Libr-critique

16 juillet 2018

[News] Libr-vacance 2018 / 1

Plus que jamais, en ce temps de saturation médiatique, c’est le moment d’entrer en vacance : ce premier volet de Libr-vacance vous invite à méditer avec Leslie Kaplan sur/avec Mai 68, à lire une sélection de livres très récents, à rendre hommage à Christophe Marchand-Kiss, et vous donne RV au festival de poésie Voix vives…
Face à la liesse de ce 14-Juillet à double révolution, faut-il suivre le flaubertien fleuve humain auquel fait allusion Jean-Claude Pinson dans son dernier livre, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique)  ? « Flaubert, qui n’aimait pas la foule, écrit à Louise Colet que, néanmoins, "les jours d’émeute", il se sent "enivré par une poésie humaine, aussi large que celle de la nature, et plus ardente" »…

UNE : le Mai 68 de Leslie Kaplan, du chaos au chantier…

Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier, P.O.L, mai 2018, 80 pages, 9 €.

Il était un temps où l’espace social français n’était pas saturé par une seule obsession, l’invasion des "Migrants", que seul peut chasser cet antidote magique, la Victoire-des-Bleus… Une Coupe du monde quand la coupe est pleine, des Bleus contre les bleus à l’âme, le Mondial contre les ravages de la mondialisation…

« Et alors "quelque chose se passe"
qui remet en cause l’ordre normal, habituel, les choses en l’état, le surplace, apparemment calme, en fait violent, la répétition du mensonge […]
en mai 1968, c’est l’absence de hiérarchie
au contraire, c’est l’égalité, la liberté réciproque
la parole est partout, dans tous les milieux, chez tout le monde » (p. 39).

« ET ALORS vient la question : tout ça s’est fait dans des mots, paroles, dialogues
est-ce suffisant pour une révolution ? certes non
une révolution suppose un changement du cadre de pensée établi
mai 1968 a été un mouvement de contestation du cadre actuel, de la société capitaliste marchande
un mouvement très fort, général
et après 68, il y a eu une "reprise en main" terrible
un retour en force de la société de consommation

les paroles vivantes ont été "récupérées", c’est-à-dire : sont devenues des clichés » (p. 47-48).

Ces clichés, nous les avons tous en tête sous forme de slogans : "Faites l’amour, pas la guerre !" ; "Il est interdit d’interdire !" ; "L’imagination au pouvoir !" ; "La beauté est dans la rue" ; "Prenons nos désirs pour des réalités !" ; "Soyons réalistes, demandons l’impossible"… Mais, dans sa conférence interrompue par quelques personnages tout droit issus de ses textes, Leslie Kaplan insiste autant sur la chape de plomb du régime gaulliste que sur la prise de parole : mutisme des dominés… silence sur les opprimés… silence sur la France de Vichy, la guerre d’Algérie… Contre une certaine doxa selon laquelle Mai 68 est avant tout une révolte hédoniste et consumériste, un soubresaut individualiste, l’auteure nous invite à penser 2018 grâce à ce mouvement anticapitaliste : plutôt que de nous laisser engluer dans un individualisme de masse et un identitarisme de mauvais augure, retrouvons notre puissance d’étonnement, un désir de singularité qui passe par l’altérité !

Libr-15 : LC a reçu, lu et vous recommande

♦ Philippe ANNOCQUE, Seule la nuit tombe dans ses bras, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 152 pages, 16 €.

♦ Julien BLAINE, De quelques tombeaux de feus mes amis & de feue mon amie, Au coin de la rue de l’Enfer (04), mai 2018, 54 pages, 13 €.

Julien BLAINE, Catalogue de l’Exposition 1968/2018 = 1/2 siècle & Julien Blaine = 3/4 de siècle, Marseille, édition im/paires et éditions Galerie Jean-François Meyer, mai 2018, 64 pages.

♦ Philippe BOISNARD, Vie et mort d’un transsexuel, éditions Supernova, juin 2018, 86 pages, 10 €.

♦ Comité restreint, L’Inclusion qui va, éditions Louise Bottu, mai 2018, 128 pages, 7 €.

♦ Christophe ESNAULT, Mordre l’essentiel, éditions Tinbad, printemps 2018, 336 pages, 26 €.

♦ Bruno FERN, Suites, éditions Louise Bottu, juin 2018, 162 pages, 14 €.

♦ Laurent GRISEL, Journal de la crise de 2008, éditions Publie.net, printemps 2018, 272 pages, 20 €.

♦ Pierre MÉNARD, Comment écrire au quotidien. 365 ateliers d’écriture, Publie.net, 2018, 450 pages, 24 €.

♦ Cécile PORTIER, De toutes pièces, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 180 pages, 18 €.

♦ Jean-Claude PINSON, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, éditions Joca Seria, Nantes, juin 2018, 280 pages, 19,50 €.

♦ Olivier QUINTYN, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €.

Revue des Sciences Humaines, Université de Lille III, n° 329 : "Orphée dissipé. Poésie et musique aux XXe et XXIe siècles", printemps 2018, 296 pages, 28 €.

♦ Marc-Émile THINEZ, L’Éternité de Jean, éditions Louise Bottu, juillet 2018, 140 pages, 14 €.

♦ Patrick VARETZ, Rougeville, éditions La Contre Allée, Lille, printemps 2018, 96 pages, 8,50 €.

 Libr-brèves

â–º En hommage à notre ami Christophe Marchand-Kiss (1964-2018), qui nous a quittés trop tôt, sur Libr-critique on pourra (re)lire un extrait de Mère/instantanés et une chronique sur l’un de ses textes publié sur Publie.net en 2009.

â–º Bien que ce festival méditerranéen ait bien changé, RV à Sète du 20 au 28 juillet : avec notamment Béatrice Brérot, Sébastien Dicenaire, Frédérique Guétat-Liviani, Jean-Luc Parant et Pierre Tilman.

10 juin 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier jour du 36e Marché de la poésie, tout d’abord le Libr-20 des volumes (dont une revue) de/sur la poésie ; suivent quatre Libr-événements : RV autour de Bernard Noël et de Laurent Grisel à Paris, avec Griot/Manon dans la région parisienne, sans oublier Poésie civile #15…

Poésie : en ce dernier semestre, LC a reçu, a lu et recommande

♦ Olivier Penot-Lacassagne dir., Beat Generation. L’Inservitude volontaire, CNRS éditions, 2018, 392 pages, 25 €.

REV(u)E : 17, Un thé chez les fous, 2018, 230 pages, 30 €. [Un superbe collectif, avec pour exergue : "Tous ceux qui manquent d’imagination se réfugient dans la réalité"]

♦ Nikola Akileus, Éreintique, éditions Vermifuge, hiver 2017-2018, 140 pages, 15 €.

♦ Édith Azam, Le Temps si long, éditions Atelier de l’Agneau, Limoges, printemps 2018, 78 pages, 15 €.

♦ Gilles Bonnet, Pour une poétique numérique, Hermann, hiver 2017, 376 pages,  €. [Essai très stimulant !]

♦ Didier Bourda, Galerie montagnaise, Lanskine, 2018, 152 pages, 14 €.

♦ Patrick Bouvet, Trip machine, éditions de l’Attente, automne 2017, 132 pages,14 €.

♦ Sophie Coiffier, Paysage zéro, éditions de l’Attente, automne 2017, 144 pages, 14 €.

♦ Bernard Desportes, Le Cri muet, Al Manar, printemps 2018, 96 pages, 18 €.

♦ Dominique Fourcade, Improvisations et arrangements, P.O.L, mai 2018, 464 pages, 24 €.

♦ Emmanuel Hocquard, Le Cours de Pise, édition établie par David Lespiau, P.O.L, mars 2018, 624 pages, 23,90 €.

♦ Christine Jeanney, Yono Oko dans le texte, Publie.net, 2018, 176 pages, 16 €.

♦ Christophe Manon (avec Frédéric D. Oberland), Jours redoutables , Les Inaperçus, 2017, 72 pages, 14 €.

♦ Christophe Manon, Vie & opinions de Gottfried Gröll, Dernier Télégramme, hiver 2017-2018, 120 pages, 13 €.

♦ Véronique Pittolo, Monomère & maxiplace, éditions de l’Attente, automne 2017, 104 pages, 11 €.

♦ Daniel Pozner, À Lurelure, PROPOS2 éditions, 2017, 114 pages, 13 €.

♦ Dominique Quélen, Revers, Flammarion, 2018, 124 pages, 16 €.

♦ Olivier Quintyn, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €. [Essentiel pour qui veut comprendre la poésie contemporaine]

♦ François Rannou, La Pierre à 3 visages (d’Irlande), Lanskine, printemps 2018, 48 pages, 12 €.

♦ Pierre Vinclair, Terre inculte. Penser dans l’illisible : The Waste Land, Hermann, 2018, 204 pages, 22 €. [Une réflexion fondamentale sur l’illisibilité poétique à partir du célèbre poème de T. S. Eliot]

Libr-événements

â–º Lundi 11 juin 2018, Maison de la poésie Paris, 20H : Carte blanche à Bernard Noël. Avec Bernard Noël, Jean-Luc Bayard, Léonard Novarina-Parant, Jean-Luc Parant, Laurine Rousselet & Esther Tellermann.

Né en 1930, Bernard Noël signe son premier livre Les Yeux chimères, en 1953 et en 1958, Extraits du corps. Ce n’est que dix ans plus tard qu’il publie son troisième ouvrage, La Face de silenc. La publication de ces poèmes lui ouvre alors les portes de l’édition où il travaille comme lecteur, correcteur et traducteur.  À partir de 1971, Bernard Noël prend la décision de se consacrer entièrement à l’écriture. Il compose ainsi une œuvre majeure, (…)

â–º Climats de Laurent Grisel a été écrit sur une proposition de Cécile Wajsbrot, de janvier 2014, bien avant que la future « COP21 » de novembre-décembre fasse parler d’elle, à octobre 2015, et ses lecteurs eurent et ont de quoi déchiffrer le théâtre de cet accord international. Mais ce poème, cette épopée, vient de plus loin et va au-delà, ses  héros sont des ouragans, des peuples en lutte, des arbres, des scientifiques qui brisent les conventions de la décence académique, des montagnes et leurs glaciers, des galaxies, des paysans et des semences libres… 

La comédienne, diseuse, musicienne et chanteuse Anna Desreaux en donne son interprétation, qui est forte et belle, au café-théâtre de La Vieille Grille lundi prochain : le lundi 11 juin à 20h30, 1, rue du Puits de l’ermite 75005 PARIS / Métro Monge [Il est important de réserver au 01 47 07 22 11. Vous trouverez toutes sortes d’informations pratiques sur le site du lieu : https://www.vieillegrille.fr/tiki-view_articles.php?topic=13]

â–º Lundi 18 juin à 19H30, DOC (26, rue du docteur Potain 75019 Paris), Poésie civile #15 : où ça avance…

â–º Vendredi 22 juin à 20H, Parc de Rentilly (1 rue de l’étang 77600 Bussy-Saint-Martin) : Griot/Manon.

17 mai 2018

[Livre] « Double royaume ». Élégie pour P.O.L, par Fabrice Thumerel (à propos de Dominique Fourcade, Deuil)

En ce même jour où, de 19H30 à 22H, aura lieu à Nantes (Le Lieu unique) la projection du film Éditeur de Paul Otchakovsky-Laurens, suivie d’un entretien avec Jean-Paul Hirsch et Frédéric Boyer, paraît l’élégie de Dominique Fourcade dédiée "à tous ceux qui ont connu Paul Otchakovsky-Laurens et en garderont à jamais le souvenir".

Dominique Fourcade, Deuil, P.O.L, 17 mai 2018, 64 pages, 9 €, ISBN : 978-2-8180-4580-0.

"Il y a enfin l’infini rilkéen, c’est-à-dire cette manière de voir
qui est in-finie au sens où elle n’est pas unilatérale,
manière de voir le double royaume, donc (en un mot en allemand :
Doppelbereich), c’est-à-dire le royaume où vie-et-mort s’entre-appartiennent" (p. 54).

Comme les 256 auteurs POL, pour le premier cercle, et bien au delà comme des dizaines de milliers de lecteurs, Dominique Fourcade – lui dont la grande affaire est la mort même – est frappé de sidération par la disparition accidentelle de Paul Otchakovsky-Laurens, éprouvant une double douleur, "l’une causée par la réalité de sa disparition, l’autre due au sentiment que tout cela est irréel" (44). Le "désordre lyrique" qui s’empare de lui provoque inévitablement des "appels d’écriture", et en particulier le projet de "faire quelque chose comme L’Écorchement de Marsyas de Titien" (cf. la reproduction en arrière-plan).

Paul Otchakovsky-Laurens est présenté comme l’homme des paradoxes : calme et emporté, "à émotion lente, à émotion rapide, ouvert au récit comme à l’absence de récit" (17)… Un éditeur passionné dont la "méthode était le plaisir" : "un narguilé de littérature" (14)… Dont le rapport à l’écriture est ainsi décrit :
"le livre un galop sans avoir pris d’élan c’était ça qu’il aimait
l’instant où l’écriture s’épanouissait pleinement en littérature, autant dire en abîme, juste ça
verglas à l’appui
zéro théorème" (16-17).
Un éditeur qui entretenait avec chacun de ses auteurs une relation singulière et inoubliable.

1 mai 2018

[News] De mai en mais…

En ce 1er mai ô combien commémoré, on retrouvera avec plaisir le duo Cuhel/Heirman : "Mais il est où mai ?" De Mai 68 à mai 2018 : par le biais de deux extraits, tirés du livre de Boris Gobille (Le Mai 68 des écrivains) et de celui à paraître dans deux jours, signé Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier (POL). Mais 68 : on (re)lira cet article publié il y a dix ans, "Pensée anti-68 ou révolution conservatrice ?", dans un dossier intitulé "Autour de mai 68".

CUHEL (texte) / HEIRMAN (dessins) : Mais il est où mai ?

Toi qui cherches mai en mai
Et rien de mai en mai n’aperçois…
Rien que la commémoration de mai…
que la consommation de mai…

Fini le temps d’Emmanuelle, reine des braguettes
Avec Frère Emmanuel à la baguette
et Père Blanquer à l’Éducation
plus de rêvolution
tous à l’unisson
Il n’y a pas de mai/mais ballot
Faut s’tenir à carreau !

 

En lisant, en zigzaguant : de Mai 68 à mai 2018…

« La situation des avant-gardes littéraires en mai-juin 1968 est donc paradoxale : tandis qu’elles sont obligées et autorisées par le mouvement critique à prendre position, elles ne peuvent le faire qu’en se dépouillant, comme tout "auteur", de leur statut. Un nouveau pouvoir prophétique est attribué à la créativité, mais ce pouvoir prophétique est d’une nature singulière : il n’admet pas de prophètes, il n’admet pas d’élus. Il n’est la propriété de personne. Il est détaché de tout statut, de tout nom. Il est anonyme et démocratique » (Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, CNRS éditions, 2018, p. 21).

Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier (à paraître jeudi 3 mai chez P.O.L) :

« Et alors "quelque chose se passe"
qui remet en cause l’ordre normal, habituel, les choses en l’état, le surplace, apparemment calme, en fait violent, la répétition du mensonge […]
en mai 1968, c’est l’absence de hiérarchie
au contraire, c’est l’égalité, la liberté réciproque
la parole est partout, dans tous les milieux, chez tout le monde » (p. 39).

« ET ALORS vient la question : tout ça s’est fait dans des mots, paroles, dialogues
est-ce suffisant pour une révolution ? certes non
une révolution suppose un changement du cadre de pensée établi
mai 1968 a été un mouvement de contestation du cadre actuel, de la société capitaliste marchande
un mouvement très fort, général
et après 68, il y a eu une "reprise en main" terrible
un retour en force de la société de consommation
les paroles vivantes ont été "récupérées", c’est-à-dire : sont devenues des clichés » (p. 47-48).

2 avril 2018

[News] Libr-news

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 20:51

Tout d’abord, notre nouvelle rubrique, inaugurée le mois dernier : "En lisant, en zigzaguant…" Puis, de Charybde en Scylla : Agenda de la Librairie Charybde, de Patrice Robin et de Lucien Suel.

En lisant, en zigzaguant…

♦ "Ne sommes-nous pas, dans notre courte nation hexagonale tracée au cordeau, ne sommes-nous pas, nous aussi, victimes d’une amnésie, d’un faux décor, d’une reconstruction simpliste du passé ?" (Valère Novarina, Voie négative, P.O.L, 2017, p. 19).

♦ "Il y a les migrations provoquées par les guerres, on appelle ça des exodes. Et il y a les migrations des barbares, on appelle ça des invasions. Les exodes, c’est quand beaucoup de gens partent en exil, et l’exil, c’est quand on peut demander l’asile. Pour demander l’asile, il faut un papier, une carte de vœux, une invitation. Sans invitation, on appelle ça une invasion" (Marina Skalova, Exploration du flux, Seuil, en librairie ce jeudi 5 avril, 2018, p. 16).

Libr-brèves

â–º Agenda de la Librairie CHARYBDE

♦ Mercredi 4 avril à 19H, Alan Parks viendra en compagnie de son traducteur Olivier Deparis présenter son impressionnant Janvier noir paru aux éditions Rivages ("Bloody january" en V.O.), une plongée dans le Glasgow noir des années soixante-dix du siècle précédent.

♦ Jeudi 5 avril à 19H30 : Julia Deck, l’auteure du très remarqué Sigma, brillant roman puzzle sous le signe des espions et de la quête d’un tableau disparu (2017 aux éditions de Minuit), sera le libraire d’un soir, avec une très belle sélection de sept livres qui lui tiennent particulièrement à coeur. [Ce qu’écrit Charybde 7 au sujet de "Sigma" peut être lu ici].

♦ Vendredi 6 avril à 18H, l’invité sera Marc Voltenauer, à l’occasion de la sortie de Qui a tué Heidi ? paru aux éditions Slatkine. On y retrouvera Andreas, policier à Lausanne, Mickaël son compagnon, et l’on fera entre autres connaissance avec Litso Ice (tueur à gages) et Yodi (vache Simmental). [Rencontre suivie d’une soirée autour d’un verre au café Le Commerce : 33 boulevard Reuilly 75012 Paris]

♦ Mercredi 11 avril, Thomas Giraud évoquera La Ballade silencieuse de Jackson C. Frank, un récit qui imagine ce qu’a pu être la vie de cet auteur compositeur interprète folk américain – contemporain de Bob Dylan – à travers ses drames, ses hasards, ses rencontres… et qui tente de comprendre comment il a pu concevoir son seul et unique album avant de tomber dans le silence et l’anonymat.

♦ Le jeudi 12 avril, chez les partenaires de Ground Control et dans le cadre du Ground Flore Café, Eric Arlix répondra à diverses questions sur son tout nouveau Terreur Saison 1 et en lira un extrait en situation. 

♦ Une rencontre aura exceptionnellement lieu le lundi 16 avril à 19h30, en compagnie de Anne-Sylvie Homassel, Stéphane du Mesnildot et Julien Rousseau : seront célébrés ce soir-là "les Fantômes d’Asie" à l’occasion de l’exposition "Enfers et fantômes d’Asie" organisée sous la direction de Julien Rousseau et de Stéphane du Mesnildot à partir du 3 avril au musée du quai Branly.

♦ Le jeudi 19 avril à 19h aura lieu, cette fois-ci chez les partenaires de Ground Control, une rencontre avec le poète Seyhmus Dagtekin, dont le manifeste Sortir de l’abîme vient de paraître au Castor Astral.

â–º Patrice Robin sera en résidence à la Villa Marguerite Yourcenar (Saint-Jans-Cappel, 59) du 3 au 30 avril 2018.

Avec, entre autres, 2 soirées ouvertes au public :
– Apéro littéraire au village du livre d’Esquelbecq en compagnie d’Anaïs Llobet et Paola Pigani (en résidence également).
– Dans le cadre du festival "Résonances" : Ecrivains & Engagement(s), avec Anaïs Llobet et Paola Pigani. Animation : Alexandra Oury, journaliste littéraire – Villa Marguerite Yourcenar.

 

â–º Agenda de Lucien Suel :

– TOURNAI, 7 avril, festival « Poésies Moteur » #2, une heure de performée (anthologie de ses poèmes) : Vitrine Fraîche, rue de la Cordonnerie.

– SAXON-SION (Meurthe et Moselle), 21 avril, à 20h, Cité des Paysages dans le cadre du festival POEMA, lecture en duo avec le contrebassiste Louis-Michel Marion.

– OIGNIES, 31 mai, à 19h au 9-9bis, Pôle Patrimoine, , Regards sur le bassin minier, avec les photographies de Patrick Devresse, lecture (20 mn) « Les Terrils ».

– BETHUNE, 23 juin, signature au Furet du Nord pour Angèle ou le Syndrome de la wassingue aux éditions Cours-Toujours.

– SAINS EN GOHELLE, 8 septembre, présence au Salon du Livre.

– LUMBRES, 18 novembre, 10h – 18h, présence au Salon du Livre organisé par Graines de culture.

Voici les titres des ouvrages qui devraient paraître cette année : aux éditions Henry : « Sur ma route » (poésie) ; au Dernier Télégramme : « Les Vers de la Terre » (journal 2012-2017).

14 janvier 2018

[News] Christian Prigent : trou(v)er sa langue, soirée à la Librairie Charybde

Mercredi 31 janvier à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) : Christian Prigent : trou(v)er la langue, soirée autour de Christian Prigent animée par Hugues Robert, avec également les deux directeurs du volume issu des Actes du colloque international de Cerisy, Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel. Rencontre, lectures et débat dans un lieu magique pour tous les passionnés de ce qui s’appelle littérature.

"À partir de quel point d’inquiétude et d’énigme (de déception du sens)
formons-nous notre fiction de réel ? D’où vient et de quelle nature est la force
qui traverse la masse des informations (dites réalité) et des "sensations"
(dites réel) pour les reconfigurer dans une forme/sens (style, écriture) qui fasse effet
de vérité ?" (extrait inédit du "Journal", décembre 2013, p. 473 du volume).

Depuis 1969 où il fait paraître son premier livre, La Belle Journée, Christian Prigent s’est fait un nom si bien que, quelques soixante quatre livres plus tard et deux cents textes publiés hors volume, il est maintenant reconnu comme l’une des voix majeures de la création littéraire (notamment poétique) contemporaine des quarante dernières années. Aucun colloque ne lui avait été consacré en propre jusqu’à celui organisé en 2014 au Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle : cette somme de 556 pages qui vient de paraître il y a quelques mois a réparé ce manque et constitue par ce fait même un ouvrage immédiatement charnière pour l’approche de l’œuvre. Le titre nous plonge d’emblée dans la poétique prigentienne : pour l’écrivain, trouver sa langue présuppose de trouer le tissu des discours constitués qu’on prend ordinairement pour le réel. Il lui fallait "une langue qui fasse de l’air" – de l’R "(merdRe !)". L’"effort au style" est quête "d’épiphanie" (Ça tourne, p. 55).

Il s’agissait d’abord, en rassemblant les meilleurs spécialistes de cet écrivain, de dresser une premier bilan sur les recherches déjà engagées, surtout à partir des années 1985-1990, et portant sur quarante-cinq ans d’écriture, que la réflexion ait concerné Christian Prigent en tant qu’auteur d’une œuvre personnelle protéiforme expérimentant tous les domaines (poésie, essai, roman, théâtre, entretien, traduction, chronique journalistique, lecture de ses textes) et dont il a su déplacer les frontières, mais aussi en tant que revuiste passionnée, lié à un grand nombre de livraisons poétiques, théoriques, artistiques, et ayant lui-même co-fondé la revue d’avant-garde TXT (1969-1993), avec la volonté de démarquer un espace éditorial différentiel par rapport à Tel Quel. Le fil conducteur de la langue, tant ouvertement réfléchie par l’écrivain dans ses essais ou ses fictions, récits et poèmes, s’imposait. L’autre objectif était d’ouvrir de nouveaux champs de recherche et d’infléchir vers des nouvelles directions une réception qui jusqu’à présent était restée trop soumise à la force de théorisation auctoriale de Prigent et dont il n’est pas si facile de s’émanciper, tant les formulations sont solides – on pense au prisme des lectures maoïsto-lacano-Bakhtiniennes très développées par l’auteur dans ses essais réflexifs, en particulier d’avant 1990, et dont il s’émancipe lui-même progressivement depuis quelques années.

L’ouvrage se veut original aussi par sa facture plurivocale délibérée. En effet, les interventions d’écrivains – de l’auteur même et de ses amis de TXT présents au colloque – dialoguent avec les entretiens d’artistes (acteurs, cinéaste, peintre) et avec les interventions de journalistes et d’universitaires français et étrangers du monde entier (États-Unis, Japon, Brésil notamment), tous spécialistes du champ littéraire actuel, commentateurs de longue date de Christian Prigent ou voix critiques plus récents. Les genres sont mêlés (inédits d’écrivains, entretiens, essais et communications universitaires) comme les supports (textes, dessins, photogrammes) à l’image de la convivialité et de la mixité qui a été celle du colloque et qui transparaît à l’état vif, en particulier dans les « entretiens ».

© Portrait de Christian Prigent par Judith Prigent (2013) et de Valère Novarina par Christian Prigent (1978).

â–º Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel dir., Christian Prigent : trou(v)er sa langue. Avec des inédits de Christian Prigent (Actes du Colloque international de Cerisy), Paris, Hermann, collection "Littérature", mai 2017, 556 pages, 34 €, ISBN : 978-2-7056-94-10-4.
SOMMAIRE : ici.

â–º Derniers livres de Christian Prigent : Ça tourne. Notes de régie [Carnets de Grand-mère Quéquette, Demain je meurs et de Météo des plages], éditions de l’Ollave, été 2017, 68 pages, 14 €.
Chino aime le sport, P.O.L, été 2017, 176 pages, 18 €. [« En I (Les Enfances Chino, 2013), Chino grimpait la côte "enfance". En II (Les Amours Chino, 2016), il dévalait la pente des "amours". En III (Chino aime le sport), il renroule sur la bobine "histoire" les fils de ses émois sportifs »].

4 janvier 2018

[Chronique] Paul Otchakovsky-Laurens (1944-2018), par Christian Prigent (Hommage 1/2)

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 18:54

Ce matin, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre : la mort accidentelle de Paul Otchakovsky-Laurens nous a frappés d’une rare stupeur, plongés dans une sidération indescriptible… Impossible de ne pas s’élever contre cette hébétude pour rendre hommage à une figure mémorable du monde des Lettres que salue d’abord celui qui a été son auteur et son ami depuis 1989. /FT/

Paul Otchakovsky-Laurens a récemment consacré à la passion de toute sa vie un film intitulé Editeur. Une poupée à échelle humaine l’y représente enfant et dédouble la présence à l’écran de l’adulte Otchakovsky-Laurens. Elle hante son parcours comme l’Ange gardien, le Démon de Socrate, voire l’oiseau fidèle perché sur l’épaule de Long John Silver dans L’Île au trésor.

 

Depuis trente ans j’ai dans mon dos, quand j’écris, un démon amical, sévère et attentif : le regard d’oiseau de Paul est posé sur mes feuillets. Je n’écris rien qui n’en tienne compte et n’espère être à la hauteur de son exigence. Je n’ai rien publié qui n’ait été formé par cette sorte de dialogue silencieux et qui n’ait d’abord été adressé à lui, Paul.

 

Paul Otchakovsky-Laurens était le meilleur des éditeurs. Son catalogue le prouve. On le sait. On le saura, dans la durée, de mieux en mieux. Georges Pérec, Claude Ollier, Bernard Noël, Hubert Lucot, Valère Novarina, Olivier Cadiot, Christophe Tarkos, Nathalie Quintane, Charles Pennequin (je cite ceux dont je me sens le plus proche — je pourrais en mentionner d’autres, moins proches, mais respectés, parfois admirés) : c’est une bibliothèque, d’ores et déjà patrimoniale.

 

Il fallait, pour la constituer, beaucoup de clairvoyance, de générosité, de sens d’une modernité capable de se tenir à la hauteur des panthéons anciens. Il fallait du courage, aussi, pour assumer des choix souvent difficiles et résister à la pusillanimité académique du milieu littéraire, à la paresse de la critique, à l’opacité de tel ou tel silence (sur des livres aimés, choisis et passionnément publiés), à la pression des contraintes économiques.

 

La diversité du catalogue P.O.L ne relève pas d’un éclectisme. Mais de la disponibilité de son maître d’œuvre : attention fraîche, alerte sensible (capable à l’occasion de franchir les limites du goût spontané), sens aigu de ce qui apparaît dans l’imprévu des différences et le mouvement des inventions. Ce dont Paul était convaincu, c’est qu’être un écrivain, c’est travailler la langue pour y former une justesse sensible qui fera sens. Et que cette justesse s’incarne dans une forme stylistique singulière — quoi que cette forme traite comme matériau et quelle que soit l’histoire ou la pensée qui s’y incarne. Enseveli derrière les piles de manuscrits qui occupaient son petit bureau de la rue Saint-André-des-Arts, Paul guettait ce surgissement. Le plus souvent déçu, certes. Mais jamais lassé, toujours capable d’enthousiasme. Et joyeux, si l’emportait cet enthousiasme, de le faire partager.

 

Ceux que POL a publiés savent quel éditeur il était, et quelle personne. Pas seulement parce qu’ils ont été élus par lui. Mais parce qu’ils ont éprouvé son écoute, sa ferveur amicale. Et joui de cette amitié. Une amitié non répandue, non triviale. Toute d’impeccable courtoisie, de pudeur raffinée, d’attention sans faille, de curiosité pour le travail de l’autre. A chacun de ses auteurs, il savait donner la sensation d’être par lui électivement aimé, soutenu et admiré.

 

Il disait ne pas vouloir choisir que des livres, mais s’engager sur des œuvres. Et le faisait, avec une fidélité inébranlable, même si moins convaincu par tel ou tel ouvrage, parce que son expérience (et sa modestie) lui faisait penser qu’au bout du compte c’est l’écrivain qui a toujours raison (de faire ce qu’il fait, de poursuivre). Il savait même convaincre tel ou tel d’avancer, contre son propre désespoir, ses doutes, ses pannes. Je me souviens d’un déjeuner avec lui, alors que j’étais dans une misérable phase de dépression post partum après la parution de Commencement (1989). Son invitation à démarrer un nouveau livre. Et l’intuition magnifique qu’il fallait me lancer sur autre chose, ne pas me laisser m’enliser dans la répétition de l’impossible même. Sa formule, mine de rien, entre poire et fromage : « si vous me faisiez un essai ? ». Cela suffit pour convertir la mélancolie en angoisse et, une fois l’angoisse traversée, amorcer la composition de ce qui donna, peu après, Ceux qui merdRent.

 

Voilà qui suffit, pour aujourd’hui. Il faut se donner au deuil, au silence. Se retourner sur des souvenirs. Méditer à quel point Paul Otchakovsky-Laurens est irremplaçable. C’est peu de dire, on ne le dit que la gorge serrée, qu’il va manquer, que sa disparition est un désastre. On (tous ceux pour qui compte la vitalité inventive de la littérature) n’a pas fini de mesurer l’ampleur catastrophique de cette perte.

12 décembre 2017

[Chronique] Danielle Mémoire, Les Auteurs, par Jean-Paul Gavard-Perret

Danielle Mémoire, Les Auteurs, P.O.L, octobre 2017, 336 pages, 21 €, ISBN : 978-2-8180-4395-0.

Théorie des mots et des auteurs, le livre de Mémoire impose à nouveau sa masse hirsute et une expérience unique de l’écriture en des variations de possibilités, de registres, de statuts. La truculence littéraire et son ironie deviennent la contestation de ce qui est émis chaque fois dans un déroulement ou une ouverture inédite.

La vision de l’écriture représente une conjonction de fléchages et de reprises. Tout ressemble à la conduite d’un chantier avec des moments presque sans œuvre ou qui se suspendent en une suite d’échos. La fabrique suit son cours avec ses acteurs écrivant qui se marchent presque les uns sur les autres en une suite de séquences ou de rendez plus ou moins différés. Danielle Mémoire offre à la fois une présence et une distance dans des révélations diffractées.

Le livre se construit comme un ouvrage aux maçonneries et aux artisans  différents. Il prouve que toute formule est impossible et qu’il n’y a pas de règle. Sinon qu’à chercher trop de précision du « un », la vérité s’éloigne. Surgissent à sa place densités déviantes et décalages. Tout un travail – on s’en doute – préside à une telle ascension. Mais le livre donne l’impression d’un magistral coup de pied de l’âne. Celui-ci accorde au lecteur (forcément masochiste ou simplement lucide)  une jouissance rare.

Les mots s’accumulent dans cette dérive labyrinthique sans jamais étouffer ce lecteur.  Au temps du sacre de l’auteur succède le temps exclusif et inouï du verbe qui permet saillies et béances. S’y polit le fin mot plutôt que le mot fin. Grâce aux « auteurs » de Danielle Mémoire, là où la pensée d’un auteur va s’éteindre les traces bouillantes d’un autre apparaissent. 

Il y a donc ici de « l’ôteur », car si dans un certain nombre de figures la créatrice se revendique « auteur unique », une succession d’abîmes fait que la paternité ou maternité  demeure sous forme d’hypothèses presque vagues au sein d’un mouvement drôle et angoissant. Par des  révélations opposées sous apparence d’une logique implacable Danielle Mémoire lance son « yes we Kant » aussi dérisoire que sublime par le raffinement de l’écriture.

23 novembre 2017

[Livre – chronique] Violaine Schwartz, J’empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte, par Jean-Paul Gavard-Perret

Violaine Schwartz, J’empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte, P.O.L, novembre 2017, 176 pages, 16 €, ISBN : 978-2-8180-4425-4.

Présentation éditoriale

Lola ne sait plus si elle est Lola vraiment, ou Lilou, sa sœur jumelle. Laquelle des deux a été tuée par leur père ? Ou bien empoisonnée par leur mère ? Et ces parents, morts, qui reviennent la martyriser, sont-ils uniquement des créations de son esprit dérangé ? Et cette peur qui envahit tout ? Et ce curieux médecin qui l’enfonce dans sa pathologie ?

« Dis-moi la vérité. Elle est où la vérité ? À l’intérieur ou à l’extérieur de ma tête ? Elle est dedans ou dehors ? Qu’est-ce qui compte le plus ? Le dedans ? Le dehors ? Elle est où, la vie réelle ? Tout est mensonge. Dis-moi que je suis réelle. Dis-moi que mes souvenirs sont réels. Puisque je m’en souviens, c’est qu’ils existent dans le réel de mes pensées. Et comment je m’appelle dans le réel ? Et dans le réel de mes pensées ? » Cette pièce violente, habitée, met en scène un huis-clos familial et mental.

La cage (chronique de Jean-Paul Gavard-Perret)

Une nouvelle fois Violaine Schwartz propose une « opération poupée ».  Selon différentes séances de « poses ». Le vent de mélancolie et de doute souffle. De doute surtout. D’autant que Lola la narratrice, si elle n’est pas tout à fait une autre, n’est pas vraiment elle-même. Il se peut qu’elle ait été tuée par son père ou enfermée par sa mère. Pas de quoi en faire une choucroute, mais un livre : oui.

Toutefois, nous ne sommes pas ici dans le genre « heroic fantasy » en dépit non seulement de revenants mais de leurs fantômes…. Pas question donc de prendre appui sur une telle réalité. Car le sol glisse. Et la pièce est ensemencée de mauvais conseils et de « fake news » comme on dit aujourd’hui. Mais sans savoir d’où ils viennent . Au dedans d’une tête malade ?  Ou de dehors ?

Ce qui est sûr : la narratrice devient de la chair fraîche pour son médecin. Même si de lui ou d’elle qui pourrait dire qui a le plus peur ?  Qui sont les chats et les moineaux ? Bref les « choses » échappent. Et pas seulement elles. Reste un huis-clos où l’enfer n’est pas forcément  les autres. La pièce parle et ne dit rien. Ou l’inverse. Elle berce de chimères dans un babil d’une classe dangereuse et faussement primaire. Il y a un goût de cendre dans la bouche d’une tête qui part en vrille. On peut toujours se rassurer qu’il n’existe là que des blagues. L’auteur en rit sous cap.

9 novembre 2017

[Double chronique] Olivier Cadiot : l’inter-position de l’écrivain / la pose de l’écrivain arrivé, par Jean-Paul Gavard-Perret et Fabrice Thumerel

Voici deux lectures contrastées du dernier livre d’Olivier Cadiot : libr-critiquement vôtre, donc…

Olivier Cadiot, Histoire de la littérature récente, tome 2, P.O.L, octobre 2017, 256 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-4173-4. [Sur le tome I]

Olivier Cadiot : l’inter-position de l’écrivain /Jean-Paul Gavard-Perret/

Séduit – voire plus – par le brio et la truculence littéraire du tome I de cette Histoire de la littérature récente, le lecteur s’attend forcément à un coup d’éclat. Mais c’est un peu comme lorsque nous est signifié tout le bien que l’on pense d’un film : sa vision reste toujours en deçà de l’attente espérée. Bref le tome II laisse (un peu) sur notre faim. Le livre reste une sorte « d’imitation » de l’ouvrage antérieur, il en reprend certains chemins.

Certes le propos change quelque peu : il s’agit d’une nouvelle version des conseils à un jeune poète. Mais qu’on se rassure : Cadiot ne fait pas du Rilke. Et il rappelle que devenir écrivain est plutôt vain : « détruisez les livres que vous êtes en train d’écrire », rappelle judicieusement le maître. Et de préciser qu’il ne s’agit de reprendre l’écriture uniquement « la tête vide, sans images, sans souvenirs, sans cartes et sans histoires », en guise et propédeutique au métier d’écrivain. Ce qui fait de l’auteur une sorte de Léautaud post-moderne.

A cette aune judicieuse, Cadiot évacue de facto 90 % de la littérature. Preuve que – malgré tout – le tome II reste « édifiant ». L’auteur y demeure plurimorphe, poète, nouvelliste, essayiste battant la campagne littéraire à hue et à dia dans une uchronie que le temps chérit. Sur ce plan il ne peut être que suivi.  L’auteur apprend à acquérir une méfiance envers la mécanique littéraire. Chez lui jamais de pastel ou de régularité. Aucune sécurité au milieu des flammes. Mais le rire devient moins fréquent et l’émotion plus incisive que dans le volume précédent.

Pas question pour autant de bouder notre plaisir. D’autant que sous sa « morale » (qui n’en est pas une) Cadiot laisse pointer comme disait quelqu’une « une certaine solitude », de même que l’aliénation et la haine induites par une façon de dire qui n’est qu’une instance fictive de la fiction elle-même et où les prétendus auteurs montent en épingle leurs propres souffrances comme si c’était là le nec plus ultra d’une écriture qui « angote » à qui mieux mieux.

L’avantage d’une telle mise en pièce tient au fait qu’elle n’est jamais le fruit d’une quelconque frustration. Le texte à sa manière devient un western complètement à l’ouest. Cela reste rassurant. Certes, dans ce grattage et essorage le plaisir n’est plus du même ordre que dans le premier tome de notre bon oncle moins d’Amérique et de ses cases que d’un Neverland. Mais eu égard à ce que la critique encense journellement et les livres retenus pour les prix littéraires, pénétrer dans cette histoire revient à avancer en ce qui bouillonne sous son couvercle.

Cadiot plante ses spatules à griffes dans le gras de la littérature pour qu’elle suinte son surplus d’extrême-onction, sa surestimation d’elle-même et sa peur de tout ce qui dérange. Bref, l’auteur refuse la littérature Témesta et caramel mou. Il rappelle  que l’écrivain doit d’abord accomplir l’invention de son lecteur plutôt que de l’endormir sous des histoires qui ne tiennent pas debout mais qu’il estime d’équerre avec ce qu’espère un public. Celui-ci peu à peu déserte. Il est de bon ton d’accuser l’état du monde, les médias et les vicissitudes. Est-ce suffisant pour régler un problème récurrent : à mesure que la littérature avance, elle n’est lue que par les ménagères de plus de soixante ans. Cadiot résiste et s’insurge contre l’écriture à varices.

Olivier Cadiot : la pose de l’écrivain arrivé /Fabrice Thumerel/

Le premier volume était un non-événement. Le second, ad nauseam : afféteries, minauderies, coquetteries… Fini les enfantillages, quand on est devenu un Monsieur ; et de plastronner dans les médias, en se gaussant des écritures "expé"… On est trop sérieux quand on a 27 ans (et plus) de carrière : vos ailes-de-géant vous emportent au-dessus de la mêlée…
En voie de consécration, Cadiot se sollersise (1) : à quoi bon les écritures expérimentales ? à quoi bon la lourdeur démonstrative des universitaires ? La légèreté, rien que la légèreté… et la subtilité. Un art de dire des petits riens qui en disent long… C’est plaisant. Dans l’air du temps. C’est court, facile à avaler… ça virevolte, ça scintille… Idéal pour vos conversations culturelles de salon ! Rien de tel pour briller en société ! Rien d’étonnant, donc, à ce que la presse et le demi-monde littéraire en aient fait des gorges chaudes…

Quelle meilleure définition de ce gros et pesant mot, "littérature", que celle-ci : "une reliure entre des feuilles d’êtres – cet écheveau de sensations, qui attire, crochète, soude tout ce qui vous arrive" (p. 224) ? Quant à la poésie : "Un truc de princesse et de dragon, la poésie, si on y réfléchit bien" (21)… Du grand art, on vous dit. Et parfois, on flirte avec le génie : vous voulez écrire ? Rien ne sert de verser dans les techniques habituelles… "Ce qu’il faut faire : brutaliser ses tentatives d’expression, leur faire rendre gorge, les greffer à d’autres de force, les halluciner, les déployer, les piquer, les infiltrer, ou, au contraire, inciser pour libérer leurs humeurs secrètes. Le but c’est qu’elles se vrillent et qu’elles puissent, guéries, changer de phrase en avançant – un lasso, une spirale en l’air" (194). Inspiré, non ?

(1) On ne pourra pas accuser l’auteur de ces lignes de ne pas connaître le parcours littéraire d’Olivier Cadiot : entre autres, on pourra lire "Signé R. Le dossier Robinson d’Olivier Cadiot".

1 octobre 2017

[News] News du dimanche

On commencera par découvrir deux livres qui vont paraître en ce début octobre : Olivier Cadiot, Histoire de la littérature récente, tome 2 (P.O.L) ; Stéphane Vanderhaeghe, À tous les airs (ritournelle) (Quidam). Nos Libr-brèves, ensuite : Gilbert Quélennec ; ActOral à Marseille ; Ivy writers ; Thierry Rat ; soirée Voyage organisée par Publie.net.

Bientôt en librairie… /Fabrice Thumerel/

â–º Olivier Cadiot, Histoire de la littérature récente, tome 2, P.O.L, 256 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-4173-4.

Présentation éditoriale. Le tome I d’Histoire de la littérature récente tenait tout à la fois de l’essai, de l’enquête, du récit, forme hétérogène dans laquelle se mêlent, sur un mode léger et digressif, anecdotes, petites scènes romanesques et développements plus spéculatifs. Il s’agissait d’explorer l’idée reçue que la littérature disparaîtrait, en prenant, par exemple, au pied de la lettre les propos alarmistes de Philip Roth : Dans trente ans, sinon avant, il y aura autant de lecteurs de vraie littérature qu’il y a aujourd’hui d’amateurs de poésie en latin.

Le tome II explore un autre lieu commun récent : la littérature doit urgemment devenir un miroir du réel. C’est une injonction que l’on ne peut balayer d’un revers de main. Le narrateur décide de rendre sa tour d’ivoire transparente. Ce livre déchiffre les contradictions autour de cette affaire en utilisant la même méthode d’exploration zigzagante. Il peut aussi se lire comme un traité pratique de lecture et d’écriture, comme il est annoncé au dos du livre : cinq techniques pour réaliser un livre.
  « On veut les démêlés intégralement et dans le détail, une histoire qui nous redonne en relief les malentendus successifs et lumineux par lesquels passe toute personne à des moments X d’une société Y. On veut savoir à quoi ressemblent les idées en chair et en os ; quelle physionomie ont les dates de toutes les histoires, éprouver très vite la densité des sensations de quelqu’un en intégrale – ce qui nous donne à peu près F D (x) = f (x). On aimerait poser un point sur une carte, latitude, longitude ; suivre le cours en zigzag de notre volonté de savoir. On doit donc être à ras de terre et propulsé dans le ciel alternativement. »

Premières impressions. En voie de consécration, Cadiot se sollersise : à quoi bon les écritures expérimentales ? à quoi bon la lourdeur démonstrative des universitaires ? La légèreté, rien que la légèreté… et la subtilité. Un art de dire des petits riens qui en disent long… C’est plaisant. Dans l’air du temps. Gageons qu’une fois encore la presse en fera des gorges chaudes… Quelle meilleure définition de ce gros et pesant mot, "littérature", que celle-ci : "une reliure entre des feuilles d’êtres – cet écheveau de sensations, qui attire, crochète, soude tout ce qui vous arrive" (p. 224) ? Quant à la poésie : "Un truc de princesse et de dragon, la poésie, si on y réfléchit bien" (21)… Du grand art, on vous dit. Et parfois, on flirte avec le génie : vous voulez écrire ? Rien ne sert de verser dans les techniques habituelles… "Ce qu’il faut faire : brutaliser ses tentatives d’expression, leur faire rendre gorge, les greffer à d’autres de force, les halluciner, les déployer, les piquer, les infiltrer, ou, au contraire, inciser pour libérer leurs humeurs secrètes. Le but c’est qu’elles se vrillent et qu’elles puissent, guéries, changer de phrase en avançant – un lasso, une spirale en l’air" (194). Inspiré, non ?

â–º Stéphane Vanderhaeghe, À tous les airs (ritournelle), Quidam éditeur, 216 pages, 20 €, ISBN : 978-2-37491-064-2. [Lire un extrait]

Après ses impressionnants CharØgnards, le jeune écrivain retient la leçon gidienne en ne profitant pas de l’élan acquis : s’il continue de jouer avec les codes, cette fois ce sont ceux du roman policier et de tout personnage de fiction traditionnel… Vous attendent : humour noir de croque-mort, jeux typographiques, usage singulier des tirets… Une écriture jouissive !

Le jour du lancement, ce jeudi 5 octobre à 19H30 – le jour de ses 40 ans ! -, Stéphane Vanderhaeghe sera à la Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) : en attendant, on lira la superbe chronique de Charybde deux

Libr-brèves

â–º Découvrez deux improvisations expérimentales de Gilbert Quélennec : ici.

â–º Dans le cadre du festival ActOral, lundi 2 octobre 2017 à 19H30, Cinéma Les Variétés (Marseille) : Florence Pazzottu, TRIVIAL POÈME (20 min)
Réalisation, image, son, montage et texte : Florence Pazzottu
Enregistrement en studio et mixage: Florent Fournier-Sicre (Studio Flopibo, Marseille)
Avec : le poète William Cliff et la voix de Nadine Chehadé

Comment conjoindre geste politique et écriture poétique ? Mieux, trouver forme et espace commun aux deux ? Beyrouth sera le lieu de cette expérience composée ici en film, ce que Florence Pazzottu nomme film-poème. Et d’opérer un mouvement dans la ville même, dont la (re)construction serait le signe de son effacement. Une ville traversée et restituée ici en fragments épars, alors que mots et textes viennent s’y glisser, s’y frotter.
Nicolas Feodoroff (FID Marseille)
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suivi de

Judith Cahen & Masayasu Eguchi
LE COEUR DU CONFLIT

Durée : 1h19

En français & japonais sous-titré
France, Japon, 2017 / Couleur et noir & blanc /Techniques
mixtes / Stéréo
Image : Masayasu Eguchi, Judith Cahen
Montage : Masayasu Eguchi // Son : Mikaël Barre
Avec : Judith Cahen, Masayasu Eguchi, Mélissa Barbaud, Kazuhiko Suzuki

(…) Elle la Française, lui le Japonais, couple et cinéastes, nous mènent dans un va-et-vient entre Paris, Fukushima et Hiroshima.
Sont convoqués, de digressions en rebonds inattendus, Duras aussi bien que parents, enfants, désirs et peurs. Le conflit du titre
se déplie en un mille-feuille, où interfèrent l’Histoire et la question de l’intime vers le politique, se confrontent le désir politique, le désir d’enfant et le désir de film (« faire
un enfant politique » suggère-t-elle), se contaminent les modes et les régimes d’images (journal filmé, documentaire, fiction). Nicolas Feodoroff (FID Marseille)

â–º Mardi 3 octobre Café du Pont Neuf, 19H30 (14, Quai du Louvre 75001 Paris)

WELCOME BACK IVY Writers Paris—Ivy vous invite à une soirée de lectures et de musique en anglais et en français pour vous souhaiter bonne rentrée 2017 avec
BREMNER DUTHIE (chanteur-performeur)
GEORGE VANCE (auteur-performeur)
Et, pour fêter la 4ème édition de la révue littéraire PARIS LIT UP :
JASON STONEKING (auteur et artist)
Et
DONALD TOURNIER (poète qui écrit en anglais et en français)

â–º Du 6 au 8 octobre, exposition Thierry RAT à Calais :

 

â–º Jeudi 26 octobre à 19H, Espace L’Autre Livre (13, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris) :

Rendez-vous pour une soirée de voyage et de poésie en compagnie de Jean-Yves Fick, Virginie Gautier et Fred Griot à la librairie L’autre LIVRE (rue de l’école polytechnique, Paris 5ème). Ensemble, autour d’un verre et de lectures dépaysantes nous vivrons un mois dans une cabane d’hiver, nous marcherons dans Londres en suivant le plan du Caire, nous suivrons le chemin. L’entrée est libre et les partages, recommandations, invitations appréciés !

Plus d’informations sur les livres à l’honneur ce soir-là :

https://www.publie.net/livre/il-y-a-le-chemin/
https://www.publie.net/livre/marcher-dans-londres-en-suivant-le-plan-du-caire-virginie-gautier/
https://www.publie.net/livre/cabane-dhiver-fred-griot/



24 septembre 2017

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche automnal, retour sur les livres reçus en été que recommande LC (et pas encore recensés), puis nos premiers Libr-événements d’octobre : Novarina ; F. Smith, L. Giraudon & J. Game ; S. Moussempès & A. Boute.

Libr-critique a reçu cet été, a lu et vous recommande (20 titres)

♦ Julien d’ABRIGEON, P.Articule, Plaine page

♦ Véronique BERGEN, Gang blues ecchymoses, Al dante ; Luscino Visconti. Les Promesses du crépuscule, Les Impressions Nouvelles ; Hélène Cixous. La Langue plus-que-vive, Honoré Champion

♦ Patrick BEURARD-VALDOYE, Le Vocaluscrit, Lanskine

♦ Jean-François BORY, Terminal Language, Plaine page

♦ Béatrice BRÉROT, SplAtch !, Color Gang

♦ Fabrice CARAVACA, Mon nom, Plaine page

♦ Laurent CAUWET, La Domestication de l’art. Politique et mécénat, La Fabrique éditions

♦ Jacques DEMARCQ, Suite Apollinaire, Plaine page

♦ Kadhem KHANJAR, Marchand de sang, Plaine page

♦ Sandra MOUSSEMPÈS, Colloque des télépathes, éditions de l’Attente

♦ Nadège PRUGNARD, M.A.M.A.E & autres textes, Al dante

♦ Sophie SAULNIER, Le Massicot, éditions Le Lampadaire

♦ Sébastien RONGIER, Les Désordres du monde. Walter Benjamin à Port-Bou, Pauvert

La Poésie motléculaire de Jacques Sivan, Al dante

♦ Frank SMITH, Le Film de l’impossible, Plaine page

♦ Nicolas VARGAS, A-vanzar, Plaine page ; V.H.S (Very Human Simplement), Lanskine

♦ Martin WINCKLER, Les Histoires de Franz, P.O.L

Libr-événements

â–º Samedi 7 octobre, Collège des Bernardins (20, rue de Poissy 75005 Paris) : Une poétique du devenir / Valère Novarina. Réservations : frederique.herbinger@collegedesbernardins.fr

Si l’art n’est pas d’abord considéré en tant que création d’œuvres d’art mais comme manière d’être au monde, intéressant tout homme et toute société, si la foi n’est pas seulement considérée en tant que doctrine mais comme vérité vécue, capable d’illuminer et de transformer le monde, alors, loin d’être seulement en rapport d’interaction, d’interdépendance ou de ressemblance, l’art, la foi et le politique sont une même dynamique, une unique réalité vivante.

La présence de jeunes artistes réunis autour du thème du devenir, et celle de l’écrivain, metteur en scène, peintre et dessinateur, Valère Novarina, donneront un tour concret à la réflexion de ce colloque qui vient conclure deux années de recherche du séminaire Esthétique et théologie.

PROGRAMME

Matin – Centre Sèvres

  • 10h30 – 11h15 La théologie, l’art, le politique : quelle question ? Quelle recherche ?
    Alain Cugno
    , philosophe, professeur au Centre Sèvres, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
  • 11h15 – 12h Le sens tactile de la théologie
    Patrick Goujon
    , professeur en théologie spirituelle et dogmatique au Centre Sèvres
  • 12h – 13h Présentation de l’exposition Devenir au Collège des Bernardins en mars 2018
    Sophie Monjaret
    , artiste
  • 13h – 14h30 Pause déjeuner

Après-midi – Collège des Bernardins

Comment l’œuvre littéraire de Novarina, parce qu’il sait être un "inactuel", parvient à se dégager des sujets brûlants de l’actualité pour les inscrire dans un mouvement plus vaste, et ainsi à faire le pari d’un renouvellement des images de l’homme. Laure Née

  • 14h30 – 15h15 L’unité dynamique de la théologie, de l’art, du politique : ce que créer veut dire
    Jérôme Alexandre
    , docteur en théologie, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
  • 15h15 – 16h Valère Novarina : le pari du devenir
    Laure Née
    , agrégée de Lettres et docteur en littérature
  • 16h – 16h15 Pause
  • 16h15 – 17h15 Projection, « Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire  ». Film de Raphaël O’Byrne sur Valère Novarina
  • 17h15 – 17h45 La parole ouvre la pensée
    Table ronde autour de Valère Novarina
      Avec :

    Jérôme Alexandre, docteur en théologie, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
    Dominique de Courcelles, directrice de recherche au CNRS au sein du centre Jean Pépin-École normale supérieure Ulm
    Alain Cugno, philosophe, professeur au Centre Sèvres, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
    Laure Née, agrégée de Lettres et docteur en littérature
    Valère Novarina, écrivain, metteur en scène, peintre et dessinateur

â–º Vendredi 13 octobre à 20H, RV à la Maison de la poésie Paris :

â–º Maison de la poésie Paris, Lecture-performance vendredi 20 octobre – 20h : Sandra Moussempès & Antoine Boute, « Paranormal & Biohardcore »

Dans Colloque des télépathes Sandra Moussempès nous plonge dans une ère victorienne aux accents gothiques avec les sœurs Fox qui communiquent avec les esprits. En parallèle, l’auteure convoque un autre ère, tout aussi étrange, celle des années 69-71 à Hollywood, temple des sectes hippies et des starlettes en devenir.
Dans Opérations biohardcore, Antoine Boute décrit une galerie de personnages hétéroclites sur le point de faire la révolution “biohardcore”. Ces personnages créent des utopies loufoques temporaires, et tentent tous de réveiller le chaman qui sommeille en eux.
Ce soir, ces deux poètes et écrivains proposent une lecture croisée mêlant chants, performances et audio-poèmes autour des liens étranges entre états modifiés de conscience, communication avec les esprits et nécessité de tendre vers le noyau dur du vivant, “le hardcore de la vie”.
À lire – Sandra Moussempès, Colloque des télépathes & CD Post-Gradiva, éd. de l’Attente, 2017 – Antoine Boute, Opérations biohardcore, éd. des Petits Matins, 2017.
tarif : 5 € / adhérent : 0 €

29 août 2017

[Livres] Libr-vacance (2)

On profite de la fin de l’été pour prendre le temps de faire le point : qu’a-t-on pu manquer ces derniers temps comme lectures importantes ?… Une Libr-sélection de 5 livres vous est d’abord présentée, puis 30 titres vous sont recommandés. [Libr-vacance 1]

Libr-sélection /FT/

â–º Jacques BARBAUT, H ! Hache ! Hasch !, Nous, Caen, 2016, 112 pages, 16 €.

On connaît l’attrait des Lettristes et des Oulipiens pour les lettres de l’alphabet. Dans cet opus plein de fantaisie, qui ressortit à la fois à l’ouvroir poétique, au dictionnaire de littérature, des formes et des symboles, l’auteur alterne divagations, graphismes et citations passionnantes et érudites.

â–º Guy BENNETT, Ce livre, traduit de l’américain par Frédéric Forte et l’auteur, éditions de l’Attente, 2017, 96 pages, 11 €.

À la suite des Poèmes évidents, Ce livre fonctionne de façon ironique, dévoilant les stratégies scripturales / éditoriales. N’est pas épargné « le monde de l’édition en ligne, où l’écriture se dit simplement "contenu", les écrivains "fournisseurs de contenu" et les plateformes d’édition en ligne […] "systèmes de gestion de contenu" » (35)… Vous y attend tout l’outillage moderne et contemporain : réflexivité, autoréflexivité, post-littérature, édition post-matérielle

â–º Jérôme BERTIN, Lettre à Nina, Atelier de l’Agneau, St-Quentin-de-Caplong (33), été 2017, 20 pages, 9 €.

Moins légère que les rimbaldiennes "Réparties de Nina", cette Lettre à Nina – Nina, "garçonne à cheveux corbeau" – qui commence par "Cher Amour" constitue un oasis azuré dans l’œuvre de Jérôme Bertin : le romantisme noir se fait bleu-rose et l’écriture tire un peu du côté du symbolisme, voire du surréalisme :

"que je vertige en ré mi
sol tranché par
ta pro-

messe masse noire
de tes che-
veux fous" (14).

â–º Paul de BRANCION, L’Ogre du Vaterland, éditions Bruno Doucey, été 2017, 120 pages, 14,50 €.

Où il est question d’un père "retors jusqu’à la fellation du monde", de "Ich" que ne peut supporter Léon Jacques S., d’une configuration familiale digne du conte – d’un récit qui dialogue avec des extraits des contes de Perrault. Un bonheur de lecture vous attend avec cette autofiction fantaisiste en double bande.

"Ich aimais Platon et Socrate car ces deux pédérastes-là ne trouvaient pas grâce aux yeux de Léon Jacques" (43).

â–º Laurent GRISEL, Climats, Publie.net, hiver 2015-2016, 88 pages, 9,50 €.

Voici "une épopée" du climat, avec chiffres, histoires et Histoire… Et ce type d’agencement répétitif pour mettre en évidence les mécanismes implacables : "la lutte entraîne la répression / qui entraîne la lutte / qui entraîne la répression / qui entraîne la lutte" (p. 13) ; "moins d’eau donc moins d’arbres / donc moins d’eau des nuages accrochée par les arbres / donc moins d’arbres / donc, de saison en saison / de moins en moins / d’eau" (27)…

Libr-critique a reçu, a lu et recommande

♦ Nadine AGOSTINI, Ariane, éditions Contre-Pied, coll. "Autres & Pareils", Martigues, automne 2015, 28 pages, 4 €.

♦ Jean-Luc BAYARD, P.O.L nid d’espions, P.O.L, été 2015, 222 pages, 16 €.

♦ Sereine BERLOTTIER, Louis sous la terre, Argol, 104 pages, 18 €.

♦ Jean-Pierre BOBILLOT et Sylvie NÈVE, Vers de l’âme-hors, Plaine page, Barjols, automne 2016, 54 pages, 10 €.

♦ Nicolas BOUYSSI, Décembre, P.O.L, printemps 2016, 496 pages, 22 €.

♦ Mircea CARTARESCU, La Nostalgie, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, P.O.L, février 2017, 496 pages, 29,90 €.

♦ Angela CARTER, Les Machines à désir infernales du Dr. Hoffman, éditions de l’Ogre, hiver 2015-2016, 356 pages, 23 €.

♦ Franck DOYEN, Collines, ratures, La Lettre volée, Bruxelles, automne 2016, 58 pages, 14 €.

♦ Virginie GAUTIER, Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, Publie.net [version papier + numérique], 2014, 84 pages, 12 €.

♦ Liliane GIRAUDON, L’Amour est plus froid que le lac, P.O.L, décembre 2016, 106 pages, 13 €.

♦ Rada IVEKOVIC, Réfugié-e-s. Les Jetables, Al dante, Marseille, été 2016, 88 pages, 13 €.

♦ Gabriel JOSIPOVICI, Infini. L’histoire d’un moment, traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, Quidam éditeur, Meudon, hiver 2015-2016, 158 pages, 18 €.

♦ Anne KAWALA, Le Déficit indispensable, Al dante, 2016, 152 pages, 17 €.

♦ Claudie LENZI, Elle t’enceinte, Plaine page, 32 pages, 5 €.

♦ Cédric LERIBLE, Giratoires, Plaine page, Barjols, printemps 2015, 70 pages, 5 €.

♦ Cécile MAINARDI, L’Histoire très véridique et très émouvante de ma voix de ma naissance à ma dernière chose prononcée, éditions Contre-Pied, hiver 2016-2017, 36 pages, 4 €.

♦ NATYOT, Je suis d’accord, Plaine page, "Les Oublies", été 2017, 28 pages, 5 €.

♦ Leopoldo María PANERO, Ainsi fut fondée Carnaby street, Le Grand Os, Toulouse, automne 2015, 88 pages, 12 €.

♦ Anne PORTUGAL, Et comment nous voilà moins épais, P.O.L, mai 2017, 124 pages, 13 €.

♦ Dominique QUÉLEN, Éléments de langage, Publie.net, coll. "L’Inadvertance" dirigée par François Rannou, automne 2016, 272 pages, 20,50 €.

♦ Jacques REBOTIER, Black is black, Plaine page, coll. "Les Oublies", 14 pages ([petit coffret original], 5 €.

♦ Jean Louis SCHEFER, Squelettes et autres fantaisies, Main courante 5, P.O.L, printemps 2016, 160 pages, 14 € ; L’Image et l’Occident. Sur la notion d’image en Europe latine, ibid., printemps 2017, 142 pages, 13 €.

♦ Patrick SIROT, Procès verbal, Plaine page, 110 pages, 10 €.

♦ Pierre-Yves SOUCY, Neiges. On ne voit que dehors, La Lettre volée, Bruxelles, hiver 2015-2016, 80 pages, 15 €.

♦ Juliana SPAHR et David BUUCK, Une armée d’amants, traduit de l’anglais (USA) par Philippe Aigrain, Publie.net, 2016, 150 pages, 15 €.

♦ Anne de STAËL, Le Cahier océanique, La Lettre volée, hiver 2015-2016, 160 pages, 19 €.

♦ Rudolf di STEFANO, Vive le cinématographe !, Al dante, hiver 2014-2015, 200 pages, 17 €.

♦ Jean-Jacques VITON, Cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra, P.O.L, hiver 2016-2017, 80 pages, 13 €.

♦ Julie WOLKENSTEIN, Le Mystère du tapis d’Ardabil, P.O.L, hiver 2015-2016, 384 pages, 23 €.

31 juillet 2017

[News/Livres] Libr-vacance (1)

Voici de quoi réussir votre mois d’août : deux festivals à ne pas manquer ; notre Libr-sélection (5 livres présentés) ; LC a reçu, lu et recommande 25 livres.

Libr-événements

â–º Du 1er au 5 août 2017, festival TOURNEZ LA PLAGE à La Ciotat. L’Art Hic&Hoc lance cet été son tout premier festival d’écritures contemporaines : l’événement se déroulera donc simultanément avec le festival de Jazz.
Les événements se dérouleront entre La Boutique, Le Cercle de La Renaissance, la Place Gauthier, La Librairie "Au Poivre d’Âne" et l’angle de la Rue Foch (Arnoux).

On pourra apprécier/découvrir les œuvres de nombreux artistes locaux :
Stéphane Nowak Papantoniou, Julien Blaine, André Robèr, Maxime Hortense Pascal, Claudie Lenzi, Eric Blanco, Nadine Agostini, Cédric Lerible, François Bladier, Patrick Sirot, Lili le Gouvello, Françoise Donadieu, Frédérique Guétat-Liviani, Laurence Denimal, Dominique Cerf, Olivia Rivet (exposition à la Boutique) ainsi que Cassandra Felgueiras, Caroline Derniaux et Zagros Mehrkian, étudiants à l’École Supèrieur d’Art de Toulon, et l’association "Lignes de Partage".

â–º Le Bruit de la Musique #5, Festival d’aventures sonores et artistiques, du 17 au 19 août 2017 à Saint-Silvain-sous-Toulx, Toulx-Sainte-Croix, Domeyrot et La Spouze (Creuse) : avec notamment Laurent Bigot, Lionel Marchetti, Arnaud Paquotte, Sébastien Lespinasse… Pour plus d’informations : ici.

Libr-sélection /FT/

â–º Bohumil Hrabal, La Grande vie, poèmes 1949-1952, traduit du tchèque par Jean-Gaspard Pálenicek, éditions Fissile, Les Cabannes (09), printemps 2017, 136 pages, 24 €, ISBN : 978-2-37171-019-1.

Retour aux origines de l’œuvre, c’est-à-dire à la poésie : "Parce que la société moderne s’est accoutumée aux sensations et aux singularités, le poète mourant se fichera ses lunettes dans le cou et filtrera sa vie à travers le verre embué" (p. 43)… Des formes variées retenons "SUPERSEXDADAISME ?" : "Recherchons vacanciers bénévoles / Séjour payant à Founetainebleau / Entrée génitale amaigrissante" (63)… La belle vie, en somme !

â–º Yoann Thommerel, Mon corps n’obéit plus, éditions Nous, Caen, hiver 2016-2017, 80 pages, 12 €.

Le lecteur est averti : "Il serait bien plus prudent de voir dans ce fatras graphique la manifestation de troubles réactionnels sévères, une forme de défense face aux exigences d’application et de lisibilité imposées par la norme, un poème-refus, allant à l’encontre du modèle attendu" (p. 33). De façon symptomatique, dans ce poème-refus, le corps refuse d’obéir… Un corps qui est lieu de vie, d’envie, d’ennui… lieu de tentation consumériste… et de poésie ! Une poésie litanique et visuelle.

â–º Alain Jugnon, Artaud in Amerika. La Place de la femme dans le plan américain, Dernier Télégramme, Limoges, mai 2017, 80 pages, 12 €.

Ce cinémArtaud met en scène quatre "personnages conceptuels" : "La dame de Shanghai ou Rita Hayworth, André Bazin, Orson Welles et Antonin Artaud". Ces voix se mêlent à celle de l’essayiste pour évoquer/analyser avec brio, entre autres éléments passionnants, telle image-cristal, la langue jaune du fascisme, le rôle de "la femme blanche chez Welles et Artaud" : "c’était la révolution permanente à l’écran et en direct" (p. 69)…

â–º Michel Deguy, Noir, impair et manque, dialogue avec Bénédicte Gorrillot, Argol, coll. "Les Singuliers", hiver 2016-2017, 292 pages, 29 €, ISBN : 978-2-37069-012-8.

Quel animal est donc Michel Deguy ? Détour par l’œuvre de ce poète et revuiste qui figure parmi les écrivains contemporains les plus importants, dans un dialogue dense et intense avec une spécialiste du genre. Une nouvelle pièce de choix dans cette superbe collection qui associe entretiens, inédits et documents divers. Clôturée de fort belle manière par un abécédaire signé par l’auteur lui-même.

â–º Carole Aurouet, Prévert et le cinéma, Les Nouvelles éditions, avril 2017, 128 pages, 10 €.

En quatre chapitres, la spécialiste de Prévert évoque la poésie cinématographique de l’illustre écrivain qui était fasciné par les burlesques américains et par Fantômas : les ciné-textes des années 20-30, son cinéma visible (les grands films des frères Prévert et de Carné/Prévert) et invisible ("scénarios détournés", c’est-à-dire qui n’ont pas abouti à des films tournés). Humour et détournement surréaliste au programme ! Sans oublier que Carole Aurouet a su faire revivre pour nous tout un monde fascinant.

LC a reçu, a lu et recommande

♦ Christian PRIGENT : Chino aime le sport (P.O.L, juin 2017, 176 pages, 18 €) et Ça tourne, notes de régie (L’Ollave, coll. "Préoccupations", été 2017, 70 pages, 14 €) ; La Contre-Attaque, éditions Pontcerq (Rennes), printemps 2017 : dossier Prigent, p. 65-73 et 127-194. [On pourra découvrir leur présentation fin août sur le blog Autour de Christian Prigent]

 

♦ Pierre Bergounioux, Esthétique du machinisme agricole, suivi de Petit danseur par Pierre Michon, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), été 2016, 48 pages, 13 €.

♦ Eric Brognier, Tutti cadaveri, traduit de l’italien par Rio di Maria et Cristiana Panella, L’Arbre à paroles, Amay (45), juin 2017, 48 pages, 10 €.

♦ Hervé Brunaux, Homo presque sapiens, éditions PLAINE Page, Barjols (83), coll. "Connexions", 2015, 44 pages, 5 €.

♦ Rémi Checchetto, Le Gué, Dernier Télégramme, Limoges, printemps 2017, 64 pages, 10 €.

♦ David Christoffel, Argus du cannibalisme, Publie.net, printemps 2017, 104 pages, 12,50 €.

♦ Claro, Crash-test, Actes Sud, août 2015, 236 pages,19,50 €.

♦ Olivier Domerg, Rhônéo-Rodéo, poème-fleuve avec quinze photographies de Brigitte Palaggi, Un comptoir d’édition, Sainte-Eulalie en Royans (26), juin 2017, 144 pages, 15 €.

♦ Jacques Dupin, Discorde, P.O.L, édition établie par Jean Frémon, Nicolas Pesquès et Dominique Viart, juin 2017, 240 pages, 23 €.

♦ Frédéric Forte, Dire ouf, P.O.L, mai 2017, 96 pages, 11 €.

♦ Mihàlis Ganas, Marâtre patrie, traduit du grec par Michel Volkovitch, Publie.net, 2017, 80 pages, 13 €.

♦ Jean-Marie Gleize, La Grille, Contre-Pied (Martigues), coll. "Autres & Pareils", hiver 2016-2017, 32 pages, 4 €.

♦ Mary Heuze-Bern, Rendez-vous à Biarritz, éditions Louise Bottu (Mugron), coll. "Contraintes", juin 2016, 36 pages, 4,50 €.

♦ David Lespiau, Équilibre libellule niveau, P.O.L, mai 2017, 112 pages, 11 €.

♦ Patrick Louguet, Jean, Antoine, Mouchette et les autres… Sur quelques films d’enfance, Artois Presses Université, hiver 2015-2016, 268 pages, 20 €.

♦ Dominique Meens, Mes langues ocelles, P.O.L, novembre 2016, 384 pages, 21 €.

♦ Emmanuelle Pagano, Sauf riverains, Trilogie des rives II, P.O.L, janvier 2017, 400 pages, 19,50 €.

♦ Dominique Quélen, Avers, éditions Louise Bottu, Mugron (40), mai 2017, 116 pages, 14 €.

♦ Sébastien Rongier, Cinématière. Arts et Cinéma, Klincksieck, 2015, 252 pages, 23 €.

♦ Claude Royet-Journoud, La Finitude des corps simples, P.O.L, mai 2016, 96 pages, 13 €.

♦ Robine-Langlois, […], éditions Nous, Caen, octobre 2016, 96 pages, 14 €.

♦ Ana Tot, Méca, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), juin 2016, 72 pages, 13 €.

♦ Antoine Wauters, Nos mères, Verdier, hiver 2013-2014, 154 pages, 14,60 €.

 Bientôt sur LC…

De fin août à fin septembre, vous découvrirez, entre autres :

♦ Créations : Daniel Cabanis, CUHEL, Olivier Matuszewski, Mathias Richard…

Entretiens : Véronique Pittolo, Bernard Desportes, Claude Favre…

Recensions/chroniques : des spéciales sur Véronique BERGEN et sur Philippe JAFFEUX (à propos de leurs trois derniers livres)…
Vous attendent encore : Dictionnaire de l’autobiographie (Champion) ; La Poésie motléculaire de Jacques Sivan (Al dante) ; Patrick Bouvet, Petite histoire du spectacle industriel (L’Olivier) ; Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie (tentative d’autobiographie), La Lettre volée ; Sébastien Lespinasse, Esthétique de la noyade (PLAINE Page) ; Valère Novarina, Voix négative (P.O.L) ; Nadège Prugnard, MAMAE (Al dante) ; Sébastien Rongier, Les Désordres du monde. Walter Benjamin à Port-Bou (Pauvert) ; Martin Winckler, Les Histoires de Franz (P.O.L)…

21 juillet 2017

[Chronique] Ecritures du vide : 3. Patrick Varetz, Sous vide, par Fabrice Thumerel

Dans notre société d’hyperconsommation, plus que jamais c’est sous vide qu’il faut écrire… En résonance avec notre bas monde, le troisième volet d’une entreprise singulière nous plonge dans un univers à la fois tragique et burlesque – beckettien… [Ecritures du vide 2. Jérôme Bertin]

Patrick Varetz, Sous vide, P.O.L, février 2017, 216 pages, 15 €, ISBN : 978-2-8180-4105-5.

"Les narrateurs de mes livres, dépassés par le réel, sont souvent – tout bien considéré –
dans un état proche de l’hallucination" (Matricule des Anges, n° 180, p. 22).

Dans Sous vide, nous retrouvons  Pascal Wattez, ce double de l’auteur qui poursuit sa petite vie, c’est-à-dire "l’histoire calamiteuse de [son] existence" (p. 208) : à la fin des années cinquante, Bas monde évoquait un début dans la vie de mauvais augure ; Petite vie, la fin de son enfance, avec en toile de fond Mai 68 ; au début des années quatre-vingt-dix, Sous vide nous présente un trentenaire que sa trajectoire a conduit à l’impasse. Comment aurait-il pu en être autrement ? Cette épave solitaire, ce spectateur de son existence (193) ne fait que reproduire la malédiction sociale qui a marqué sa "folle de mère" (Violette) et son "pauvre salaud de père" (Daniel) : "Pas plus que mon père, je ne possède d’emprise sur mon existence" (29). Ce vide véhicule en fait le poids de la fatalité : "Il y a là, logé dans le creux de ma poitrine, ce sentiment d’échec et d’humiliation qu’il est parvenu à me transmettre, et c’est comme un poids mort – un vide dévorant – qui m’interdit de me ressaisir" (133). Honte et culpabilité comme fardeau tragique : "Ainsi je porte en moi, tel un avorton, l’agglomérat de mon salaud de père et de ma folle de mère, et leur douleur à tous deux" (71)… Son histoire rejoint l’Histoire dans sa dimension tragique : "Tous, on nous a dépossédés d’un ressort essentiel, au point que nous apparaissons condamnés en masse par l’Histoire" (75). Telle est l’ambition du romancier anti-académique : "créer une langue suffisamment forte pour reconstituer le petit monde d’où je viens : un milieu encore assez peu exploré en littérature, celui des enfants d’ouvriers de l’après-guerre, qui – après avoir traversé les Trente Glorieuses – sont confrontés aux effets dévastateurs du néolibéralisme et des crises successives qu’il engendre" (Matricule, 24).

Quand on est un zéro social, on ne peut qu’être un antihéros : "On croit toujours que l’on va avaler le monde, mais c’est lui – au final – qui vous gobe sans attendre" (38). Avorton ravagé par l’angoisse, cet homoncule ne fait qu’un avec la Chose mélancolique qu’il rejette pour redevenir une "petite chose" méprisable : "Je redeviens – au creux de ce lit – cette petite chose, indétectable et inutile, et qui se laisse trop souvent porter par des courants immaîtrisables. Ma gorge se noue" (31). Comment échapper à cette angoisse, comment combler un tel vide ? Par voie orale : "Je me sens tellement démuni, inachevé, qu’il me faut sans relâche boire ou manger, ou fumer – ne serait-ce que pour empêcher ma gorge de se resserrer tout à fait" (14). Par la quête d’une "identité d’emprunt" (27), à savoir l’imitation grotesque de Blanc, cet avatar du docteur Kuzlik (Jusqu’au bonheur) et de Caudron (Bas monde)… Voies sans issue. Par l’amour ? Ce petit roseau bandant se tourne vers Claire, tous deux réunis par leur "part d’ombre" (85). Mais cet amour ne fait qu’exacerber son inexistence, alimenter son hontologie. Au reste, l’accouplement avec celle qui perd peu à peu la claire conscience de soi devient rapidement absurde : habitant près d’un théâtre, le couple se joue la comédie… Il n’y a pas jusqu’à l’acte sexuel qui ne soit grotesque : "Ce doit être ça l’amour, cette gesticulation de l’être, comme une tentative maladroite d’accéder aux zones éclatantes et censément plus bienveillantes de la félicité" (194-195). S’ensuit une scène digne d’un roman de Beckett comme Malone meurt. Beckett auquel renvoie l’incipit : "Où aller ? Quoi faire ?" Écrire, pour conjurer le vide. Une écriture du ressassement qui donne toute sa place à ce vide, qui le donne à voir par-delà la saturation. Une écriture du ressassement à laquelle ressortit l’incantation même : (r)appeler à l’existence l’amante – Claire – c’est trouer le présent, en appeler à l’inexistence.

2 juillet 2017

[Chronique] Suzanne Doppelt, Vak spectra, par Fabrice Thumerel

Une fois encore le charme de Suzanne Doppelt opère, qui nous transporte de l’immobile au mobile, du prosaïque au féerique, du réel au spirituel…

Suzanne Doppelt, Vak spectra, P.O.L, mai 2017, 80 pages non numérotées, 13 €, ISBN : 978-2-8180-4198-7.

La Boîte d’optique avec des vues intérieures d’une maison néerlandaise (vers 1655-1660), ingénieusement créée par Samuel Van Hoogstraten (1627-1678), est pour Suzanne Doppelt l’occasion de nous emmener dans son domaine des spectres : "Pareille au trouble produit dans la chambre où s’ébauche une belle décomposition, les murs disparaissent, le plafond se retourne et la mouche avec, le sol offre à peine un chemin, de jolis miroirs si habilement placés et des lignes qui vont, elle est un vrai mirage, tout se défait et se refait. Pour mieux revenir entre deux étages dans l’escalier profond, dans cette boîte à ancêtres où on dort, au pied de la table, sur le tapis feutré comme une toile et en sautillant près des armoires, l’esprit des lieux remue la matière, rien ne s’élance autant qu’une maison"… Ce qui fascine l’auteure chez le peintre hollandais du siècle d’or, c’est son dispositif optique qui favorise les miroitements internes, les jeux de réflexions entre réel et représentations, la contemplation extatique de formes géométriques – d’un monde immobile où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté… Le petit trou d’une "boîte à malice" stimule les fantasmes et les fantômes : "Rien n’est jamais au repos, les choses sont des ombres mobiles imitant toutes sortes de profils" – et comme le dit le grand Hugo, "tout vit, tout est plein d’âmes"… Voir en mode mineur permet même d’être à l’écoute "des sons mécaniques, derrière la porte des choses à demi pensées" – un peu comme au Moyen-Âge on pouvait être charmé par la musique enchanteresse des étoiles du firmament…

Dans la mesure où c’est la perspective qui crée le monde, pour que le monde devienne vertigineux il suffit de choisir des points de vue privilégiés et de mettre en branle la machinerie optique. Des perspektiven au perpetuum mobile… Dans l’univers cosmopoétique de Suzanne Doppelt – de Lazy Suzie à Vak spectra, en passant par La Plus Grande Aberration et Amusements de mécanique -, poétique et optique vont de pair, animées par "une mécanique admirable" : "tout bouge autant que le décor d’un théâtre bien équipé, une belle féerie optique, les yeux levés vers le monde là où s’exerce de gauche à droite et l’inverse la ruse d’un regard oblique"…

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