnel » p. 120), l’écrit est matrice du poème. La ponction dans la réalité existait déjà chez Dos Passos[19] et d’autres ; elle est combinée avec la critique de la société de consommation également dans le postérieur Tentative d’épuisement d’un lieu parisien de Perec (1975, 1982, 2007). L’écrit serait un support provisoire du poème – ce qui est un non-sens, sinon il ne serait pas publié selon la volonté de l’auteur ; c’est une étape essentielle intégrée logiquement dans le procès. Pour moi, la partition n’est en rien un processus avec des directives indiquées ou mode d’emploi comme chez Fluxus. Les notes ne sont pas documentation, précisément ; contrairement au développement du raisonnement, elles font partie intégrante de l’œuvre, un peu comme chez Duchamp que Théval connaît pourtant bien, sinon ce seraient des gribouillis sur feuilles volantes pour génétique des textes.                           

 

Antithèse

 

Le rapport « polémique » (Bobillot) au livre est évident. Si Mallarmé récusait la notion de partition musicale, il est fort probable qu’Heidsieck, imprégné pourtant de musiques contemporaines, concrètes notamment, au Domaine musical (p. 118) et ailleurs, en fît de même, bien qu’il ait nommé une partie de sa production « poème-partition », source de malentendus dont il se doutait. Et Ah la la, re-couche de Goodman en filigrane de toute la contribution : « Il y exemplifie la propriété d’être le support traditionnel du texte, auquel le poète arrache par sa lecture le poème » (p. 125). Il n’y a aucun arrachement, car comme la non distinction corps/esprit, longtemps peu compréhensible en occident, texte et lecture ne sont aucunement séparés, jamais, car créés ensemble (le gueuloir ne date pas d’hier – Flaubert ; la dialectique de Théval finit par aboutir à l’évidence après moult distorsions et contorsions inutiles : « L’image du poème lu finit alors par devenir indissociable du texte » (p. 127), c’est le poème et non l’image du poème dont il s’agit ici ; « L’écrit prend ainsi une place significative, non seulement comme tremplin, mais aussi comme partie du sens du poème, faisant de ce dernier un véritable dispositif intermédial » (p. 127 : nous y revoilà !). Le terme dispositif est précisément la preuve d’une relecture a posteriori à cause de l’influence des arts plastiques dans la poésie contemporaine. Qualifier de « papyrus » Vaduz, même si c’est par l’auteur lui-même, c’est, dans l’histoire longue du livre, faux, puisque le défilement serait horizontal de gauche à droite : il s’agit ici d’un rotulus, soit le déploiement vertical de haut en bas avec lecture de gauche à droite, la différence est considérable. Par contre, il est vrai que « l’impératif technique n’est pas seul à en dicter la forme » (p. 126) car trop souvent l’utilisation du Revox est présentée comme la cause, dans une optique techniciste à la Bernard Stiegler, de la sortie du livre.

 

Synthèse

 

Là, les bras m’en tombent : le visuel ou déroulement progressif de la partition viendrait s’adjoindre au corporel et au technique ; c’est faux, il est partie prenante car pensé et exécuté en même temps. Le déroulement de l’analyse de Théval dénature l’acte même de création d’Heisieck tel qu’il l’a conçu. La surprise croît : « L’écrit acquiert alors un statut qui n’est plus celui du support de la partition pour entrer à son tour en performance » (p. 129). La phrase est habile comme transition dans le déroulement de la démonstration, fausse, mais ladite partition est performance effective mais non en virtualité ou en potentialité, contrairement à Mallarmé pour le coup. La phrase de Flahutez à propos des lettristes pourrait être reprise ici : « La poésie performe le réel au sens où elle est action » (p. 75). La progression de Théval semble fausse, donc erronée, à cause de la vieille confusion classique des catégories aristotéliciennes (effectivité, efficience, virtualité, réalité) qui ont pourtant essaimé dans la scolastique fondant l’alma mater. « L’écrit scénique » (p. 129) ne peut caractériser en rien Heidsieck, la référence théâtrale ou musicale est trompeuse. Souligner que « l’écrit scénique peut s’autonomiser au point de n’avoir plus vocation à être lue » (p. 129) est extrêmement marginal chez Heidsieck au point que ce n’est en rien significatif dans son œuvre et sa compréhension. Certes, la fameuse « hybridité » est constitutive, c’est la mode – la transdisciplinarité serait plus juste malgré le côté barbare de l’expression qui a été également galvaudée, c’est pourquoi il ne peut y avoir « rematérialisation » puisque la matérialisation est intégrée dans l’élaboration de l’œuvre : le re est de trop.  L’aufhebung retombe à plat. La mention d’exposition des bandes magnétiques par Heidsieck aurait permis d’éviter ce qui apparaît comme une erreur de raisonnement en saisissant la pratique d’Heidsieck dans sa matérialité. La médiation du micro n’est en rien évoquée, elle est pourtant essentielle. Il manque une sociologie de la réception au regard des notes d’Heidsieck. Nous échappons heureusement au concept à la mode de « communs », qui ne sont pas que des wc, dans le sens où le poète sortirait de sa tour d’ivoire, hisserait la poésie hors du livre pour aller à la rencontre des publics et s’investirait dans l’espace public qu’il générerait parfois dans une vision romantique éculée.

Si la poésie s’honore d’une habile jonglerie avec un corpus bien maîtrisé et les références hétérogènes, limitées dans un champ restreint, toutefois[20], rêvons qu’un jour Gaëlle Théval pense enfin par elle-même avec des concepts qui lui seront propres en forgeant ses outils.    

 

            Après le Carrefour de la Chaussée d’Antin, Boulevard Hausmann

 

Heidsieck, Fluxus. Alors Hausmann, pour une fois pas effacé à cause de Schwitters, leurs rapports étaient complexes. Encore un angle passionnant. Sauf que l’écrit de Cécile Bargues est plus centré sur Raoul que sur Fluxus – donc sa place aurait été logique après Bobillot et Delfiner. En bonne Sciences Po, Bargues décrit le contexte historique (p. 135), la position de Raoul dans Dada en intro, cela doublonne avec Delfiner qui elle-même répète ce qu’écrit Bobillot. Au moins y-a-il consensus, mais dans la mesure où chaque apport est d’une dizaine de pages, était-ce bien nécessaire ? Dada est un mode d’existence, pulsion de vie sur champs de batailles encore fumants, une spontanéité ou présentisme chez Raoul. Pluralité de la performance chez Dada – « élasticité », plasticité dirions-nous aujourd’hui : chez le bouillonnant Hausmann, la danse, cet « art élémentaire » qui précède le verbal comme Rousseau l’indiquait pour le chant, est réconciliatrice. Il est étrange qu’une commissaire d’expo, même si ce n’est pas faux sur le principe, écrive que « Dada […] résiste et s’échappe toujours un peu de sa mise en boîte, en black box ou en white cube. Dada est le fantôme de nos musées ». C’est le problème de la performance en général au musée avec la contrainte que Dada se foutait des traces nonobstant la photographie de Sander (1929, soit après l’existence de Dada) sur Raoul cabotin dansant. Longtemps Dada a été déconsidéré par l’histoire de l’art, le mouvement ressort des oubliettes depuis quelques années avec un pic en 2017 pour la commémoration du centenaire du Cabaret Voltaire et l’inscription au programme de l’agrégation. La remarquable exposition Dada à Pompidou en 2005-2006 par l’incroyable spécialiste des nains de jardin peints, le brillant commissaire d’exposition Laurent le Bon démontre que c’est possible. De même pour Bargues, avec une expo Hausmann, dont la photo n’est qu’une partie des pratiques protéiformes[21], au Jeu de paume où elle en est commissaire[22]. Via l’interprétation de Fluxus, qui récupère, s’inspire, sans comprendre[23] : « Hausmann se trouve (…) de près mêlé à l’histoire de la performance, mais pas en tant que performer. Il le fut pourtant toute sa vie » (p. 138). Hausmann danse de façon minimale, d’abord avec ses poèmes de lettres ou « Automobile d’âme », corps, souffle et voix, puis se dépouille progressivement (pas de décor, pas de costume) avec précision, inspiré des pantomimes, en rendant sensible la stylisation géométrique (architecture)[24] à Dada Berlin. Il y a beaucoup d’accointances avec le Bauhaus Schlemmer.  Si certes Raoul prône « l’état de mobilité interne », ne bougeaient parfois que les traits du visage, pourquoi souligner un « en dehors de toute idée de dynamisme ou de mouvement » (p. 139) ? C’est exactement l’inverse, même si Fluxus, Maciunas notamment, l’a compris autrement. La plénitude de Raoul laisse songer au rock’n roll et bouddhiste beat Giorno qui danse mais avec son texte en bouche, c’est la différence – une trahison bien féconde.

                                   

[1] Cf. Bobillot, Jean-Pierre. Poésies expérimentales.  GPS, n°10. Barjols : Editions Plaines Page, 2017. 207 p., avec une extension net sur www.plainepage.com/editions/gps10 . Y figurent, outre des textes critiques de qualité, Pauline Catherinot, Frédérique Guétat-Liviani, Laura Vasquez, Yuhang Li, Hortense Gauthier, Nat Yot, Hervé Brunaux, Pierre Guéry, Nicolas Tardy, Sébastien Lespinasse, etc. ayant, pour les poètes cités, un rapport à la performance.  Il est possible d’ajouter également Agostini, Chaton, Calleja, El Amraoui, Igor Myrtille et tant d’autres (les étrangers sont exclus, alors que Fiedler, Escofet, Piringer, etc. sont des personnes importantes, sans évoquer Ferrer, Ferrando, Minarelli et tant d’autres qui ont ouvert la voie), le but n’étant pas d’être exhaustif mais de démontrer qu’une certaine recherche universitaire peut être en phase avec les poètes de son époque, n’eût été le temps long de la recherche. Dans Poésie et performance, les jeunes sont Henri Chopin et Michèle Métail, dont l’analyse est, à distance d’une contribution, intitulée « Michèle Métail : poésie publique » par Anne-Christine Royère. Soyons optimistes, il n’y a pas que des morts !  C’est tout de même curieux pour un livre dont la co-directrice Gaëlle Théval est notée comme travaillant aussi sur les poètes du XXIe siècle, car le pavé paraît plus consacré aux poètes du millénaire précédent, plus précisément le XXe siècle. Peut-être à cause du bug de l’an 2000, le XXIe siècle ne doit pas avoir d’existence dans le milieu universitaire concernant la poésie contemporaine. Pour être juste, certains figurent à l’intérieur d’études (Chaton, d’Abrigeon à propos de sa réaction épidermique et facilement polémique, publiée sur Sitaudis, fondée sur l’axe de l’inadmissibilité de la poésie selon Roche et sur le fait que poésie ne souffrirait aucune épithète, le tout permettant une accroche facile à Théval en intro, etc.), mais aucune étude ne les saisit ensemble, vaste projet certes.

[2] Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’expression contemporaine ; Université Jean Monnet (Saint-Étienne) ; Puff, Jean-François (Sous la dir.). Dire la poésie ? Nantes : Éditions nouvelles Cécile Defaut, 2015. 383 p. L’ouvrage, qui ne contenait pas d’illustration, est issu d’un colloque, organisé par le CIEREC dans le cadre de l’université Jean Monnet de Saint-Étienne, qui s’est tenu du 12 au 14 septembre 2013 au Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne Métropole et à la médiathèque Tarentaize. Evidemment, ce livre est cité dans Poésie et performance.

[3 Quid des performances silencieuses à la John Cage ? 

[4] Les poèmes à crier et à danser, publiés dans la revue de PAB, Sic, datent de 1916 à 1919. Un numéro d’Europe (avril 2017, n°1056) vient d’être consacré à PAB et que les Huitièmes Rencontres poétiques de l’IMEC, dirigées par Carole Aurouet et Marianne Simon-Oikawa en mai 2017, étaient consacrées à « Pierre Albert-Birot au confluent des avant-gardes ».

[5] Même les voitures sont hybrides !

[6] Pas étonnant puisque Judith Delfiner est maître de conférences en histoire de l’art contemporain et rédactrice en chef de la revue Perspective : actualité en histoire de l’art (INHA). Dommage que nous ne bénéficions pas de ses lumières à partir de son livre Delfiner, Judith. Double-barrelled gun : Dada aux États-Unis, 1945-1957. [Dijon] : les Presses du réel, 2011. Œuvres en sociétés. Texte remanié de : Thèse de doctorat : Histoire de l’art : Paris 1 : 2006 : Le renouveau de Dada aux États-Unis, 1945-1957 sous la direction de Jean-Claude Lebensztejn.

[7] Musée national d’art moderne-Centre de création industrielle (Paris). Kurt Schwitters. Paris : Centre Georges Pompidou : Réunion des musées nationaux, 1994. Classiques du XXe siècle. 397 p. Publié à l’occasion de l’exposition tenue à Paris au Centre Georges Pompidou du 24/11/1994-20/02/1995 puis en Espagne à Instituto valenciano de arte moderno, 06/04- 18/06/1995 et puis au Musée de Grenoble du 16 /09-27/11/1995.

[8] Huelsenbeck refusa Schwitters dans Dada Berlin. Kurt fonda alors Merz. La réflexion sur l’articulation entre performance, poésie et Merz aurait été intéressante. 

[9] Huelsenbeck, Richard, Janco, Marcel, Tristan Tzara. L’amiral cherche une maison à louer. Mise en musique à l’aide de l’Ircam par Gilles Grand lors de l’expo Dada : Zurich, Berlin, Hannover, Cologne, New York, au Centre Pompidou, 05/10/2005-09/01/2006, à la Washington, National Gallery of Art, 19/02-14/05/2006 et au MoMA, 18/06-11/09/2006.

[10] Qui ne se cantonne pas à l’examen de Antonin Artaud, Œuvres (Edition établie, présentée et annotée par Évelyne Grossman. Paris : Gallimard, 2004. Quarto. 1786 pages), mais se réfère aux 26 tomes de l’édition intégrale par Paule Thévenin. Par contre, si Prigent bénéficie d’un entretient, aucune mention n’est faite au livre de référence Christian Prigent, Ceux qui merdRent. Paris : P.O.L, 1991, 2000. Idem pour Christoffel à propos de Tarkos.

[11] Le concept fécond est emprunté à pas n’importe qui : Stéphane Nowak-Papantoniou, Le livre dedans/dehors. Les Editions Al Dante. La question du médium : livre, transmédialité et intermédialité. Contemporanéité et avant-garde. Questions de création littéraire et artistique. L’édition comparée. Thèse ENS Lyon, 2018, n°484. Littérature générale et comparée. Langue et littérature française. Directeurs : Eric Dayre, Jean-Pierre Bobillot. 422 p. (141 p. d’annexes) – qui l’a repéré chez Derrida, Spectres de Marx.

[12] Quel regret que le livre fondamental ne soit toujours pas cité pour comprendre Artaud ou la poésie sonore en général dans une perspective longue d’une pratique ancestrale : Pozzo, Alessandra. La glossolalie en Occident. Préface de Jacques Roubaud. Paris : les Belles lettres, 2013. 449 p. 

[13] Vient de paraître Goldsmith, Kenneth. L’écriture sans écriture. Traduction de François Bon. Paris : Jean Boîte Editions, 2018. 242 p. https://www.franceculture.fr/emissions/poesie-et-ainsi-de-suite/poesie-et-ameriques Il est tout de même dommage que le brillant poète sonore Igor Myrtille n’ait pas eu les droits de traduction pour certains écrits de Kenneth Goldsmith.

[14] Ibid. p. 54-55.

[15] Expression dont use abusivement un pseudo-collectif lyonnais relancé, qui n’est pas BoXoN – dans lequel, ces élèves pour la plupart de Bobillot, savent de quoi il en retourne à travers tant la théorie que la pratique. Il s’agit de personnes autour du poète P.D., qui lui-même croit faire de la performance en bougeant les doigts en l’air ou de la poésie sonore parce qu’il connaît trois notes de musique, accompagné parfois par un « musicien électroacoustique » conservateur obnubilé par les chants d’oiseaux sans arriver, loin de là, au niveau de Messiaen, qui s’approprient tant bien que mal le logiciel gratuit Reaper avec force échos, doppler et delay pour un résultat plutôt caricatural d’un  atelier d’écriture de médiocre niveau. Les pièces doivent durer moins de 8 mn car au-delà de 10 mn, ce ne serait pas de la poésie. Bobillot tente d’écrire un poème sonore record de plus d’une heure.

[16] Contrairement à chez Bobillot, ici l’humour est totalement absent, attention l’autopsie est au scalpel.

[17]  Ce n’est plus possible d’écrire ainsi aujourd’hui. Re-lire Bergson, bon sang ou les écrits paradoxaux de Jean Wahl, son élève, qui démontait tous les systèmes dans le moindre détail, avec une clarté pédagogique !

[18]  Tare du pays de Descartes où nous sommes le seul Etat pour qui l’hexagone a quatre coins : les acrobaties intellectuelles raides comme un jardin à la française, priment sur la réalité souvent méprisée (Althusser, Derrida, Badiou, Milner et consorts). 

[19]  Ce que Sadin, le BHL du numérique, était infoutu de comprendre, obnubilé qu’il était par ses écrans. Tant que nous y sommes, l’aspect numérique (Donguy, Balpe ; le regretté Bréchet, Pireyre, etc.) est complètement ignoré dans Poésie et performance. A ce sujet, nous conseillons le récent Bonnet, Gilles. Pour une poétique numérique : littérature et internet. Paris : Hermann, 2017. Savoir Lettres. 363 p. Table des matières : intro : Écranvains ; première partie Seuil ; Chap. 1 L’image-seuil Glanage : du haïku au journal toponime, Dérive : la photofiction ; Montage : le qwerty-made. Chap. 2 L’œuvre mobile : vers l’hyperitexte Genèses, L’œuvre rouverte, Allongeails numériques, L’hypéritexte ; Deuxième partie Soi Chap. 3 L’autoblographie Je est un internautre, Dévoilement, Du pacte à la négociation ; Chap. 4 Le blog de résidence Résidences sur sites, Déports, Re-médiations ; Décrire, dit-elle Troisième partie Savoir Chap. 5 L’e-ssai L’essai, L’essaim, Le site Chap. 6 La maison de l’écranvain La weboîte en valise, Conservation : muséographie numérique, Collection : muséalie numérique, Exposition : (im)matériel numérique ; Conclusion : L’écosystème. Comme quoi il est possible d’être rigoureux tout en ayant de l’humour, question de personnalité. 

[20] Au regard de l’excellent Yves Citton par exemple : le fait d’être Suisse doit sans doute aider au décentrement, à l’éclectisme et aux idéations fécondes. En France, il n’y a guère que Pacôme Thiellement qui y arrive dans les domaines peu scientifiques de l’ésotérisme et de la low culture (pop, série, etc.), mais est-il reconnu dans le monde universitaire ? Les chercheurs français sont décidément bornés par les étiquettes et les cases et semblent un peu perdus devant une multiplicité de pratiques. Il s’agit d’un problème de méthode où embrasser la totalité complexe, sans verser dans le fumeux unitas multiplex à la Edgar Morin, paraît inabordable tant les outils pour les appréhender sont faibles ou peu pertinents.

[21] C’est souligné p. 138 avec une citation de Dachy, avec qui Bargues a travaillé puisqu’elle a écrit dans Luna-Park. D’ailleurs, commencer par là n’aurait pas été du luxe.

[22] Raoul Hausmann, « Un regard en mouvement ». Jeu de paume du 06/02-20/05/2018 après le Point du Jour, Cherbourg-en-Cotentin, du 24/09/2017-14/01/2018. Catalogue : Bargues, Cécile. Jeu de paume. Le Point du Jour. Musée départemental d’art contemporain (Rochechouart, Haute-Vienne). Raoul Hausmann : photographies 1927-1936. Paris : Jeu de paume ; Cherbourg-en-Cotentin : Le Point du Jour, 2017. 263 p.

[23] Mais n’est-ce pas le cas de tout mouvement artistique qui s’inspire d’un autre alors que le contexte a changé ? L’histoire de l’art est remplie de malentendus féconds. Ainsi la chaise de Walter Serner en 1916 à Genève et Chair Event de Georges Brecht, cités p. 138.

[24] Sur la correspondance des signes, voir, outre Michel Foucault, L’histoire de l’art d’Elie Faure à propos du Moyen-âge (XIIe notamment) et de la Renaissance.

1 mars 2018

[Chronique] Laurent Cauwet, ou le pavé dans la mare artistique, par Fabrice Thumerel

Laurent Cauwet, La Domestication de l’art. Politique et mécénat, La Fabrique éditions, automne 2017, 162 pages, 12 €, ISBN : 978-2-35872-156-1.

â–º Rencontres avec Laurent Cauwet pour son livre La Domestication de l’art. Politique et mécénat : jeudi 1er mars à 19H, Librairie Texture (94, Avenue Jean Jaurès 75019 Paris), avec Véronique Pittolo ; le vendredi 2 mars à 19H, Librairie Transit (45 boulevard de la Libération, 13001 Marseille) ; samedi 3 mars, 19H, à La Boutique de La Ciotat (8, rue des Frères Blanchard).

Le point de départ de Laurent Cauwet, qui se situe en droite ligne de la pensée debordienne, est le constat que la société du spectacle a phagocyté la sphère artistique, dont l’autonomie est par conséquent en voie de disparition. Le champ artistique est annexé par ce que l’éditeur/auteur nomme l’"entreprise culture" : les institutions publiques comme privées n’ont de cesse de domestiquer en le divertissant un public le plus large possible et une foule de créateurs de tous poils en obtenant leur servitude volontaire. Cette dernière formule nous fait songer à Pierre Bourdieu, dont l’un des derniers travaux portait sur la révolution conservatrice dans l’édition : à la bipolarisation du champ littéraire (espace autonome versus espace commercial) succède la domination d’une vaste zone interlope où se recyclent les formes et les thèmes propres à la modernité ; d’où l’avènement de bricoleurs géniaux devenus experts dans l’art de récupérer, voire de subvertir des valeurs consacrées de l’art moderne comme la notion même de "subversion", la "liberté créatrice"… La "bohème" : "Portée par l’entreprise culture, la bohème affichée est une catégorie des classes moyennes, de celle qui jouit avec arrogance de ses privilèges, de ceux qu’on octroie en contrepartie d’une employabilité à toute épreuve" (p. 53). Le gain de l’opération est de taille : le rejet de tous ceux qui doutent de cette bohème sponsorisée/subventionnée dans la catégorie pestiférée de "réactionnaires" ; et bien entendu sont antimodernes tous ceux qui s’opposent à cette néo-modernité qui est un ersatz de la Modernité (CQFD). Désormais triomphe le simulacre : "Ce qui est demandé à l’artiste n’est plus de produire des gestes critiques, mais d’obéir à l’injonction de produire des gestes critiques" (45).

L’auteur énumère les conséquences pernicieuses de cet état de fait : prolétarisation des artistes et des poètes (transformation des noms en labels) ; prédominance du festif et de l’événementiel ; totalitarisme culturel, c’est-à-dire hégémonie de la culture-pour-tous comme forme élaborée du bien-vivre-ensemble ; patrimonalisation des formes artistiques socioculturellement admissibles et marginalisation de tout ce qui n’est pas intégrable ; mise à mort de l’esprit critique au profit d’une logique consensuelle… Et le polémiste de soulever les paradoxes les plus brûlants : à la lutte des classes a succédé la lutte des places, mais à quoi bon se battre si l’enjeu est d’être larbinisé par l’entreprise-culture ? Pourquoi prétendre écrire pour tous, alors que la réception de la poésie est par essence limitée ?

Il faut dire que la définition de la poésie que défend Laurent Cauwet est conforme à des décennies d’engagement (oui, engagement, et non pas ce nouveau terme à la mode, "implication", qui n’implique que les moins impliqués) : "La constellation poétique est le non-lieu où se réinventent les mots pour dire le monde qui nous entoure ; où est remise en question la langue de la domination" (23). Son panthéon, ce sont quelques revues des années 60-80 qui l’incarnent : "Les Lettres (des Garnier), Ou (d’Henri Chopin), Doc(k)s (de Julien Blaine), Robbo (du même), Émeute (de Serge Pey), CÉÉ (de F. J. Ossang), L’Humidité (de Jean-François Bory)… puis TXT (de Christian Prigent), Banana split (de Jean-Jacques Viton et Liliane Giraudon), Nioques (de Jean-Marie Gleize)…" (20). Avec un tel lignage, il ne peut que s’inscrire dans la radicalité : ou l’artiste cède aux sirènes de l’entreprise-culture, ou il poursuit son combat solitaire et exigeant, sans la moindre subvention – et avec tous les -SANS. Cette position rappelle un peu celle du théoricien Olivier Quintyn dans Valences de l’avant-garde. Essai sur l’avant-garde, l’art contemporain et l’institution (Questions théoriques, 2015) : après avoir décrié l’actuel "jeu de faire-semblant qui se persuade que l’art s’identifie intégralement à un pôle de résistance actif aux logiques de la domination sociale", il opte pour un "activisme souterrain", "une guérilla de la marge, de la minorité, de l’invisibilité" (p. 99 et 101).

L’ancien éditeur d’Olivier Quintyn, proche également d’auteurs Al dante comme Sylvain Courtoux et Christophe Hanna pour leur refus de toute compromission, dénonce « l’inépuisable maxime collaborationniste du "si c’est pas moi, c’est un autre. Alors à quoi bon…" » (40) et va jusqu’à mettre les artistes devant leurs responsabilités : "Le problème n’est pas d’où vient l’argent. Il est de savoir ce qu’implique, pour l’artiste, d’accepter cet argent : non seulement les comptes qu’il doit rendre à ceux qui le financent mais aussi le contexte dans lequel l’œuvre se trouve dès lors insérée – les financements et les partenaires donnent une couleur aux œuvres et aux gestes" (51). Pour lui, accepter quelque fonds que ce soit, c’est tolérer une atteinte à la liberté créatrice et s’exposer à la censure – comme Larissa Sansour par Lacoste et Frank Smith par Cartier. Et de fustiger les collusions entre monde de l’art et monde de l’argent, institutions publiques et institutions privées (exemple : Grand Palais / Louis Vuitton). Et de dévoiler la stratégie politique du Tout-culturel (mécénat public) : "les grandes messes festives prescrites par l’entreprise culture (fêtes de la musique, gay pride, Banlieues bleues, Printemps des poètes, Nuit des musées, Paris-plage et autres festivals, biennales, triennales…) ont pour fonction principale d’occulter la guerre sociale" (35). Mais aussi la stratégie commerciale du mécénat privé, dont il explicite ainsi le discours, insistant sur l’alibi que constitue l’humanisme new look : « "Oui nous sommes riches, oui nous gagnons beaucoup d’argent. Mais nous sommes des gens de cœur, et aimons l’humanité. Et cet argent que nous gagnons honnêtement, nous n’hésitons pas à en reverser une partie pour le bien-être de tous et pour participer à la grandeur de notre civilisation" » (91). La face cachée de cette propagande : les pratiques anti-humanistes de ces entreprises (nuisances, malversations, exploitation !) ; leur passé trouble (collaboration de Vuitton durant la Seconde Guerre mondiale ; l’argent de Cartier provient de l’apartheid)… Et pourtant les expositions organisées par les principales fondations fonctionnent bien : alors, que demande le peuple ? La réponse de Laurent Cauwet est des plus cinglantes : par exemple, Cartier participe au "travail de lissage de toute pensée critique, en substituant l’exaltation de la bonne conscience et de la morale à la réflexion politique" (117).

Pour incisif et stimulant que soit cet essai qui se compose de 17 chapitres plus ou moins longs suivis de 6 annexes, il n’en comporte pas moins deux limites. La première est d’ordre méthodologique : non seulement il manque une mise en perspective de ces nouvelles pratiques par rapport à l’histoire du mécénat en France et en Europe, mais en outre on peut regretter une certaine hésitation entre perspective sociologique et analyse politique. La seconde est d’ordre contextuel : une bonne partie des écrivains que Laurent Cauwet a publiés chez Al dante, adeptes d’une écriture exigeante, se sont précipités à l’appel des fondations (Vuitton, Ricard, etc.)… Comment (s’)explique-t-il ce phénomène, nous n’en savons rien à la fin de notre lecture. À ces réserves s’ajoutent ces questions fondamentales : doit-on forcément vivre dans la précarité pour être un véritable créateur ? Où commence et où s’arrête la compromission : quand un artiste, un poète, un dramaturge, ou encore un comédien bénéficie d’une subvention publique ou d’une résidence dans un lieu plus ou moins prestigieux, quel est l’impact véritable sur le processus créateur ? Un éditeur doit-il refuser toute subvention, y compris du CNL ? N’est-ce pas suicidaire ? N’y a-t-il aucune différence entre mécénat privé et mécénat public ?

31 juillet 2017

[News/Livres] Libr-vacance (1)

Voici de quoi réussir votre mois d’août : deux festivals à ne pas manquer ; notre Libr-sélection (5 livres présentés) ; LC a reçu, lu et recommande 25 livres.

Libr-événements

â–º Du 1er au 5 août 2017, festival TOURNEZ LA PLAGE à La Ciotat. L’Art Hic&Hoc lance cet été son tout premier festival d’écritures contemporaines : l’événement se déroulera donc simultanément avec le festival de Jazz.
Les événements se dérouleront entre La Boutique, Le Cercle de La Renaissance, la Place Gauthier, La Librairie "Au Poivre d’Âne" et l’angle de la Rue Foch (Arnoux).

On pourra apprécier/découvrir les œuvres de nombreux artistes locaux :
Stéphane Nowak Papantoniou, Julien Blaine, André Robèr, Maxime Hortense Pascal, Claudie Lenzi, Eric Blanco, Nadine Agostini, Cédric Lerible, François Bladier, Patrick Sirot, Lili le Gouvello, Françoise Donadieu, Frédérique Guétat-Liviani, Laurence Denimal, Dominique Cerf, Olivia Rivet (exposition à la Boutique) ainsi que Cassandra Felgueiras, Caroline Derniaux et Zagros Mehrkian, étudiants à l’École Supèrieur d’Art de Toulon, et l’association "Lignes de Partage".

â–º Le Bruit de la Musique #5, Festival d’aventures sonores et artistiques, du 17 au 19 août 2017 à Saint-Silvain-sous-Toulx, Toulx-Sainte-Croix, Domeyrot et La Spouze (Creuse) : avec notamment Laurent Bigot, Lionel Marchetti, Arnaud Paquotte, Sébastien Lespinasse… Pour plus d’informations : ici.

Libr-sélection /FT/

â–º Bohumil Hrabal, La Grande vie, poèmes 1949-1952, traduit du tchèque par Jean-Gaspard Pálenicek, éditions Fissile, Les Cabannes (09), printemps 2017, 136 pages, 24 €, ISBN : 978-2-37171-019-1.

Retour aux origines de l’œuvre, c’est-à-dire à la poésie : "Parce que la société moderne s’est accoutumée aux sensations et aux singularités, le poète mourant se fichera ses lunettes dans le cou et filtrera sa vie à travers le verre embué" (p. 43)… Des formes variées retenons "SUPERSEXDADAISME ?" : "Recherchons vacanciers bénévoles / Séjour payant à Founetainebleau / Entrée génitale amaigrissante" (63)… La belle vie, en somme !

â–º Yoann Thommerel, Mon corps n’obéit plus, éditions Nous, Caen, hiver 2016-2017, 80 pages, 12 €.

Le lecteur est averti : "Il serait bien plus prudent de voir dans ce fatras graphique la manifestation de troubles réactionnels sévères, une forme de défense face aux exigences d’application et de lisibilité imposées par la norme, un poème-refus, allant à l’encontre du modèle attendu" (p. 33). De façon symptomatique, dans ce poème-refus, le corps refuse d’obéir… Un corps qui est lieu de vie, d’envie, d’ennui… lieu de tentation consumériste… et de poésie ! Une poésie litanique et visuelle.

â–º Alain Jugnon, Artaud in Amerika. La Place de la femme dans le plan américain, Dernier Télégramme, Limoges, mai 2017, 80 pages, 12 €.

Ce cinémArtaud met en scène quatre "personnages conceptuels" : "La dame de Shanghai ou Rita Hayworth, André Bazin, Orson Welles et Antonin Artaud". Ces voix se mêlent à celle de l’essayiste pour évoquer/analyser avec brio, entre autres éléments passionnants, telle image-cristal, la langue jaune du fascisme, le rôle de "la femme blanche chez Welles et Artaud" : "c’était la révolution permanente à l’écran et en direct" (p. 69)…

â–º Michel Deguy, Noir, impair et manque, dialogue avec Bénédicte Gorrillot, Argol, coll. "Les Singuliers", hiver 2016-2017, 292 pages, 29 €, ISBN : 978-2-37069-012-8.

Quel animal est donc Michel Deguy ? Détour par l’œuvre de ce poète et revuiste qui figure parmi les écrivains contemporains les plus importants, dans un dialogue dense et intense avec une spécialiste du genre. Une nouvelle pièce de choix dans cette superbe collection qui associe entretiens, inédits et documents divers. Clôturée de fort belle manière par un abécédaire signé par l’auteur lui-même.

â–º Carole Aurouet, Prévert et le cinéma, Les Nouvelles éditions, avril 2017, 128 pages, 10 €.

En quatre chapitres, la spécialiste de Prévert évoque la poésie cinématographique de l’illustre écrivain qui était fasciné par les burlesques américains et par Fantômas : les ciné-textes des années 20-30, son cinéma visible (les grands films des frères Prévert et de Carné/Prévert) et invisible ("scénarios détournés", c’est-à-dire qui n’ont pas abouti à des films tournés). Humour et détournement surréaliste au programme ! Sans oublier que Carole Aurouet a su faire revivre pour nous tout un monde fascinant.

LC a reçu, a lu et recommande

♦ Christian PRIGENT : Chino aime le sport (P.O.L, juin 2017, 176 pages, 18 €) et Ça tourne, notes de régie (L’Ollave, coll. "Préoccupations", été 2017, 70 pages, 14 €) ; La Contre-Attaque, éditions Pontcerq (Rennes), printemps 2017 : dossier Prigent, p. 65-73 et 127-194. [On pourra découvrir leur présentation fin août sur le blog Autour de Christian Prigent]

 

♦ Pierre Bergounioux, Esthétique du machinisme agricole, suivi de Petit danseur par Pierre Michon, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), été 2016, 48 pages, 13 €.

♦ Eric Brognier, Tutti cadaveri, traduit de l’italien par Rio di Maria et Cristiana Panella, L’Arbre à paroles, Amay (45), juin 2017, 48 pages, 10 €.

♦ Hervé Brunaux, Homo presque sapiens, éditions PLAINE Page, Barjols (83), coll. "Connexions", 2015, 44 pages, 5 €.

♦ Rémi Checchetto, Le Gué, Dernier Télégramme, Limoges, printemps 2017, 64 pages, 10 €.

♦ David Christoffel, Argus du cannibalisme, Publie.net, printemps 2017, 104 pages, 12,50 €.

♦ Claro, Crash-test, Actes Sud, août 2015, 236 pages,19,50 €.

♦ Olivier Domerg, Rhônéo-Rodéo, poème-fleuve avec quinze photographies de Brigitte Palaggi, Un comptoir d’édition, Sainte-Eulalie en Royans (26), juin 2017, 144 pages, 15 €.

♦ Jacques Dupin, Discorde, P.O.L, édition établie par Jean Frémon, Nicolas Pesquès et Dominique Viart, juin 2017, 240 pages, 23 €.

♦ Frédéric Forte, Dire ouf, P.O.L, mai 2017, 96 pages, 11 €.

♦ Mihàlis Ganas, Marâtre patrie, traduit du grec par Michel Volkovitch, Publie.net, 2017, 80 pages, 13 €.

♦ Jean-Marie Gleize, La Grille, Contre-Pied (Martigues), coll. "Autres & Pareils", hiver 2016-2017, 32 pages, 4 €.

♦ Mary Heuze-Bern, Rendez-vous à Biarritz, éditions Louise Bottu (Mugron), coll. "Contraintes", juin 2016, 36 pages, 4,50 €.

♦ David Lespiau, Équilibre libellule niveau, P.O.L, mai 2017, 112 pages, 11 €.

♦ Patrick Louguet, Jean, Antoine, Mouchette et les autres… Sur quelques films d’enfance, Artois Presses Université, hiver 2015-2016, 268 pages, 20 €.

♦ Dominique Meens, Mes langues ocelles, P.O.L, novembre 2016, 384 pages, 21 €.

♦ Emmanuelle Pagano, Sauf riverains, Trilogie des rives II, P.O.L, janvier 2017, 400 pages, 19,50 €.

♦ Dominique Quélen, Avers, éditions Louise Bottu, Mugron (40), mai 2017, 116 pages, 14 €.

♦ Sébastien Rongier, Cinématière. Arts et Cinéma, Klincksieck, 2015, 252 pages, 23 €.

♦ Claude Royet-Journoud, La Finitude des corps simples, P.O.L, mai 2016, 96 pages, 13 €.

♦ Robine-Langlois, […], éditions Nous, Caen, octobre 2016, 96 pages, 14 €.

♦ Ana Tot, Méca, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), juin 2016, 72 pages, 13 €.

♦ Antoine Wauters, Nos mères, Verdier, hiver 2013-2014, 154 pages, 14,60 €.

 Bientôt sur LC…

De fin août à fin septembre, vous découvrirez, entre autres :

♦ Créations : Daniel Cabanis, CUHEL, Olivier Matuszewski, Mathias Richard…

Entretiens : Véronique Pittolo, Bernard Desportes, Claude Favre…

Recensions/chroniques : des spéciales sur Véronique BERGEN et sur Philippe JAFFEUX (à propos de leurs trois derniers livres)…
Vous attendent encore : Dictionnaire de l’autobiographie (Champion) ; La Poésie motléculaire de Jacques Sivan (Al dante) ; Patrick Bouvet, Petite histoire du spectacle industriel (L’Olivier) ; Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie (tentative d’autobiographie), La Lettre volée ; Sébastien Lespinasse, Esthétique de la noyade (PLAINE Page) ; Valère Novarina, Voix négative (P.O.L) ; Nadège Prugnard, MAMAE (Al dante) ; Sébastien Rongier, Les Désordres du monde. Walter Benjamin à Port-Bou (Pauvert) ; Martin Winckler, Les Histoires de Franz (P.O.L)…

9 juillet 2017

[Chronique] Julien Blaine, Dé buts de Ro man *&, par Bruno Fern

Julien Blaine, Dé buts de Ro man *&, éditions des Vanneaux, été 2017, 192 pages, 19 €, ISBN : 978-2-37129-109-6.

Si l’on en croit le poète autrichien Ernst Jandl, « un roman c’est une histoire / dans laquelle / tout dure trop longtemps / c’est ça un roman »[1], et Julien Blaine approuverait probablement cette définition atypique puisqu’il se contente ici de présenter plus de 80 débuts de romans, sous la forme de brefs blocs de prose typographiquement non justifiée (et qui, de ce fait, frise avec les vers dits libres), parfois brutalement interrompus en plein milieu d’un mot. Pourtant, de même que le découpage syllabique du titre n’empêche pas sa lecture, des lignes de force apparaissent d’un texte à l’autre parce qu’on y discerne l’origine autobiographique de certains éléments, dessinant peu à peu un autoportrait diffracté de l’auteur.

En effet, il est question d’un individu masculin, plutôt âgé[2], désigné la plupart du temps par la 3ème personne du singulier, fréquentant Marseille et ses environs. De plus, ce personnage aussi central qu’atomisé évoque régulièrement des écrivains (« Une fois, il recherche dans un parking son véhicule en Cie de Francis Ponge, une autre fois en Cie de Ghérasim Luca, une autre fois avec Maurice Roche ou Pierre-Albert Birot […] » ou bien « Dans le frais cresson bleu d’Arthur poussaient trois violettes […] ») et accorde une attention particulière aux différents états de son corps, notamment à ses sécrétions les plus diverses ainsi qu’aux signes de son vieillissement. Cela dit, tous ces traits, tracés à travers des souvenirs variablement lointains (l’un quelquefois emboîté dans l’autre : « […] Il était autour de 10 heures dans un froid tranchant et sec le 21 janvier 2011. Sa respiration évacuait de petits nuages de vapeur… Il se souvint alors de cette matinée de novembre où, au milieu des vignes d’Allauch, il traversait les rangées de ceps, une à une, en culotte courte, les genoux gercés, un cartable insupportable à la main droite »), des micro-événements qui pourraient appartenir à un journal intime, des rêves, des notes de voyages, etc., ne l’empêchent pas de douter de sa propre identité : « En vieillissant les souvenirs de son enfance perdaient de leur consistance, de leur réalité. C’était comme les séquences d’un vieux film d’un vieil auteur étranger. Lui-même – soi – était maintenant devenu cet étra » Par ailleurs, il échappe heureusement à tout excès de sérieux, même si ses dix-sept ans sont bien loin : « C’est à partir de ses 66 ans / & 10 mois qu’il dût se contenter pour seule / fréquentation et commerce érotique d’un massage / par sa shampouineuse à qui il quémandait un / traitement du cuir chevelu. » Enfin, l’une des causes majeures d’inachèvement à laquelle nous sommes tous confrontés est plus longuement évoquée dans l’ultime partie du livre, consacrée aux derniers jours d’un père dont figure la photographie sur son lit de mort. Là encore, même si le je apparaît durablement, Julien Blaine parvient à dire le tragique sans pathos, positionnement qui rappelle celui adopté auparavant, quand le personnage principal préparait ses « vieux jours » en imitant sa mère nonagénaire : « Alors quotidiennement je vais m’entraîner. Déjà je suis parfait dans la discipline : « aïe ! aïe ! aïe ! …aïe ! aïe ! » Je vais passer, penser et passer à un changem » S’ils suggèrent différents sous-genres romanesques (policier, fantastique, érotique, etc.), la plupart de ces fragments semblent donc constituer un roman d’apprentissage dont l’objet correspondrait à ce en quoi, selon Montaigne, consiste l’acte de philosopher.

 

[1] Traduit par Alain Jadot et Christian Prigent (Retour à l’envoyeur, grmx éditions, 2012).

[2] L’un des derniers livres de J. Blaine s’intitule Lecture de 5 faits d’actualité par un septuagénaire bien sonné (éditions Al Dante, 2016).

 

12 avril 2017

[News] Libr-news

D’ici fin du mois, quelques nouveaux RV printanniers : sur le blog d’Anne Galzi, autour de Vermeer ; avec Julien Blaine à Marseille ; Yves Pagès et Jean-Charles Massera autour des éditions Verticales ; avec Ivy writers…

â–º Sur le blog d’Anne Galzi, on lira avec intérêt « La perle de Delft : "Mutation d’un grain de poussière, d’un grain de sable dans l’œil humide d’un mollusque" ».

â–º Jeudi 13 avril à 18h30, La Belle de Mai, librairie la Salle des machines, Marseille : RV avec Julien Blaine, pour 5 faits et plus
Une proposition d’Alphabetville dans le cadre de Faits divers

Julien Blaine observe l’actualité. Observe et ré-agit. Il agit en utilisant, pour traiter cette actualité, les outils qu’il a façonnés tout au long de son enquête scientifico-poétique pour retrouver la trace d’une langue originelle, une langue élémentaire qui remonterait aux racines du verbe, hors de toute révélation divine – enquête qui forme la charpente d’un chantier poétique commencé… il y a plus de cinquante ans.
En cinq séquences, cinq « faits » (les crimes commis au nom de la religion, la mission spatiale Rosetta, Hillary Clinton prétendante à la gouvernance des USA, la lutte des ouvriers de Fralib et l’inacceptable situation des habitants de la Jungle de Calais), Julien Blaine dénonce 6000 ans de barbarie monothéiste, s’insurge contre le nihilisme cruel et inhumain des civilisations qui en découlent…

Présentation sur le site des éditions Al dante : http://al-dante.org/shop-4/julien-blaine/lecture-de-5-faits-dactualite-par-un-septuagenaire-bien-sonne/

5 faits et plus. Commentaires actualisés, version 2017, et échanges avec Colette Tron, auteur et critique

â–º Mardi 18 avril à 20H, Maison de la poésie Paris (Passage Molière, 157, rue Saint-Martin 75003 Paris) : Performances croisées avec Yves Pagès & Jean-Charles Massera

Soirée présentée à l’occasion du colloque « Éditions Verticales 1997-2017 : éditer et écrire debout » (Universités de Poitiers et de Paris-Sorbonne, 13-18 avril). Tarif : 10 € / adhérent : 5 €

"Emplois fictifs & Sommeil paradoxal" voudrait être un cours magistral de psychophysiologie du travail. Le conférencier (Yves Pagès) y aborde la condition laborieuse depuis l’homme préhistorique (l’âge de pierre) jusqu’au télé-vigile (l’âge du drone). Exercice de synthèse qui finit par dévoiler l’apogée méconnue de la suractivité humaine : le sommeil paradoxal. Au terme de l’exposé, un spectateur choisi au hasard (Jean-Charles Massera) sera soumis à un ultime QCM de validation.

"Bon, mais t’en es où en fait (le public a le droit de savoir)" – l’interview performance revient sur Tunnel of Mondialisation de J.-C. Massera. Cet album de variété progressive avait fait entrer les questions de géopolitique et de conscientisation des processus de non-émancipation des déterminismes culturels et sociaux dans la chanson française. Aujourd’hui, l’interviewer (Yves Pagès) revient sur toutes ces années où on se demande vraiment ce que l’auteur/chanteur conceptuel a foutu…


♦ Jean-Charles Massera & Pascal Sangla, Tunnel of mondialisation, suivi de J’ai grandi à côté de la vie (interview), Verticales, 2011, 2 CD + 120 pages, 22,50 €, ISBN : 978-2-07-013301-7.

Jean-Charles Massera poursuit son travail de déconstruction des discours et représentations dominants en investissant la forme populaire par excellence : la chanson – allant même jusqu’à subvertir le genre corrélatif de l’interview. D’où la tension entre "effets esthétiques qui vont dans le sens de la culture industrielle" et "une conceptualisation hyper critique" (p. 61).

Dans le premier clip, "Tu sais, j’crois que j’vais pas pouvoir", qui fait défiler le discours immo-marketing sur des images de lotissement conforme, une jeune femme s’attaque à l’insupportable conformisme pavillonnaire, au prêt-au-bonheur petit-bourgeois, au prêt-à-habiter du BCBG (Beau Con Bon Gogo…). Le deuxième, "Je ne veux pas mourir avant", revêt une dimension géopolitique : l’énumération des chiffres et des dates dévoile l’impuissance de l’ONU face aux horreurs commises un peu partout dans le monde immonde. Le troisième, "Respect pour tes résultats", établit un contraste flagrant entre cet univers de la déréalisation qu’est celui de la spéculation et la prise de conscience du nanti face à la misère du monde. Le quatrième ("Promets-moi d’rester d’droite"), ironique, met à nu la vulgate sur la "dépolitisation ambiante des classes moyennes" et la "droitisation des esprits" : "Tu t’éclates pas quand t’es à gauche / Quand t’es à gauche / Tu vis plus rien / Tu vis plus rien si t’es conscient d’tout. / T’aimes plus la vie / Si tu la critiques"… Bref, ferme-ta-gueule, sois de droite et vis connement comme tout le monde – qu’elle demande la femme à son mari. Le dernier, qui donne son titre à l’album, est le plus satirique : il dénonce "la déréalisation du temps vécu par les exclus de la croissance", "l’indexation du temps de soi sur le seul rythme de la croissance"… /Fabrice Thumerel/

â–º Le 25 avril 2017 à 19h30 au Delaville Café 34 bvd bonne nouvelle 75010 Paris
M° Bonne nouvelle (ligne 8 ou 9)

IVY Writers Paris vous invite à une lecture avec les poètes :

Rebecca Dolinsky
Jeffrey Greene
et Sereine Berlottier


26 février 2017

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de février, cap vers le printemps : deux RV à la Maison de la Poésie Paris, un à Marseille pour des lectures à ne pas manquer ; enfin, trois jours à Nantes pour réfléchir sur un monde sans travail…

â–º Vendredi 3 mars à 19H, Maison de la poésie Paris : Revue de(s) génération(s), avec Michaël Batalla, Jean-Christophe Bailly et Stéphane Bouquet – soirée animée par Philippe Roux

« La revue de(s)générations est un affront ouvert à trente ans de crispations réactionnaires. Cet affront n’a pas de légitimité, il est une logique. Nous contribuerons à l’entretenir, en interrogeant le politique, le poétique, l’esthétique : leurs modernités. Aller là où il y a frictions, ambiguïtés, écarts. Dégager, par-delà le cynisme et le nihilisme de cette période qui nous a voulus tristes, des puissances d’agir. »

Voilà l’engagement posé en 2005 lors de la création de la revue par Philippe Roux, historien des idées, enseignant à l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne et coordonnateur de recherches au Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne. Parmi les auteurs plus ou moins réguliers de la revue, citons Alain Badiou, Alain Brossat, Marie-José Mondzain, Éric Hazan, Giorgio Agamben, Jean-Christophe Bailly, Jacques Rancière, Jean-Luc Nancy, Georges Didi-Huberman…

À lire – la revue de(s)générations est éditée chez Jean-Pierre Huguet éditions.

â–º Mardi 7 mars à 19H, Maison de la poésie Paris : Colette Fellous & Arthur Dreyfus, soirée animée par Sylvie Tanette

Dans la nuit qui suit l’attentat sur la plage de Sousse le 26 juin 2015, une femme écrit, face à la mer : «Il faut que je raconte avant demain, que je témoigne, très vite, ce livre sera mon nocturne, puis je rendrai les clefs, je partirai.» Par la voix de sa narratrice, Colette Fellous raconte l’histoire de son père et l’histoire de ce village de Tunisie qu’elle va devoir abandonner dans cette terrifiante année 2015, aux couleurs nouvelles du XXIe siècle.

« Plusieurs secondes ont passé, durant lesquelles Bernard s’est efforcé d’ordonner les mots qu’il venait d’entendre, et qui s’enchevêtraient dans son esprit : Sousse, la Tunisie, un attentat, ce matin, Véronique – tout cela n’avait aucun sens, Monsieur, vous m’entendez ? Qu’est-ce qui est arrivé à ma femme ? » Sans Véronique est le troisième de roman d’Arthur Dreyfus.

À partir du drame tunisien, Colette Fellous et Arthur Dreyfus évoquent le temps de “ l’après attentat ”. Comment faire pour continuer ? Que faire de l’absence ?

À lire – Colette Fellous, Pièces détachées, Gallimard, 2017   /   Arthur Dreyfus, Sans Véronique, Gallimard, 2017.

 

â–º Samedi 11 mars à 17H, Transitlibrairie à Marseille (45, Bd de la Libération) : Lectures

Présentation de l’ouvrage La porte rouge coédition Fidel Anthelme x L’Antre Lieux. Préfacé par Julien Blaine et Anne Vuagnoux. Lectures de Liliane Giraudon, Sarah Kéryna et Frédérique Guétat-Liviani. 

â–º Du 24 au 26 mars, Quai Ferdinand Favre à Nantes : La fin du travail ?

Trois journées de philosophie organisées par Philosophia, en partenariat avec le Lieu unique et le soutien de la Ville de Nantes, de la Région Pays de la Loire et du département de Loire atlantique (Entrée libre et gratuite).
http://philosophia.fr/activites-rencontres/rds-les-rencontres-de-sophie/la-fin-du-travail-2017

La fin du travail ?

L’apparition et l’installation, semble-t-il durable, d’un chômage de masse lié à la révolution informatique puis numérique optimisant la productivité, mais aussi les profits d’actionnaires oisifs, a brutalement remis à l’ordre du jour la question de « la fin du travail », en en renversant la signification même. À l’espoir de l’avènement d’une société « post-moderne » des loisirs, censée permettre aux hommes de jouir sans entraves des bienfaits du progrès technique et social, s’est substitué le désespoir de la perte d’un emploi qui demeure encore aujourd’hui, pour le plus grand nombre, le seul moyen de gagner sa vie, voire de lui donner un sens (une fin, un but). Alors même que les nouvelles conditions techniques mais aussi sociales du travail engendrent de nouvelles souffrances qui le font à nouveau considérer comme une aliénation plutôt que l’émancipation promise par les idéologies progressistes modernes.

N’est-il pas urgent, alors, de s’interroger non seulement sur les formes actuelles d’un travail en pleine mutation technique et sociale mais aussi sur son essence et sa fin, c’est-à-dire sa finalité pour l’existence humaine ? Ne peut-on envisager, à la fois, de lui redonner un sens émancipateur et de ne plus en faire dépendre complètement la vie des hommes, de ceux qui ont encore un emploi comme de ceux qui n’en ont plus ? Que penser (parmi bien d’autres mesures possibles) d’une allocation de ressource universelle sans condition d’emploi mais qui pourrait être la condition d’un travail choisi et non plus subi ? Sauf à continuer de produire la déshumanisation du monde du travail (et bien au-delà) et donc à engendrer, à terme, la relégation puis la sécession des classes laborieuses (toujours plus nombreuses malgré leur invisibilisation médiatique), du fait de politiques économiques à court terme toujours plus dangereuses et donc potentiellement ruineuses pour la société, voire l’humanité, tout entières.

PROGRAMME :

Vendredi 24.03
14.30-15.30 Conférence inaugurale, Qu’est-ce que le travail ?, Jean-Luc Nativelle
16.00-17.00 Conférence Philo/Ciné, Le travail du cinéma, Hugo Clémot
16.00-17.00 Cabinet de l’historien, Karl Marx par Franck Fischbach
17.30-18.30 Cabinet de l’historien, Hannah Arendt par Olivier Dekens
17.30-19.30 Deux courtes conférences suivies d’un débat, Quelle fin du travail ?, Emmanuel Renault/ Vincent Valentin
20.30-22.00 Conférence, Le travail nous dépossède-t-il de nous-même ?, Danièle Linhart

Samedi 25.03
14:00-19:30 Abécédaire, série de 13 courtes conférences (A-M), voir programme ci-dessous
14.30-15.30 Conférence, Refaire travail : le pari de l’autonomie, Michel Lallement
15.00-16.30 Atelier enfants, Edwige Chirouter
16.00-17.00 Conférence, Travail et pouvoir d’agir, Yves Clot
18.00-19.00 Conférence, La révolution numérique du travail – aspects technologiques, Olivier Landau
18.30-19.30 Cabinet de l’historien, Simone Weil par Nadia Taïbi
20.30-22.00 Entretien, Écrire le travail aujourd’hui, Corinne Grenouillet

Dimanche 26.03
11.30-12.45 Débat, Deux visions du travail (syndicaliste/ chef d’entreprise) Dominique Goubault/
14:00-19:30 Abécédaire, série de 13 courtes conférences (N-Z), voir programme ci-dessous
15.00-17.30 Deux courtes conférences suivies d’un débat, L’avenir du travail, Raphaël Liogier /Jacques Le Goff
17.00-18.00 Cabinet de l’historien, Max Scheler par Patrick Lang
18.00-19.30 Conférence de clôture, Quel avenir pour le travail ?, Dominique Méda

Programme des conférences de l’Abécédaire :
Samedi 25 mars 2017
14h00 A Aliénation Yvon Quiniou
14h25 B Burn out Armelle Grenouilloux
14h50 C Cure Christophe Meignant
15h15 D Deuil Nathalie Labrousse
15h40 E Entropie Michel Elie Martin
16h05 F Fainéantise Jean-Claude Dumoncel
16h30 G Gouvernementalité Guillaume Fauvel
16h55 H Harcèlement Adrien Bordais
17h20 I Intermittent Julie Cloarec-Michaud
17h45 J Jouir (Peine à …) Dominique Pécaud
18h10 K Khomry Raphaël Edelman
18h35 L Loisir Jacques Ricot
19h00 M Main (Tour de …) Jean-Luc Nativelle

Dimanche 26 mars 2017
14h00 N Numérisation Murielle Durand-Garnier
14h25 P Performance André Guigot
14h50 O Open space François Leroux
15h15 Q Quatrain Franck Robert
15h40 R Retraite Evelyne Guillemeau
16h05 S Social (Lien …) Camille Dreyfus Le Foyer
16h30 T Table de travail Jean-François Crépel
16h55 U Ubérisation Nadia Taïbi
17h20 V Valeur Jean-Marie Frey
17h45 W Walden Gabrielle Marion Ledru
18h10 X Xristos tou agrou Philippe Cormier
18h35 Y Yakafokon Pascal Taranto
19h00 Z ZoGa Sylvain Portier

Télécharger le programme des Rencontres de Sophie 2017 : https://issuu.com/lieuunique/docs/lesrencontresdesophie2017
En savori plus :
http://www.philosophia.fr/

15 janvier 2017

[News] News du dimanche

En ce troisième dimanche de l’année, trois rubriques pour vos découvertes et RV : LC vous recommande ; Libr-brèves ; Libr-événements

Libr-critique a reçu et vous recommande… /FT/

â–º RIP, revue critique et clinique de poésie, 1.1 "Poésie va pas tous mourir", Paris, automne 2016, 15 €, ISBN : 978-2-9557237-0-8.

Antoine Dufeu et Frank Smith lancent cet objet littéraire bien conçu dont le support est mixte (parution annuelle en papier, puis sur le site), avec la volonté de riper poétique et politique. La fragmentation des textes – dans lesquels on navigue grâce à une architectonique subtile – est expliquée dans l’édito : "la littérature a valeur d’expérimentation, d’acte de création • pliage d’un texte sur l’autre"… Car "c’est à plusieurs que s’écrit le moindre poème"… En ces temps tragiques, voici une revue qui donne à penser – avec Deleuze en toile de fond, mais pas seulement.

â–º Corinne Lovera Vitali, Ce qu’il faut, Publie.net, novembre 2016, 184 pages, 17 €, ISBN : 978-2-37177-465-0.

Après les 39 fragments adressés au père dans 78 moins 39, avec Ce qu’il faut, nous entrons dans l’œil de ce cyclone ravageur qu’est la vie : de poésie lente, cet Agencement Répétitif Névralgique (ARN) se développe sans pathos autour de cette tache aveugle qu’est le deuil – celui d’un homme et d’un enfant aimés. On en sort bouleversé.

â–º Christophe Stolowicki, Rhizome, Passage d’encres, "Trait court", décembre 2016, 32 pages, 5 €, ISBN : 978-2-35855-127-4.

Voici des "brèves sans humour, à l’encontre du genre" (p. 17). Autant de lignes de fuite dans le paysage littéraire et artistique moderne. Avec la volonté de dépasser l’alternative entre poésie et prose : "La poésie, le roman tombés en inégale désuétude. Contractant le prosimètre, un genre mixte qui les relève ?" (p. 17). On terminera cette courte présentation destinée à vous mettre l’eau à la bouche par une citation qui rend compte du titre : "Affleure une neuve dramaturgie de longue patience étirant son rhizome, en quelques phrases contractant les années – celle qui a déserté le roman" (p. 21).

Libr-brèves

â–º Pour bien commencer une année, il faut bien se justifier… On écoutera donc "De la justification", que nous propose Sylvain Courtoux en cette première quinzaine de janvier 2017.

â–º Un événement que la réédition de Nous d’Antoine DUFEU : à ne pas manquer !

â–º Avant de codiriger le Colloque international de Cerisy en août prochain ("Jacques Prévert, détonations poétiques"), Carole Aurouet nous présente une bio-bibliographie synthétique du braconnier des Lettres : un parcours très vivant tout en poésie ("La poésie parlée", "La poésie filmée", "La poésie écrite", "La poésie chantée", "La poésie imagée"). Dès vendredi prochain 20 janvier, les passionnés – qu’ils ressortissent à un public large ou spécialisé – pourront se faire plaisir : Jacques Prévert. Une vie, Les Nouvelles Éditions Jean-Michel Place, en librairie le 20 janvier 2017, 224 pages, 10 €.

Libr-événements

â–º Vendredi 20 janvier à partir de 18h30, soirée de lectures, performances, concerts pour fêter un double lancement :

• Le lancement du 1er numéro papier de la revue Frappa, créée par A.C. Hello
• La publication du nouveau livre d’Antoine Boute, Inspectant, reculer, publié aux éditions Onlit

Le Monte-en-l’air
71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare, 75020 Paris

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Lectures, performances, concerts de :
• Julien Blaine
• Laura Boullic
• Antoine Boute
• Virginie Grahovac
• A.c. Hello – accompagnée de Thierry Müller (basse/guitare/électrosonic), Laurent Saïet (basse/guitare), Quentin Rollet (saxophone)
• Manuel Joseph, accompagné par motif_r
• Sébastien Lespinasse
• Igor Myrtille
• Elodie Petit
• Chloé Schuiten

+ exposition d’originaux ou reproduction des textes/dessins/photographies des auteur.e.s : Amandine André, François Audemar, Nikola Akileus, Stéphane Batsal, Véronique Bergen, Jérôme Bertin, Julien Blaine, Baptiste Brunello, Laura Boullic, Antoine Boute, Jean-Philippe Cazier, Ivar Ch’Vavar, Christophe Claro, Valentine Crémier-Garce, Robert David Elwood, Cédric Demangeot, Billy Dranty, Jean-Michel Espitallier, Sarah Fisthole, Liliane Giraudon, Virginie Grahovac, Martin Gosset, Benoit Grimalt, Marion Guillet, A.C. Hello, Hugo Hengl, Manuel Joseph, Charlotte Jankowski, Manuel Joseph, Éléonore Lebidois, Élinora Léger, Sébastien Lespinasse, Fabienne Letang, Laurent Cauwet, Bryan Lewis Saunders, Igor Myrtille, Charles Pennequin, Emmanuelle Pidoux, Élodie Petit, Popier Popol (Nathalie), Konrad Schmitt, Chloé Schuiten, Thomas Sidoli, Lucien Suel, Fanny Torres, Cécile Wautelet.

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REVUE FRAPPA

"Frappa a été conçu – rédaction, graphisme, maquette – par A. C. Hello , dont le Clavier cannibale a, il y a un peu moins d’un an, exploré le précédent livre, Naissance de la gueule. Frappa existait déjà en ligne, la voici donc sur papier, riche de 246 pages, pensée mais non préconçue, nullement attifée d’un thème mais parcourue de mille motifs. Comme l’expliquait A.C. Hello dans un entretien, quelque chose de l’ordre de la "bascule", paradoxalement, tient et relie ces textes:
"Ce qui – et encore une fois, c’est quelque chose dont je me suis aperçue bien après – manifestement les rassemble tous, c’est leur travail, peut-être inconscient, sur le basculement. Le mot est instable, la phrase est instable, ou même la pensée est instable, et c’est toujours à deux doigts de se casser la gueule. C’est un équilibre ténu, qu’ils aiment mettre en danger. Et si certains le font sérieusement, je veux dire sur un ton sérieux, la majorité produit ce basculement dans un joyeux désordre branque, même si bien sûr on sent une fêlure qui ébrèche, parfois, cette douce ironie" (entretien donné à Diacritik).
Pensée instable, phrase instable: rien à voir avec une fragilité feinte, bien sûr. Et force est de constater que les textes publiés dans cet impressionnant Frappa (ce fracas frappé?) brillent par l’intelligence instinctive de leur violence. Qu’ils soient signés par A.C. Hello, Martin Gosset, Amandine André, Antoine Boute, Lucien Suel, Charles Pennequin, Baptiste Brunello, Manuel Joseph, pour n’en citer que quelques-uns sur la multitude de participants à cette revue, tous les textes de la revue montent à l’assaut, tranchent, déplacent, résistent. Poésie sonore, mais surtout prise de poésie, prise de heurts, tensions. Une centrale surchauffée. Un état des lieux des affres, de l’égarement, de la résistance." — Christophe Claro.

Liens vers les 2 premiers numéros numériques de Frappa :

http://www.poesie-frappa.com/frappa-1.1/
http://www.poesie-frappa.com/frappa-1.2/

Entretien sur Diacritik :
https://diacritik.com/2015/12/07/la-poesie-frappa-entretien-avec-a-c-hello/

Spot publicitaire :
https://www.youtube.com/watch?v=6vPPD4XjncM&index=9&list=UUoNuEUi7DZ3Dt8y6IVzALig

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INSPECTANT RECULER d’Antoine Boute (Éditions Onlit)

Synopsis : Au lendemain de son mariage avec l’inénarrable Valéria, Freddo se retrouve seul et désemparé. Ça lui pèse tellement qu’il décide d’aller chez les flics: « Bonjour pardon de vous déranger mais ma femme a disparu le jour de notre mariage. ». Avec l’aide de l’inspectrice Karolien, il tente de résoudre cette inquiétante disparition. Or L’enquête, plutôt que d’avancer ou même de piétiner, recule au contraire jusqu’à prendre des dimensions cosmiques.

"Boute est un magicien décomplexé qui préfère extraire des chapeaux du lapin. Avec lui, on est embarqué, cahoté, aucune intimidation, ça marche à cent à l’heure, c’est salutaire, le texte bat la campagne, défriche, et surtout on rit, le texte rit, la syntaxe se marre, c’est un rire cosmique, un rire chamanique et contagieux. (…) C’est ce qui manque à la littérature française." — Christophe Claro.

Présentation du sommaire d’Inspectant reculer par Antoine Boute :
https://www.youtube.com/watch?v=Y_QDgqI_Ic0

â–º Vendredi 20 janvier à 18H30, Librairie L’Échappée Belle à Sète, rencontre-lecture avec Juliette Mézenc pour son dernier livre Laissez-passer (éditions de l’Attente).

â–º Dimanche 22 janvier 2017 à partir de 14h, American Gallery, visite exceptionnelle de l’exposition F. comme faille et Chevrotines : Ayme/ Blaine/Pazzottu
 
Lecture avec ponctuation sonore et déclar’action à 15h
F. comme faille et Chevrotines, deux livres d’artistes aux éditions Rencontres parus en 2016 dans la collection Tête à texte. Exposition du 4 décembre 2016 au 19 février 2017.
œuvres originales de Julien Blaine, de Giney Ayme, et (œuvres à quatre mains) de Florence Pazzottu et Giney Ayme.
AMERICAN GALLERY
54 RUE DES FLOTS-BLEUS 13007 MARSEILLE
bus 83 arrêt anse de la Fausse Monnaie
visites sur rendez-vous : 06 27 28 28 60

 

â–º Mardi 24 janvier 2017 à 19h30 Ivy Writers vous invite à une soirée de LECTURES BILINGUES avec les poètes :

MANUEL DAULL (France)
KATE NOAKES (UK)
et LAURENT GRISEL (France)

24th JANUARY from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poets Manuel Daull and Laurent Grisel alongside Welsh poet Kate Noakes with translations in French and English by Mary Reilly among others—let us know you are coming!

MARDI 24 janvier 2017 à 19h30
Au bar / 1er étage :
Delaville Café, 34 bvd Bonne Nouvelle 75010 Paris
M° Bonne Nouvelle (ligne 8 ou 9)

 

â–º La cie Stelisto de Tempo présente le vendredi 27 janvier à 20h au Théâtre Massenet (rue Massenet à Lille) // SANS FRONTIERES FIXES //

Réserver : https://goo.gl/forms/FIwAIninSSvba0cj1
Tarifs : 9/6/3 €
Mangez ou buvez un verre en bonne compagnie dès 19h30 !

“Sans Frontières Fixes” est un spectacle à plusieurs voix où nos colères et nos incompréhensions sonnent, où nos peines résonnent, où la poésie et la musique se mêlent et nous lavent, nous enlacent et nous livrent une lueur d’espoir et de Beauté. Les comédiennes Coline Marescaux et Céline Hilbich portent une furieuse envie de refuser les limites absurdes, ses frontières qui nous séparent et nous éloignent de l’autre. Accompagnées du multi-instrumentiste Dorian Baste, elles vous invitent à un concert poétique à la frontière du théâtre inspiré du recueil de Siméon.

"Parce que justement ça sert à ça la poésie, à mettre les pieds du poème dans le plat de l’existence." J-P. Siméon

30 octobre 2016

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’octobre, tout d’abord, notre Libr-agenda (Philippe Boisnard et Jean-Michel Espitallier), puis nos Libr-événements : RV avec AnnaO / Jacques Jouet & Mia You (Ivy writers) à Paris, à la fondation Vasarely d’Aix pour de drôles de drones… On terminera par un aperçu de ce qui vous attend sur LC en cette riche fin d’année…

Libr-agenda

â–º Philippe BOISNARD :

_ 2 novembre : performance de poésie numérique à l’école des Beaux arts de Montpellier : nouveau projet solo : poetry grows (ENSBAMA).
_ 3 novembre : conférence Université de Montpellier dans le cadre des Rencontres sur la poésie numérique : 4ème manifeste de la PAN (Poésie Action Numérique).
_ 9 novembre : vernissage du nouveau phAUTOmaton @ L’Espace Mendes France (Lieu Multiple) de Poitiers et l’EESI. (nouveau dispositif), en partenariat avec le festival acces)s(#16.
_ 14 novembre : vernissage de Paysage de la Catastrophe (After Fukushima) (création avec Jacques Urbanska et Philippe Franck) @ Ars Numérica (Bruxelles-Belgique)

â–º Jean-Michel ESPITALLIER :

•• 3 novembre (Festival Ritournelles, Bordeaux)
• 14h30. Archives Bordeaux Métropole. Table ronde « archives et création », avec Emmanuelle Pagano, Emmanuelle Pireyre, Philippe Artières, Didier Arnaudet, François Bon, Jean-Michel Espitallier.
• 20h30. Oara Scène Aquitaine. Création de « France romans » (Argol Éditions) par Cécile Delacherie (jeu, voix), Sébastien Sampietro (jeu, voix) et Franck Tallon (création image et son).
•• 4 novembre, 19h. CIPM, Marseille. Rencontre et lecture autour de Tanger (avec Eric Audinet et Pierre Parlant).
•• 8-10 novembre, Mac/Val, Vitry/Seine. Résidence de création, projet Has Been, avec Valeria Giuga et Roméo Agid (compagnie Labkine). Autour de l’expo de Jean-Luc Verna.
•• 17 novembre 14h. « Sur la poésie action ». Début d’un séminaire-atelier au lycée autogéré de Paris.
•• 27 novembre, Neuchâtel (CH), fondation Durenmatt. Rencontre et discussion autour de l’exposition de Jean-christophe Norman.

Libr-événements

â–º Le lundi 7 novembre 2016 à 18H, La Passerelle.2 vous invite à venir célébrer l’accrochage de l’œuvre peint « She was a Princess »*, qui sera accompagné d’un concert live de L’IMPOSSIBLE (guest : AnnaO)
+ ambiance musicale et tubes fluorescents – Eric Michel.

* Anne-Olivia Belzidsky, « She was a Princess », Peinture sur toile 160cm / 160cm – encre de chine, céramique à froid, feuille d’or et d’argent au bord du visible,
rose fluo, pigment pur en poudre – bleu de cobalt véritable, technique mixte
+ présentation de 4 bébés-toiles 9,5×15, technique mixte


She was a Princess / Painting remix
La Passerelle.2
52 rue Popincourt
75011 Paris

â–º Du 11 au 13 novembre, à la fondation VASARELY d’Aix-en-Provence : Drones – Images à risques ?
Coproduit par Colette Tron : http://www.alphabetville.org/, Benoît Labourdette: http://www.benoitlabourdette.com/, et l’office http://loffice.coop/

Les drones, machines de "vision embarquée", sont en train de se répandre de façon massive et modifient insidieusement nos représentations du monde.
Pour essayer de comprendre ensemble de quoi ils sont faits, voici des « rencontres apprenantes » sous forme d’ateliers, échanges, pratiques, questions et théories. Jeu de guerre ? Pilote automatique ? Réalité virtuelle ?
Les 11, 12 et 13 novembre, seront expérimentés les enjeux des ces machines-images, avec pour objectif la production de formes conceptuelles et pratiques pour en faire usage dans nos quotidiens, nos activités, nos métiers.
Un programme ouvert sous l’angle de la déconstruction, dans tous les sens du terme, afin de dépasser les idées reçues et comprendre ces fonctionnements algorithmiques : décortiquer, manipuler, raconter, monter et démonter réellement un drone, le désautomatiser, l’écouter… partager des points de vue et des images du et sur le monde.
Pour participer, ces rencontres sont à prix libre et conscient. Pré-inscription à youpi@loffice.coop.
Pour l’office cette "rencontre apprenante" est la première forme publique de "l’école flottante".
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Qu’est-ce que cette école flottante ? Un projet de l’office, né du besoin de résister à l’accélération, et en même temps, du désir de vivre intensément avec nos contemporains. Nous imaginons cette école comme une bulle, une parenthèse, un milieu propice à apprendre, à se construire un regard critique. Comment faire partie de ce monde liquide ? Être capable de surfer sur la vague avec élégance, de s’organiser collectivement pour hisser la voile ou bien de regarder la mer s’agiter de loin, bien ancrés à l’intérieur de nous-même ? C’est une question d’agilité…
L’école flottante de l’office est un dispositif ouvert auquel tous sont invités à contribuer. Toute les prochaines saisons sont encore à construire et un petit document d’invitation est en cours de rédaction.

â–º Mardi 15 novembre 2016 à 19h30, Ivy Writers vous invite à une soirée de lectures bilingues avec les Poètes :
JACQUES JOUET (France)
et MIA YOU (USA)

15th Nov from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poet Jacques Jouet alongside American poet Mia You—let us know you are coming!

MARDI le 15 novembre 2016 à 19h30
Au bar / 1er étage : Delaville Café, 34 bvd Bonne Nouvelle 75010 Paris
M° Bonne Nouvelle (ligne 8 ou 9)

Bientôt sur LC…

L’inventive biofiction de Véronique Bergen (Janis Joplin), la poésie utopographique de Christophe Manon (Vers le nord du futur), le combatif Film des visages signé Frank Smith, le symptomatique ready-made de Emmanuel Adely (Je paie), la bouleversante autopoéfiction de Corinne Lovera Vitali (Ce qu’il faut)… Blaine, Ernaux, Lucot, Mézenc, Pozner…

23 juin 2016

[News] Libr-estivales

Des RV estivaux à ne pas manquer : soirée à Dole, à la Librairie Texture (75019), clôture du festival POEMA, soirée L’Échappée belle à Sète, Christian Prigent sur France Culture… Soutenez URGENCE POÉSIE #2 (Lodève)…

 

â–º Vendredi 24 juin à 19H30, Musée des Beaux-Arts de Dole (Pavillon des officiers, 85 rue des Arènes), SOIREE PERFORMANCES « avec les pieds et la bouche et les fesses et la cervelle et le ventre et les oreilles » : Hortense Gauthier, Véronique Hubert "Utopia présence au musée des beaux-arts de Dole", Manon Harrois vs Bertrand Kelle « Je t’adore reloaded. »

â–º Vendredi 24, 19H-20H, Texture Librairie (94, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris) : Invisibles, Audibles, Lisibles, Les Poètes Font Tourner Les Tables. Avec Anne TALVAZ, Claude BER, Geneviève HUTTIN, Nelly GEORGE-PICOT, Roxana PAEZ, Vannina MAESTRI, Véronique PITTOLO

â–º Samedi 25 juin à 17H, Festival POEMA, soirée de clôture 

Kulturfabrik Esch-sur-Alzette

116, Rue de Luxembourg, 4221 Esch-sur-Alzette

Plus d’une dizaine de lectures, de lectures-concerts ou de lectures-performances, une trentaine d’artistes (poètes, musiciens et danseurs) dans tous les espaces de la Kulturfabrik.

L’invitation est faite au public de venir voir / écouter / rencontrer une trentaine d’artistes luxembourgeois, belges et français. Poètes, musiciens et danseurs se croiseront, pour la plupart pour la première fois, et inventeront pour l’occasion des formes artistiques inédites, en solo, en duo et plus. Parmi une douzaine de lieux, le public sera convié à composer son parcours au gré de ses envies…

Avec:
– Didier Bourda (F), textes voix / Michel Deltruc (F), percussions jouets
– Antoine Boute (B), textes voix / Aurore Gruel (F), danse
– Antoine Cassar (L), textes voix / Sophie Langevin (L), traductions
– Rodica Draghincescu (F), textes voix / Franck Hammerlé, batterie
– Didier Petit (F), violoncelle / Stefan Scheibihler, contrebasse
– Pierre Guéry (F) et Michaël Vandebril (B), textes voix / Gauthier Keyaerts (B), sons
– Alain Helissen (F), textes voix
– Guy Helminger (L), textes voix / Sylvia Camarda (L), danse
– Dominique Massot (B), textes voix / Milady Renoir (B), corps / Alain Subrebost (B) taiko
– Anita Navarrete-Berbel (F), textes voix et cithare
– Tom Nisse (B/L), textes voix / Nicolas Ankoudinoff, saxophones
– Lambert Schletchter (L) / Joy Slam (B) / Volauvent (B) / l’Ami Terrien (B), textes voix
– Siriltiebo (F), textes voix listes
– Laura Vasquez (F), textes voix / Vincent Granger, vents

â–º Samedi 25 juin, de 18h00 à 21 h00 // Sète, derrière la mairie la libraire L’ Echappée belle
La poésie de la rue, ces traces rammassées au hasard des promenades, de ce qu’on apelle un déchet, jeté dans les poubelles ou à même le trottoir ou sur la plage…
Les traces des individus de passage des artisans des commerçants ou des riverains se transforment et reprennent une autre vie. Ces emballages « démoniaques » deviennent au grés des rencontres avec des amis, des peintres des artistes les images de nos pensées les plus secrètes, invités au restaurant BIO « Le HOMARD & DINDON » dont l’originalité de leur cuisine n’est pas sans rapport avec notre expo : http://homardetdindon.fr/fr/
Les artistes qui ont bien voulu se prêter au jeu de l’ART : Laure Della Flora, Jean-Jacques François, Karl Gietl, Marie Helène Abatte, Didier Calléja (didika) , Isabelle Piron ainsi que 3 guitares recyclées: Mourres de POrc en solo, Christophe Peccini & Michael L ‘Australien… Une performance sera créée pour l’occasion.

â–º Christian Prigent évoquera Les Amours Chino sur France Culture le lundi 04 juillet 2016 de 13 H 25 à 13 h 50  (émission «La grande Table»).

â–º URGENCE POESIE #2 
aura lieu du 7 au 10 juillet 2016 à Lodève.



Ce sera la seconde édition, d’URGENCE POESIE,

la première, l’an passé est née en réaction à la suppression du festival
 Les Voix de la Méditerranée.


Cette année, nous aurons le plaisir d’accueillir :


Nadine Agostini, Khouloud Al Zghayare, Samantha Barenson,
Julien Blaine, 
Guillaume Boppe Katia Bouchoueva, Yves Bressande,
Béatrice Brérot, 
Nadine Cabarrot, la Caravane  Syrienne, Bernard Deglet,
Sylvie Durbec, 
Guiseppe Gofreddo, Nicolas Giral, Golan Haji,
Emmanuel Hiriart, Louis Lafabrié, 
Melchior Liboa, Rafaële Mamane,
Marthe Omé, Dominique Ottavi, 
Francois Philipponnat, François Szabo, Marius Loris,
Pierre Soletti, Patrice Soletti, 
Dominique Sampiero, François Szabo, Yannis Stiggass.



Il y aura plusieurs moments de lectures dans différents lieux de la ville, des jardins, des cours.

Des musiciens, des danseurs, des plasticiens accompagneront ces moments de lecture.

Une quinzaine d’éditeurs seront aussi présents.

Une conférence de presse aura lieu :

le 28 juin à Montpellier, à la Gazette Café.

Seront présents Julien Blaine, Guillaume Boppe, Didier Calleja, Patrice Soletti, Marthe Omé

C’est un évènement sans aucune subvention,
c’est pourquoi le collectif lance sa première campagne de financement participatif.
Pour participer rendez-vous sur le lien suivant :
http://www.proarti.fr/fr/project/soutenir/1171

8 mai 2016

[News] News du dimanche

En mai, va où il te plaît : RV avec Julien Blaine ; autour de Bernard Heidsieck à la SDGL ; avec AnnaO, Mathias Richard… et au Salon du livre de Narbonne.

 

â–º Les RV de Julien BLAINE :

En  mai                                                                                                            

La nuit des musées – La  notte del museo di Gap – The night in the Gap museum
au Musée-Muséum de  Gap : inoubliable r’assemblement !
le 21 mai  2016
Julien Blaine :
Une  girafe dans la neige
Spermato zoo  !

En juin
22° Festival Internazionale di Poesia di Genova Parole spalancate
Adriano Spatola, un poeta scomodo – omaggio all’alfiere della Poesia totale.
Le samedi 11 juin à 18h00 dans le Cortile Maggiore du Palazzo Ducale a Gênes.

â–º Mardi 10 mai,19h30, Jean-Michel Espitallier, Sébastien Lespinasse, Emmanuel Rabu et Lucas Siribil participeront à une lecture et table-ronde autour de Bernard Heidsieck animée par Laure Limongi, Hôtel de Massa, SGDL, Paris.

â–º Jeudi 12 mai, 19H à la Maison rouge (10, Bd de la Bastille 75012 Paris)

Inédits #8 : Lumière absolument par AnnaO
dans le cadre de la programmation d’Aurélie Djian

Pour Lumière absolument, AnnaO propose un concert/installation qui revisitera dans une version inédite (piano/guitare/voix & autres sons) les compositions de son album « She was a Princess » (Kwaidan Records 2012) et de son nouvel album à paraître « Trash-Beauty ».

AnnaO sera accompagnée par María León Petit (piano) et par Eric Michel (installation/lumière). Un vidéogramme AnnaO/Eric Michel viendra compléter le dispositif scène/hors-scène.

Musicienne, poète et plasticienne, AnnaO (Anne-Olivia Belzidsky) vit et travaille à Paris.
Son oeuvre musicale et sa recherche plastique (peinture, sculpture, vidéo) se rejoignent toujours sur scène – où projections et installations viennent scander une proposition tout à la fois musicale et théâtrale.

10 euros / 7 euros tarif réduit
sur réservation: reservation@lamaisonrouge.org

 

â–º Vendredi 13 mai à 19H, lecture-performance de Mathias Richard à l’occasion de la sortie de son syn – t. ext chez Tituli (142 rue de Rennes à Paris / code 1469 B).


â–º LC vous donne RV au Salon du livre du Grand Narbonne, en particulier le samedi 14 mai 2016.

Performance : « Hommage à Emmanuel Darley, auteur narbonnais »

Les élèves de l’Ecole d’Arts Plastiques du Grand Narbonne vous invitent à les rejoindre pour participer à la performance collective « Mon ami le banc » sur le Salon. Un temps de création et d’échanges autour de l’œuvre d’Emmanuel Darley, qui restera « gravé » sur ces bancs publics ensuite installés dans la cour du Conservatoire de Musique et d’Art Dramatique du Grand Narbonne.

14h – 14h45 : rencontre « Trois femmes écrivains durant l’année 2015 »

Avec Sonia Bressler, Claude Favre, Sophie Mousset et Franck-Olivier Laferrère des éditions E-Fraction.
Fidèle à son engagement pionnier de donner accès à tous ses publics à l’édition numérique de littérature contemporaine, Le Grand Narbonne a souhaité franchir un pas supplémentaire lors l’édition 2016 de son Salon du livre et de la jeunesse, en soutenant la création contemporaine à sa source.
Ce projet innovant et unique en France a donné naissance à trois textes originaux écrits par trois femmes écrivains durant l’année 2015. Trois textes de Sonia Bressler, Claude Favre et Sophie Mousset, trois visions littéraires de cette année terrible, parus en numérique et en papier dans la collection Fugit XXI, collection de journaux d’écrivains créée par les éditions E-FRACTIONS et que les publics narbonnais sont invités à venir découvrir en avant-première et en présence de leurs auteures.

14 avril 2016

[Libr-débat] Laurent Cauwet, « Où sont les armes… » Lettre ouverte autour du CipM

Suite à la publication des textes de Julien Blaine et d’Emmanuel Ponsart, nous remercions Laurent Cauwet (éditions Al dante, Marseille) d’avoir répondu à notre appel pour élargir le débat.

Cher Fabrice

Tu aimerais que Libr-critique s’ouvre au débat qui s’anime autour du CIPM, et tu me demandes mon avis – et sur cette honorable institution, et sur les deux premières interventions que tu as publiées, et sur l’intérêt d’un tel débat. 

Discuter sur le CIPM, c’est, sans doute, une bonne idée.

Par contre, je ne suis pas certain qu’un débat puisse aboutir sur quoi que ce soit d’intéressant, ainsi placé sous l’hospice d’un conflit de personnes, sorte de combat des chefs qui semble, à juste titre, bien dérisoire et tristounet pour beaucoup de gens. Que d’emblée cet espace soit ouvert par la réponse d’Emmanuel Ponsart se cachant derrière ce conflit risque d’occulter de suite les vraies questions (le fonctionnement passé, présent et à venir du CIPM et son rôle – dans sa dimension locale, régionale et internationale, voire internationaliste).

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certaines personnes, pourtant actives et pertinentes dans le débat, hésitent à signer les pétitions actuellement en circulation, parce que méfiantes quant aux réelles intentions de leurs protagonistes ou supposés tels. 

Et c’est bien ce qu’a compris Emmanuel Ponsart : c’est en toute logique qu’il utilise cette inimitié comme fusible, ce qui lui était hier offense délétère s’avère aujourd’hui pain-béni, et sa mise en avant obscène lui permet avec bonheur de couper court à tout débat : « Il n’y a aucun problème, si ce n’est les sursauts monté-christoïdes d’un incontrôlable ». Et hop, le tour est joué. Il est parfait dans son rôle de "directeur", sachant jouer tour à tour de la victimisation, du mépris et de la menace – armes politiques habituelles du patronat refusant de se plier au jeu d’une critique possiblement destituante –, et dans sa volonté de préserver ses privilèges à tout prix. Rien de nouveau donc sous le soleil de la domination.

Et pourtant, oui il y a matière à débat. Surtout aujourd’hui, où des lieux dédiés à l’inventivité poétique et qui fonctionneraient comme des laboratoires d’expérimentation, de rencontres et de confrontation au public sont plus que jamais nécessaires.

Pour ma part, j’ai souvenir des premières années du CIPM, à l’époque où ce n’était pas encore cette vénérable institution, mais un lieu d’effervescence et d’expériences inédites. Où il y avait foule aux manifestations, et où ça discutait ferme, les rencontres provoquant souvent réactions, échanges et disputes passionnées. Je me souviens par exemple d’une rencontre autour de Pasolini, du public échangeant avec les intervenants ; je me souviens que cela se passait en même temps (hasard du calendrier) qu’une fête de quartier, que dehors ça dansait, riait, buvait, et qu’un constant et joyeux va-et-vient s’effectuait entre la place où s’exprimait une joie farouche et explosive, et la pièce où ça colloquait sérieux. Fête des corps et des esprits. Je me souviens de l’émotion ressentie, à l’idée que Pasolini aurait aimé cette proximité fortuite, que toute sa pensée était née de cette fusion, et que nous étions riches  des rires et des chants, et ainsi plus à-vifs, plus ouverts  aux paroles et aux lectures… Je me souviens des multiples rencontres… Je me souviens de ma rencontre avec Tarkos lors d’un repas  – ce genre de repas où l’on n’éprouve pas d’appréhension à s’asseoir, même si ni badgé, ni (re)connu, ni invité – et de notre décision de faire un livre ensemble, alors qu’Al Dante était encore… sans livre. Mais c’était avant que le CIPM ne soit protégé par la puissance écrasante de l’Oeuf de Puget et les grilles épaisses de la Vieille Charité. Aucune nostalgie lorsque j’écris ces lignes. Simplement, ces années-là ont décidé de la naissance d’Al Dante et le CIPM-première époque y est pour quelque chose.

Aujourd’hui le CIPM a perdu cette volonté  et cette énergie vitale de la confrontation au monde. Pire, il se protège du monde. C’est devenu un vieux corps sans désir. 

Aujourd’hui, il fonctionne en huis-clos, et ne tisse des liens qu’avec d’autres lieux qui se définissent ou s’espèrent comme lieux de pouvoir. Tout y est pensé dans l’idée de patrimonialiser la poésie, et non d’en repousser, sans fin, les limites.

Mais si le CIPM a perdu cela, la mémoire de cette période est toujours, me semble-t-il, vivace.

Alors oui, le CIPM est important. Pas seulement par son histoire, mais parce que c’est un outil :

1. qui pourrait offrir des moyens, du temps et des outils à des poètes, auteur-e-s, artistes, chercheur-e-s, transmetteur-e-s, lecteur-e-s… de poursuivre un travail de continuation ou de création de chantiers participant à la réinvention constante de l’espace poétique ;

2. qui pourrait être un lieu de création, d’accueil et d’exportation d’événements et de situations permettant la confrontation de cet espace poétique au monde ;

3. qui renferme dans ses murs un centre d’archives et de documentation extraordinaire, ne demandant qu’à vivre.

Mais pour cela, il faudrait travailler à un changement radical. Car dans le contexte actuel, se battre (se battre = dépense de temps et d’énergie) pour une institution n’a d’intérêt que si on peut espérer la détourner de ce pour quoi elle se construit (bétonnage d’un lieu de pouvoir, renfermement sur soi-même, prolétarisation de la pensée et de la création afin de les domestiquer, participation à l’élaboration de nouveaux produits culturels et de nouvelles armes communicationnelles propres à nourrir et renforcer le discours de la domination) pour la remettre dans le mouvement de la pensée, avec ce que cela signifie de perméabilité aux remuements du monde, de croisements avec ce qui s’invente dans d’autres espaces, d’intranquillité (eh oui, la pensée et la création ne sont pas tranquilles), de mise à l’épreuve constante de ce qui se fabrique dans ses murs avec ce qui se vit dans la rue, avec tous les risques de débordement (risques à espérer !) que cela signifie.

Comme je suis du genre à penser que toujours tout est possible, malgré tout, alors oui, réfléchissons, rencontrons-nous, échangeons, discutons, imaginons, proposons et, pourquoi pas, investissons dès maintenant le CIPM pour une Nuit debout, une vraie, à laquelle tou-te-s seraient convié-e-s, des Aygalades au chemin de Morgiou en passant par La Belle-de-Mai, Sainte-Marthe, la Joliette, la Plaine et Les Crottes, afin d’inventer une aurore sans fin ! Cela serait déjà un premier pas pour lui redonner le souffle qui lui a été ôté ! 

Et si cela n’est pas désiré, alors tant pis. Autant laisser vivre l’institution pour ce qu’elle est (un marqueur permettant de réfléchir comment se fabrique l’espace artistique et culturel, et comment cela influe sur les gens, les pratiques, la consommation de l’art. etc.), en profiter quand c’est possible, l’éviter le reste du temps, et la laisser mourir quand elle s’essouffle ou est menacée par l’une de ses soeurs.

Il y a tant de chose à faire ailleurs ! 

Un grand salut amical,

Laurent Cauwet

 

PS : La manifestation autour de Pasolini à laquelle je faisais allusion tout à l’heure, s’appelait – enfin je crois – Où sont les armes… pertinence, aujourd’hui, à reposer la question.

6 avril 2016

[Libr-Débat] Réponse à la lettre de Julien Blaine, par Emmanuel Ponsart

Filed under: chroniques,News,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 9:47

Libr-critique ayant toujours été un lieu de débat, nous publions la réponse d’Emmanuel Ponsart, directeur actuel du Centre international de poésie Marseille.

Doit-on répondre à une lettre que Julien Blaine / Christian Poitevin fait circuler auprès de ses correspondants, avant de la faire partir la veille d’un premier avril, et qui est accompagnée de ce préambule ?
« Mes amis,
 
Je ne suis pas à l’initiative de cette lettre,
Mais je m’y suis associé
ne pouvant comprendre que ce centre créé à mon initiative en 1990 soit ainsi laissé à l’abandon ! Ou pire : à ce point rétréci dans ses ambitions. Cela peut paraître dérisoire dans la période actuelle,
Mais...
 
Cette lettre partira avec ma signature avec comme destinataire le maire de Marseille, son adjointe à la culture Anne-Marie d’Estienne-d’Orves, son directeur des services culturels Sébastien Cavalier
le jeudi 31 mars par courrier et par mail. »
Doit-on imaginer que cet unique signataire pourrait abriter un groupe aigre ?
Doit-on croire un individu qui affirme qu’il n’est pas à l’initiative de cette lettre dont il est le seul signataire, et dont on se demande, alors, quel groupe peut bien se cacher derrière lui – dont on ignore la composition, les motivations, de quoi et de qui il se cache, qui il protège –, qui ne pourrait assumer de signer un tel courrier… ?
Doit-on penser que ce type de courrier – dit de « dénonciation » – (et qui fait penser à une période sombre de l’histoire de la France), n’est pas glorieux pour celui (ou ceux) qui l’écrit ou prend part à sa rédaction ?
Doit-on pointer les incohérences d’un courrier qui annonce « Sauvons le cipM ! » en proposant un « renouvellement de la direction », direction (et équipe) qui, depuis vingt-six ans tient à bout de bras ce centre, centre que Julien Blaine / Christian Poitevin est bien obligé de désigner comme étant « cette structure exceptionnelle que les Marseillais ont la chance et le bonheur d’avoir en leur ville » et « un outil et une structure culturelle unique en France, en Europe et dans le monde » ?
Doit-on comptabiliser les quelque 8 000 critiques de livres, revues, anthologies de poésie publiées par la revue critique du cipM, CCP, depuis sa création en l’an 2000 ?
Doit-on réciter la litanie de près de 3 000 poètes de toutes tendances qui ont été invités au cipM depuis sa création ?
Doit-on demander à partir de quel moment il y a eu « urgence, urgence à redonner de la vitalité à cette structure », cette « structure culturelle unique en France, en Europe et dans le monde » ?
Doit-on s’excuser auprès des centaines de poètes, revuistes, musiciens, éditeurs, plasticiens, critiques, de l’injure que Julien Blaine / Christian Poitevin leur fait de ne les imaginer que comme les pions d’une direction « plus attachée à des stratégies de pouvoir qu’à l’exercice de sa mission », d’avoir été les acteurs de « ce manque d’innovation, de répétition des mêmes recettes, de partenariats ponctuels », d’avoir fait partie d’« une multiplication d’événements sans qualité, sans travail de communication ni de médiation », et surtout de ne pas être les représentants divers d’« une poésie vivante connectée au monde contemporain » ?
Doit-on s’étonner que Julien Blaine / Christian Poitevin, à aucun moment depuis 1996 – et alors qu’il annonce « Sauvons le cipM ! » – n’ait vivement protesté, ni ne se soit gravement offusqué auprès de ses destinataires alors que le cipM subissait au cours des ans une très forte diminution de la subvention de la ville de Marseille, passée de 333 000 € de subvention en 1996 (soit 442 000 € en comptant l’inflation de ces vingt dernières années) à 233 000 € en 2015, soit une perte de plus de 200 000 €, tandis que pour la même période, le budget global passait de 401 000 € à près de 600 000€ en 2015 ?
Doit-on préciser à Julien Blaine / Christian Poitevin que si le cipM a augmenté son budget, ce n’est que grâce au travail de sa direction ?
Doit-on suggérer à Julien Blaine / Christian Poitevin de reprendre sa plume (lui et son « groupe aigre ») pour écrire à nouveau à ses destinataires afin de leur demander (voire de leur exiger) de remonter la subvention du cipM à 442 000 € afin de sauver le cipM !, « cette structure exceptionnelle que les Marseillais ont la chance et le bonheur d’avoir en leur ville » et «un outil et une structure culturelle unique en France, en Europe et dans le monde» ?
Doit-on participer du syndrome de Monte-Cristo, que semble développer Julien Blaine / Christian Poitevin,
  • celui-là même qui a démissionné du Conseil d’Administration du cipM, il y a vingt ans, et cherche à le détruire depuis ?
  • celui-là même qui, il y a quinze ans, publiait un article grotesque dans la revue Marseille, dans lequel il annonçait que depuis 1996, au cipM, il n’y avait « rien à signaler », article auquel j’ai déjà dû répondre ? Voir : www.cipmarseille.com/documents

Je me le demande

5 avril 2016

[Appel] Julien Blaine et alii, Sauvons le cipM !

Filed under: chroniques,News,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 12:07

Libr-critique tient à relayer cet Appel signé Julien Blaine et 63 autres poètes et auteurs.

 

Quand on considère les graves problèmes qui se posent aujourd’hui, quand on est conscient de l’état éthique, social, économique et artistique de notre pays, cette lettre ouverte peut paraître dérisoire. Mais la poésie n’est pas qu’un art du présent, elle se conjugue aussi et surtout au futur.

Il nous semble urgent, – nous, les auteurs, performeurs, éditeurs, lecteurs, amateurs de poésie, d’art et de culture, de Marseille et d’ailleurs – d’alerter l’opinion publique et les collectivités sur la situation dans laquelle se trouve le centre international de Poésie.

Le cipM est un outil et une structure culturelle unique en France, en Europe et dans le monde.

Depuis quelques années, la direction du cipM, peu soucieuse de développer son public, répète de vieilles formules, déconnectant la poésie du monde contemporain. Et plus grave encore, elle a pris le contrôle de l’association en plaçant des amis d’enfance ou de longue date au sein du bureau, et en « anesthésiant » le Conseil d’administration, qui n’est plus là que pour suivre et entériner des décisions déjà prises. Pas de transparence dans l’attribution des résidences, aucun débat sur la programmation, sur les orientations, etc.

La direction du cipM, au lieu de réunir les diverses tendances de la poésie comme à l’origine, et de mettre la poésie en relation avec les autres arts et disciplines, s’est plus attachée à des stratégies de pouvoir qu’à l’exercice de sa mission. Elle a fait en sorte de cliver et d’évincer une partie non négligeable d’éditeurs, de poètes, d’amateurs et de curieux.
Le manque d’innovation, la répétition des mêmes recettes, l’invitation des mêmes individus, des partenariats ponctuels, une multiplication d’événements sans qualité, sans travail de communication ni de médiation affaiblit cette institution précieuse. Le cipM ne remplit plus sa mission centrale, celle de diffuser une poésie vivante connectée au monde contemporain auprès d’un large public.

De nombreuses personnes de Marseille et d’ailleurs, qu’elles soient auteurs, éditeurs, élus ou professionnels du monde de la culture et des arts, partagent notre opinion. Il y a urgence, urgence à redonner de la vitalité à cette structure exceptionnelle que les Marseillais ont la chance et le bonheur d’avoir en leur ville.

Tout cela nous conduit à demander un renouvellement de la direction et la tenue d’une réunion extraordinaire du Conseil d’administration afin que soient repensés en profondeur la gouvernance, la stratégie, le projet et les ambitions du cipM.

La poésie est plus que jamais nécessaire en ces périodes barbares ! Sauvons le cipM, renouvelons le cipM !

Christian Poitevin (Julien Blaine), ancien adjoint à la culture de la ville de Marseille, revuiste, poète,
et tous ces poètes et auteurs qui sont non seulement poètes et auteurs mais fondateurs ou animateurs de festivals, de revues, d’éditions et de manifestations de poésie :

Nadine Agostini, Édith Azam, Nanni Balestrini, François Bladier, Jean-Pierre Bobillot, Didier Bourda, Julien Boutonnier, Hervé Brunaux, Arno Calleja, Didier Calleja, Xavier de Casabianca, Laurent Cauwet, Dominique Cerf, Claude Chambard, Isabelle Cohen, Sylvain Courtoux, David Christoffel, Jacques Darras, Franck Delorieux, Henri Deluy, Ma Desheng, Charles Dreyfus, Sylvie Durbec, André Gache, Joëlle Gardes, Xavier Girard, Liliane Giraudon, Jean-Marie Gleize, F. Guétat-Liviani, Christophe Hanna, Max Horde, Joël Hubaut, Jean Kehayan, A. Labelle-Rojoux, Jean-Jacques Lebel, G.-Georges Lemaire, Francis Livon, Christophe Manon, Marina Mars, Marie-Hélène Marsan, Béatrice Mauri, Jean-François Meyer, Yvan Mignot, Katalin Molnar, Hervé Nahon, Bernard Noël, Jean-Pierre Ostende, Florence Pazzottu, Charles Pennequin, Claire Poulain, François Poulain, Nathalie Quintane, Thierry Rat, Tita Reut, Cécile Richard, Jean Ristat, André Robèr, Hélène Sanguinetti, Éric Segovia, Pierre Soletti, Pierre Tilman, Daniel Van de Velde, Jean-Jacques Viton.

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